‹ Les noms divinsChapitre 65 sur 69 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

qA Dieu^ Souverain Maître de toutes choseSy Seigneur des seigneurs^ Roi des rois. Roi des siècles^ Saint des saints^ Dieu des dieux.

ÉLÉVATION ET PRIERE

ON Dieu., mon Roi., je vous exalterai, et je bénirai votre nom dans les siècles et dans V éternité (i) ! Vous êtes le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (2). Tout r Univers est sous votre empire, et personne ne peut résister à votre volonté (3) !

Toutes choses persévèrent par vos ordres-, chacune garde la loi que vous lui avez donnée, et chacune vous sert selon sa capacité et son petit pouvoir; et toutes ensemble

(0 Psal. 16 et 62. — (2) I ad Tim., vi. — (3) Esther, xiii.

256 Léonard Lessius.

confessent que vous êtes leur Créateur et leur Maître. Vous avez un souverain pouvoir surtout. Vous pouvez disposer de tout, selon votre bon plaisir, sans que personne ait le droit de vous demander compte de vos actions et de vous dire : Pourquoi agissez-vous ainsi? Tous les rois et les monarques de ce monde, avec toute leur pompe et leur magnificence, avec leurs royaumes et leurs armées, avec leurs richesses et leur majesté, ne sont que comme des vermisseaux de la terre, et comme un rien en votre présence ! Les moindres de vos serviteurs qui ont Thonneur de vous servir dans votre palais, sont beaucoup plus grands que tous ces rois ensemble, et aucun de ces potentats de la terre n'est capable de supporter la majesté de la face du moindre de ceux qui forment votre Cour. Toute nature mortelle se fond comme la cire, en présence de la splendeur d'un ange, et se pâme manquant de force. Quelle est donc la gloire de votre majesté, qui est infiniment plus grande et plus excellente que tout l'éclat des anges? « Vous êtes vraiment grand, 6 Maître suprême. Vous êtes

Eléuations à Dieu. — Chap. X. 25 j

au-dessus des louanges^ et il nest point de bornes à votre grandeur. Votre règne est le règne de tous les siècles^ et votre empire s'étend de génération en génération (i) » Les rois de la terre et les royaumes tomberont tout d'un coup et seront réduits à néant : mais votre royaume durera à jamais, et tous vos ennemis viendront mourir à vos pieds. Le royaume du démon et des impies qui trouble maintenant le monde qui foule aux pieds maintenant la vérité et la justice, sera entièrement détruit; et votre royaume tiendra tout sous sa domination, et vous serez tout en tous !

C'est vous, grand Dieu, qui nous avez tous créés ; nous sommes l'ouvrage de vos mains, vous nous avez moulés et formés^ comme le potier son argile. Tout ce que nous sommes, que nous pouvons, que nous avons, nous Tavons reçu de votre bonté : tout cela est à vous, vous êtes l'ouvrier et l'inventeur de tout. Vous avez tiré toutes choses du néant, du plus profond des ténèbres et de

(0 Ps. 14t.

2 58 Léonard Lessius,

Tabîmedu non-être. Vous lesavezsuspendues dans Fètre, dans la lumière de votre face, afin que toutes, selon leurs espèces et leurs formes, brillent à nos esprits et nous révèlent votre majesté. Mais comme par leur nature €t d'elles- mêmes elles penchent vers le néant, duquel elles ont été tirées, il ne leur suffit pas d'avoir été faites une fois, il est encore nécessaire que vous les teniez continuellement de votre main, et que sans cesse vous leur fassiez sentir cette même action qui les a produites, afin qu'à tout moment elles reçoivent le bienfait qu'elles ont reçu une fois quand elles ont commencé d'être. Le poids qui est suspendu en Tair doit être continuellement soutenu^ qu'on l'abandonne seulement Tespace d'un clin d'œil, il tombe soudain en bas. De même, tout ce qu'il y a de créatures dans cet univers a sans cesse besoin d'être retenu dans son être et dans sa nature par votre toute-puissante main^ et si vous la retiriez tant soit peu, elles retomberaient dans leur néant, et périraient soudain comme l'ombre.

Il n'y a nulle solidité, ni dans les corps ni

Élévations à Dieu. — Cliap. X. 259

dans les esprits, si ce n'est celle qu ils reçoivent de votre force qui les domine et les étreint intérieurement, de peur qu'ils ne s'écoulent comme Teau, ou se dissipent comme la fumée, ou s'évanouissent comme une vision ou comme un fantôme. Pour vous, toutes choses sont molles et maniables; toutes choses sont encore comme un fluide qui s'écoule et s'évanouit-, mais au moindre signe de votre volonté, elles prennent soudain la forme et la figure qu'il vous plaît de leur donner. Devant vous, ni les montagnes ni les rochers n'ont de solidité ; ni le fer ni le diamant n'ont de dureté \ ni les cieux ni les astres n'ont de fermeté ; rien de tout cela ne peut subsister sans votre perpétuelle influence et sans Faction vivificatrice de votre lumière. Vous êtes donc le Maître absolu de toutes choses^ Vous, par qui elles sont créées à tout moment et de qui elles dépendent; Vous, qui les soutenez pour qu'elles ne tombent pas, qui les entretenez pour qu'elles ne s'altèrent pas, qui les contenez pour qu'elles ne s'écoulent pas, qui les étreignez pour qu'elles ne périssent pas.

200 Léonard Lessius.

Vous êtes rinventeur, Fauteur, l'ouvrier, le conservateur^, le soutien, Tappui, Tidée et la fin de toutes choses. C'est pour vous que toutes choses existent, afin qu'elles servent à votre gloire : les natures raisonnables, afin qu'elles vous connaissent, vous aiment, vous honorent et vous louent; les natures destituées de raison, afin qu'elles servent à nos usages, et afin que par leur admirable beauté elles excitent nos âmes à vous admirer et à vous aimer. Et certes, bien que nous n'existions que pour vous, et que tout ce qui nous appartient soit destiné à votre gloire, nous ne sommes par pour cela ni plus vils ni plus misérables, car notre nature et notre souverain bien, c'est de servir à votre gloire. Vous servir c'est régner, et vous obéir c'est marcher au ciel. Il vaut mieux vous servir que d'avoir l'empire du monde entier. Lorsque notre âme s'occupe de votre service, elle s'élève en haut, elle se recueille dans l'unité, et, étant plus proche de vous, elle est illuminée et vous devient semblable. Lorsqu'elle s'emploie au gouvernement des autres, elle s'éloigne de l'union, elle descend aux choses

Elévations à Dieu. — Cliap. X. 261

inférieures, elle se dissipe dans la multitude des objets, et elle ne trouve chose quelconque par l'alliance de lae]uelle elle devienne meilleure, car rien ne rend Tàme meilleure, si ce n'est ce qui est au-dessus de Tàme.

C'est un grand aveuglement des mortels que de tant estimer et de tant ambitionner les empires, les royaumes, les gouvernements, les charges, les prélatures, afin de commander aux autres et se négliger soimême ; de faire tous leurs efforts, de fouler aux pieds tout droit et toute justice, pour acquérir cette ombre de félicité qui les détourne du vrai bien et du salut éternel. Car il n'y a rien qui retire si puissamment l'âme de l'affection des choses célestes et l'embarrasse tant dans les terrestres; rien qui fournisse plus d'occasions de péchés, ou qui donne une liberté plus effrénée d'en commettre^ ou une facilité plus grande de s'y abandonner, ou qui écarte plus les avertissements salutaires, ou qui aggrave davantage la faute, ou qui fasse plus participer aux péchés d'autrui, que les principautés et les prélatures. Sans doute, il

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en est qui admettent les charges non par ambition ni en vue d'intérêts terrestres, mais pour promouvoir le bien commun et pour conduire au salut un grand nombre d'âmes, et ceux-là peuvent attendre de vous une riche récompense, à cause de la difficulté et pour la grandeur du bien qu'ils procurent. Toutefois^ il est beaucoup plus sûr d'être caché au dernier rang et de prendre soin de son salut.

Seigneur, accordez-moi la grâce de mépriser les louanges humaines, de fuir l'honneur du monde et d'aimer à être inconnu des hommes. Qu'il me suffise de vous connaître, et, à mon tour, d'être connu de vous^ de vous servir, et de préférer votre service à tous les empires du monde, ainsi qu'à toutes les dignités et à tous les honneurs. Que ce soit là ma gloire, mon élévation, mon faîte le plus sublime, le titre et les insignes de toute dignité. Que d'autres se glorifient des royaumes et des principautés, de la noblesse et des richesses, et de semblables prééminences du siècle présent-, quant à moi, que toute ma gloire soit d'être votre

Elévations à Dieu. — Cliap. X. 263

serviteur, que tout ce qui m'appartient vous soit dédié^ consacré et reste sous votre esclavage; enfin que toutes mes pensées, tous mes soins, tous mes eiforts, tous mes desseins tendent à votre honneur et n'aient point d'autre but que votre gloire!

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