CHAPITRE IV
La dispersion des prix relatifs
Nous avons noté au chapitre précédent l'existence de phénomènes tendant à faire augmenter ou diminuer en même temps tous les prix; nous avons cité quelques-unes de ces causes de variation générale, comme la quantité et la vitesse de circulation de la monnaie et des instruments de crédit, les perfectionnements de la technique, l’activité économique générale, la loi des rendements décroissants, etc. Mais les biens et services ne subissent pas tous au même degré l’influence de ces causes ou ne la subissent pas aussi rapidement jes uns que les autres.
Certains prix sont fixés par des contrats de longue durée; ils ne peuvent donc s’ajuster à la quantité de monnaie, par exemple, si rien n’a été prévu dans le contrat à cet effet. Parmi les valeurs mobilières les actions peuvent s’y ajuster plus ou moins, si l’on admet que les bénéfices de la Société
considérée varient dans le même sens que les prix, et par suite que la quantité de monnaie en circulation, mais les obligations conservent la même valeur en monnaie (sous réserve des variations du taux de l'intérêt). En l’absence de contrats explicites, certains prix peuvent être préservés de fout changement pour des raisons implicites ou par la simple inertie de la coutume (1).
Ces phénomènes de non-ajustabilité ou de différences d’ajustabilité, qui sont très fréquents dans l’ensemble des prix des biens et services, se manifestent même dans le domaine plus restreint des prix des marchandises. Quand le change d’un pays varie, le prix des marchandises qui ont un marché mondial et qui ne sont pas produites par ce pays, varie aussitôt dans la même proportion; si le pays produit une partie de Ge qu'il consomme de cette marchandise, le prix tend à se mettre plus ou moins vite et plus ou moins exactement à la parité mondiale et à subir la même variation proportionnelle que le change. Dans un pays à circulation métallique, les prix du métal monétaire, des objets dont ce métal constitue la matière, des substituts de ce métal et de ces objets sont insensibles aux variations de la quantité de monnaie.
De plus chaque bien ou service a ses causes propres de variation de prix, la loi de l’offre et de la demande qui lui est particulière, et à chaque instant ces influences spéciales se superposent aux influences générales.
Les différents biens et services n’étant pas également sensibles aux influences générales s'exerçant sur les prix et étant sensibles à des influences propres à chacun d'eux, il en résulte qu'ils ne varient jamais tous de la même manière. Par suite, si on compare leurs prix à deux époques données, les rapports, c’est-à-dire les prix relatifs, sont plus ou moins différents les uns des autres. On a comparé le mouvement
(1) Irving Fisher, Purchasing Power.…, trad. française, mp. 215.
général des prix à celui d’un essaim d’abeilles (1), dont la configuration interne varie à chaque instant, mais qui a un mouvement d'ensemble bien déterminé, à celui des divers éclats provenant de l’explosion d’un obus, ete.
Le fait que les prix relatifs sont ainsi plus ou moins dispersés doit être mis à la base de toutes les considérations sur les nombres indices du mouvement des prix. En effet, si tous les prix relatifs étaient égaux, la question du choix de la formule ne se poserait pas, car n’importe quelle combinaison linéaire des prix relatifs donnerait le même résultat. La forme la plus générale de nombre indice du mouvement des prix est, si l’on appelle Pi Je prix relatif, Ii le poids
SP; [li à lui attribuer : ——, Mais si tous les prix relatifs sont