‹ Les noels bourguignons de Bernard de La Monnoye (Gui-Barôzay) suivis des noels maconnais du p. Lhuillier (le parrain Bliaise), publiés pour la premìere fois avec une traduction littérale en regard du texte patois, précédés de notices sur La Monnoye et Lhuilier [et] suivis d'un coup d'oeil sur les noëls en BourgogneChapitre 89 sur 92 · DEMANDE · texte numérisé non relu

DEMANDE

— Or, nous dictes, Marie, Quel fut le messager Qui porta la nouvelle Pour le monde sauver ?

— Ce fut Gabriel l'Ange, Que, sans dilalion , Dieu envoya sur terre Par grand' compassion.

et ainsi de suite, pendant les sept ou Iniil pages <|iic

dure le Noël. Et à chaque demande revient ce premier vers: Or, nous dictes, Marie... — Ce chant commence à l'Annonciation de l'Ange, comme vous le voyez, par la citation précédente, se continue pendant toute la vie du Christ, et se termine deux couplets plus loin que sa mort. Vous avez peut-être remarqué que la richesse

des rimes n'y est pas exubérante Dans la dernière

réponse, dextre rime ave journée.

Nous ne voulons pas nous étendre davantage sur ces différentes propriétés ou qualités des Noëls. Des coupures, des extraits, des fragments, n'en donnent qu'une idée trop imparfaite. Donc, pour faire mieux qu'avec ces citations partielles, nous allons vous offrir un choix, très peu nombreux du reste, de quelques-uns de ces curieux cantiques, choix dans lequel nous avons réuni d'abord tout ce qui est supportable quant à la forme, et ensuite tout ce qui, sous cette forme supportable, a pu avoir un fond naïf, original ou bizarre. Tous ceux cités sont à peu près anciens, les modernes ayant perdu la naïveté du langage sans rien gagner en sens ni en raison. Vous en verrez dont l'orthographe remonte assurément au moins à Ronsard , sinon plus haut. Do ce nombre est le premier que vous allez lire; les diminutifs qui y fourmillent ont une certaine grâce, et le tour du Noël est d'une avenante simplicité. Cependant nous croyons avoir besoin de vous avertir, avant de >/ous faire entrer dans la lecture de ces quelques Noëls, qu'ils ne sont pas cités comme bons d'un bout à l'autre; seulement, comme la majeure partie en est acceptable, nous n'avons pas cru devoir, pour un ou deux couplets faibles, détruire l'intégrité d'une pièce, surtout quand nous en citons un si petit nombre.

Voici le titre de quelques-uns des recueils d'où sont extraits les Noels cités (1).

— Noels nouveaux, sur la Nativité de nostre Rédempteur Jésus-Christ, composes par Nicolas- Laurent Maillyer, chanoine, avec permission de M. Gontier vicaire-général. — Dernier degré de médiocrité.

— Noels nouveaux, sur l'heureuse nouvelle apportée

de Beth>èem de la Naissance de Jésus-Christ. — Tous les lieux communs des Noels.

— Beaux Noels nouveaux, en l'honneur de la Nais-

sance et aussi de la Rédemption de N. S. Jésus- Christ. — Rien n'est moins beau que les pièces qu'il contient.

— Lucyfar pryn au bavtan, Noels composes à l'hon-

neur de la Vierge, par J, li. F. D. L. (le chanoine Lachaume). — C'est de ce recueil qu'on a dit plaisamment : In toto libro nil melius titulo. Notre appendice aux Noëls de La Monnoye en donne un extrait.

— Enfin, comme recueil beaucoup plus volumineux

que tous ceux dont lés noms précèdent : LA GRAND' BIBLE des Noels tant vif.lsquenouveaulx, composez à la louange de Dieu et de la Vierge Marie sur le chant de plusieurs hymnes et belles chansons de ce temps. — C'est ce dernier recueil que nous avons le plus souvent mis à contribution»

(i)Nous pourrions aujourd'hui quadrupler au moins cette nomenclature, par suite des nombreux documents que nous avons réussi à nous procurer, depuis les anciennes Bibles des naïfs IS'oêls jusqu'aux spirituels NùêU HOuviaux de M. Ch. Ribault de Laugardiere.

NOËL NOUVEAU

Noël nouvelet, Noël chantons icy ; Dévoles gens, rendons à Dieu mercy ; Chantons Noël pour le Roy nouvelet :

Noël nouvelet !

Noël chantons icy !

Quand m'esveilly et j'euz assez doroay.

Ouvris mes yeux , vis un arbre fleury Dont il issit un bouton vermeillet :

Noël nouvelet !

Noël chantons icy !

Quand je le vy mon cœur fust res^ouy.

Car grand' clarté resplendissoit de luy, Com' le soleil qui luit au matinet :

Noël nouvelet !

Noël chantons icy !

D'un oysillon après le chant j'ouy, Qui aux pasteurs disoit: Partez d'icy ; En Bethléem trouverez l'Aignelet :

Noël nouvelet .' Noël chantons icy !

En Bethléem Marie et Joseph vy ; L'asue et le bœuf, l'Enfant couché parmy , La Creiche estoit au lieu d'un bercelet : Noël nouvelet !

Noël chantons icy !

L'estoile vint, qui le jour esclaircy.

Et la vy bien d'où j'estois départy.

En Bethléem les trois Roys conduisct ; Noël nouvelet !

Noël chantons icyl

L'un portait l'or, et l'autre myrrhe aussy, Et l'autre encens, qui très bon faict seny, De Paradis setnbloit un jardinet:

Noël nouvelet !

Noël chantons iey !

Quarante jours la nourrice attondy.

Entre ses bras Siméon le rendy, Deux tourterell' dedans un paneret :

Noël nouvelet !

Noël chantons icy !

Quand Siméon le vid , fit un haut cry : Voicy mon Dieu ! mon Sauveur ! Jésus-Christ Voicy celui qui joie au peuple met :

Noël nouvelet !

Noël chantons icy !

Un prestrc vint, dont je fus esbahy, Qui les paroll' hautement entendy ; Tôt les mussa dans un petit livret; Noël nouvelet !

Noël chantons icy !

Et puis me dit : Frère , crois-tu cecy .' Si tu y crois, es Cieux seras ravy ; Ti tu n'y crois, d'Enfer va au gibet : Noël nouvelet!

Noël chantons icy !

El l'autre jour je songeois dans mon licl Que je voyois un Enfant si pety, Qui s'appelloit Jésus de Nazareth :

Noël nouvelet!

Noël chantons icy !

Par douze jours fut Noël accomply ; Par douze jours sera mon chant llny;

Par chacun jour j'en ai Tait un couplet : Noël nouvelel ! Noël chantons icy !

Un autre commence par ces couplets :

Laissez paistre vos bestes, Pastoureaux ;

Par monts et par vaux Laissez paistre vos bestes, Et venez chanter Nau !

J'ay ouy chanter le rossignô, Qui chantait un chant si nouveau , Si bon, si beau , Si résonneau ; Il m'y rompoit la teste, Tant il preschoit El caquetoit.

Adonc prins ma houlette Pour aller voir Naulet.

Je m'enquis au berger Naulet ; As-tu ouy le rossignolet Tant joliet , Qui gringotoit Là-haut sur une espine ?

Ouy, dict-il , ouy, Je l'ay ouy ; J'en ay pris ma doucinc, Et m'en suis resjouy.

Puis, coupant court à ce style où l'incorrection est presque gracieuse, il tombe aussitôt dans la niaiserie et la platitude.

NOËL NOUVEAU

O heureuse journée,

Jour gracieux , Que nous est retournée

La paix des Cieux !

Voilà Paix et Justice,

Sans nul dlscord; Dieu tout bon et propice

Les met d'accord.

Douceur, Bonté, Concorde,

Marchent après, Et la Miséricorde

Les suit de près.

La Charité s'advance,

La Grâce aussi ; Divine Providence

Les guide ainsi.

Divine compagnie.

Où allez-vous En si bel équipage :

Dites-le nous.

Le Fils de Dieu nous meine,

Touché d'amour, Pour à Nature humaine

Faire la cour.

Il l'a seule choysie

Pour son plaisir; Elle est sa chère amie,

Tout son désir.

C'est sa douce rebelle.

Son tout , son mieux

Il veut pour l'amour d'elle Quitter les Cieux.

Bienheureuse Nature !

Oh ! quelle honneur !

Mais, las ! qui lui procure

Tant de bonheur !

Dieu , par sa bonté même,

S'y est abstreinct.

C'est son amour extrême

Qui l'y conlrainct.

Oh ! chose merveilleuse !

Le fils de Dieu Veut-il faire amoureuse

En si bas-lieu ?

11 est de sa nature

Courtois et doux ?

Et de sa créature

Il est jaloux.

Il est tout amiable,

Plein de pitié ; Il n'est point variable

En amitié.

Sus donc ! Nature humaine,

Retournez-vous Vers la face sereine

De votre époux.

Ne soyez tant ingratte

De l'offencer ; Votre main délicatte

L'aille embrasser !

Il est certain, à voir l'exactitude de la rime dans tout le cours de cette pièce, que celle du cinquième

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couplet n'est pauvre que par suite d'une faute d'impression. Tous ces recueils en fourmillent tellement, qu'on est parfois tout fier de mettre le doigt sur te sens des paroles.

NOËL NOUVEAU

Marie en Belhléem s'eu va. (') Le fils de Dieu elle enfanta. (") Ce fut une grand' mélodie,

Marie m'amye, D'ouïr la douce chalemie Des bergers et des pastoureaux Nau ! Nau !

Marie m'ayme Vous estes si saincte et jolie Que chacun pour vous chante Nau,

Nau .' Nau !

Que chacun pour vous chante Nau !

Ce fut le sainct divin vouloir (" Qui vous fist celte grâce avoir. (') Nature humaine étoit bannie,

Marie m'amye, De la céleste compagnie Pour avoir fait péché trop gros.

Nau! nau !

Marie m'amye, Vous estes si saincte et jolie Que chacun pour vous chaule Nau,

Nau ! Nau 1 Que chacun pour voua chante Nau!

Le saincl Fils de la déilr A prins en vous humanité, El vous a première chante,

Marie m'anr.e.

Et vous a si fort bien choisie, Que c'est un mystère moult beau.

Nau! Nau!

Marie m'amye, Vous estes si saincte et jolie Que chacun pour vous chante Nau,

Nau ! Nau!

Que chacun pour vous chante Nau !

Les Anges vous faisoient honneur. (*) Les rois vous ont donné du leur. (*) Les pastoureaux vous ont servie,

Marie m'amye ; Ils ont fait une confrérie Pour aller voir l'Enfant nouveau.

Nau ! Nau !

Marie m'amye, Vous estes si saincte et jolie Que chacun pour vous chante Nau,

Nau ! Nau !

Que chacun pour vous chante Nau !

Et nous, pauvres pécheurs humains, (') Nous vous prions à jointes mains ; (') Pour Dieu, ne nous oubliez mye,

Marie m'amye ; Mettez-nous en la compagnie De Jésus le vray Messiau.

Nau ! Nau !

Marie m'amye ; Vous estes si saincte et jolie Que pour vous chacun chante Nau.

Nau ! Nau !

Que chacun pour vous chante Nau :

11 y a dans ce Noël, et surtout- dans le refrain, un certain laisser-aller, une certaine mignardise, qui sont loin de déplaire. Le rhythme en est coulant et facile:

c'est do la gracieuseté de forme. Il doit être d'une époque plus moderne que le premier que nous 'avons cité ; les diminutifs s'y font beaucoup moins sentir.

En voici un autre d'une allure différente ; il est dialogué, et d'une morale si chrétienne, que nous avons bien peur qu'elle ne le fasse prendre pour une licence poétique :

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