LA
sauvage d’aujourd’hui fait encore de même; s’il
ne bouge pas, c’est que la civilisation moderne, est venue l’en empêcher. Le nomade devint pêcheur, puis chasseur, et, pas à pas, au fur et à mesure
qu’il s’accoutumait aux climats nouveaux, il envahit le globe entier. Mais le gibier suivant la saison
se déplace, l’homme dut se déplacer aussi. Cette vie d’aventures, peu sûre, amena la phase pastorale de l’humanité.
» Le troupeau était une source où l’on pouvait
puiser suivant ses besoins; mais les pâturages, différents en hiver et en été, nécessitaient encore des déplacements fréquents. Peu à peu l’envahissement ù des climats tempérés se fit; il fallait plus de résis-
tance, plus de force et plus de vigueur que pour
rester sous les tropiques. Ce sont donc les plus
hardis et les plus courageux qui ont émigré. Alors,
lorsque tout fut envahi, quand toutes les régions fertiles et giboyeuses furent occupées, les hommes commencèrent la lutte pour la vie et devinrent
guerriers. L'instinct nomade diminua, l’agricul-
ture devint le premier facteur de la civilisation: mais ce n’est que très tard que la sédentarité commença. »
«Le mot nomade (1), avant de désigner des peu-
ples à demi-sauvages, courant à l’aventure dans
(1) Larousse, Voir Nomade.
En dors
les pays déserts, avait dans l’antiquité une signi-
fication plus restreinte. On appelait nomades les peuples arabes qui vivaient à l’orient des déserts de
la Palmyrène, du côté du Midi jusqu’au delà du ù lac Asphaltite; plus tard, on étendit cette désignation aux Attales, peuple accoutumé à faire des courses sur les terres des Chaldéens, voisins de
l’Euphrate; puis aux Scénites, qui habitaient près de l’Euphrate, et enfin lorsque les Grecs eurent fondé des colonies sur les côtes d'Afrique, ils don- / nèrent ce même nom aux populations barbares qui avoisinaient leurs colonies. On distinguait alors, selon Pline et Strabon, deux sortes de nomades:
les nomades nümides et les nomades Scythes. De
. nos jours, le mot nomade est générique et désigne tous les peuples qui n’ont point de demeure fixe et qui en changent perpétuellement pour chercher de nouveaux pâturages. On ne donne le nom de nomade à aucun peuple particulier. Les nomades
existent encore en Sibérie, dans le Groënland, dans. la Tartarie, dans l'Arabie, dans plusieurs autres
pays de l’Asie, dans le Canada et dans presque toute l'Amérique, dans le centre de l'Afrique et dans la Nouvelle-Hollande.
» Si on considère les peuples ARE suivant
qu’ils habitent les pays chauds ou les pays froids,
on s’aperçoit que les premiers ont, par suite d’une indolence naturelle, préféré cette manière d’exister, parce que les climats qu’ils habitent leur pro-
Jo
eurent tous les agréments et toute l’aisance de la vie. Lorsqu'ils ont consommé les fruits, le gibier et les pâturages d’un canton, ils se transportent dans un autre qui leur fournit en abondance de nouvelles ressources. Mais lorsque la civilisation apportera de nouveaux besoins, de nouveaux soucis, dans ces pays encore barbares, les habitants commenceront à connaître et à aimer une vie plus sédentaire, excepté ceux des déserts de l’Arabie et de l’Afrique, qui sont condamnés à vivre à peu près éternellement à l’état nomade, parce que les ‘pays sur lesquels ils subsistent ne présentent aucune ressource à une population sédentaire.
__ » Presque tous les peuples de l’Arabie ont mené . ou mènent encore une vie errante; rois de leurs déserts, au milieu de leurs troupeaux innombra- - bles, ils n’ont’ rien à envier aux populations les plus civilisées ; ils ne demandent au ciel qu’un peu d’ombrage, du gazon, et une fontaine.
» Dans les pays du Nord, une nature pauvre et un sol improductif interdisent une existence fixe à l’homme. À peine des espaces immenses peuventils fournir à la subsistance de quelques familles,
et les familles se voient condamnées à ne former que de misérables hordes nomades. Le climat sous lequel ces peuples vivent, les condamne à cette existence. La vie que mènent les populations nomades est toute patriarcale, favorable à la longévité, à la simplicité des mœurs, à l’essor et au déve-
A Le A LR loppement des idées religieuses, mais elle nuit au ; progrès intellectuel parce qu’eile isole les hommes; aussi les nomades n’ont-ils guère cultivé les sciences à l'exception de l’astronomie. Mais le plus généralement, ils sont en arrière de la civilisation. D'ailleurs, il est une chose qu’on reprochera toujours aux peuples qui mènent ce genre d’existence, c’est le brigandage et l’esprit de rapine. En Amérique, aussi bien qu’en Afrique, ces hommes sans toit et sans patrie se montrent toujours disposés à attaquer plus faible qu’eux pour s'emparer de. ses biens. Les Touaregs du Sahara comme les Indiens des Etats-Unis jouissent sous ce rapport d’une triste célébrité, et il existe dans les solitudes du Brésil, des bandes de barbares d’origine européenne qui, pour être moins sauvages, n’en jt pas moins à craindre. »
En définitive, on peut dire que vivent Smet à l’état nomade, les peuples qui ne sont pas encore arrivés à la civilisation. Dans notre société policée, nous trouverons aussi des nomades: nous verrons qu'ils constituent des déchets de la société..
Le but de cet ouvrage est d’étudier non pas les peuples nomades, maïs les individus ou les collectivités qui, dans notre pays, mènent une vie errante. Y a-t-il des nomades en France? Quels sontils et quelle est leur situation juridique?
En prenant le mot nomade dans son sens le plus large, c’est-à-dire en entendant par là tout indi-
| ie TEA Ro vidu qui n’a pas de résidence fixe, on peut affirmer que les nomades comprennent plusieurs catégories. Certains d’entre eux vivent en troupe, en tribus, d’autres vont seuls à l’aventure. Ce seront d’une part les Bohémiens et forains, d’autre part les — ambulants et aussi les vagabonds, mendiants et gens sans aveu. | LT,
Nous nous proposons d’examiner spécialement quelle est vis-à-vis de la loi pénale la situation des nomades au sens le plus strict du mot, c’est-à-dire de ceux qui sont désignés sous ce vocable par la loi du 16 juillet 1912; nous ne nous attarderons pas outre mesure aux autres catégories d’individus relatés ci-dessus. Qu'il nous soit permis, cependant, pour être complet, de ne pas les passer entièrement sous silence. |
LEs vAGABONDS
. «Les vagabonds ou gens sans aveu, dit l’article 270 C. pén., sont cgux qui n’ont ni domicile certain, ni moyens de subsistance, et qui n’exercent habituellement ni métier ni profession. »
Nous ne rechercherons pas quelle est la situation juridique du vagabond. On l’a déjà présentée bien souvent. Au surplus, cette étude exigerait des développements par trop considérables. Du reste,
INF ADAIE dans un des chapitres suivants, lorsque nous au-. rons à envisager la situation des Bohémiens sous le Code pénal, nous serons amené à préciser . caractères du délit de vagabondage. PES
Ayant à traiter des nomades, nous croyons ce-. pendant qu’il est indispensable de dire, au moins en passant, un mot des vagabonds. Le vagabond cu le chemineau n est-il pas, en effet, le type du nomade ? ; a
Les peuples nomades vivent dans cet sde cause des conditions économiques que leur imposent les régions, nous ne dirons pas où ils sont fixés, mais qu'ils parcourent. Elles se prêtent peu. à la culture, du moins avec les moyens rudimentaires dont disposent-ces peuples. Ils vont devant eux, épuisant, sur leur passage, les ressources des pays traversés.
Le vagabond, lui, est un déchet de la civilisation. Par suite de circonstances diverses, il n’a pu s'adapter au milieu social dans lequel il vivait, et il en est sorti ou il en a été chassé. « Les causes du vagabondage sont des causes individuelles auxquelles s’ajoutent, peut-être, des causes d’évolution sociale, qui font du vagabond représentant de la tendance nomade primitive, un type spécial qui se modifie avec la civilisation. » (1)
(4) 4° Docteur Pagnier. Des Vagabonds et du Vagabonbage, p. 19. - 2° Docteur Marie et R. Meunier. Les Vaga”
dore Es
« Le fait qui frappe l'observateur, c’est que les vagabonds sont des errants d’instinct, par vagabondage intrinsèque, alors que d’autres sont errants par nécessité sociale. » C’est en partant de
cette idée que M. Herbette, ancien directeur des — L
prisons, donnant une classification des vagabonds dans une communication qu'il fit, en 1903, à l’Institut psychologique de Paris, commence par séparer des autres, les vagabonds et mendiants dont l'état est dû à la vieillesse ou à la maladie. Ce sont des traînards de la vie qui relèvent plutôt de
l'assistance que de la répression.
Si tous les vagabonds étaient de ces « traînards de la vie », la question serait extrêmement simple: il suffirait de créer des asiles en nombre suffisant pour les recueillir. Malheureusement, il y a parmi eux des gens valides, souvent dangereux, contre lesquels la société est dans la nécessité de se défendre; il y a aussi des malades, des dégénérés, qui eux aussi sont une menace pour la collectivité.
Voici la classification que le docteur Marie et . R. Meunier donnent des vagabonds au point de vue psychologique. Je la cite à titre documentaire:
bonds, p. 24. — 3 V. M. L. Herbette. Les milieux morbides. Bulletin de l'Institut général psychologique. 5° année, n° 4, art. 1903.
. HAE à Do À. Vagabondage d’origine ow sociale
Les ouvriers sans travail.
Les exilés. nn Er es Les professions forcément am- Vagabonds légitimes … ue FA teurs, explorateurs, missionnaires, etc.
Les Conan par contumace et les récidivistes des prisons; Vagabonds délinquants une partie des simulateurs et
certains dégénérés dangereux des asiles (cas frontière).
B. Vagabondage d’origine morbide
Temporaires (enfants, adultes, malades ét convalescents).
Définitifs (vieillards et infirmes mutilés).
Insuffisances physiques
1° Les neurasthéniques.
2° Les hystériques.
névrosés 4 3° Les épileptiques.
4 Les dégénérés originaux et | excentriques.
insuffisances 4° Excités, déprimés, circulaires psychiques et intermittents.
2° Persécutés et mystiques (apôtres, prophètes).
3 Intoxiqués (alcooliques, pellagreux, etc, 4° Déments (précoces, ab ques, etc.
alhénés
bulantes (journaliers, colpor-
— 15 — C. Vagabondage d’origine ethnique
1° Les migrations des tribus préhistoriques et les grandes invasions par activité guerrière (Barbares, pots Saxons, Huns, Normands, Arabes, etc...) ne 2 Le vagabondage mystique collectif (certaines croi-
sades, rappel de vagabondage guerrier, à rapprocher des
grandes compagnies de routiers) ;
3° Le vagabondage ethnique contem- RonRenee rain A Arabes.
P Ë Sioux, etc.
Notre but n’est pas de déterminer quelles sont | les causes psychologiques du vagabondage. Aussi ne discuterons-nous pas la classification du docteur
Marie et ne rechercherons-nous pas, si d’autres ) l plus satisfaisantes, ont été proposées. Le seul point
intéressant pour le juriste est celui-ci: un danger est créé pour la société, dès l'instant que des gens sans ressource vont à l aventure. Comment pallier à ce danger?
II n’est pas d’aujourd’hui, et nous allons voir que, de tout temps, on s’est préoccupé de combattre ce fléau, sans succès d’ailleurs. Depuis une épo-
__que déjà reculée, nos rois ont rendu des édits con-
tre «les vagabonds, mendiants et gens sans aveu ». Après ces indications très brèves sur les vaga-
(4) Docteur Marie et R. Meunier. Les PABAAGE, p- 31
et suiv.
PA bonds, nous passons aux nomades proprement dits, à ceux qui sont désignés habituellement sous le nom de Bohémiens. Nous parlerons de leur origine, de l’époque à laquelle ils ont fait leur apparition dans nos pays, et de leur situation juridique tant sous l’ancien régime que de nos jours. Nous arriverons enfin à l’étude de la loi du 16 juillet 1912, qui les régit actuellement, ce qui nous donnera l’occasion d'étudier une autre catégorie de nomades dont s’occupe cette loi et que j’ai cités plus haut: les ambulants et les forains.
Les BoHÉMIENS
Des hordes de vagabonds parcourent en tout sens notre pays: elles sont pour ainsi dire les seules populations nomades qui s’y trouvent. « On les désigne généralement sous le nom de Romanichels, Bohémiens ou Tziganes en France, de Gitanos en Espagne, de Zingari en Italie, de Gypsies en Angleterre, de Zigenner en Allemagne, de Charaoui (voleurs) chez les Arabes, de Cyganis en Valachie et en Moldavie, de Pharaols Nepek (peuple du Pharaon) en Hongrie, de Tchingenis en Turquie, de Siah-Hindou (Hindous noirs) en Perse. On sait qu’eux-mêmes se désignent sous le nom de Roma,
RUE | les hommes, ou Kola, les noirs, ou encore Sinte, mot dont l’origine reste obscure. » (1)
Qui ne connaît les Bohémiens? Ce sont ces gens à l’allure bizarre, au teint basané, aux cheveux huileux, dont les campements encombrent les
abords de nos villes et de nos villages. Ils se tien- - ê
nent en dehors de la société civilisée, exerçant ou prétendant exercer les professions de vanniers ou de maquignons, et poursuivant toujours leur voyage vers un but qu'ils n’atteignent jamais. Nous verrons ultérieurement à quelle époque ils
ont fait leur apparition dans nos pays. Les auteurs du Moyen-Age nous ont à cet égard laissé quelques documents, ce qui ne doit pas nous étonner, si l’on songe à la stupéfaction que durent éprouver nos aïeux en voyant arriver tout à coup ces hordes de gens sordides, d’une race si différente de la nôtre. C'était un fait de nature à les impressionner. Mais d’où venaïent-ils ? Qui étaient-ils? La question était des plus difficile à résoudre. Les moyens d’inves- tigation dont on disposait à l’époque où ils pénétrèrent en France étaient des plus rudimentaires. Il était presque impossible de vérifier les hypothèses que l’on pouvait imaginer touchant leur origine, d’autant que les Romanichels ont toujours mystérieusement caché tout ce qui les concernait.
(1) Docteur Marie et R. Meunier. Les Vagabonds, p. 31.
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Autrefois comme aujourd hui, ils semblent avoir. -pris à tâche de dérouter toutes les recherches effec- |
tuées sur leur compte. Les hommes du Moyen-Age se sont donc bornés à enregistrer les déclarations que les Bohémiens ont bien voulu leur faire.
Les nomades des premières caravanes rencon-
trées en Europe déclaraient qu’ils allaient de par — le monde comme pèlerins; qu’il leur avait été in-
fligé comme pénitence de voyager pendant sept ans
sans coucher dans un lit. Ils prétendaient venir. de la basse Egypte, et chose curieuse, à une excep--
tion près, ils ne se contredirent jamais: cette version fut celle que, par la suite, présentèrent toutes les caravanes qui se répandirent dans nos pays at début du xv° siècle.
Cette origine qu’ils s’attribuaient les a 7. à cette époque, désigner sous le nom d’Egyptiens. Au commencement du xrx° siècle, ils n’avaient pas encore renoncé à cette version, et il n’est pas impossible qu’elle renferme une certaine part d’exac-
titude. Seuls les nomades d’une caravane de pas- :
sage à Forli, près de Bologne, en 1422, déclarèrent être venus de l’Inde. Les auteurs modernes sont à peu près d’accord pour reconnaître que là est la vérité.
Greellmann, qui, l’un des premiers, s’oceupa de cette question, arrive à conclure que les Bohémiens sont originaires de l’Hindoustan, en comparant la langue des gens de ce pays avec celle parlée par les
5 — A9 — Romanichels. Il trouve entre eux d’autres ressem- blances telles que la structure physique, le teint, et cette particularité que les forgerons des caravanes
. bohémiennes se servent encore d'outils identiques à ceux employés par les forgerons hindous. |
Cette opinion de Greellmann est adoptée par Pott et elle est aussi rapportée dans les ouvrages de Bataillard. ne
De Blasio, résumant les recherches opérées par lui et les anthropologistes qui l’avaïent précédé, et notamment Blumenbach, Kopeniki et Hovelaque, conclut : (Les Bohémiens forment une caste et ceux qui la composent sont issus de divers éléments ethniques, ce que nous avons déduit des mensurations des variétés des crânes. Dans les formes physiques, ils représentent l’union de l’élément indoaryen ou mongolique et à l’Egyptien » (1).
Pourquoi les Bohémiens ont-ils quitté en masse les Indes? Un peuple tout entier ne se met pas en voyage sans une raison puissante. Cette raison, nous la trouvons, si nous réfléchissons à la date vers laquelle les Bohémiens apparurent pour la première fois.
En 1408, les Indes furent envahies par un con-
(4) A. de Blasio. « Gli Zingari di Napoli ». Rivista mensile di Psichiatria Farense, Antropologia criminale, 1901, p- 186.
or D na ne
quérant Timur Bec, qui y apportait la religion mahométane. On peut supposer avec quelque vrai- ‘emblance que les vainqueurs obligèrent par leurs excès une partie de la population à émigrer, et ‘que, par étapes, ces émigrants gagnèrent l’Europe, qu’ils n’ont plus quittée. LitrR |
« Non seulement, dit Grellmann, parlant de cette conquête religieuse ou à prétexte religieux, non seulement tous ceux qui offrirent quelque ré
“sistance furent détruits par Le fer, mais on réduisit à l’esclavage Les habitants qui s'étaient volontairement soumis ; et de ces esclaves cent mille furent mis à mort peu de temps après. Comme cette extrême barbarie répandit la terreur dans tous. les esprits, il était naturel qu’un grand nombre d'habitants cherchât à se sauver. » (1)
Voïlà quelle est, selon toute probabilité, l’origine exacte des Bohémiens, et elle n’est pas inconeiliable avec la version donnée par eux-mêmes à leur arrivée en Europe. Il est très possible qu’une partie, au moins, de leurs caravanes, ait été refoulée de l’Inde et Egypte, et qu’ils vinssent de ce pays lorsqu'ils sont arrivés chez nous.
Mais si la plupart des Bohémiens descendent des : populations chassées de l’Inde par Timur Bec, d’autres ont une autre provenance, ou plutôt sor-
(1) Greellmann. Histoire des Bohémiens, p. 341.
C . + . » à » QE tent de populations identiques émigrées à une autre
époque en Europe.
On en retrouve, en effet, de temps immémorial dans les îles de la Méditerranée orientale. Ce sont les Sigynes dont parle Hérodote, « dont l’identification avec le nom de Tziganes, qui est appliqué aux Bohémiens dans toute l’Europe orientale, ne peut faire aucune difficulté, et dès le temps d’Homère, sous lé nom de Sinti (Etvrues), qui est encore aujourd’hui l’un des principaux noms ethniques que les Bohémiens se donnent à eux-mêmes, et celui qu’ils gardent avec le plus de mystère » (1).
Et M. Bataillard ajoute: « Je ne fais aucun doute que les Sigynes et les Sinti, que plusieurs auteurs de l’antiquité grecque signalent quelquefois côte à côte dans les régions du Caucase, dans l’Asie Mineure, en Thrace, dans certaines îles de la Méditerranée orientale, dans les contrées du bas Danube, et jusqu’au voisinage de l’Adriatique, c’est-à-dire dans les contrées qui sont restées les centres principaux de la race bohémienne, ne fussent les ancêtres de nos Bohémiens.
. Quant à la lacune qui semblait infranchissable entre les Sigynes et les Sinti de l’antiquité, et nos Bohémiens modernes, elle est en grande partie comblée par ces hérétiques du Moyen-Age byzantin dont le nom d’Athingans ou Azingans est
(4) Bataillard. Sur les origines des Bohémiens, p 12.
RM de Nas
FU celui des Pulse tel qu F1 se trouve dans d’ anciens documents romains des xrv° et xv° siècles et jusque dans la forme actuelle du nom des Tziganes en Grèce. » (1). |
Nous ne nous attarderons pas davantage sur ce , point. Nous ne suivrons pas les auteurs qui ont traité de l’origine des Bohémiens, à l'effet de} savoir s’il est possible de la déterminer plus strictement. Nous ne suivrons notamment pas Greellmann, qui non content de démontrer leur provenance indienne, essaye encore de prouver qu'ils sont issus des Suders, c’est-à-dire de la plus basse classe des Indous. De pareilles recherches sortiraient du cadre de cette étude.
IL nous suffira, envisageant seulement la question dans ses grandes lignes, d'admettre que les Bohémiens sont originaires des Indes et qu'ils en sont partis à des époques diverses; que les premières émigrations se sont produites non seulement au début du xv° siècle, mais encore à des époques plus reculées, qu’il est impossible, du reste, de fixer, et à la suite d’événements que nous ne connaissons pas. Ce sont les nomades, dont parlent Homère et Hérodote, qui habitent les îles de la Méditerranée orientale. Ils se maintiennent dans ces Îles, où les chroniqueurs du Moyen-Age les retrouvent, à moins que ceux dont nous parlent
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