‹ Les noms divinsChapitre 57 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qA r immensité de Dieu.

O EiGNEUR, que VOUS ètcs grand, que vous êtes digne de louanges! Votre grandeur est sans bornes! Vous êtes plus élevé que le ciel, plus étendu que l'océan, plus profond que les abîmes. Vous remplissez tout, vous environnez tout! et tout cet Univers, vous le tenez comme une petite sphère dans le creux de la main ! Vous êtes une sphère incompréhensible, dont le centre est partout et la circonférence nulle part, comme Ta très bien dit un philosophe, si toutefois il Ta entendu dans le sens véritable.

Vous occupez tous les espaces des lieux en dedans et en dehors du monde-, vous

Elévations à Dieu. — Chap. II. 199

êtes vous-même le fondement, le siège et l'espace de tout espace; vous étendez, vous établissez premièrement Timmensité de tous les espaces et de tous les intervalles, tant possibles que réels, en votre qualité de première base sur laquelle tout le reste est appuyé. Vous n étendez pas seulement le ciel et la très vaste capacité de ce monde, mais encore d'une manière tout à fait admirable, vous étendez ce même espace dans lequel vous avez créé le monde sans nul autre intervalle que celui de votre grandeur. Cette grandeur sans bornes est la capacité première et fondamentale, l'espace et retendue en puissance, dans laquelle il faut que tout autre espace se mesure, et à raison de laquelle Fesprit créé peut se former Tidée d'un espace immense; de même que votre éternité est la première et originelle durée, fondement de toute durée concevable à l'entendement créé.

Non seulement par l'immense diffusion de votre Etre, vous occupez un espace immense, mais vous êtes encore dans tous les êtres et tous les lieux de cet univers, dans chacun en

200 Léonard Lessius.

particulier et dans tous les points qui peuvent être désignés-, vous y êtes avec tout votre être divin, présent tout entier, tout entier à l'intérieur^ vous y êtes avec toute votre puissance, votre sagesse, votre bonté, toutes vos perfections -, avec tous les dons, tous les trésors, par lesquels vous pouvez orner et rendre heureuse votre créature.

Vous êtes caché tout entier dans chaque être, créant incessamment toutes choses, les formant, les conservant, et les tenant intérieurement dans la lumière de Têtre, de peur qu'elles ne retombent dans leurs ténèbres et dans leur néant, et enfin les attirant à vous par rinclination au bien que vous leur avez donnée.

Convertissez, je vous en conjure, mon cœur ^ enfermez-le avec vous, au plus profond de mon âme. Et que là, tout bruit des créatures expirant ainsi que tout tumulte des pensées importunes, je demeure avec vous, je vous voie toujours présent, je vous aime et vous révère, j'entende votre voix, je vous expose les misères de mon exil et trouve consolation auprès de vous. Que je n'oublie

Elévations à Dieu. — Chap. II. 201

jamais votre présence, ô ma Lumière et la douceur de mon âme ! Que jamais je ne vous oublie, mais que toujours, de quelque côté que je me tourne, les yeux de mon âme vous rencontrent! Étant présent tout entier en chaque endroit, vous répandez les rayons de votre présence sur chacun des êtres de la création. Car, de même que 1 ame invisible de r homme se montre au dehors par les mouvements et les opérations qui paraissent à Textérieur dans le corps, de sorte que nous connaissons clairement sa présence ; de même vous, ô Seigneur! qui êtes la vie survitale et Têtre suressentiel de tous les êtres, vous vous montrez d'une manière assez manifeste par la beauté des créatures, miroirs si éclatants de votre admirable sagesse et de votre puissance.

Que sont^ en effet, toutes les créatures, si ce n'est une certaine impression et comme une imitation de vos éternelles pensées? Vous êtes le sceau primordial et universel, et la créature est comme Teffigie ou la forme résultante du cachet. Vous ne vous imprimez pas sur quelque matière solide qui puisse

202 Léonard Lessiiis.

retenir son être et sa figure si le cachet est enlevé^ mais sur une matière qui de soi s'écoule et s'évanouit, en un mot sur le néant. C'est pourquoi la créature ne peut exister un seul instant, si votre sceau se sépare d'elle^ pour qu'elle continue de vivre, il lui faut, de votre part, une présence et une impression continuelles. Ainsi donc, ô mon Dieu! je reconnaîtrai votre présence dans toutes les créatures^ puisque c'est vous qui, caché dans chacune d'elles, lui donnez sans cesse l'être, son rang et sa beauté.

Accordez-moi, en outre, que je comprenne avec tous les saints quelle est la longueur et la largeur, la hauteur et la profondeur de votre Divinité, afin que, n'ayant plus de pensée ni d'afiection pour moi, je me plonge dans cet océan infini, que là, je me perde moi-même, et tout ce qui est créé avec moi, ne considérant plus rien en dehors de ce que je rencontre, ne sentant plus rien, n'aimant, ne désirant, ne recherchant jamais plus rien, mais me reposant en vous seul, possédant tout bien en vous seul, et jouissant de tout bien en vous seul. Car, de même que votre

Elévations à Dieu. — Cliap. II. 2o3

essence est infinie et immense, de même tout bien qui est en vous est également infini et immense. Et qui peut être avare à tel point, que le bien infini et immense ne lui suffise pas? Que je ne cherche donc rien, que je ne désire donc rien en dehors de vous; mais soyez pour moi toutes choses, et au-dessus de toutes choses, Dieu de mon cœur et mon partage, ô Dieu, pour toute Téternité!

Page 1