LES NOELS BOURGUIGNONS. U
L'Ange, pendant qu'il repose, Eut soin de lui conter
Tout le fait ; Joseph prit bien la chose, La tenant à faveur,
Honneur, De la part du Seigneur.
Quelle gloire, je vous prie, N'était-ce pas pour lui
Que Jésus, Jésus, le Fruit de vie, Le Verbe, qui d'un mot
Fit tout, Devînt son valet ?
Voilà de notre Maître Quelle fut l'humilité,
La bonté ; Nous, loin de reconnaître Ses peines, ses travaux
Pour nous, Nous lui tournons le dos.
Allons-nous dans ses églises?
C'est pour Clairon , Jaquelon ,
Madelon ; Nous y disons des sottises, Nous y coulons le poulet
Doucet En quelque petit coin.
144 LA MONXOYE.
Lai clochôteai lai messe, É beà faire din-din ,
Dre-lin-din :
Dé cheiti traîne -caisse, Come dé pau son lai
Plantai , San plié léjarrai.
El airon de lai casse.
Nun n'antre an Pairaidi
Tô brandi :
Lai pote an à si basse, Que borgei , vaigneron
Baron , N'y passe qu'ai genon.
NOEI III
su l'aii : Nicolas va voir Jeanne.
J'antan po note rue Passai lé Menétrei ; Acouté come ai juë Su los hauboi dé Noei :
No, devan le feù, Po le meù , Chantons-an jeusqu'ai méneù .
An déçanbre on trezeule Dé Noei tôle jor;
*•. ■.' t- (ssx/Q/r
l'a ni a n [io note rui; Passai lé Menéliei.
l'aae 144.
La clochette à la messe A beau faire din-din ,
Dre-lin-din :
De chétifs traîne-gaine, Comme des pieux sont là
Plantés, Sans plier les jarrets.
Ils auront de la casse.
Nul n'entre en Paradis
Tout d'un jet ; La porte en est si basse, Que bergers , vignerons,
Barons, N'y passent qu'à genoux.
NOËL III
sur l'air : Nicolas va voir Jeanne.
J'entends par notre rue Passer les Ménétriers ; Écoutez comme ils jouent Sur leurs hautbois des Noëls :
Nous, devant le feu , Pour le mieux , Chantons-en jusqu'à minuit.
En décembre on carillonne Des Noëls tous les jours ;
f46 LA MONNOYE.
Dé chantre fot-an-gueule An antône é carrefor.
No, devan le feù , Po le meù , Chantons-an jeusqu'ai méneîi .
Lé borgei , dan lai grainge Voù grullô le Pôpon , Chantire ai sai louainge Dé Noei de tô lé ton.
No, devan le feù, Po le meù , Chantons-an jeusqu'ai méneù .
Lé bone jan disire Dé Noei bé dévo ; Ma quant ai lé chantire, Ai n'aivein pa lé pié chau.
No, devan le feù , Po le meù , Chantons-an jeusqu'ai méneù
Dan lo froide chambrôte Lé none, an ce sain moi , Faute d'autre émusôte, Chante Noei queique foi.
No, devan le feù , Po le meù , Chantons-an jeusqu'ai méneù.
Lé prôve laivandeire, Au son de lo rullô,
Des chantres forts en gueule En entonnent aux carrefours.
Nous, devant le feu , Pour le mieux , Chantons-en jusqu'à minuit.
Les bergers, dans la grange Où grelottait le Poupon , Chantèrent à sa louange Des Noëls de tous les tons.
Nous, devant le feu , Pour le mieux , Chantons-en jusqu'à minuit.
Les bonnes gens dirent Des Noëls bien dévots ; Mais quand elles les chantèrent, Elles n'avaient pas les pieds chauds.
Nous, devant le feu , Pour le mieux , Chantons -en jusqu'à minuit.
Dans leur froide chambrette Les nonnes, en ce saint mois, Faute d'autre amusette, Chantent Noël quelquefois.
Nous, devant le feu , Pour le mieux , Chantons-en jusqu'à minuit.
Les pauvres lavandières, Au son de leur battoir,
1 48 • LA MONNoYh.
An chante ai lai riveire.
Lai tête au van , lé pié mô.
No, devan le feù , Po le meù , Chantons-an jeusqu'ai méneù.
Qui montre au feù se cueùsse, Trepille de chantai ; Qui sôtle dan se peùce, N'an di pa Noei si gai.
No, dcvan le feù , Po le meù, Chantons-an jeusqu'ai méneù.
NOEI IV
su l'ar : La Saint-Martin, etc.
Vive Noei !
Ç'àt éne bone fête :
J'en aivein métei :
Lucifar et ses écoussei ,f Aujodeù , graice ajlei , Boisse lai crête ; Du bonDei je devenon lé fraire; Po no randre gran , ai s'a randu peti Éne fanne contre no l'irriti , Éne autre fanne époise sai côlaire.
Le Fiermaman , Fai po l'Humain lignaige,
Ene faune contre no l'irnti , Ene attire fanne époise sai polaire, Page 148
En chantent à la rivière, La tête au vent, les pieds mouillés.
Nous , devant le feu , Pour le mieux , Chantons-en jusqu'à minuit.
Qui montre au feu ses cuisses , Trépigne de chanter ; Qui souffle dans ses pouces, N'en dit pas Noël si gai.
Nous, devant le feu, Pour le mieux , Chantons-en jusqu'à minuit.
NOËL IV
sua l'air : La Saint-Martin , etc.
Vive Noël !
C'est une bonne fête ; Nous en avions besoin :
Lucifer et ses acolytes Aujourd'hui, grâce à lui , Baissent la crête ; Du bon Dieu nous devenons les frères ; Pour nous rendre grands, il s'est rendu petit ; Une femme contre nous l'irrita, Une autre femme apaise sa colère.
Le Firmament, Fait pour l'Humain lignage,
ISO LA MONNOYE.
Li fu cependan , Depeù lai sôtise d'Àdan , Fromai quate mille an Et daivantaige; Ma dô qu'ai Noei lai poi jurée U remi le Moitre et lé Vaulô d'aicor, Dan le Cier on se prépari d'aibor, Ai nos y faire éne joyeuse antrée.
On retandi D'haute-lice nôvelle
Tô le Pairaidi ; L'Àrcainge Miche vargeti Lé meuble du Logi D'aivô ses aile; Ein autre épreti dé caquetore, Dé siège môlai por y bôtre de ran Lés àme de no bon vieu peire-gran Que Jésu vin tiré de lai bandore.
Ai dire vrai , Tô ce bon Patriàche, Sai, Lamai, Jarai, Mailaileai, Maithieusalai, Trôvire jeusque lai Dei bé riàche, Ai seconsôlein dan l'espérance, Me dire queicun ; ma je répon que, si Ai fure ansin tôjor lai san dormi, El ûre, ma foi , belle patiance.
Lui fut cependant, Depuis la sottise d'Adam, Fermé quatre mille ans Et davantage ; Mais dès qu'à Noël la paix jurée Eut remis le Maître et les Valets d'accord, Dans le Ciel on se prépara d'abord A nous y faire une joyeuse entrée.
On retendit De haute-lice nouvelle Tout le Paradis; L'Archange Michel vergeta Les meubles du Logis Avec ses ailes ; Un autre apprêta des caquetoires, Des sièges mollets pour y mettre par rang Les âmes de nos bons vieux pères-grands Que Jésus vint tirer de la prison {limbes).
A dire vrai ,
Tous ces bons Patriarches,
Seth , Lameth , Jared , Malaléel , Mathusalem , Trouvèrent jusques-là Dieu bien dur.
Ils se consolaient dans l'espérance , Me dira quelqu'un ; mais je réponds que, si Us furent ainsi toujours là sans dormir, Ils eurent, ma foi, belle patience.
JS2 LA MONNOYE.
No, quan lai Mor
Vénré graissé no bote, Je no feson for D'alai dans lai Céleste Cor, San raibô ni détor, Qui nos anrôte ; Je no détraipon du Précatoire, Et quan d'y géitai je coron queique hazar, Le padon de Monsieu sain Felebar No juche an ein vire-main dan lai gloire
NOEI Y Cf6 ûunntûige î>e la £oi k ©vaice
su L'An : Hélas ' hélas f saint Nicolas.
Ai mon grai, de tôte lé jouée
Lai pu daigne, c'a Noei ; Je n'airein ni Pàque san lei .
Ni Pantecùte dan l'année :
Ç'àt éne onte que Noei n'a
Le premei dan l'armana.
Ai tei jor, Jésu, de son Eglize,
Vin posai le fondeman :
Aidieu vo di , Vieu-Testaman ; Retire té cône, Mouise; (iraicc ai Noei tôt à chaingé. ...
Je li son ben obligé.
Nous, quand la Mort Viendra graisser nos bottes, Nous nous faisons fort D'aller dans la Céleste Cour, Sans ornières ni détours Qui nous embourbent; Nous nous débarrassons du Purgatoire, Et quand d'y gîter nous courons quelque chance , Le pardon de Monsieur saint Philibert Nous juche en un vire-main dans la gloire.
NOËL V
Ces ouontûgfô &e la £ot fo la ©race
sur l'air : Hélas .' hélas ! saint Nicolas.
A mon gré, de toutes les journées La plus digne, c'est Noël; Nous n'aurions ni Pâques sans lui, Ni Pentecôte dans l'année :
C'est une honte que Noël ne soit Le premier dans l'almanach.
À pareil jour, Jésus, de son Église, Vint poser le fondement :
Adieu vous dis, Vieux-Testament ; Retire tes cornes, Moïse ; Grâce à Noël tout est changé...
Nous lui sommes bien obligés.
Ki4 LA MONNOYE.
Prôve Jui, que tan de loi chargire,
Padei ! vos ure bon dô;
Le linceu dé noce, ché vo ,
At ein poin qui no fai bé rire ;
Ma, ché no, ç'àt ein poin de foi
Que croire vau meù que voi.
Vos ôfrein, po faire Dei bén aise, Su son autai dés eigneà, Tantô dé beu, tantô dé véà; El an coutô, ne vo déplaise :
Por no, san borse délié, Je dison dé Kyrie.
Eussein-vo dés anfan deu dôzène,
Vo lé mairie tretô ; Diantre 1 je ne son pa si fô ; Je feson no fille Campéne, Nos darei garçon Jaicôpin ,
Codelei, vou Capucin.
Ein goùisô, raice de Dieu maudite, Vo rogne, ein bou de lai peâ :
Su lé fon, por ein pechô d'eà, Nos autre Chrétien j'an son qui te Vaut-i pa meù voi l'eà colai, Que note san rigolai?
Vo n'aivé su vo taule cagôte Jaimoi ni lar ni boudin ; Su lé notre, dô lai TAssain , Ai fau voi corne le por trôte,
LES NOELS BOURGUIGNONS. l$S
Pauvres Juifs, que tantde lois chargèrent,
Pardieu ! vous eûtes bon dos ; Le linceul des noces, chez vous, Est un point qui nous fait bien rire ; Mais, chez nous, c'est un point de foi
Que croire vaut mieux que voir.
Vous offriez, pour faire Dieu bien aise,
Sur son autel des agneaux , Tantôt des bœufs, tantôt des veaux ; Il en coûtait, ne vous déplaise :
Pour nous, sans bourse délier,
Nous disons des Kyrie.
Eussiez-vous des enfants deux douzaines,
Vous les mariiez tous ; Diantre ! nous ne sommes pas si fous ; Nous faisons nos filles Religieuses , Nos derniers garçons Jacobins,
Cordeliers, ou Capucins.
Une serpette, race de Dieu maudite , Vous rogne un bout de la peau : Sur les fonts, pour un peu d'eau , Nous autres Chrétiens nous en sommes qui ttes . Vaut-il pas mieux voir l'eau couler, Que notre sang rigoler ?
Vous n'avez sur vos tables cagotes Jamais ni lard ni boudin ; Sur les nôtres, dès la Toussaint, Il faut voir comme le porc trotte ,
Janibion, cuti, saucisson ; Le vin n'an à que pu bon.
Vo n'ozé faire épro ni cuséne Tan que dure le Saibai :
No, le Dimainche, ai tor de brai, Je travaillon po lai bedaine; Les hâte, le pô, lé trépei , Sarve corne é jor ôvrei.
Ç'àt aissé, le maitin, d'oui messe ;
Campo le reste du tam :
Je no bâillon le passe-tam
De lai pèche, vou de lai chaisse,
De l'arbelaite, vou de l'ar,
Du tripô, vou du billar.
El à vrai que je prenon dé gainche
Bé grande, d'auquéne foi :
Vos an écode-t-on d'ein doi ,
Je velon l'aune tôte frainehe;
Trô r'à trô; de libre, ai lai fin ,
Je devenon libatin.
Si l'Églize àt éne boue moite, Devon-je, an anfan padu, No vantai que j'ai von randu Sai Loi dé troi quar pu ligeire?. ..
Gaire qu'ein jor l'Àingo de Doi Ne no trôve bé lit;»! !
Gaire qu'ein jor l'Ainge de Dei Ne do IrAve bé figei :
Page 156.
Jambon, côtelettes, saucisson ; Le vin n'en est que meilleur.
Vous n'osez faire apprêts ni cuisine
Tant que dure le Sabat :
Nous, le Dimanche, à tour de bras , Nous travaillons pour la bedaine ; Les broches, les pots, les trépieds,
Servent comme aux jours ouvriers.
C'est assez, le matin, d'ouïr messe ;
Congé le reste du temps :
Nous nous donnons le passe-temps De la pêche, ou de la chasse , De l'arbalète, ou de l'arc ,
Du tripot, ou du billard.
Il est vrai que nous prenons des licences
Bien grandes, d'aucunes fois :
Nous en accorde-t-on d'un doigt , Nous voulons l'aune toute franche ; Trop r'est trop ; de libres, à la fin ,
Nous devenons libertins.
Si l'Église est une bonne mère ,
Devons-nous, en enfants perdus , Nous vanter d'avoir rendu Sa Loi des trois quarts plus légère?. . . Gare qu'un jour l'Ange de Dieu Ne nous trouve bien légers!
EPOLOGIE DE NOEI
ne lai Kouiôte et «lu ■ nu».
CHANSON
su l'ar : Le Démon malicieux et fin.
Noei vén ; j'aivon criai si for
Qu'ai lai fin le veci de retor.
Mes hairai s'étande que lai suche Lo pisseré dé preneà, dé maron ;
Le gran poin, ç'à qu'ai fau qu'i m'épluche Po récuré tante mon chauderon.
Ai Noei je n'y manque jaimoi.
Celai fai, j'en ai po quate moi,
Vou po troi, quan pu tô j'aivon Pàque : An récuron je ne fai pas gran frai ;
Deu foi l'an, au Peire Jan vou Jaque, De mé fredéno y pote le paquai.
Plaît ai Dieu qu'ici po confesseu
Je n'aivon le Peire Le Vasseu !
É genon de sai grosse figure Je poterein no fadeà libreman ;
Ce seroo, ai voi son écarure , Ein confesseu bé large, seureman.
Ce n'a pa que j'au è gran besoin ; Dei marci! je pejche beàcô moin