COLAS
Il commence : « Quand les trois Rois...
BENOIT
Ah ! c'est, certe, bien vrai !
Hélas ! mon Dieu ! qui le croirait Que j'aie si peu de mémoire Pour oublier si tôt l'histoire !
Quand les trois Rois eurent rendu Tout leurs services au bon Jésus, Hélas ! mon Dieu ! ils étaient perdus, S'ils n'avaient pas appris d'un Ange A reprendre un chemin différent.
Car Hérode, pis qu'un tyran, S'il voulait massacrer l'Enfant, Hélas ! mon Dieu ! ces bonnes gens N'auraient-(7s pas perdu la vie Comme (étant) les amis du Messie ?
THINE
Mais le bon Dieu en prit soin, Et les conduisit bien à point ; Hélas ! mon Dieu ! si nous mettions
LHUILIER.
An li tôte netra ûance, On ne nô feray jà nuisance.
BENAY.
Quan Hérode se vi trompay (*) D6 Muge, que s'élian sauvai, Hélo ! mon Di ! ta désandai 1 dessi quatre fay : « J'an jure De me vangi de cel'injure ! »
I quemandi a se srejan (*)
D'alai tuai le Sain Anfan.
Hélo! mon Di ! Betleyan
Né craisay pô que ce barbare
Venian pre l'i faire la guarre .'
Tan-t-y a, pre ne pu manquai (*)
Celù qu'i voulion alrapai,
Hélo ! mon Di ! san mai chômai,
I tuiron dan la contréye
Tieù lé mainia de dou z-annéye.
ï-s-arriviron , ce brigan , (*)
De neiï, pu vite que le van...
Hélo ! mon Di ! un régiman De dragon, que va ù peglioge, Ne 11 jamai tan de ravoge!
I se forriron é moaison (*)
Pu rudeman que dé larron; Hélo ! mon Di ! y crairay-t-on ?
Queman un lou dan una grange Que pran lé mouton é lé mange ;
Ou ben queman dé grou buison (*) Se geton dessù lé pullion :
Hélo ! mon Di ! i-s-éfojon Le côq é tôle lé pôlaille...
Ainsain firon-t-i, ce canaille.
On lé vaisay pre tô côri (*)
Avû dé coliau de bouchi...
Hélo ! mon Di ! é-t-i premi
En lui toute notre confiance,
On ne nous ferait jamais nuisance.
BENOIT
Quand Hérode se vit trompé Par les Mages, qui s'étaient sauvés, Hélas! mon Dieu ! tout aussitôt Il dit quatre fois : « J'en jure De me venger de celte injure ! »
Il ordonna à ses sergents D'aller lusr le Saint Enfant.
Hélas! mon Dieu ! Bethléem Ne croyait pas que ces barbares Venaient pour lui faire la guerre !
Quoi qu'il en soit, pour ne pas manquer Celui qu'ils voulaient attraper, Hélas ! mon Dieu ! S3ns plus tarder, Ils tuèrent dans la contrée Tous les enfants de deux ans.
Ils arrivèrent, ces brigands, De nuit, plus vite que le vent...
Hélas ! mon Dieu ! un régiment De dragons, qui va au pillage, Ne fit jamais tant de ravage !
Ils se fourrèrent dans les maisons Plus violemment que des larrons; Hélas ! mon Dieu ! le croirait -on ?
Comme un loup dans une grange Qui prend les moutons et les mange ;
Ou bien comme de grandes buses Se jettent sur les poussins :
Hélas ! mon Dieu ! elles effrayent Le coq et toutes les poules...
Ainsi firent-ils, ces canailles.
On les voyait partout courir Avec des couteaux de boucher...
Hélas ! mon Dieu ! est-il permit
LES NOELS MAÇONNAIS
2;il
De cûpai lé brà é lé taite
U monde queman a dé baite !
J'an grêle d'i tô racontai : (")
Boglie, è garson ammaillùtai, Hélo ! mon Di ! que cruyautai !
I lé tuyan queman dé mouche, Pu méchamman que dé Cartouche .'
Ran qu'a lé vay i fesian pou; (*) Lieu mosqueton de?sû le cou, Hélo ! mon Di ! ce lou-garou SambliaD Iretô avay la roge, Tan i flron lieu decarnoge.
I grenissian tretô lé dan, (*)
Queman dé chain su lé possan, Hélo ! mon Di ! pi que Satan Qu'on chasse avù de l'iau bénite, E que s'anfui lôrj'Jr bian vite.
Y-an avay un qu'ère se gran (*) Qu'on l'aray pri per un jayan.
Hélo ! mon Di ! comben d'anfan I dépessi devan liou paire, Qu'an fremissian lieu de coulaire !
Una fenna, dan son curti, (*)
Setou qu'elle le vi veni, Hélo ! mon Di ! le menassi De l'i bailli de sa bessale, Darri un mùrgi de javalc.
I s'avansi pretan vé say. (*)
Elle le gripi pre lé pay ; Hélo ! mon Di : elle chupay 0 secor sa pouvre cusine, Que véni avû sô vaisine.
Lé-z-une avian de gran grapain, (") Lé-z-autre dé fùrche à la main ; Hélo : mon Di ! y-an avay cin
De couper les bras et les têtes Au monde comme à des bétes !
J'en tremble de tout le raconter:
Filles et garçons emmaillotés, Hélas ! mon Dieu! quelle cruauté !
Ils les tuaient comme des mouches, Plus méchamment que des Cartouche !
Rien qu'à les voir ils faisaient peur ; Leurs mousquetons sur le cou , Hélas ! mon Dieu ! ces loups-garous Semblaient tous avoir la rage, Tant ils firent tous de carnage.
Ils grinçaient tous les dents, Comme des chiens sur les passants, Hélas ! mon Dieu ! pis que Satan Qu'on chasse avec de l'eau bénite, Et qui s'enfuit toujours bien vite.
Il y en avait un qui était si grand Qu'on l'aurait pris pour un géant.
Hélas ! mon Dieu ! combien d'enfants Il dépeça devant leurs pères, Qui en frémissaient tous de colère !
Une femme dans son jardin , Si tôt qu'elle le vit venir, Hélas ! mon Dieu ! le menaça De lui donner de sa pioche, Derrière un tas de sarments.
Il s'avança pourtant vers elle.
Elle le prit par les cheveux ; Hélas ! mon Dieu ! elle appela Au secours sa pauvre cousine, Qui vint avec ses voisines.
Les unes avaient de grands grappins, Les autres des fourches à la main ; Hélas ! mon Dieu ! il y en avait cinq
LIILIUKR.
Avrt dé sarpc 6 dé goycle,
Pre Pi-an bailli dan la fousscle.
D'autre le frapian tô son sou , (") Avû dé fregon su le dou ; Ilélo .' mon Di ! comben de cou !
L'autre pre lé chambe le sarre Si ben qu'il au chaissi pre tarre.
I l'i ébôrgniron un you, (")
E le petougian su le cou, Hèlo ! mon Di ! quan tù d'un cou Y-an veni tray, de ce jandarme, Que lé miron tôle an alarme.
I lé batiron tôte tan (*)
Qu'i lé laissiron tôte an san ; llélo ! mon Di ! ce garneman Chorchiron tan dedan la grange, Qu'i viron l'anfau dan se lange.
I le côpiron an morciau; (*)
E, betan le feû ù barciau, Hélo ! mon Di ! ce tray bôrriau L'uron ben tou betai an çandre, San que nion le pusse défandre !
Le garson ù parrain Coula, (*)
Que savay jà dere '• « papa, »
Hélo ! mon Di ! ce séléra, Pandan qu'i manjay sa bôlie, Li utiron ètù la. vie !
Un broveanfan, qu'ère bliondain,(") Tetay sa maire antre se main ; Hélo ! mon Di ! un grou coquain, Tiii doù, d'un gran cou d'olebarde, Lé-s-anlili tan qu'a la garde !
Son fraire, qu'ère son besson, (') D'acoule un pelié nôrrisson , Hélo! mon Di ! san conpassion
Avec des serpes et des hachettes, Pour lui en donner dans la poitrine.
D'autres le frappaient tout son saoul,
Avec des fourgons sur le dos ;
Hélas .' mon Dieu ! combien do coups !
L'autre par la jambe le serre
Si bien qu'il en tomba par terre.
Elles lui éborgnèrent un œil,
Et le piétinaient sur le cou,
Hélas ! mon Dieu ! quand tout d'un coup
H en vint trois, de ces gens d'armes,
Qui les mirent toutes en alarmes.
Ils les battirent toutes tant Qu'il les laissèrent toutes en sang ; Hélas ! mon Dieu ! ces garnements Cherchèrent tant dans la grange, Qu'ils virent l'enfant dans ses langes.
Us le coupèrent en morceaux, Et, mettant le feu au berceau, Hélas! mon Dieu ! ces trois bourreaux L'eurent bientôt mis en .cendres, Sans que personne le pût défendre !
Le garçon au père Colas, Qui savait déjà dire : « papa, »
Hélas! mon Dieu ! ces scélérats, Pendant qu'il mangeait sa bouillie, Lui ùtèrent aussi la vie !
Un joli enfant, qui était blond , Tétait sa mère entre ses mains ; Hélas ! mon Dieu ! un gros coquin.
Tous deux, d'un grandcouo de hallebarde, Les enfila jusqu'à la garde !
Son irère, qui était son jumeau, V côté d'un petit nourrisson.
Hélas ! mon Dieu ! sans compassion
LES NOELS MAÇONNAIS
De la maire é de sa fcliôtre, Furon assomai l'un é l'autre !
Y-ère una gran pedji de vay (*) Tan d'anfan meri a la fay:
Hélo ! mon Di ! y-é bea trô vay !
Jamai la famine é la paiste N'an laissiron se pou de raiste !
Ma quoquevay i lé jelian (*)
Pre lé fenaitre tô vivan.
Hélo ! mon Di ! cé-z-Oleman, Que mérilian trelô le pandre, Anpéehian lé jan de lé prandre.