CHAPITRE PREMIER
^e T^ieii^ et de la ^tpinité.
DiONYS., c. i,de Diviais Nominibus, et c. 3, de Myst. Theologia.
lEU, ainsi que nous l'enseigne saint Denys, peut être conçu de deux manières : Premièrement, par des affirmations ou conceptions positives, par lesquelles toutes les perfections lui sont attribuées \ secondement, par des négations ou conceptions négatives, par lesquelles toutes les perfections, telles qu'elles sont conçues sans le secours de la lumière de la gloire par un esprit créé, sont niées de lui.
De la première manière, ou par des affirmations, nous concevons que Dieu est un
8 Léonard Lessius.
Esprit très sublime, très bon, très grande éternel, très puissant, très sage^ très doux, très saint, très juste^ très miséricordieux, très beau, intimement présent à tous les êtres, les créant à Tintérieur, les formant, les conservant, les gouvernant, et les coordonnant à sa gloire, comme premier principe et fin de tous les êtres créés.
Saint Augustin, au quatrième Chapitre de son premier Livre des Confessions^ nous fait une semblable description de Dieu, ajoutant peu de chose à ce qui vient d'être dit^ il s'exprime ainsi : « Dieu est un Esprit souverain, très bon^ très grand et éternel; très puissant et très doux, très miséricordieux et très juste -, très présent, très fort et très beau; très simple et très parfait; indivisible et immense -, stable et incompréhensible ; immuable et changeant tout; toujours agissant et toujours en repos; amassant et ne manquant de rien ; créant et nourrissant et perfectionnant; portant, remplissant et protégeant : de qui, tous les êtres; par qui, tous les êtres; et pour qui, tous les êtres. »
Saint Bernard, dans son Livre De la
Les Noms diuins. — Cliap. I. 9
Considération, adressé au pape Eugène (i), s'exprime ainsi : « Qu'est-ce que Dieu? Dieu est une volonté toute puissante, une force très douce, la lumière éternelle, Timmuable raison, la souveraine béatitude-, créant rame, pour la rendre participante de luimême; la vivifiant^ pour qu'elle ait le sentiment de son Créateur- la touchant de son divin contact, afin qu'elle se porte vers lui parle désir-, la dilatant, pour qu'elle se remplisse de lui-, la justifiant, pour qu'elle mérite-, l'enflammant, pour qu'elle brûle de zèle-, la fécondant, pour qu'elle produise des fruits-, la portant à l'équité, la formant à la bienveillance; la gouvernant, pour la sagesse; la fortifiant, pour la vertu-, la visitant, pour la consoler; l'illuminant, pour accroître ses connaissances; la conservant, pour l'immortalité; la remplissant, pour la félicité; l'environnant, pour la sécurité. » Je passe sous silence d'autres descriptions de Dieu, que saint Bernard nous présente dans ce même Livre, et qui sont presque toutes par des aflfirmafions.
(i) L. V, en.
lo Léonard Lessius.
De la seconde manière, c'est-à-dire par des négations ou conceptions négatives, nous concevons que Dieu est un Esprit infini, immense, éternel, qui s'élève infiniment audessus de toute perfection, de toute excellence et de toute grandeur que Fentendement créé peut concevoir; qui domine, d'une hauteur infinie, toute substance, toute puissance, toute sagesse, tout entendement, toute lumière, toute beauté, toute sainteté, toute justice, toute bonté, toute béatitude, toute gloire, de telle sorte qu'à proprement parler, et dans la vérité^ Dieu n'est rien de tout ce qui est ainsi conçu par un esprit créé, n'est semblable à rien de cela, mais est infiniment plus élevé et plus excellent.
Et la raison en est, premièrement, parce que toutes ces perfections, telles qu'elles sont conçues par nous ou par les anges, sans le secours de la lumière de la gloire, sont limitées dans leur être, de sorte que l'une ne contient pas l'autre. Or, telles qu'elles sont en Dieu, elles n'ont aucune limite^ et elles sont l'une dans l'autre. En second lieu, toutes ces perfections ne se représentent à
Les Noms diyins. — Chay. 1. ii
un entendement créé que par manière de formes accidentelles, telles qu'elles sont dans les êtres créés. Mais en Dieu, elles sont une substance très simple, ou une forme subsistante par elle-même.
Pour ces causes, saint Denys TAréopagite, dans plusieurs endroits de ses ouvrages, préfère cette manière de concevoir Dieu par négations, à celle qui le conçoit par les affirmations. ( Voyez le Chapitre II de sa Hiérarchie céleste ; les Chapitres I et II des Noms divins, et le Chapitre III de la Théologie mystique. )
On peut aussi unir ces deux manières de concevoir Dieu, par affirmations et par négations, comme elles se trouvent unies dans cette description de la Divinité : « Dieu est une incompréhensible bonté en son essence \ une inscrutable profondeur en sa sagesse; une inaccessible hauteur en son élévation; une inetfable largeur en sa charité; une infinie longueur en son éternité; une très simple pureté en sa sainteté ; une absolue immensité en sa grandeur ; une obscurité très lumineuse ; une solitude très abondante;
12 Léonard Lessius.
une simplicité très parfaite • pour lui et pour tous les bienheureux, un paradis et un ciel ; Téternelle vie, Féternel repos, Téternelle béatitude et l'infinie plénitude de tous les biens. »
Quant à ce qui concerne la Divinité, bien qu'en effet et en soi elle ne soit nullement distincte de Dieu, ni même dans la pensée et l'entendement de ceux qui jouissent de la vision intuitive, néanmoins, selon notre manière de concevoir, il y a quelque distinction : car nous concevons la Divinité comme une forme, et Dieu comme un Etre qui résulte de la forme et de la subsistance.
Or nous pouvons concevoir la Divinité de deux manières : Premièrement, comme une Essence ou une Nature intellectuelle infinie, de laquelle émanent en quelque sorte toutes ces perfections qu'on appelle attributs; mais ces attributs émanent de telle manière qu'ils ne sont pas formellement contenus dans la Divinité ou l'Essence divine, mais qu'ils ont seulement en elle leur fondement, comme les propriétés, dans les choses créées.
Les Noms divins. — Chap. I. i3
Secondement, nous pouvons concevoir la Divinité comme une forme très simple subsistante par elle-même, d'une perfection infinie, qui contient formellement toutes les perfections considérées dans leur suprême degré d'élévation, de telle sorte que Dieu, par cette forme, soit formellement puissant, sage, bon, saint, juste, etc.-, et que, de plus, il soit formellement la puissance elle-même, la sagesse, la bonté, la sainteté, la justice, etc., non accidentelles, mais substantielles et subsistant par elles-mêmes. Et cette manière de concevoir la Divinité est plus élevée, plus noble et plus digne de Dieu, comme nous l'avons amplement montré ailleurs (i), soit par la raison, soit par les témoignages des saints Pères; car, de cette manière, TEssence divine contient formellement toute perfection simple, et non pas seulement en qualité de fondement. Et ces perfections se présentent à nous par forme de substance, et non par forme d'accident ou de propriété accessoire.
(i) Lib. I. de Perfect. divinis, c. i et m.