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CHAPITRE IV

L'AFRIQUE OCCIDENTALE DU XVe SIÈCLE A NOS JOURS

DOCUMENTATION PLUS ABONDANTE. — L EMPIRE MANDINGUE ET l'empire SONGOÏ. — Laskia MOHAMMED. — KOLI- TENGUELLA. — LES DERNIERS ÛS^ÏO. — LES PACHAS DE TOM- BOUCTOU. — LES ROYAUMES BAMBARA. — LA CONQUETE TOUCOULEURE. — LES RANDONNÉES DE SAMORI. — LES PEUPLES DE LA CÔTE OCCIDENTALE. — LES PEUPLES DE LA BOUCLE DU NIGER.

C'est au XIV^ siècle que des navigateurs européens commencèrent à visiter quelques parages des côtes de l'Afrique tropicale, mais ce n'est guère qu'à partir du siècle suivant et surtout du XVI^ que des relations s'établirent entre Blancs et Noirs et que des détails un peu circonstanciés parvinrent en Europe touchant les pays nouvellement découverts et leurs habitants.

Quoi qu'il en soit, nous avons, sur l'état de l'Afrique noire postérieurement au Moyen Age, d'autres sources d'information et de plus abondantes que pour la période précédente. Ce sont d'abord les récits des premiers navigateurs, tels que Cadamosto ; puis c'est celui du voyageur arabe Léon l'Africain, dont l'ouvrage, moins documenté

que les livres des géographes musulmans antérieurs, mais plus connu en raison de ses éditions italienne et française, constitua, tout au moins en ce qui concerne la Berbérie, l'Egypte, l'Ethiopie et le Soudan, la base des nombreuses descriptions de l'Afrique publiées aux XVI® et XVII® siècles, de Marmol à Dapper ; ensuite ce sont les souvenirs ou les journaux de route des nombreux voyageurs portugais, français, anglais, hollandais, italiens, etc., qui parcoururent toutes les régions de l'Afrique, s'enfonçant de plus en plus vers l'intérieur et nous renseignant enfin sur les contrées équatoriales et méridionales que les auteurs arabes avaient ignorées. Il convient d'ajouter que les traditions orales et les chroniques locales sont d'autant plus riches en détails qu'elles racontent des faits plus récents.

Mettant à profit toute cette documentation accumulée durant cinq siècles, je voudrais essayer d'esquisser un tableau sommaire de l'histoire des principaux peuples noirs de l'Afrique à partir du XV® siècle. L'immensité des domaines où se déroula cette histoire m'empêchera d'employer d'une façon rigide la méthode synchronique et me forcera à revenir en arrière chaque fois que j'aurai à passer d'une région à une autre. Allant de l'Ouest à l'Est et du Nord au Sud, je commencerai par l'Afrique occidentale pour continuer par le Soudan central et oriental et terminer par l'Afrique sub-équatoriale.

Dans le Soudan occidental, deux grands empires se partageaient la suprématie au début du XV® siècle : l'un, celui du Manding, allait voir se terminer la période de son apogée, tandis que l'autre, celui du Songoï, était à la veille de l'atteindre.

Le premier exerçait encore, tantôt son autorité directe, tantôt seulement son influence, sur l'ensemble des pays

compris entre le Sahara au Nord, la grande forêt au Sud, l'Atlantique à l'Ouest et le 5° de longitude occidentale à l'Est. Le second étendait son pouvoir, avec les mêmes alternatives, depuis ce méridien à l'Ouest jusqu'au 2° de longitude orientale à l'Est et depuis le Sahara au Nord jusqu'à une ligne allant approximativement de Hombori à Karimama sur le bas Niger au Sud.

Au delà de cette ligne, et jusqu'à proximité de la zone côtière, était le domaine des deux empires mossi du Yatenga et de Ouagadougou et, plus à l'Est, des royaumes du Gourma (ou des Gourmantché) et du Bergo ou Borgou (ou des Berba ou Bariba), dont la fondation remontait à peu près à la même époque que celle des Etats mossi et qui possédaient une organisation similaire, mais qui avaient eu une destinée plus modeste quoique non négligeable.

Sans doute, le premier prince sonni du Songoï, Ali- Kolen (ou Ali-Kolon ou Ali-Golom), avait secoué en partie la tutelle du Manding en 1335. Cependant l'armée de l'empereur mandingue Moussa II, qui avait succédé en 1374 à Mari-Diata II, mort de la maladie du sommeil, était allée guerroyer jusque dans l'Est de Gao et avait même poussé l'audace jusqu'à s'attaquer à Omar ben Idris, sultan du Bornou, ce qui indique que l'empire mandingue jouissait encore alors d'une certaine force. Ibn Khaldoun, qui acheva d'écrire son Histoire des Berbères vers 1395, dit que, de son temps le Tekrour était vassal du prince du Mali Magan-Mamoudou et que les « Zenaga voilés du désert » lui payaient tribut et lui fournissaient des contingents militaires. Une cinquantaine d'années plus tard, des Ouolofs affirmaient au Portugais Diego Gomez que tout les pays qu'ils connaissaient appartenaient au mansa du Manding. Cadamosto, en 1455, confirme que le

pouvoir de ce dernier s'étendait jusqu'à la basse Gambie au milieu du XV® siècle.

Cependant, en 1435, le chef touareg Akil s'était emparé d'Araouân, de Tombouctou et de Oualata. Un peu plus tard, l'empereur de Gao Ali-le-Grand, après avoir enlevé Tombouctou aux Touareg en 1468, entrait en vainqueur à Dienné vers 1473 et enlevait à l'autorité du marna une bonne partie du Massina, où des Peuls venus du Termes, obéissant à un chef de la famille Diallo, s'étaient installés vers le début du XV® siècle avec l'autorisation du gouverneur mandingue du Bagana.

C'est peu après qu'eut lieu, par l'intermédiaire des officiers portugais du Rio de Cantor (Gambie) et d'Elmina (Côte d'Or), un échange de présents, de messages et d'ambassades entre l'empereur du Manding, qui s'appelait alors Mahmoud ou Mamoudou d'après Joao de Barros, et le roi du Portugal Jean II, lequel était monté sur le trône en 1481 et y demeura jusqu'en 1495.

A la même époque, en 1493, la dynastie des sonni fut renversée à Gao par un général sarakollé, Mamadou ou Mohammed Touré, de la fraction des Silla, qui se fit investir de la souveraineté avec le titre à'askia et fut le premier prince d'une nouvelle dynastie qui devait durer un siècle.

Uaskia Mohammed régna de 1493 à 1529. Il fut un monarque de tous points remarquable, sut rendre ses Etats prospères et y développer une civilisation qui fit l'admiration de Léon l'Africain, lequel visita le Songoï sous son règne, vers 1 507. A vrai dire, il fut fort bien secondé par ses ministres et ses gouverneurs de province, notamment par son frère Amar ou Omar, dont il avait fait son kanfarij c'est-à-dire son principal lieutenant ; mais c'est

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