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LES DIFFÉRENTES SORTES DE NOMBRES INDICES DU MOUVEMENT DES PRIX

Avant d'étudier comment mesurer le mouvement des prix, il faut examiner pourquoi on le mesure, dans quels buts, quelles applications on peut faire des mesures obtenues. En effet le but influe certainement sur la méthode de mesure.

Le professeur Edgeworth va même plus loin : pour lui les considérations théoriques sur les causes et les conséquences du mouvement des prix influent également sur le choix de cette méthode : « Mesurer la hauteur d’un homme n'exige pas la connaissance de l’anthropologie. Nous pouvons même déterminer la taille moyenne d’une nation sans connaissances spéciales. Mais des difficultés s'élèvent quand nous avons affaire, non avec un seul attribut comme la hauteur, mais avec deux attributs ou plus, par exemple les masses et les vitesses d’un système de corps. Prenons le cas simple d’un certain nombre de masses au repos, et Supposons que différentes vitesses leur soient imprimées entre deux époques données : pour quelqu'un qui ignore tout de la mécanique, il ne serait pas aisé de définir la notion générale, confuse du

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changement de mouvement qui s’est produit ni de l’exprimer en fonction des données : les masses M, M,.....M, et les vitesses V, V,....…. V\ (même si pour simplifier on les suppose toutes dans la même direction). Il faut faire appel à la mécanique pour déterminer quelles sont les combinaisons qui méritent d’être formées et quelles sont celles qui sont insignifiantes. Considérons les deux combinaisons 2 MV? et ©? M°v. À première vue, toutes deux sont également objectives et semblent également simples. Mais tandis que la première (l'expression de l’énergie) donne la clé de tous les secrets de la nature, la seconde ne pourrait avoir de sens que dans des hypothèses très particulières, pour quelques buts tout à fait singubkers (1). » L’analogie invoquée me paraît plus apparente que réelle. J’examinerai au chapitre VI la question si controversée de savoir s’il existe une formule de nombre indice des prix qui convienne quelle que soit l’application que l’on ait en vue. Je n’envisagerai d’ailleurs que l’étude statistique du mouvement des prix, non l’étude économique de ce mouvement, la recherche de ses causes.

La plupart des séries de nombres indices qui sont actuellement publiées ne comportent aucune autre indication que l’une de celles-ci : « nombre indice des prix de gros », « indice des prix de détail », « indice du coût de la vie ». Signalons cependant que le Statist a précisé à ses lecteurs quel usage on peut légitimement faire de l’indice qu’il publie (2), mais c'est là une exception. Or ces indices reçoivent les applications les plus variées : on les emploie « à montrer la dépréciation de la monnaie, la hausse du coût de la vie, les alternances de prospérité et de dépression dans les affaires, les corrections

(1) Papers, mp. 205.

(2) « 11 mesure le changement dans les prix de gros äes marchandises en général. Pour l’interpréter, on n'a qu'à saisir la signification des mots « prix de gros ». Le commerce est fondamentalement une série de) transactions en gros et les changements des prix de gros sont intimement liés à la course du commerce et de l’industrie. L'idéal à considérer dans l'évolution des valeurs est la stabilité : une étude de l'indice aidera le jugement du commerçant et de l’économiste à décider si les conditions tendent à la stabilité désirée. » (N° du 2 juin 1993).

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à apporter aux comparaisons de la fortune nationale ou des revenus privés à diverses époques ; on les cite pour prouver que les salaires doivent être augmentés ou diminués, que les trusts ont manipulé le prix de leurs produits pour le bien ou au détriment du public, que les tarifs douaniers ont été favorables ou défavorables aux producteurs ou aux consommateurs, que l’émigration doit être encouragée ou restreinte, que le système monétaire doit être réformé, que les ressources naturelles ont diminué ou que le dividende national est en augmentation. On y recourt pour expliquer pourquoi les valeurs ont baissé et pourquoi le taux de l'intérêt a augmenté, pourquoi les dépenses publiques sont en augmentation, pourquoi le malaise social prévaut dans certaines années, pourquoi l’agriculture est prospère ou le contraire, pourquoi le chômage varie, pourquoi l’or est importé ou exporté, etc. (1). » Encore, quand le professeur Wesley Mitchell procédait en 1915 à cette énumération, les nombres indices n’avaient-ils pas dans le grand public la diffusion qu'ils ont acquise depuis la guerre.

Il ne saurait naturellement être question de passer en revue toutes les applications possibles des nombres indices du mouvement des prix, mais ces applications se rattachent à quelques types généraux qu'il est intéressant de décrire.

Un prix est en lui-même un rapport, le rapport entre une quantité donnée d’un bien ou d’un service et une quantité de monnaie. Ce rapport peut aussi légitimement être pris en sens inverse, et l’on peut considérer soit le prix d’une marchandise déterminée, soit le pouvoir d’achat de la monnaie par rapport à cette marchandise. L’un des buts que l’on a proposés lé plus anciennement et le plus souvent à la mesure du mouvement des prix, c’est d'exprimer le pouvoir général d'achat de la monnaie, le pouvoir d’achat de la monnaie par rapport à des biens ou services indéterminés. Ce n'est

4) Wesley Mitchell, B.L.B., n° 173, pp. 25-26.

pas autre chose que de mesurer le niveau général des prix, car les deux grandeurs sont inverses l’une de l’autre. En vérité cette notion de « pouvoir d’achat de la monnaie par rapport à des choses indéterminées » paraît bien confuse €t l’on peut se demander si une grandeur définie d’une manière aussi vague est susceptible d’être numériquement mesurée. L'expérience montre cependant que parfois les prix des différents biens et services tendent à augmenter ou à diminuer tous à la fois et dans des proportions assez voisines. Tout le monde connaît aujourd’hui la hausse générale des prix qu'entraîne l'inflation, mais ces phénomènes de variations amples et concordantes des prix ne sont pas particuliers à notre époque et le xvI° siècle, par exemple, a connu une hausse des prix qu’on a pu très légitimement mettre en parallèle avec celle d’après-guerre (1).

Les causes de mouvements de cette nature sont le plus souvent d'ordre monétaire, comme la quantité de monnaie et d'instruments de crédit en circulation et la vitesse de cette circulation. Dès le moyen-âge, les mutations monétaires (altérations du poids ou du titre des monnaies) avaient entraîné d’amples variations des prix, notamment en France du xx11° au xv° siècle. Bien avant les économistes contemporains, Foxwell a montré la possibilité de mesurer dans cette hypothèse le pouvoir d’achat de la monnaie en objets indéterminés et l’on a souvent envisagé de calculer un tel indice dans le but de stabiliser le niveau général des prix ou le pouvoir général d'achat de la monnaie, par une action sur la circulation. Mais en dehors des causes monétaires, beaucoup d’autres phénomènes peuvent amener des variations générales dans les prix, soit de l’ensemble, soit de certains groupes de biens et services : l’activité générale des affaires, l’augmentation de la divisian du travail et du machinisme, l’amélioration des transports ou, d’une manière générale, le

(1) André Liautey. La hausse des prix et la lutte contre la cherté de Ia vie au XVIe siècle.

perfectionnement des méthodes de production; en sens inverse et pour les produits agricoles seulement, la loi des rendements décroissants, etc. On peut se proposer de calculer un indice qui néglige les mouvements relatifs des prix les uns par rapport aux autres pour ne laisser apparaître que l'effet des tendances communes. Ainsi que l’avait fait observer Cournot, « les géomètres peuvent trouver dans le calcul de cet indice une application intéressante de leur théorie des moyennes telle qu’ils l’ont déjà construite pour les besoins de l'astronomie et de la physique ».

Le professeur Edgeworth (1) a comparé ce problème à celui de la détermination du mouvement propre du système solaire au moyen du mouvement apparent des étoiles.

Cet indice n’implique aucune hypothèse quant à la nature de la cause de la tendance commune qu’il se propose de mesurer. Gette tendance commune peut avoir son origine dans l’un ou l’autre des deux grands groupes de variables en présence, la monnaie d’une part, les biens et services d’autre part. [lest vrai que, comme l’a proposé un des protagonistes de cette forme d'indice (2), on peut appeler par définition « cause monétaire » toute cause entraînant des variations concordantes dans le prix des différents biens et services et dire que si une amélioration de la technique a amené une baisse générale des prix, la monnaie s’est appréciée. Cependant si la tendance est due à. une cause monétaire l’indice doit porter, au moins théoriquement, sur l’ensemble des territoires en communication monétaire (il est vrai que nous ne sommes plus aux temps heureux où la plus grande partie du monde civilisé était au régime de la monnaie-or), tandis que, si aucune hypothèse n’est faite sur la nature de la cause en jeu, il faut limiter l’étendue des marchés sur lesquels porte la mesure (3). Tout se passe en effet dans cette hypothèse comme

} Papers, pp. 235-256.

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