CHAPITRE Vil
qA la Bonté de Dieu.
KLliVATlON ET PRIERE
E Seigneur est bon et souverainement aimable ; sa bonté n'a point de bornes. Ce n'est point de telle ou telle manière, de tel ou tel genre de bien qu'est bon le Créateur de tout bien; mais il est absolument bon, sans commencement, sans fin, sans limites, sans manière, sans mesure, précédant tout bien, et comprenant en lui seul tout bien.
Et ce bien, nul ne vous l'a donné le premier, vous obligeant ainsi à la reconnaissance et à l'action de grâce; mais, ô Bonté simple et primordiale, vous l'avez de vous-même, et c'est en vous que toutes choses, selon leur capacité, goûtent la douceur du bien. Car
Elévations à Dieu. — Chap. VII. 229
VOUS êtes la plénitude et Tuniversalité du bien, la source originelle de tout bien, à qui tous les êtres, depuis la plus haute substance créée jusqu'à celle qui est au dernier confin de la création, sont redevables du bien qu'ils possèdent.
Nulle des créatures ne tient de son essence tout le bien qui est en elle : elle a besoin d'aller à l'emprunt de beaucoup de choses pour être parfaite et complète dans son genre et dans les limites de sa nature. Mais vous, par votre très simple essence, vous possédez toute excellence, toute perfection, toute béatitude, tout bien, sans avoir besoin de quoi que ce soit en dehors de vous !
Le bien des créatures est étroit et circonscrit dans les limites d'un genre déterminé, de sorte qu'elles ne contiennent pas en elles le bien des autres -, d'où il résulte que nous avons besoin d'une infinité de choses pour vivre, parce que chaque chose en particulier ne nous prête qu'un faible secours. Mais le vôtre, c'est-à-dire le bien de votre très simple essence, est immense, débordant de tous côtés et souverainement suffisant par
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lui-même pour tout. Car, comme vous êtes la source primordiale de tout, il n'y a rien qui puisse borner ou limiter la condition du bien qui est en vous. Donc, de même que votre essence, votre puissance, votre sagesse sont infinies, parce qu'elles sont source primordiale, ne viennent point d'ailleurs, et par conséquent ne peuvent être limitées-, de même aussi votre bonté, votre perfection sont sans limites, parce qu'elles sont les premières, précédant toute bonté et toute perfection, et par conséquent ne dépendant d'aucun autre qui puisse leur imposer des limites. Car une nature qui de soi est illimitée ne peut recevoir de limites que d'une cause efficiente. Ainsi, puisque les perfections qui sont en vous n'ont aucune cause efficiente, il faut de toute nécessité qu'elles soient sans limites.
Malheur aux misérables qui, séduits par l'aspect si varié et par la multitude inextricable des choses si basses de ce monde, cherchent hors de vous et poursuivent si éperdu ment, avec tant de soin, tant de travail, tant d'anxiété, et avec tant de péril pour
Elévations à Dieu. — Chap. VIL 23 1
leur salut, les richesses, les voluptés, les honneurs ! lis pouvaient trouver et posséder tout cela en vous d'une manière plus heureuse et plus facile, et non pas seulement pour le moment si rapide de cette vie, ainsi qu'ils possèdent les choses humaines, mais encore pour toute la durée des siècles à venir. Car toutes ces choses sont en vous, très pures, réunies ensemble et immenses. En vous se trouvent d'une manière suréminente l'éclat de l'or, la beauté des pierreries, les fruits des campagnes, l'agrément des jardins, la magnificence des palais, la richesse des villes, la gloire des royaumes. Tout ce qu'il y a de souhaitable au monde, de glorieux, d'honorable, d'aimable, tout cela est en vous, en souverain degré, en une très parfaite pureté, en une union très étroite, et cela de toute éternité, à l'exclusion de toutes les imperfections qui se trouvent dans les choses créées.
En vous se trouvent toutes les délices et tous les ravissements, tout ce qui récrée et tout ce qui charme, toutes les consolations et toutes les joies, toute beauté et toute félicité.
toute béatitude et la consommation de la béatitude. C'est de vous que tout ce qui est doux tire sa douceur ; tout ce qui est beau, sa beauté ; tout ce qui est lumineux, sa splendeur ; tous les êtres vivants, leur vie; tout ce qui a sentiment, sa sensation-, tout ce qui se meut, sa vigueur; tout ce qui est doué d'entendement, sa connaissance; tout ce qui est parfait, sa perfection ; tout ce qui a quelque bonté, sa bonté.
Vous êtes l'auteur, le type éternel, la fin et le conservateur de toute perfection ; vous terminez toute infinité, vous dépassez toute fin, vous bornez toute mesure, vous formez toute beauté, ainsi que tout ce qui contraste avec la beauté. Quant à vous, vous êtes parfait par vous-même, parfait au-dessus de toute concepfion, et parfait de toute éternité, possédant en vous toute perfection et toute excellence par votre simple unité.
Vous êtes grand sans quantité; bon, sans qualité; infini, sans nombre; beau, sans figure; éternel, sans temps; immense, sans lieu; répandu, sans extension; parfait, sans multiplicité; très haut, sans situation. Vous
Élévations à Dieu. — Chap. VIL 233
êtes le centre de l'univers, auquel toutes choses tendent par leur poids inné, dans lequel elles se reposent toutes, et par lequel elles sont soutenues. En vous se trouvent Tattrait de tout amour, raccomplissement de tout désir, le terme de tout mouvement, et le rassasiement de toute faculté des êtres intelligents.
Quelle n'est pas la puissance de votre suréminente bonté, puisque, au moindre de ses rayons, et à une ombre d'elle-même, toute créature court avec tant d'impétuosité! Car tous les êtres, dans cet univers, cherchent un certain bien qui leur est propre, et ils se portent vers lui de tous leurs efforts. Ce bien n'est autre chose qu'un faible vestige de votre bonté. C'est ce bien qui attire toute créature, et qui excite dans le monde tant de mouvements. Car tout ce qui se meut, agit, opère dans les êtres créés, ne se meut, n'agit et n'opère que par le désir du bien. Si une petite ombre attire avec tant d'impétuosité, que ne fera pas la vérité elle-même ! J'entends la beauté, la bonté infinie contemplées dans la lumière céleste!
234 Léonard Lessiiis.
Attirez mon âme à vous, ô Bonté immense, ô mon Dieu ! Enchaînez-la à vous par le lien indissoluble et le nœud éternel de l'amour ! Car, que puis-je chercher ou désirer hors de vous, qui êtes la plénitude de tout bien, la source, la fin, la suavité de tout bien, et qui êtes infiniment meilleur et plus excellent que tout bien? Que je méprise donc tout le reste^ et que toujours je pense à vous ; que toujours je vous aime; que je vive intimement attaché à vous, et que je fasse de vous ma demeure ; que je vous loue et vous bénisse ; que toutes les forces de mon âme et que toute ma vie se consument à votre service ! Que je considère toutes les choses qui passent comme un néant en comparaison de vous, et pour Tamour de vous -, et que tout ce qui regarde votre service me soit cher, et vous, mon Dieu, au-dessus de tout! Selon votre bon plaisir très relevé, perfectionnez-moi dans votre connaissance et dans votre amour, et transférez-moi tout entier en vous, afin que je sois fait un seul et même esprit avec vous! Ainsi soit-il !