CHAPITRE VIII
qA la Sainteté de Dieu.
ÉLÉVATION ET PRIERE
O AI NT, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées : Toute la terre est remplie de sa gloire {\)\ C'est le cri qu'élèvent les Séraphins dans cette vision mystérieuse où vous avez fait voira Isaïe un rayon de votre gloire, et le terrible jugement porté sur les Juifs. Ce peuple ayant comblé la mesure de ses péchés en refusant de vous reconnaître quand vous êtes venu au milieu de nous, comme Verbe fait chair, ces esprits célestes demandent vengeance à votre sainteté, la nommant par trois fois, non sans un grand mystère de la très
;i) Isai, VI.
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sainte Trinité. « Car vos yeux sont purs, et vous ne pouvei voir le mal ni regarder l'iniquité {\). » Comme vous êtes la sainteté même, tout péché vous déplaît souverainement. Et c'est pourquoi « vous perdre{ tous ceux qui opèrent l'iniquité (2). » Tout ainsi que les ténèbres sont contraires à la lumière, la difformité à la beauté, la souillure à la pureté, les voies obliques à la droiture, la malice à la bonté et la mort à la vie; de même, tout péché est contraire à votre sainteté, et lui est en horreur.
C'est pourquoi, de même que vous avez nécessairement un souverain amour pour votre sainteté, de même vous avez nécessairement une haine sans bornes pour le péché, et vous le vengez par une peine infinie, à moins que votre miséricorde infinie ne prévienne le pécheur, ne lui inspire Tesprit de contrition, et n'accorde le pardon à son repentir.
Nul ne vous a jamais plu que par la sainteté, et quiconque en a été doué et orné ne
(i) Habac, i. — (2) P»al. 5 et 27.
Elévations à Dieu. — Chap. VIII. 23j
VOUS a jamais déplu. C'est la sainteté seule qui vous donne des enfants et des héritiers de votre royaume. C'est à elle seule que la communication de votre gloire et de votre béatitude est promise et préparée avant les siècles. Nous y avons été prédestinés par vous de toute éternité, en Jésus-Christ^ afin que nous soyons saints et sans tache en votre présence (i), et capables de l'héritage éternel.
Ce n'est ni votre puissance, ni votre sagesse, ni la hauteur de votre majesté que vous nous avez ordonné d'imiter, mais votre sainteté, quand vous nous avez dit : « Soye^ saints parce que je suis saint (2). » Car il convient que celui qui est la source de la pureté et de la sainteté, qui est pur par-dessus toute pureté, saint par-dessus toute sainteté, ait des ministres saints et exempts de toute tache du péché. Mais d'où pourrons-nous avoir une pureté telle, que nous soyons dignes de paraître en votre sainte présence, et de nous employer à ce qui concerne votre
(1) Ephcs., r. — (2) Lcvit., ii.
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service, nous qui habitons des maisons de boue, et qui par la pensée et les rapports sommes sans cesse en contact avec les choses terrestres? Si les esprits célestes, exempts de tout mélange corporel et plus purs que les cieux, sont encore infiniment éloignés de cette pureté, qui convient à votre ministère, combien en devons-nous être éloignés, nous qui sommes incomparablement au-dessous de leurs mérites! Cest ici qu'éclate votre bénignité : loin de rejeter vos serviteurs, parce qu'ils sont pécheurs, et couverts de la poussière des choses terrestres, vous les attirez à vous pour effacer leurs taches, éclairer leurs ténèbres, sanctifier leurs alfecfions, et les rendre dignes de la présence de votre face, selon la petite capacité de leur nature mortelle. Vous ne demandez pas de nous ce qui est dû à la hauteur de votre sainteté, mais ce qui estproporfionné à notre faiblesse mortelle.
Vous êtes l'auteur, la fin, la règle, le modèle de toute sainteté^ de qui, pour qui, à l'imitation et à la ressemblance de qui tout est sanctifié au ciel et sur la terre! Ibut cet
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univers est comme un temple de votre divinité, consacré à votre culte, sanctifié par votre présence, plein de votre gloire, orné de vos admirables ouvrages, dans lequel vous voulez être honoré, loué, béni de nous dans cette vie et dans la vie future.
Mais la sainteté de la nature raisonnable est plus sublime que ce monde, et votre présence éclate incomparablement plus dans les esprits que dans les corps. Les esprits peuvent s'approcher de vous et s'unir à vous d'une manière plus excellente. Car, vous connaître et vous aimer est la sainteté des esprits. Par cette connaissance et cet amour, vous habitez en eux, et ils deviennent pour vous un temple plus agréable et plus auguste que cette vaste machine de Tunivers qui est incapable de sentir votre présence. Par cette même connaissance et cet amour, ils s'approchent de vous, ils s'unissent à vous par un lien vital, et ils s'abîment dans votre pureté. Car celui qui connaît passe dans celui qui est connu, et celui qui aime dans celui qui est aimé. C'est pourquoi, comme vous êtes un Acte très pur, et au suprême degré de
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simplicité spirituelle et de pureté, si je puis parler de la sorte, infiniment élevé au-dessus de la matière et de tout ce qui est corporel, infiniment simple, infiniment subtil et spirituel, il est nécessaire que ce qui est élevé vers vous, qui vous est uni, et est fait un même esprit avec vous, devienne plus simple, plus pur et plus éloigné de la contagion de toutes les choses inférieures. Or, c'est là la sainteté dont toutes les âmes raisonnables et les esprits angéliques doivent être doués pour vous plaire parfaitement.
Mais, ô Dieu infiniment saint, vous avez trouvé un degré de sanctification encore incomparablement plus élevé. C'est quand, par vous-même, et sans aucun don créé, vous sanctifiez la créature, Taltirant à vous pardessus toutes choses créées, et vous l'unissant substantiellement à vous-même par l'unité de personne. C'est ainsi que vous avez sanctifié la très heureuse humanité de Notrc- Seigncur Jésus-Christ, de sorte qu'en lui, avec la plénitude de la divinité, se trouve encore la plénitude de la sainteté.
O sanctification admirable et incompré-
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hensible à tout esprit créé ! O infinie condescendance de la divine bonté qui a ouvert et constitué pour le genre humain une telle source d'expiation et de sanctification! C'est de cette plénitude que nous avons tous reçu, et ce qu'il en reste suffit pour purifier les péchés de mille mondes, et pour sanctifier un nombre d'âmes infini. C'est ainsi que par un seul homme tous les hommes sont sanctifiés et ramenés à Dieu, comme par un seul homme ils avaient été tous séparés de Dieu et souillés par le péché.
Et parce que nous sommes grossiers, dépendants des sens et abîmés dans les choses sensibles, vous vous accommodez à notre faiblesse, nous sanctifiant par des choses sensibles, et nous donnant votre Esprit et les dons spirituels par le contact d'une chose corporelle. O admirable conseil de la sagesse éternelle! D'enfants de colère nous faire enfants de Dieu, héritiers de la vie éternelle, participants de la gloire divine, parle contact ou l'usage de signes sensibles, nous qui auparavant étions dignes de toute confusion et de la mort éternelle I O douceur et bonté admi-
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rables, d'opérer cette chose si grande et si divine par laquelle nous sommes faits semblables à Dieu, et sans laquelle nous ne pouvons lui plaire, par un moyen si humble, par des instruments si faibles, sans aucun travail ou effort de notre part, ou du moins bien petit. O vrai siècle d'or et de grâce que ce temps de la nouvelle alliance, où la terre nous présente tant de richesses célestes et une si grande abondance de dons divins, avec une si étonnante facilité de les acquérir! C'est maintenant que les cieux sont vraiment devenus tout de miel, que les montagnes distillent la douceur, que les fleuves débordent de vin et de lait, et qu'enfin les vastes enceintes enfermant les biens et les trésors célestes sont ouvertes aux mortels, en sorte qu'en peu de temps et par un moyen facile ils peuvent s'enrichir et devenir égaux aux anges.
Gloire à vous, bénédiction et actions de grâce de la part de toute créature, au ciel et sur la terre, ô Auteur de la sainteté! Un tel bienfait ne pouvait émaner que de vous, et vous seul pouviez à ce point faire éclater
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votre amour envers les hommes! Vous nous avez donné le Saint des saints, et vous nous avez ouvert en lui une source éternelle de sanctification, /^owr l'ablution du pécheur et de celle qui était souillée. Ce Saint des saints, vous Tavez sanctifié par vous-même en lui communiquant votre sainteté, et, par lui, tous les autres. C'est de lui que toute sainteté découle dans les symboles ou sacrements: des symboles, en passant par le corps, elle va se verser dans Tâme et dans les œuvres intérieures; et des œuvres intérieures dans les œuvres extérieures. Par là, tout Thomme est saint, toute sa vie vous est dédiée et consacrée, il est ramené à vous, qui êtes son principe, et il se repose en vous comme dans son souverain bien et sa fin dernière. C'est ainsi que vous rappelez à vous votre créature, et que vous la rendez digne de votre société !
Faites, ô mon Dieu, que je puise sans cesse à cette source, que sans cesse je m'y lave et que je blanchisse mon étole dans le sang de l'Agneau. Laue{-moi déplus en plus de mes souillures et purifie\-moi de mon
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péché. Arrosei-moi avec Physope^ dans cette fontaine teinte du sang du passereau mystique, et je serai purifié ; lavez-moi dans cette eau, et je deviendrai pins blanc que la neige.