‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 56 sur 92 · I. NOËL NOUVEAU · texte numérisé non relu

I. NOËL NOUVEAU

scr l'air : De Joconde.

THOMAS

Hé bien ! dis donc, mon Gros- Jeannot,

Es-tu toujours si bête, De croire que Jésus pour nous

N'ait point penché la tête ?

Tu n'as donc point un brin de foi ?

Mon Gros-Jeannot, prends garde ! Je ne répondrais pas de toi :

Le Diable te regarde.

GROS-JEAXNOT.

Je n'ai jamais compris cela :

Un Dieu mourir sur terre !

Du Ciel faut qu'il soit descendu...

Peux-tu bien le comprendre?

THOMAS

Je le comprends du premier coup ;

Ce n'est point difficile :

Ne le voyons-nous pas tous

Écrit dans l'Évangile ?

GROS-JEANNOT

C'est un papier blanc mâchuré, Qui dit cela, sans doute ;

Ma jaimoi l'eûille ne lirai Voù l'espri ne voi gôte.

Vrà ! i faurô qu'ai t'eusse fù, Qu'ai no cogneusse garre,

Por que Jésu veigne po no Borgé son san su tarre.

TOMA

— Ma, bé vràman ! c'a lai raizon

Qui fai belle l'histoire :

Dei, po no, quittai sai moizon !

N'à-ce poin méritoire ?

N'à-ce poin faire meù que no,

Cœu dur voù tô se jaule?

Ai no proche an meuran... Jan6,

Quei bon moitre d'école S

GRO-JAXO.

— C'a celai qui, tô jeusteman ,

Ran mai tête ébouïe :

I croi le bon Dieu trô saivan

Po teile étôderie.

De no, brigan, grelu, pandar,

ïô daigne de lai code, Lu parre le vizaige et l'ai* ?. . .

Gran Dei ! misaricode !

TOMA

— Et c'a potan ce qu'el ai fai ;

T'é beà charchai maglice.

GRO-JANO.

— Qu'aurô t-i gaigné ai celai ?

Mais jamais l'œil ne lira

Où l'esprit ne voit goutte.

Vrai ! il faudrait qu'il fût fou ,

Qu'il ne nous connût guère, Pour que Jésus vînt pour nous

Yerser son sang sur terre. THOMAS.

Mais, bien vraiment ! c'est la raison

Qui fait belle l'histoire :

Dieu, pour nous, quitter sa maison !

N'est-ce point méritoire ?

N'est-ce point faire mieux que nous,

Cœurs durs où tout se gèle ?

1 1 nous prêche en mourant . . . Jeannot,

Quel bon maître d'école !

f.ROS-JEANXOT.

C'est cela qui, tout justement,

Rend ma tète ébahie :

Je crois le bon Dieu trop savant

Pour telle étourderie.

De nous, brigands, misérables, pendards,

Tous dignes de la corde, Lui prendre le visage et l'air?...

Grand Dieu ! miséricorde ! '

THOMAS

Et c'est pourtant ce qu'il a fait ;

Tu as beau chercher malice.

GROS-JEANNOT

Qu'aurait-il gagné à cela ?

N'aivon-je pu de vice ?

Glaudô s'an vai eori lai neù ;

Jérôme bai sai fanne...

TOMA

— Ma no?

GRO-JANO.

— Lu , antei po no deu ?.. ,

C'a beàcô, ce me sanne.

TOMA

— Quant i di po no deu , Janô ,

C'a faiçon de langaige ; C'a po no, et peu pa po no,

Po lé saige et maussaige.

Son san fi po le genre-humén

Éne imanse buie.

GRO-JANO.

— An é-t-i bé laivé... no main ?

Lai chose à prou sutie !

TOMA

— Acoute, Janô, t'é bringue.

Le Diale é tai corée.

6R0-JAN0

— Fau don qu'an mai tête, ai ton gré,

Lai chose sô forée ?

Bé ! ma tu convinra, gaiçon,

Et c'a ce qui me dàne, Que Jésu padi son saivon

Ai récuré ses àne.

N'avons-nous plus de vices?

Claude s'en va courir la nuit ?

Jérôme bat sa femme...

THOMAS

Mais nous ?

GROS-JEANNOT

— Lui, entier pour nous deux?..

C'est beaucoup, ce me semble.

THOMAS

Quand je dis pour nous deux, Jeannot,

C'est façon de langage ; C'est pour nous , et puis pas pour nous ,

Pour les sages et mal-sages.

Son sang fit pour le genre humain

Une immense lessive.

GROS-JEANNOT

En a-t-il bien lavé... nos mains?

La chose est assez subtile !

THOMAS

Écoute, Jeannot, tu as bu :

Le Diable a ta corée.

GROS-JEANNOT

Il faut donc qu'en ma tète, à ton gré,

La chose soit fourrée ?

Bien ! Mais tu conviendras , garçon ,

Et c'est ce qui me damne, Que Jésus perdit son savon

A écurer ses ânes.

192 LA MONNOYK.

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