‹ Les noirs de l'AfriqueChapitre 15 sur 25 · L'AFRIQUE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

L'AFRIQUE OCCIDENTALE

pour suivre les chapitres 111 et IV et les partiels des chapitres WàyXrelatives 1 œ des populations de V Afrique, occùlent^ j

Nota: Les noms entre parenthèses sont \ ceuX' de localités aujoiœd'hui disparues.

précisément au choix qu'ils savent faire d'excellents collaborateurs que l'on reconnaît les grands rois. Renonçant au système des levées en masse qu'avait pratiqué le sonni Ali-le-Grand et qui empêchait les paysans de se livrer aux travaux des champs, il recruta une armée de métier parmi des esclaves et des prisonniers de guerre, ce qui lui permit de laisser les cultivateurs sur leurs terres toute l'année, les artisans à leurs métiers et les commerçants à leurs affaires. Témoignant d'un grand respect pour les personnages religieux et les savants, il fit de Gao, de Oualata et surtout de Tombouctou et de Dienné des centres intellectuels qui jetèrent un vif éclat et où des docteurs et des écrivains renommés du Maghreb ne dédaignèrent pas de venir compléter leurs études et parfois de se fixer définitivement, comme le fit plus tard le célèbre Ahmed-Bâba. Des jurisconsultes de valeur, comme les El-Akît et les Bagayogo, les premiers de race blanche, les seconds de race noire, se formèrent aux écoles de Tombouctou et toute une littérature s'y développa, aux XVI® et xvji® siècles, dont les produits nous sont révélés peu à peu par la découverte d'ouvrages fort intéressants, rédigés en arabe à cette époque par des Noirs sarakollé ou songoï, tels que le Tarikh el-fetlâch et le Tarikh cs-Soudân.

\Jaakia Mohammed fut en relations suivies avec le réformateur marocain Merhîli, qui correspondait avec lui sur des sujets de religion et de politique et qui vint lui rendre visite à Gao en 1502. Ce prince avait accompli le pèlerinage de La Mecque en 1497 et avait mis à profit son voyage pour s'entretenir longuement avec Soyouti et d'autres célèbres docteurs musulmans ; il avait consacré une somme de 100.000 dinars d'or à des aumônes pieuses et à l'achat d'un terrain où il fît bâtir une hôtellerie pour les

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pèlerins soudanais ; enfin, il mit le comble à sa gloire en recevant du grand chérif de La Mecque, alors Moulai El-Abbâs, l'investiture de khalife « pour les pays du Tekrour », c'est-à-dire pour le Soudan. Le chérif alla même jusqu'à envoyer à Gao l'un de ses neveux, Moulai Es- Sekli, origmaire de Bagdad, en qualité d'ambassadeur du royaume du Hedjaz auprès de l'as^iû.

Cependant l'empire de Gao prenait une extension territoriale considérable, aux dépens surtout de l'empire mandingue. Dès 1494, Amar, frère de Mohammed, avait annexé au Songoï la totalité du Massina, y compris le royaume peul des Diallo. En 1499, après être revenu de La Mecque et avoir tenté sans succès la conquête du Yatenga, Vaskia en personne s'empara du Bagana ; en 1501, il conquérait une partie du royaume de Diâra et, en 1508, il poussait jusqu'au Galam, c'est-à-dire au pays de Bakel, sur le Sénégal.

Vers cette époque, le chef peul Tenguella, qualifié du titre d'arJo par ses compatriotes et de celui de silatigui ou siratigui par les Mandingues, nomadisait du Termes au Kingui (province de Diâra et de Nioro). Soutenu vraisemblablement par l'empereur du Manding, il prêcha la révolte contre l'asfc'a et fit la guerre au roi de Diâra parce que celui-ci avait accepté la suzeraineté du Songoï. L'armée de Vaskia, commandée par son frère Amar, marcha contre Tenguella et le poursuivit jusqu'à Diâra, où elle le défit et le tua en 1512. Les bandes du chef peul se reformèrent sous le comrnandement de son fils Koli, qui descendait, dit-on, par sa mère des empereurs mandingues, et se réfugièrent dans le Badiar, au Nord-Ouest du Fouta- Diallon.

C'est de là que Koli, à la tête de ses Peuls et de nom-

breux partisans mandingues, devait partir un peu plus tard pour aller faire la conquête du Fouta-Toro sur les derniers gouverneurs sarakollé dépendant de Diâra, y fonder un royaume qu'il agrandit aux dépens du Kaniaga et de la partie orientale du Djolof et y installer une dynastie peule et païenne, dite des Dénianké, qui conserva le pouvoir de 1559 à 1776. Les princes de cette dynastie portaient, comme leur ancêtre Tenguella, le titre de silatigui ou siratigui, devenu <'■ siratique » dans les relations des voyageurs français et satigui dans la langue du pays. Le mansa qui régnait alors au Manding, Mamoudou II, avait imploré l'aide du roi Jean III de Portugal contre les empiétements de Koli-Tenguella sur ce qu'il considérait encore comme une partie de ses Etats ; mais Jean III s'était contenté d'envoyer à Mamoudou II, en 1534, au lieu d'une armée, un simple ambassadeur nommé Peros Femandez.

Ayant dépouillé le Manding de la plupart de ses dépendances septentrionales, Vaskia Mohammed voulut poursuivre ses conquêtes vers l'Est et pénétra dans le pays haoussa, mais, là, il fut moins heureux. D'abord, avec l'aide du l^anta ou roi du Kebbi, il s'empara de Katséna (1513) et imposa sa suzeraineté au roi d'Agadès (1515), mais il fut ensuite défait par son allié le kanta, devenu son ennemi (1517), qui mit la main sur la majeure partie des provinces haoussa. Un siècle plus tard environ, celles-ci devaient recouvrer leur indépendance et l'Aïr ou province d'Agadès devait redevenir ce qu'il était auparavant, c'està-dire vassal des Touareg.

Uaskia Mohammed, cependant, était devenu aveugle et, le 15 août 1529, il fut détrôné par son propre fils Moussa. Avec celui-ci commença une série de luttes intestines, de guerres civiles, de dilapidations et de débauches, de mas-

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sacres odieux et d'inutiles expéditions militaires qui désolèrent le Songoï et ruinèrent peu à peu le magnifique édifice élevé par le premier askia- L'un des fils de ce dernier, Daoud, qui régna de 1549 à 1583, essaya de réagir contre les habitudes de tyrannie sanguinaire et de folles dépenses qui s'étaient introduites depuis son frère Moussa à la cour de Gao ; il redonna de l'essor à l'agriculture, encouragea la science et l'étude, sut se ménager l'amitié du sultan du Maroc, Ahmed Ed-Déhébi, qui porta le deuil lors de son décès, et se rendit célèbre par ses actes de mansuétude et de générosité. Mais les jours du Songoï étaient comptés.

Le Manding languissant n'était plus redoutable. Cet Etat était tombé si bas que Daoud put, en 1545-46, avant de monter sur le trône de Gao, pousser avec l'armée songoï jusqu'à la capitale mandingue — nous ne savons s'il s'agissait de Niani ou de Kangaba — , y entrer après avoir mis le mansa en fuite, y demeurer une semaine et faire remplir d'ordures par ses soldats la résidence impériale.

Mais c'est du Maroc qu'allait venir le coup fatal pour l'empire de Gao. Depuis longtemps, les sultans du Maghreb enviaient aux empereurs du Songoï la possession des salines de Tegaza, voisines de celles, aujourd'hui en exploitation, de Taodéni, au Sud-Ouest du Touat. Dès son avènement (1578), le sultan Ahmed Ed-Déhébi avait obtenu de V askia Daoud, moyennant 10.000 dinars d'or, le privilège d'exploiter ces salines pour son compte pendant un an. Le profit qu'il en retira fut tel qu'il résolut de s'en rendre maître définitivement et, après la mort de Daoud, il envoya à Gao, auprès du successeur de ce dernier, une ambassade dont le but secret était de recueillir des informations sur les forces militaires du Songoï ; en même temps, il expédiait dans la région de Tegaza une armée de 20.000 hommes,

qui, d'ailleurs, fut complètement décimée par la faim et la soif. En 1 585, il fit occuper les salines par 200 fusiliers qui, ne pouvant s'y nourrir, retournèrent bientôt au Maroc. Cependant il tenait à son projet et était même devenu plus ambitieux : il ne convoitait plus seulement le sel du Sahara, mais aussi l'or du Soudan, cet or dont la soi-disant conquête devait lui valoir le surnom sous lequel il est connu ^.

En 1590, il mit en marche une colonne de fantassins armés de mousquets, qui étaient en majorité, non pas des Marocains, comme on l'a cru longtemps, mais des renégats espagnols commandés par l'un d'eux, le nommé Djouder, promu pour la circonstance au rang de pacha. Ces Espagnols reçurent des habitants arabes ou arabisants de Tombouctou le surnom de Roumât ou Arma (lanceurs de projectiles, fusiliers) et ce dernier mot est encore aujourd'hui le nom porté, dans cette ville et dans la région, par les membres d'une sorte de caste noble qui, bien que devenus de véritables nègres, prétendent descendre des guerriers de Djouder.

Ceux-ci avaient quitté Marrakech le 29 octobre 1590 au nombre de 3.000. Ils n'étaient plus que mille lorsqu'ils arrivèrent, le 1^^ mars 1591, sur les bords du Niger, mais ils avaient des armes à feu, chose jusqu'alors inconnue au Soudan, et ils purent, grâce à leurs mousquets, triompher aisément près de Tondibi, entre Bourem et Gao, le 12 mars 1591, de l'imposante armée de Ya&kia Issihak ou Ishak II. Cette dernière comptait pourtant 30.000 fantassins et 12.500 cavaliers d'après le Tarikh es-Soudan ou seulement 9.700 fantassins et 18.000 cavaliers d'après le Tarikh el-fettâch, mais elle n'avait à opposer aux balles

I . Ed-déhébi signifie en arabe « le doré » ou « k maître de l'or ».

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des renégats espagnols que des épées, des javelots, des lances et des boucliers de cuir ou de paille tressée. L'as^ia avait bien pris la précaution de faire placer des vaches entre l'ennemi et ses propres troupes, de façon à couvrir celles-ci ; mais les malheureuses bêtes, affolées par les feux de mousqueterie, prirent la fuite, se précipitèrent tête baissée sur les guerriers songoï et ne contribuèrent qu'à hâter la déroute de ceux-ci, qui fut complète.

L'as^r'a, abandonné par ses ministres et ses parents, se réfugia au Gourma, où il fut assassiné par les habitants. Djouder entra dans Gao sans rencontrer aucune nouvelle résistance, mais, médiocrement séduit par l'aspect de cette ville nègre et trouvant, comme il l'écrivit au sultan Ahmed, que la maison du chef des âniers de Marrakech valait mieux que le palais des cskia, il alla s'établir à Tombouctou, où il fit son entrée le 25 avril 1591 . C'en était fait de l'empire du Songoï, qu'un millier d'Espagnols armés de fusils avaient suffi à jeter à bas.

Alors commença ce que l'on a appelé très improprement la « domination marocaine au Soudan » : d'abord, il n'y eut de domination que sur une petite partie de l'ancien Songoï, sur la région riveraine du Niger allant de Dienné à Gao, toute la région dite Dendi, située en aval, ayant conservé son autonomie avec un askia indépendant à sa tête ; ensuite cette domination ne dura guère que 70 ans, au bout desquels l'autorité des pachas était devenue tout à fait nulle en dehors de la ville même de Tombouctou ; enfin elle ne peut être qualifiée de « marocaine », car, seuls, les pachas des 22 premières années (1591 à 1612) furent, en partie au moins, désignés par le sultan du Maroc ; les ordres de ce dernier ne furent jamais exécutés, même par les premiers pachas, et les impôts levés sur les habitants ne furent

jamais expédiés à Marrakech ; les autres pachas, qui se succédèrent au nombre de 21 durant 48 ans (1612 à 1660), étaient portés au pouvoir soit par eux-mêmes soit par leurs soldats et étaient comme ceux-ci si peu marocains que la plupart ne comprenaient pas l'arabe et que la langue dont ils usaient entre eux était l'espagnol, ainsi que nous, l'apprend la lecture du Tarikh el-fettâch, pour devenir ensuite le songoi.

Le mansa Mamoudou III voulut, en 1599, profiter de l'anarchie qui régnait depuis la défaite de Vaskia Issihak II et tenta, avec l'aide de Hamadou-Amina, chef des Peuls du Massina, de s'emparer de Dienné. Le pacha Ammar envoya ses fusiliers contre lui. Les Mandingues et les Peuls résistèrent bravement au feu des Arma, mais l'intervention des habitants de Dienné, qui prirent parti contre Mamoudou, obligea celui-ci et ses alliés à battre en retraite. Toutefois, cette démonstration de l'empereur mandingue suffit à déterminer les pachas à le respecter désormais.

En réalité, les conquérants amenés au Soudan par Djouder et ses premiers successeurs formaient un ramassis de gens sans aveu qui, après être allés se mettre aux ordres du sultan du Maroc en reniant leur foi et leur patrie, dans l'espoir d'aventures profitables, donnèrent, une fois abandonnés à eux-mêmes dans le Soudan, libre cours à leurs instincts. Ils se signalèrent surtout par leur anarchie et leur indiscipline, leurs rapines, leur cupidité, leurs débauches, leurs persécutions contre les musulmans et les lettrés et leur talent de désorganisation. L'intervention de ce rebut de l'Europe causa l'un des coups les plus funestes qui aient été portés à la civilisation soudanaise. De l'aveu des meilleurs musulmans de Tombouctou, le régime des pachas, s'il avait duré plus longtemps, aurait amené la

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ruine totaie de ce qui avait été péniblement édifié par les mansa du Manding et quelques-uns des askia de Gao.

A partir de 1660, il ne sévissait plus guère qu'à Tombouctou même, qui eut à subir encore pendant 120 ans les caprices de ces métis d'Espagnols et de Nègres. Le Tedz" kiret en-nisiân énumère 128 de ces prétendus pachas pour la période de 90 ans allant de 1660 à 1750 : ces chifïres caractérisent éloquemment le régime. Depuis 1660 environ, tous ces tyranneaux, qui avaient l'audace de faire dire la prière publique en leur nom dans les mosquées, ne conservaient un semblant d'autorité qu'à condition de payer tribut au roi bambara de Ségou, qui faisait la loi au Sud, ou de verser de lourdes contributions aux Touareg Oulmidden, qui la faisaient au Nord et ne se privaient pas de piller Tombouctou chaque fois que la faim les pressait. A partir de 1780, le titre même de pacha disparut et il n'y eut plus à Tombouctou qu'une sorte de maire, choisi parmi les Arma tantôt par les Bambara, tantôt par les Touareg, tantôt par les Peuls du Massina, selon que les uns ou les autres étaient les maîtres du jour. Ce fut pour la ville une période de continuelle insécurité et de profonde misère qui ne devait prendre fin qu'un peu plus d'un siècle plus tard, en 1894, avec l'occupation de la vieille cité soudanaise par le commandant Joffre, aujourd'hui maréchal de France.

Je viens de parler des Bambara comme exerçant l'autorité au Sud de Tombouctou à dater de 1660 environ. En effet ce peuple, qui est un rameau du tronc ouangara, répandu des deux côtés du Niger depuis Bamako jusqu'à la région de Dienné et du Massina, et qui avait été d'abord sujet du Manding pour devenir, au moins en partie, vassal du Songoï dès l'époque du sormi Ali-le-Grand et surtout de

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