III. NOEI NOVEA
su i.'ar : // était une brunelte, qui tant belle était.
Quei ! fillôte, ancor breussée
Quan le jor ai lu?
Vos été bén aivancée !
Vo n'aivé ran vu !
Vo n'aivé ran vu, fillôte,
Vo n'aivé ran vu!
Peu-t-on bén ansin, Jaicôte,
Et toi , Madelon , Restai , quand le sôlô trôte,
Couché tou du Ion ?
Couché tou du Ion , fillôte, Couché tou du Ion?
Tandis que no et nos home,
Au cou de méneù , J'aivon tô étai voi corne
No veignai un Dieu , No veignai un Dieu , fillôte,
No veignai un Dieu.
Vouei , un Dieu qu'on nos anviu
Del hau Fiermaman , Po poyé l'étôderie
De lai gran-mamman , De lai gran-mamman , fillôte,
De lai gran-mamman .
ffl. NOËL NOUVEAU
sur l'air : // était une brunette, qui tant belle était.
Quoi ! fillettes, encore bercées
Quand le jour a lui?
Vous êtes bien avancées !
Vous n'avez rien vu !
Vous n'avez rien vu , fillettes,
Vous n'avez rien vu 1
Peut-on bien ainsi, Jacquotte,
Et toi , Madelon , Rester, quand le soleil trotte,
Couchée tout du long?
Couchée tout du long, fillettes,
Couchée tout du long?
Tandis que nous et nos hommes,
Au coup de minuit, Nous avons tous été voir comme
Nous venait un Dieu , Nous venait un Dieu , fillettes,
Nous venait un Dieu.
Oui , un Dieu qu'on nous envoie
Du haut Firmament.
Pour payer l'étourderie
De la grand'maman ( Eve ), De la grand'maman , fillettes,
De la grand'maman.
D'aiboreine étoile étrainge
Relus dans Par; Et peu j'oûire lés Ainge
Fezan un conçar, Fezan un conçar, fi Hôte,
Fezan un conçar.
Aidon : « Fanne, di Guillaume,
Su ! ai bà du lei !
Sous ein autre étoi de chaume
Fau nos an alai, Faut nos an alai, fillôte,
Fau nos an alai. »
Et peu , choupan au passeige
Tô no bon aimin , J'aivon d'ein bé gran coraige
Pri note chemin, Pri note chemin , fillôte,
Pri note chemin.
An ran de tam j'airivire
Dan un vrà taudi , Taudi que lés Ainge dire
Note Pairaidi, Note Pairaidi , fillôte,
Note Pairaidi.
Lai , je treuvire eine Mère,
Qui tan belle étô, Qu'on airô di lai prémeire
De (jué(|uecheitau,
D'àibor eine éloilc étrainpe
Iteluzi dan l'ar...
El peu , rlioupan au passei: i
Ti'i no bon aimin. .
! Page -200.)
D'abord une étoile étrange
Reluit dans l'air, Et puis nous entendîmes les Anges
Faisant un concert, Faisant un concert, fillettes,
Faisant un concert.
Alors : « Femme, dit Guillaume,
Sus ! à bas du lit !
Sous un autre toit de chaume
Faut nous en aller, Faut nous en aller, fillettes,
Faut nous en aller. »
Et puis, appelant au passage
Tous nos bons amis, Nous avons d'un bien grand courage
Pris notre chemin , Pris notre chemin , fillettes,
Pris notre chemin.
En rien de temps nous arrivâmes
Dans un vrai taudis, Taudis que les Anges dirent
Notre Paradis, Notre Paradis, fillettes,
Notre Paradis.
Là, nous trouvâmes une Mère
Qui tant belle était, Qu'on aurait dit la première
De quelque château ,
De quéquc cheitau fillôtc, De quéque cheitau.
Je di çai por sai feigurc ;
Car po ses haibi , Las ! ai laissein lai froidure
Bé dru l'angôdi !
Bé dru l'angôdi , fillôte,
Bé dru l'angôdi !
Po darrei, su lai leiteire,
Un bé genti vieu Se tenô, qui n'airô gueire
Pu l'échaufai meù , Pu l'échaufai meù , fillôte,
Pu l'échaufai meù.
J'on bén ancor vu lés cône D'un beu grivaulai ,
Et peu lés auraille jaune D'ein roussin paulai ,
D'ein roussin paulai , fillôte, D'ein roussin paulai...
Ma, mé fillôte, i vo caiche
Tô le suparflu :
Bôton nos eùille ai lai Creiche;
Fau palai de Lu, • Fau palai de Lu, fillôte,
Fau palai de Lu.
Le veci dessu sai paille, Tei qu'el à venu :
De quelque château , fillettes, De quelque château.
Je dis ça pour sa figure ;
Car pour ses habits, Las ! ils laissaient la froidure
Bien dru l'engourdir!
Bien dru l'engourdir, fillettes,
Bien dru l'engourdir !
Par derrière, sur la litière,
Un bien gentil vieux Se tenait, qui n'aurait guère
Pu l'échauffer mieux , Pu l'échauffer mieux , fillettes,
Pu l'échauffer mieux.
Nous avons bien encore vu les cornes
D'un bœuf taché de gris, Et puis les oreilles jaunes
D'un roussin pelé, D'un roussin pelé, fillettes,
D'un roussin pelé...
Mais, mes fillettes, je vous cache
Tout le superflu :
Jetons nos yeux sur la Crèche;
Faut parler de Lui , Faut parler de Lui, fillettes,
Faut parler de Lui.
Le voilà sur sa paille, Tel qu'il est venu:
C'a qu'el à, vaille que vaille,
Assai beà tô nu , Assai beà tô nu, fillôte,
Assai beà tô nu.
Ne voi-t-on pa ai sai meigne
Qu'el à tô divin?
Tô prè qu'ein autre anfan veigne.
Ç'à l'eà et le vin , Ç'à l'eà et le vin , fillôte,
Ç'à l'eà et le vin.
Que vos é padu , maussaige,
De n'y poin véni !
Vos airein vu son corsaige
Et son fron béni , Et son fron béni , fillôte,
Et son fron béni.
Et de sai boucôte sainte
Ai vos u criai Queique béreigne complainte
Po vo naitoyai , Po vo naitoyai , fillôte,
Po vo naitoyai.
Tandi que de vo couchôte
Restan dan lé dra , Vo demeurai dan lai crôte...
Çai vos éprarra !
Çai vos éprarra, fillôte,
Çai vos éprarra !
C'est qu'il est, vaille que vaille,
Assez beau tout nu , Assez beau tout nu , fillettes,
Assez beau tout nu.
Ne voit-on pas à sa mine
Qu'il est tout divin?
Tout près qu'un autre enfant vienne.. .
C'est l'eau et le vin, C'est l'eau et le vin, fillettes,
C'est l'eau et le vin.
Que vous avez perdu , mal-sages,
De n'y point venir J Vous auriez vu son corsage
Et son front béni, Et son front béni , fillettes,
Et son front béni.
Et de sa bouchette sainte
Il vous eût crié Quelque bénigne complainte
Pour vous nettoyer, Pour vous nettoyer, fillettes,
Pour vous nettoyer.
Tandis que de vos couchettes
Restant dans les draps, Vous demeurez dans la crotte...
Ça vous apprendra !
Ça vous apprendra, fillettes,
Ça vous apprendra !
Nous avions envie de faire entrer dans cet Appendice deux ou trois Nocls patois du chanoine La Charnue, dont La Monnoye parle aux mots Baitan et Étoi de son Glossaire. Mais nous les avons trouves si plats, ils justifient si bien le jeu de mots fuit sur leur titre, que nous aurions regret de vous faire perdre la moindre parcelle de temps à les lire. Cependant, pour détourner de nous le reproche fait à je ne sais plus quel annotateur, de se tirer d'un mauvais pas
iijctfas pars au baytaxj
su l'ar : Quan depey soo de lai gare .'
Te vequy bé, Lucyfar, Enchénay dedan lanfar!
Tu ney gàde den soty.
Aytoo-tu ayssé suty De regymbay ay ton moytre?
Te vequy bén ésoty!
Tu è lay cause du dam
De note bon peyre Adam.
Ma te vequy pryn san var :
Tu é du boo por lyvar.
Bou, bou, bou dan lay chaudayiv,
Dan lay chaudayre dan far.
Y no môquon bé de toy :
Dey té my en désarroy.
Tu fesoo lou fyolan , Bé pu mcychan que Rôlan ; Dree aygàlou pôvre syre:
Ayl à pryn dan lou baytan!
par une gasconnade, et d'affirmer une chose sur la simple parole d'un autre; en un mot, pour ne pas vous laisser croire que nous passons sous silence ce que nous ne possédons pas, nous allons vous citer quelques fragments des couplets du second Noël, de celui qui, donnant son titre au recueil , doit nécessairement en être la pièce la plus saillante:
Luciras pris au tsesiîcset
sur l'air : Qu'en dépit toit de la guerre !
Te voilà bien , Lucifer,
Enchaîné dans l'Enfer !
Tu n'as garde d'en sortir.
Étais-tu assez subtil
De regimber contre ton maître?
Te voilà bien abrité!
Tu es la cause du dam
De notre bon père Adam.
Mais te voilà pris sans vert:
Tu as du bois pour l'hiver.
Bous, bous, bous dans la chaudière,
Dans la chaudière d'Enfer.
Nous nous moquons bien de toi :
Dieu t'a mis en désarroi.
Tu faisais le fanfaron ,
Bien plus méchant que Roland ;...
Voyez donc le pauvre sire :
Il est pris dans le battant !
Y ne craygnon don pu ran.
Jayvon yn for bon gayran ; Caa Jesu, quy a venu Dedan ce monde tô nu , Ay veen parre no myseyre :
Quay soo de tô requenu!
Ce Solo nà pa meussay, Quey quay soo menu senay ; Ayl à yquy pôvreman , Su du foin tan seuleman , Dan éne meychante Étaule, San baygue ny bylleman.
Peu que çaa ay ce sayn jor Quayl ay por no tan daymor, Aulon ay confessyon; Aypray y le recevron.
Quay no padône no faute ; Jaymoy ny retoneron.
Quy ne syn pa yntady Dantray dan son Payraydy ; Et qualor quy patyron Du monde, et quan sotyron , Quay faysse antray sou se vote Tô lé pôvre vygneron !
Voilà le chef-d'œuvre du recueil ! Jugez par-là des autres Nocls ! — Lo cher chanoine esl 1res drôle, surtout avec ses suppressions d'aposlrophes et son étonnante multiplicité d'y. — Et encore, si les sept couplets que nous venons de citer étaient intégralement de lui.
Nous ne craignons donc plus rien.
Nous avons un fort bon garant.
Car Jésus, qui est venu
Dans ce monde tout nu ,
Y vient prendre nos misères :
Qu'il soit de tous reconnu !
Ce Soleil n'est pas couché, Quoiqu'il soit minuit sonné; Il est là pauvrement , Sur du foin seulement , Dans une méchante Étable, Sans nippes ni liens.
Puisque c'est en ce saint jour Qu'il a pour nous tant d'amour, Allons à confesse, Après nous le recevrons.
Qu'il nous pardonne nos fautes; Jamais nous n'y retournerons.
Que nous ne soyons pas interdits D'entrer dans son Paradis; Et qu'alors que nous partirons Du monde, et que nous en sortirons, Qu'il fasse entrer sous ses voûtes Tous les pauvres vignerons !
quelque peu qu'ils valussent ! Mais, pas du lout. Comparez le troisième, le quatrième et le cinquième avec celui-ci, tiré d'un Noël qui ne vaut guère mieux, par parenthèse, mais qui a au moin« le mérite d'être venu le premier :
La nalurc estoit en dèsarroy, Sans l'assistance de ce roy,
Qui ( chose est étrange ! ) Est venu ,
Comme un pauvre tout nud ,
Naistre dans une grange.
Il y a là-dedans, n'est-ce pas, certains airs de famille un peu incontestables? Et si l'on feuilletait tous ces recueils oubliés de Noëls vulgaires et informes, nous vous garantissons qu'on y remarquerait plus d'une ressemblance pareille. — Il n'a fait, dans tout son volume, offert par une sotte dédicace à S. A. R Mademoiselle, il n'a fait, disons-nous, que mettre en vers moins fautifs les lieux communs et les platitudes dont fourmillent les recueils cités plus haut, et que l'on ne peut pas même comparer, pour le mérite littéraire, à ces chansons étonnantes de mesure et de rimes que débitent nos joueurs actuels d'orgues de Barbarie.
(Cela dit sans attaquer la haute valeur archéologique du Chant populaire et du Noël, intéressants à de si nombreux points de vue.)
Nous ne voulons pas clore cet Appendice sans rapporter deux Couplets , que nous trouvons dans une petite édition in-32 des Noëls de Gui Barôzai, et qu'on lui attribue. Nous nous permettons d'élever un doute sur l'authenticité de ces deux Couplets, malgré ce que dit la Note qui les précède, et que nous reproduisons, parce qu'elle donne un exemple de cette modestie d'anonyme, qui ne vise tout simplement qu'à faire passer, comme étant du maître, un méchant pastiche de l'écolier.
Voici cette Note et ces deux Couplets :
« Il y a apparence que l'auteur de ces Noëls n'a pas jugé dignes « de l'impression les deux Couplets qui suivent, qu'on assure avoir « vus dans ses papiers. Le premier est la fin du 11e Noël de la « Roulotte : le Curé de Pleumeire (page 52 ). Le second doit être « mis avant le Couplet qui commence par : Lé Carme, lé Jaicopin, « dans le premier Noël du Tillol ( page 9S ).