‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 50 sur 92 · APOLOGIE DES NOELS · texte numérisé non relu

APOLOGIE DES NOELS

De la noulotte et du Tillot.

CHANSON

sua l'air : Le Démon malicieux et fin.

Noël vient ; nous avons crié si fort

Qu'à la fin le voici de retour.

Mes enfants s'attendent que la suche Leur pissera des pruneaux, des marrons :

Le grand point, c'est qu'il fautque je m'épluche Pour écurer tantôt mon chaudron.

A Noël je n'y manque jamais.

Cela fait, j'en ai pour quatre mois,

Ou pour trois, quand plus tôt nous avons Pâques : Kn lavette je ne fais pas grand frais;

Deux fois l'an, au Père Jean ou Jacques, De mes fredaines je porte le paquet.

Plût à Dieu qu'ici pour confesseur

Nous eussions le Père Le Vasseur !

Aux genoux de sa grosse figure Nous porterions nos fardeaux librement ;

Ce serait, à voir sa carrure, Un confesseur bien large, sûrement.

Ce n'est pas que j'en aie grand besoin ; Dieu merci ! je pèche beaucoup moins

Qu'autrefoi, quan l'humeur fringucnellc, Corne ai Davi (1) , me gonflé le rognon :

Aujo deu , de jeune pimprenelle Me dirent : « voiiei » , que je répondre : « non. »

Ma, pranture, on croire qui devrô Bôtre au ran dé peiché lé pu grô Mé Noei, trô gai po lai maiteire ;

Ansin le cru le bon home Maignié.

Contre lor ai disi raige en cheire;

Celai lé fi ranchéri de mitié.

Lai Sarbone aitô veli depeù

An jugé, ma n'an jugi pa meù.

Quei pidié de voi tan de sôtane Contre ein ruchô si for se démenai !

C'étô lai le cà de choisi Beàne Por y logé tei qui m'é condannai.

« Vo trôvé, messieu lé dangreignar, Mé Noei, dite-vo, trô gaillar : »

Ai celai, j'ai deu chose ai vo dire»

Vou qu'ai lé fau tretô faire an franeoi , Vou qu'ai fau no parmaitre d'y rire,

No parmaitan de lé faire en patoi.

Le notre à tô prôpe ai réjoui, Quan su tô, po li baillé le boûi, J'y maiton quoique chose qui pique :

Ein grain de soi por iqui, por ilai.

(1) Pa. xxxvii.

Qu'autrefois, quand l'humeur fringante, Comme à David , me gonflait le rognon :

Aujourd'hui, de jeunes évaporées Me diraient : « oui » , que je répondrais : « non . »

Mais, peut-être, on croira que je devrais Mettre au rang des péchés les plus gros Mes Noëls, trop gais pour la matière ;

Ainsi le crut le bonhomme Magnien.

Contre eux il dit rage en chaire ;

Cela les fit renchérir de moitié.

La Sorbonne aussi voulut depuis

En juger, mais n'en jugea pas mieux.

Quelle pitié de voir tant de soutanes Contre un roquet si fort se démener !

C'était là le cas de choisir Beaune Pour y loger tel qui m'a condamné.

« Vous trouvez, messieurs les grondeurs, Mes Noëls, dites-vous, trop gaillards : » A cela j'ai deux choses à vous dire :

Ou qu'il les faut tous faire en français, Ou qu'il faut nous permettre d'y rire,

Nous permettant de les faire en patois.

Le nôtre est tout propre à réjouir, Quand surtout, pour lui donner l'assaisonnement , Nous y mettons quelque chose qui pique : Un grain de sel par-ci , par-là.

IÛ2 LA MONNOYE.

Vu saivé que le prôvarbe antique, Palan de no, di : « Borguignon salai. »

J'ai l'honeur, franBarôzai qu'i seù,

D'aivoi fai mes étude en bon leù.

Dô l'instan que j'u lai mareneire, Corne i jazè, que j'étô révaillé,

Chaingenai, le cousin de mon peire, Qui vi celai, me prin por écôlié.

Ce gran clar, qu'on vante aivô raison ,

M'éluchi paiz-aise an sai moison.

Vé son feù, dan lai Sainte-Ecriture, Ai me fesô lire, au soir, an hyvar.

El éto pouaite de naiture, Et po gaussai n'airé jaimoi son par.

De lai vén que mé var son badin.

Tôte foi ce n'a qu'ai bone fin ;

An risan, j'y laive é jan lai tête.

Raillé sier bé, quant on raille ai prôpô :

Dan lai Bible on voi que lé Prôféte Et le bon Dei lu-moime raille aitô.

Dei le Peire, an l'aifaire d'Adam, Étô greigne, et le railli potan, Quant ai vi que ce maingeu de pome

Se tenô lai, devan lu, tô penau : « Le vêlai, fesi-t-i, ce daigne home,

Devenu Dei voireman corne no ! (1) »

(I) Gen. m, 22.

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