SECOSJD DIALOGUE MAC0NN0IS
Sur le voyage que les Mages liront à Bethléem.
( Celui qui conte les choses, chante toujours sur le même air. )
Premier air champêtre bressan.
tiiine.
Savez-vous bien, compère Toine, La nouvelle de ce pays ?
C'est notre Curé de Fuisse
Qui dit, dimanche, Que trois grands Messieurs sont venus Pour adorer le bon Jésus.
Mon Dieu, ils ne s'épargnent guère, En venant de si loin tous trois ; Bien qu'ils soient garçons de Rois,
De père et de mère, Ils ne font pas les entendus Comme le monde d'aujourd'hui.
LES NOELS MAÇONNAIS
Ben savan tô queman dé prête, (') Se yan su lire ù firmanian Que le boa Di se fai Anfan
Entremï dou béte, I n'an pô coaile d'armana Presavay que tan i farâ.
I viron una baie étayle, (*) Que luysay ù mitan de l'ar ; E, vaisati de neû ben plieû cliar
Qu'avù tray chandayle, I brôtiron de l'Orian Pre s'an veni an Betleyan.
Queman cieû que van a San Jôque (*)
An cana chuglion le Totiau,
Ce Monsieû seguian çù (lambiau ;
I n'é pô de moque.
Jôr é neû i marchion tô tray, Choquion se volé avù say.
Le premi va devan lé-z-autre, (") Se café pliainne de louï d'or ; Yé celù qu'a non Melquior.
Queman le-z-Apotre, I prayche é laisse son payi Pre donai son ben ù bon Di.
Le segon a prou baie face, (') I s'apele étô Gossepar ; E le darri, yè Bolasar,
Pu nay qu'una casse.
L'un porte un pliain tepain d'ansan, L'autre la mirre pre l'Anfan.
Qu'i fesai biau vay cela fête, (*) Tô du Ion de ce gran chemain !
I m'ét-avi que tô çu train,
Avù lieu muséle, Lé flieûte é tô lc-s-inslruman Semblion côsi un regiman.
Bien savants tous comme des prêtres, S'il ont su lire au firmament Que le bon Dieu s'est fait Enfant
Au milieu de deux bêtes, Ils n'ont pas besoin d'almanach Pour savoir quel temps il fera.
Ils virent une belle étoile, Qui luisait au milieu de l'air; Et, voyant de nuit bien plus clair
Qu'avec trois chandelles, Ils partirent de l'Orient Pour s'en venir à Bethléem.
Comme ceux qui vont à Saint-Jacques Le soir regardent le Râteau (constellation), Ces Messieurs suivaient ce flambeau ;
Ce n'est pas un mensonge.
Jour et nuit ils marchaient tous trois, Chacun ses valets avec lui.
Le premier va devant les autres, Ses poches pleines de louis d'or ; C'est celui qui a nom Melchior.
Comme les Apôtres, Il prêche et laisse son pays Pour donner son bien au bon Dieu.
Le second a assez belle face, Il s'appelle aussi Gaspard ; Et le dernier, c'est Balthazar,
Plus noir qu'une poêle.
L'un porte un plein pot d'encens, L'autre la myrrhe pour l'Enfant.
Qu'il faisait beau voir cette fête, Tout du long de ces grands chemins !
11 m'est avis que tout ce train,
Avec leurs musettes, Les notes et tous les instruments Semblaient quasi un régiment.
LllllLIEK.
Un niôrico, que n'é po pale, (')
Avù sa cravate d'arjan,
Su un chamiau qu'alay dcvan
Joyai de laimbale, E quatre tambôr û mitan Fesiau tôrjdn prerantanpan.
Lé-s-anfan, dedan dé carrosse, (') Chanlian de Noë an lalain ; Lé garson é lé boigle ansain ,
Tieû de bone grôce, Assecliar que dé llajoulai, Disian tù le jôr dé moulai.
Pi venian dé cbar, paile-maile, (*) Chargi de vivre é de presan :
Payvre, sucre, bùme, sôfran,
Figue, é la canaile, Alôgne, rainsain, é muscà, E dé gran pu de cotigna.
Ainsain flron-ti lieu viôge, (') Contan queman dés épousai.
Aprai avay ben cheminai
E tù lieu mainnoge, 1 viron ben joyeuseman La vêla de Gérusalan.
Tôt asse-to qu'i-s-arriviron (*) U fobùr qu'ère de lou schlian , Lé vieil, le fenne, é lés-anfan,
Tieù s'an ebayron ; Quoqu'ion que n'i vaisay pu ben Craisay que yére dé Boamien.
L'autre disay: «Yé dé braguaite (*) Que vcnion vandre lieu-z-ongan ; Ma may, qu'i trompiron antan ,
Ne say plieQ se baile Que de rebagli men arjan Pif du cheli or via tan. »
Un moricaud, qui n'est point pâle,
Avec sa cravate d'argent,
Sur un chameau qui allait devant
Jouait des tymbales, Et quatre tambours au milieu Faisaient toujours: prerantanpan.
Les enfants, dans des carrosses, Chantaient des Noels en latin ; Les garçons et les filles ensemble,
Tous de bonne grâce, Aussi clair que des flageolets, Disaient tout le jour des motets.
Puis venaient des chars, pêle-mêle, Chargés de vivres et de présents :
Poivre, sucre, baume, safran ,
Figues, et la cannelle, Noisettes, raisins et muscats, Et de grands pots de cotignac.
Ainsi firent-ils leur voyage, Contents comme des épousés.
Après avoir bien cheminé
El tout leur ménage, Il virent bien joyeusement La ville de Jérusalem.
Tout aussitôt qu'ils arrivèrent Au faubourg qui était de leur côté, Les vieux, les femmes, et les enfants,
Tous s'en ébahirent ; Quelqu'un qui n'y voyait pas bien Croyait que c'étaient des Bohémiens.
L'autre disait : « Ce sont des charlatan» Qui viennent vendre leurs onguents ; Mais moi , qu'ils trompèrent jadis,
Ne suis plus si bête Que de redonner mon argent Pour du chclif orviétan. »
LES NOKLS MAÇONNAIS.
« 0, se te savay qu'i me grive, (*) Le dessi ben fôr son vaysain, De te vay môgrayi ainsain !
Le maussan te crive !
Vai-te pô que ce brove jan Son prou reche é ne vandon ran ? »
Quan i furoo ù côr de garde, (*) Lé soudar, que ne son pô niai , Avù lieu-s-épaye ù coûtai
E lieu-s-olebarde, Le-s-i dessiron : « Qui va la ?
Que vegli-vô tieù ? Arte-la ! »
Adon tieu , truban a la tayte, ( *) Car i n'an jamai de chapiau , Antoniron un chan nôviau Su Yar dé trompayte ■■ « Nô sain , mezui , ice venieù Per adourai vetron Seignieû.
(/ van pre tôte la vêla, an chantan ter à tôr an liau fransay :)
2* Air de trompette.
MELQC10R.
Trop heureuse Judée, Sçais-tu qu'est né chez toi
Un grand Roi ?
N'est-tu pas embrazée Des feux d'un saint amour,
En ce jour, Par un juste retour?
Le Dieu dont tes offenses Ont souvent irrité
La bonté, Oubliant ses vengeances, Est descendu des Cieux
En ces lieux , El se montre à tes yeux.
« Oh ! si tu savais qu'il m'en coûte, Lui dit bien fort son voisin, De te voir maugréer ainsi !
Le démon le crève !
Vois-tu pas que ces braves gens Sont assez riches et ne vendent rien ? »
Quand ils furent au corps de garde, Les soldats, qui ne sont pas niais, Avec leurs épées au côté
Et leurs hallebardes, Leur dirent : « Qui va là?
Que voulez-vous tous ? Halte là ! »
Alors tous, turban à la tête, Car ils n'ont jamais de chapeau, Entonnèrent un chant nouveau
Sur l'air des trompettes :
« Nous sommes, en un mot, ici venus Pour adorer votre Seigneur. »
(Ils vont par toute la ville , en chantant tour à tour en bon français: )
2e Air de trompette.
MELCHtOR.