‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 53 sur 92 · LES NOELS BOURGUIGNONS. 1G · texte numérisé non relu

LES NOELS BOURGUIGNONS. 1G

Bien loin donc, pour mes Noëls, là-haut, D'avoir peur que Dieu me veuille mal , Au contraire, je crois, sans nul doute,

Quand il serait d'autre part fâché , Tout d'abord qu'il chanterait Blaizotte ,

Qu'il ne pourrait de rire s'empêcher.

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En dialogue sur le passage de Monseigneur le Duc de Bourgogne à Dijon, le SI septembre lî©<*

Entre Brunette et Gros- Jean.

BRUNETTE

— Qu'as-tu, Gros- Jean? quelle folie

Te fait gambader?

GROS-JEAN

— Pardieu ! jamais de ma vie

Je ne fus si gai,

Je ne fus si gai, Brunette,

Je ne fus si gai.

BRUNETTE

— N'en puis-je savoir la cause?

GRO-JAN

— Voùei-dà , lai veci :

Je vén de Loùi-Quatôze

Voi le Peti-Fi , Voi le Peti-Fi , Breùgnette,

Voi le Peti-Fi ,

J'ai vu passai dan sai cheire Ce jeune soudar ;

Son Saint-Espri de pousseire.

Été tô côvar,

Étô tô côvar, Breùgnette, Étô tô côvar,

Àutor de lu lé fanfare , Lé tambor bruein.

Àncor adan de lai garre , Ses eùille épluein,

Ses eùille épluein , Breùgnette, Ses eùille épluein.

BREUGNETTE.

— Vén-t-i de baillé lai cbaisse

Ai nos annemin ?

GRO-JAN

— Ai vén de parre éne plaice

Dessu l'Aulemain , Dessu l'Aulemain , Breùgnette.

Dessu l'Aulemain BREUGNETTE.

— El é don lai sarre bone?

GROS-JEAN

— Oui-dà, la voici :

Je viens de Louis-Quatorze Voir le Petit-Fils, Voir le Petit-Tils, Brunette, Voirie Petit-Fils.

J'ai vu passer dans sa chaise

Ce jeune soldat ; Son Saint-Esprit de poussière

Était tout couvert , Était tout couvert, Brunette,

Était tout couvert.

Autour de lui les fanfares,

Les tambours bruyaient.

Encore ardents de la guerre,

Ses yeux étincelaient , Ses yeux étincelaient, Brunette,

Ses yeux étincelaient.

BRUNETTE

— Vient-il de donner la chasse

A nos ennemis ?

GROS-JEAN

— Il vient de prendre une place

Sur l'Allemand ,

Sur l'Allemand, Brunette,

Sur l'Allemand.

BRUNETTE

— lia donc la serre bonne ?

GRO-JAN

— Oh ! je t'an répon :

Ç'à de lai raice Borbone Un daigne borjon , Un daigne borjon , Breùgnette, Un daigne borjon.

Por son cô d'essai, le Peire

Gripi Felisbor ; Ma qui porrô du Gran-Peire

Contai lé bon tor, Contai lé bon tor, Breùgnette,

Contai lé bon tor ?

An fai de parre dé ville , C'a dé moître ôvrei :

Celai lo vén de famille ; El anfonmétei,

El an fon métei , Breùgnette , El an fon métei.

Le bon ç'à qu'ai vo lé préne

Tôjor au galô ; Je vêlai qu'an deu seméne

Brisac àt éclô.

Brisac àt éclô, Breùgnette,

Brissac àt éclô.

Traize jor de pétarade L'on mi su lé dan, Lu qui fi tète ai Veimade

GROS-JEAN

— Ho ! je t'en réponds ; C'est de la race Bourbonne

Un digne bourgeon ,

Un digne bourgeon, Brunette,

Un digne bourgeon.

Pour son coup d*essai, le Père

Grippa Philisbourg ; Mais qui pourrait du Grand-Père

Conter les bons tours, Conter les bons tours, Brunette,

Conter les bons tours.

En fait de prendre des villes , Ce sont de maîtres ouvriers ;

Cela leur vient de famille ; Ils en font métier,

Ils en font métier, Brunette, Ils en font métier.

Le bon c'est qu'ils vous les prennent

Toujours au galop ; Voilà qu'en deux semaines

Brissac est hors de défense, Brissac est hors de défense, Brunette.

Brissac est hors de défense.

Treize jours de pétarade

L'ont mis sur les dents, Lui qui fit tête à Weimar

172 LA MONNOYK.

Quate moi duran , Quate moi duran, Breùgnette, Quate moi duran.

Graice au Duque de Bregogne, L'Autriche, bé tô,

Aire dedan sai quelogne Pu d'euvre que no,

Pu d'euvre que no, Breùgnette, Pu d'euvre que no.

Ai nos é de l'Aulemaigne Mi lai clar en main ;

Ai son retor on l'éreigne To po lé chemin,

To po lé chemin, Breùgnette, To po lé chemin.

El é velu , le bon Prince ,

Passai po Dijon, Po l'aimor de lai Province,

D'où li vén son nom, D'où li vén son nom, Breùgnette,

D'où li vén son nom.

BREUGNETTE.

— An bon leù, po lai daignée,'

Ai s'àt érétai .

GRO-JAti.

— El é, morguienne, u bon née:

Ai s'a bé geitai ,

Quatre mois durant,

Quatre mois durant, Brunette,

Quatre mois durant.

Grâce au Duc de Bourgogne,

L'Autriche, bientôt, Aura à sa quenouille

Plus d'œuvre que nous, Plus d'œuvre que nous, Brunette,

Plus d'œuvre que nous.

Il nous a de l'Allemagne

Mis la clef en main ; A son retour on le fête

Tout par les chemins, Tout par les chemins, Brunette,

Tout par les chemins.

11 a voulu, le bon Prince,

Passer par Dijon , Pour l'amour de la Province

D'où lui vient son nom, D'où lui vient son nom, Brunette,

D'où lui vient son nom.

BRUNETTE

— En bon lieu, pour la dinée,

Il s'est arrêté.

GROS-JEAN

— Il a, morguenne, eu bon nez :

Il s'est bien gîté,

Ai s'a bé geitai, Breùgnette, Ai s'a bé geitai.

Lai taulo à dé'meù garnie Ché monsieu Farran .

Qui n'é vu celai , jarnie, N'é vu jaimoi ran,

N'é vu jaimoi ran, Breùgnette, N'é vu jaimoi ran.

BREUGNETTE.

— Queman lai, maugrai légade,

T'é-tu pu forrai?

GRO-JAN

— Ein grivoi de lai brigade

M'é fai jarre antrai , M'é fai jarre entrai, Breùgnette, M'é fai jarre antrai.

J'u d'aibor les ébrelùe,

Yoyan lé baissin , Vaisselle grosse et menue

D'or et d'arjan fin , D'or et d'arjan fin, Breùgnette,

D'or et d'arjan fin.

Le Prince étan dan sai plaice , Monsieu l'Intandan

É fai de tré-bone graice L'écùé trainchan,

L'écùé trainchan, Breùgnette, L'écùé trainchan.

Il s'est bien gîté, Brunette , Il s'est bien gîté.

La table est des mieux garnies

Chez monsieur Ferrand.

Qui n'a vu cela, jami,

N'a vu jamais rien, N'a vu jamais rien, Brunette,

N'a vu jamais rien.

BRUNETTE

— Comment là, malgré les gardes,

T'es-tu pu fourrer?

GROS-JEAN

— Un grivois de la brigade

M'a fait jà entrer,

M'a fait jà entrer, Brunette,

M'a fait jà entrer.

J'eus d'abord la berlue,

Voyant les bassins, Vaisselle grosse et menue

D'or et d'argent fin , D'or et d'argent fin, Brunette,

D'or et d'argent fin.

Le Prince étant à sa place,

Monsieur l'Intendant À fait de très-bonne grâce

L'écuyer tranchant, L'écuyer tranchant, Brunette,

L'écuyer tranchant.

J'ai vu lai dé trutte ai force,

Ma poin de paidri.

Et porquei, diré-tu? Porce

Qu'hier c'étô jeudi, Qu'hier c'étè jeudi, Breùgnette,

Qu'hier c'étô jeudi.

Le Duque an tô catôlique,

Jusqu'an se repà, Léjor moigre, pique-nique,

Ne veu poin de grà, Ne veu poin de grà, Breùgnette,

Ne veu poin de grà.

Grande n'a pa lai corvée.

Feussei-je tenu De faire tôte l'année

Moigre corne lu , Moigre corne lu, Breùgnette,

Moigre corne lu!

Du poisson venu de Sône, Vou de bé pu loin ;

Dé gran brochai Ion d'éne. aune Montrein lai lo groin,

Montrein lai lo groin, Breùgnette, Montrein lai lo groin.

Ai semblé qu'ai ce passeigv.

Lé pu grô feussein Députai po randre hômeige

Au Fi du Dautin,

J'ai vu là des truites à force, Mais point de perdrix.

Et pourquoi, diras-tu? Parce

Qu'hier c'était jeudi, Qu'hier c'était jeudi, Brunette, Qu'hier c'était jeudi.

Le Duc, en tout catholique,

Jusqu'en ses repas , Les jours maigres, rie à rie,

Ne veut point de gras, Ne veut point de gras, Brunette ,

Ne veut point de gras.

Grande n'est pas la corvée.

Fussé-je tenu De faire toute l'année

Maigre comme lui , Maigre comme lui, Brunette,

Maigre comme lui.

Du poisson venu de Saône,

Ou de bien plus loin ; De grands brochets longs d'une aune

Montraient là leur groin, Montraient là leur groin, Brunette,

Montraient là leur groin.

Il semblait qu'à ce passage,

Les plus gros fussent Députés pour rendre hommage

Au Fils du Dauphin,

178 LA MONNOYK.

Au Fi du Daufîu, Breùgnette, Au Fi du Daufin.

L'ombre, lai parche, lai lôte, Moi me un saumon frai,

Qui s'étô dans l'eà douçôte Laissé parrc esprai,

Laissé parre esprai, Breùgnette, Laissé parre esprai.

Au reste, éne chose étrainge, Le Prince Borbon,

Tô corne no, quant ai maingc, Branne le manton,

Branne le manton, Breùgnette, Branne le manton.

Ai bu, non pas dé razade,

Ma de joli cô, Et tan qu'ai bu, je pri gade

Qu'ai ne disô mô, Qu'ai ne disô mô, Breùgnette,

Qu'ai ne disô mô.

Lai pitainche étô diveigne ;

Dô qu'el an tàti , Lochan troi foi se babeîgne :

« El à bon, ti-t-i, El à bon, fi-t-i, Breùgnette,

El à bon, ti-t-i.

Au Fils du Dauphin, Brunette, Au Fils du Dauphin.

L'ombre, la perche, la lote, Même un saumon frais, Qui s'était dans l'eau doucette

Laissé prendre exprès, Laissé prendre exprès, Brunette, Laissé prendre exprès.

Au reste, une chose étrange,

Le Prince Bourbon , Tout comme nous, quand il mange,

Branle le menton, Branle le menton, Brunette,

Branle le menton.

Il but, non pas des rasades,

Mais de jolis coups, Et tant qu'il but, je pris garde

Qu'il ne disait mot, Qu'il ne disait mot, Brunette,

Qu'il ne disait mot.

La boisson était divine ;

Dès qu'il en tâta, Léchant trois fois ses babines :

« Il est bon, fît— il, Il est bon, fit-il , Brunette,

Il est bon, fit-il.

« A-ce du Cier que tei màne É plu su Dijon ? »

— « Ç'à de Saivigny, vé Beàne,

Li répondi t-on, Li répondi-t-on , Breùgnette, Li répondi-t-on.

« Ç'à du clô de ce deigne home Monsieu Demigieu. »

— a Moi, disi-t-i, je le nome

Monsieu Demidieu, Monsieu Demidieu, Breùgnette, Monsieu Demidieu. »

Le Duque soti de taule

An disan celai.

Jaimoi Prince de lai Gaule

É-t-i meù palai , É-t-i meù palai, Breùgnette,

É-t-i meù palai?

Aidon, de treufe choisie, Maidaime Farran

Vin d'éne façon polie Li faire prezan ,

Li faire prezan, Breùgnette, Li faire prezan .

An biaude violette ,

Note Maigistra Li fi d'épeigne-veignetlr

Kin don délica,

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