‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 86 sur 92 · COLAS · texte numérisé non relu

COLAS

Il commence : « Quand les trois Rois...

BENOIT

Ah ! c'est, certe, bien vrai !

Hélas ! mon Dieu ! qui le croirait Que j'aie si peu de mémoire Pour oublier si tôt l'histoire !

Quand les trois Rois eurent rendu Tout leurs services au bon Jésus, Hélas ! mon Dieu ! ils étaient perdus, S'ils n'avaient pas appris d'un Ange A reprendre un chemin différent.

Car Hérode, pis qu'un tyran, S'il voulait massacrer l'Enfant, Hélas ! mon Dieu ! ces bonnes gens N'auraient-(7s pas perdu la vie Comme (étant) les amis du Messie ?

THINE

Mais le bon Dieu en prit soin, Et les conduisit bien à point ; Hélas ! mon Dieu ! si nous mettions

LHUILIER.

An li tôte netra ûance, On ne nô feray jà nuisance.

BENAY.

Quan Hérode se vi trompay (*) D6 Muge, que s'élian sauvai, Hélo ! mon Di ! ta désandai 1 dessi quatre fay : « J'an jure De me vangi de cel'injure ! »

I quemandi a se srejan (*)

D'alai tuai le Sain Anfan.

Hélo! mon Di ! Betleyan

Né craisay pô que ce barbare

Venian pre l'i faire la guarre .'

Tan-t-y a, pre ne pu manquai (*)

Celù qu'i voulion alrapai,

Hélo ! mon Di ! san mai chômai,

I tuiron dan la contréye

Tieù lé mainia de dou z-annéye.

ï-s-arriviron , ce brigan , (*)

De neiï, pu vite que le van...

Hélo ! mon Di ! un régiman De dragon, que va ù peglioge, Ne 11 jamai tan de ravoge!

I se forriron é moaison (*)

Pu rudeman que dé larron; Hélo ! mon Di ! y crairay-t-on ?

Queman un lou dan una grange Que pran lé mouton é lé mange ;

Ou ben queman dé grou buison (*) Se geton dessù lé pullion :

Hélo ! mon Di ! i-s-éfojon Le côq é tôle lé pôlaille...

Ainsain firon-t-i, ce canaille.

On lé vaisay pre tô côri (*)

Avû dé coliau de bouchi...

Hélo ! mon Di ! é-t-i premi

En lui toute notre confiance,

On ne nous ferait jamais nuisance.

BENOIT

Quand Hérode se vit trompé Par les Mages, qui s'étaient sauvés, Hélas! mon Dieu ! tout aussitôt Il dit quatre fois : « J'en jure De me venger de celte injure ! »

Il ordonna à ses sergents D'aller lusr le Saint Enfant.

Hélas! mon Dieu ! Bethléem Ne croyait pas que ces barbares Venaient pour lui faire la guerre !

Quoi qu'il en soit, pour ne pas manquer Celui qu'ils voulaient attraper, Hélas ! mon Dieu ! S3ns plus tarder, Ils tuèrent dans la contrée Tous les enfants de deux ans.

Ils arrivèrent, ces brigands, De nuit, plus vite que le vent...

Hélas ! mon Dieu ! un régiment De dragons, qui va au pillage, Ne fit jamais tant de ravage !

Ils se fourrèrent dans les maisons Plus violemment que des larrons; Hélas ! mon Dieu ! le croirait -on ?

Comme un loup dans une grange Qui prend les moutons et les mange ;

Ou bien comme de grandes buses Se jettent sur les poussins :

Hélas ! mon Dieu ! elles effrayent Le coq et toutes les poules...

Ainsi firent-ils, ces canailles.

On les voyait partout courir Avec des couteaux de boucher...

Hélas ! mon Dieu ! est-il permit

LES NOELS MAÇONNAIS

2;il

De cûpai lé brà é lé taite

U monde queman a dé baite !

J'an grêle d'i tô racontai : (")

Boglie, è garson ammaillùtai, Hélo ! mon Di ! que cruyautai !

I lé tuyan queman dé mouche, Pu méchamman que dé Cartouche .'

Ran qu'a lé vay i fesian pou; (*) Lieu mosqueton de?sû le cou, Hélo ! mon Di ! ce lou-garou SambliaD Iretô avay la roge, Tan i flron lieu decarnoge.

I grenissian tretô lé dan, (*)

Queman dé chain su lé possan, Hélo ! mon Di ! pi que Satan Qu'on chasse avù de l'iau bénite, E que s'anfui lôrj'Jr bian vite.

Y-an avay un qu'ère se gran (*) Qu'on l'aray pri per un jayan.

Hélo ! mon Di ! comben d'anfan I dépessi devan liou paire, Qu'an fremissian lieu de coulaire !

Una fenna, dan son curti, (*)

Setou qu'elle le vi veni, Hélo ! mon Di ! le menassi De l'i bailli de sa bessale, Darri un mùrgi de javalc.

I s'avansi pretan vé say. (*)

Elle le gripi pre lé pay ; Hélo ! mon Di : elle chupay 0 secor sa pouvre cusine, Que véni avû sô vaisine.

Lé-z-une avian de gran grapain, (") Lé-z-autre dé fùrche à la main ; Hélo : mon Di ! y-an avay cin

De couper les bras et les têtes Au monde comme à des bétes !

J'en tremble de tout le raconter:

Filles et garçons emmaillotés, Hélas ! mon Dieu! quelle cruauté !

Ils les tuaient comme des mouches, Plus méchamment que des Cartouche !

Rien qu'à les voir ils faisaient peur ; Leurs mousquetons sur le cou , Hélas ! mon Dieu ! ces loups-garous Semblaient tous avoir la rage, Tant ils firent tous de carnage.

Ils grinçaient tous les dents, Comme des chiens sur les passants, Hélas ! mon Dieu ! pis que Satan Qu'on chasse avec de l'eau bénite, Et qui s'enfuit toujours bien vite.

Il y en avait un qui était si grand Qu'on l'aurait pris pour un géant.

Hélas ! mon Dieu ! combien d'enfants Il dépeça devant leurs pères, Qui en frémissaient tous de colère !

Une femme dans son jardin , Si tôt qu'elle le vit venir, Hélas ! mon Dieu ! le menaça De lui donner de sa pioche, Derrière un tas de sarments.

Il s'avança pourtant vers elle.

Elle le prit par les cheveux ; Hélas ! mon Dieu ! elle appela Au secours sa pauvre cousine, Qui vint avec ses voisines.

Les unes avaient de grands grappins, Les autres des fourches à la main ; Hélas ! mon Dieu ! il y en avait cinq

LIILIUKR.

Avrt dé sarpc 6 dé goycle,

Pre Pi-an bailli dan la fousscle.

D'autre le frapian tô son sou , (") Avû dé fregon su le dou ; Ilélo .' mon Di ! comben de cou !

L'autre pre lé chambe le sarre Si ben qu'il au chaissi pre tarre.

I l'i ébôrgniron un you, (")

E le petougian su le cou, Hèlo ! mon Di ! quan tù d'un cou Y-an veni tray, de ce jandarme, Que lé miron tôle an alarme.

I lé batiron tôte tan (*)

Qu'i lé laissiron tôte an san ; llélo ! mon Di ! ce garneman Chorchiron tan dedan la grange, Qu'i viron l'anfau dan se lange.

I le côpiron an morciau; (*)

E, betan le feû ù barciau, Hélo ! mon Di ! ce tray bôrriau L'uron ben tou betai an çandre, San que nion le pusse défandre !

Le garson ù parrain Coula, (*)

Que savay jà dere '• « papa, »

Hélo ! mon Di ! ce séléra, Pandan qu'i manjay sa bôlie, Li utiron ètù la. vie !

Un broveanfan, qu'ère bliondain,(") Tetay sa maire antre se main ; Hélo ! mon Di ! un grou coquain, Tiii doù, d'un gran cou d'olebarde, Lé-s-anlili tan qu'a la garde !

Son fraire, qu'ère son besson, (') D'acoule un pelié nôrrisson , Hélo! mon Di ! san conpassion

Avec des serpes et des hachettes, Pour lui en donner dans la poitrine.

D'autres le frappaient tout son saoul,

Avec des fourgons sur le dos ;

Hélas .' mon Dieu ! combien do coups !

L'autre par la jambe le serre

Si bien qu'il en tomba par terre.

Elles lui éborgnèrent un œil,

Et le piétinaient sur le cou,

Hélas ! mon Dieu ! quand tout d'un coup

H en vint trois, de ces gens d'armes,

Qui les mirent toutes en alarmes.

Ils les battirent toutes tant Qu'il les laissèrent toutes en sang ; Hélas ! mon Dieu ! ces garnements Cherchèrent tant dans la grange, Qu'ils virent l'enfant dans ses langes.

Us le coupèrent en morceaux, Et, mettant le feu au berceau, Hélas! mon Dieu ! ces trois bourreaux L'eurent bientôt mis en .cendres, Sans que personne le pût défendre !

Le garçon au père Colas, Qui savait déjà dire : « papa, »

Hélas! mon Dieu ! ces scélérats, Pendant qu'il mangeait sa bouillie, Lui ùtèrent aussi la vie !

Un joli enfant, qui était blond , Tétait sa mère entre ses mains ; Hélas ! mon Dieu ! un gros coquin.

Tous deux, d'un grandcouo de hallebarde, Les enfila jusqu'à la garde !

Son irère, qui était son jumeau, V côté d'un petit nourrisson.

Hélas ! mon Dieu ! sans compassion

LES NOELS MAÇONNAIS

De la maire é de sa fcliôtre, Furon assomai l'un é l'autre !

Y-ère una gran pedji de vay (*) Tan d'anfan meri a la fay:

Hélo ! mon Di ! y-é bea trô vay !

Jamai la famine é la paiste N'an laissiron se pou de raiste !

Ma quoquevay i lé jelian (*)

Pre lé fenaitre tô vivan.

Hélo ! mon Di ! cé-z-Oleman, Que mérilian trelô le pandre, Anpéehian lé jan de lé prandre.

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