Les noms de formation romane
1. Les noms formés sous l’influence du conte antique du roitelet et de l’aigle.
§ 13. La tradition latine manque pour beaucoup d’oiseaux. H. Büskens cite comme tels la fauvette (p. 13), le gros-bec (p. 35), la linotte (p. 39). On pourrait certainement en augmenter le nombre.
D’autres oiseaux possèdent bien un nom latin, mais celui-ci n’a laissé aucune trace en France, telle la bergeronnette par exemple. (Le mot rîiotacilla n’a peut-être pas pu pénétrer en France parce qu’il y avait le mot hirhicariolus.)
Enfin le nom français peut correspondre à un nom latin sans en être une continuation directe. C’est le cas pour le chardonneret (cardu-elis ou cardu-us) et pour le roitelet.!)
Pour celui-ci, à l’exception d’un orchil savant, absolument isolé dans Remy Belleau (Œuvres, éd. Gaiv., II, 257) qui est une mutilation de trochilus, aucun des noms de l’antiquité ne s’est continué directement dans les langues romanes. Par contre ils furent importés plus tard avec la fable et traduits alors en langue vulgaire. Cependant régulas n’a pas pu pénétrer facilement en France parce qu’on y avait un nom celte pour le roitelet (Bitriskus).
§ 14. Ainsi rex avîum ou simplement rex apparaît déjà en 1572 (Rolland, compl.),^) ensuite dans Cotgrave, aujourd’hui spontanément dans le midi de la France : Roi (carte .„roitelet“ de l’Atlas linguistique, aux points 674, 669, 771, 781, 777, 602, 800, 904, 813, 837, 777, 882, 898), roi des oiseaux (aux points 702, 812, 815, 825, 822, 980, 877, 883 de l’ALF). H se retrouve dans le nord et dans le centre de l’Italie. Un ro et un ra d’ ouhé sont aussi signalés dans les Vosges par Bloch et Raillant (à St-Amé), un re tout à fait isolé dans la Manche (Rolland, compl.). Le correspondant du Glossaire à Estavayer connaît un ra.^)
§ 15. La forme féminine regina à Nice (Rolland) est intéressante. Elle doit être venue du Piémont où on appelle le roitelet huppé regina^ regineta (Bonelli).
!) Il est vrai que les deux mots ne se développent pas tout à fait parallèlement parce que le mot qui est la base (carduus) change aussi en card(u)one (chardon) et le mot dérivé suit ce changement parce que la composition est encore transparente.
2) Dans Thierry: Dictionnaire François-Latin, corrigé et augmenté par J. Thierry ; de plus, il y a à la fin un traité d’aucuns mots appartenant à la Venerie pris du deuxième livre de la philologie de M. Bu dé, Paris 1572.
Cfr. le pisan re, rei à Nice (Merlo), re di üsii à Milan (Flecchia et ailleurs dans le nord de l’Italie), araig dans l’Engadine (Pult).
Les mots empereur et prince qui sont peut-être aussi en rapport avec la fable ne désignent en France que le roitelet huppé.
§ 16. Les désignations formées d’après le modèle du latin régulas sont cependant beaucoup plus fréquentes et plus généralement répandues, parce qu’on a une tendance à employer des diminutifs ou suffixes caritatifs pour désigner les oiseaux chanteurs : Alou-ette, moin-eau. Souvent on ajoute même au premier* suffixe diminutif une seconde terminaison plus vivante : berger-onn-ette, rossign-ol-et, chardonn-er-et. A plus forte raison ce procédé s’explique lorsqu’il s’agit du plus petit oiseau connu en Europe. On ne trouve presque pas assez de suffixes à ajouter l’un à l’autre pour rendre l’impression de sa petitesse. Il arrive toujours un moment où le mot employé jusqu’alors perd sa valeur affective par l’usage. On ne sent plus la diminution ; on rallonge alors le mot primitif par un nouveau suffixe. i)
Le suffixe -ulus diminutif que renferme le latin regulus n’était plus guère vivant en français.^) On forma les nouveaux diminutifs avec d’autres suffixes.
§ 17. Nous trouvons deux gloses regillus: regulus dans le Corp. Gloss. Lai., IV, 385, et V, 609. Cette forme vit encore dans le sud de l’Italie, seule contrée ou -illus ne fut pas remplacé par -ellus, sous la forme de riillu en Calabre (Meyer-Lübke), renîllo à Naples (Salvioni indique cette forme en expliquant dans; Rendiconti del Isiituto lornh.j XLIV, 806), jerillo (ibidem, XLIV, 787), riiddu en Sicile (Merlo).
a) Les trois étapes de roitelet.
La plupart des formes françaises remontent à un REX avec le diminutif -ittus: reiet ou à ses variantes reîot, reiat comme premier membre de la grande chaîne
1) M. Gauchat fait la même constatation pour le mot écureuil. Il dit: „Plus on tend à exprimer la petitesse de l’objet, plus le mot s’allonge" (Les noms gallo-romans de V écureuil, Mélanges Wilmotte, p. 175—201).
Cfr. Meyer-Lübke, Grammatik der romanischen Sprachen, Bd. 2, Formenlehre, §§ 430 und 500.
des diminutions, parce que le suffixe -ittus est très répandu ; c’est le suffixe diminutif par excellence, tout au moins dans le nord de la France,^) et celui qui sert à former des petits noms. Mais à l’exception de l’Ile de France, du franco-provençal et de la Belgique, ce type ne forme pas de grandes zones d’expansion. Il se rencontre un peu partout. Les témoignages manquent cependant totalement pour la Bretagne, l’Anjou et le Poitou.
Il est difficile de distinguer les formes autochtones des formes importées de Paris, parce que l’importation d’un mot a pu avoir lieu à des époques diverses, et qu’il a été plus ou moins assimilé.
La première étape du francien roitelet : reiet, est représentée dans la France septentrionale par un seul reste: royat dans l’Aube (Ray, Catalogue de la Faune de V Auhe, Troyes, 1834). La variante reiot paraît subsister encore en Normandie sous la forme rîo (Brion, Lexique du patois de la Villette, Calvados).
Dans le midi de la France, ces formes apparaissent plus fréquemment que dans le nord, peut-être seulement parce que ma carte y est plus complète : réyét au point 659 (dép. de Tarn-et-Garonne), réyàt dans les Landes et en Gironde aux points 643, 656, 664, 665, 672, 681.
§ 19. Tandis que reiet ou reiot sont à la base de presque tous les diminutifs de roi qu’on forma en France, rei-etel avec une diminution double est propre à la partie septentrionale seulement.
Godefroy donne les exemples suivants pour rei-etel:
1. Il estoit mendre d’un moisson et pou graindre d’un roietel (Lai de V oiselet, 83). (Ce Lai est écrit en picardfrancien et date du premier quart du treizième siècle.) 2)
2. Si ravoit aillors granz escoles de roietiaus et de torteroles {Le roman de la rose, éd. par Langlois, p. 648). (Premier tiers du treizième siècle.)
9 Lo suffixe diminutif -ittus fut ajouté d’abord (inscriptions romaines de l’époque impériale) à des noms propres féminins (cfr. Nyrop, Grammaire, III, Formation des mots, § 220).
2) Le Lai de l’oiselet dans les Légendes du moyen âge de G. Paris, p. 274.
3. Après chanta li routé à haute vois sérié (de Venus, la déesse d^amor, str. 127), d’après Godefroy.
Reietel est encore en usage aujourd’hui dans le nord de la France et en Belgique.^)
§ 20. La troisième étape de regulus est représentée par rei-etelet, forme à triple diminutif, encore en usage en français moderne.
On trouve roitelet déjà dans le Compl. de Godefroy dans les exemples suivants que je ne puis ni identifier ni localiser:
Un petit oiseau nommé roytellet (roman d^ Alexandre, B. N. 15468, fo. 211 b).
Le ratellet des maisons (kaland. des herg., p. 164, 1493).
Toutefois le roitelet se trouve son ami pacifique (Saliat, Herod., II, f. 470 et 1561).
Reietelet, apparamment développé spontanément, se trouve encore aujourd’hui en Normandie, en Belgique et dans les Vosges.^)
Beaucoup de formes de la France du nord et surtout du nord-est remontent a reietelot (avec suffixe -ot).^) M. Edmont (Lexique St-Polois) donne rotlô à côté de rotléA)
9 Roietai (Sélys-Longchamps, Faune de Belgique, 1842), roytê à St-Hubert {Rev. des pat., IV, 211), rôtia (Grandgagnage, Dictionnaire wallon., 1846 [-ellus > ya dans une partie de la Belgique, cfr. carte nouveau, bateau]), rotay au point 191 de l’ALF, à Metz reutée (Jaclot, Le Lorrain peint par lui-même, 1853 — 54 [reii — roi]), à la Poutroye raHd (Horning, Ostfranzosische Grenzdialekte [-ellus donne e*]), dans le dép. de la Marne roytiaus (Tarbé [-ellus y donne yo]), à Jersey rëtê (ALF [-ellus > ê, carte bateau]).
2) ritlé au p. 258 (Seine-Inférieure), à Abbeville rutelet (Marcotte, Les animaux vertébrés de V arrondissement d'Abbeville, 1860), rotlé aux p. 290 et 275 (Pas-de-Calais), roetlé au p. 288, roûVlet dans le Luxembourg, ret’la à Kemilly près Metz (Rom., II, 451), rétlé dans les Vosges méridionales (Bloch). Mentionnons aussi râtela (m.) dans l’Yonne (Eolland, compl.), et ratelâ dans le Morvan (Chainbure).
^) Cfr. sur ce changement de suffixes I. Gilliéron, Pathologie et Tlwrapeutique verbales, 1921, p. 156 ss.
^) D’autres formes semblables sont: rotliot aux environs de Cambrai (Boniface, Histoire du village d’Esne. 1863), ru°tlu° au p. 271 (dép. du Nord) de ALF.
Les données pour les départements de l’Oise, de l’Aisne et des Ardennes me manquent complètement. — On trouve ritlô au point 128, rtUlô aux points 110 et 112 (dép. de l’Ailier) et dans Baudouin (Dictionnaire de la Forêt de Clairvaux). Rolland donne cette forme pour Châtillon-sur-Seine,^) rwétlô dans les Vosges (Bloch), raitelot à Marigny-Arbois (Beauquier), rételo dans le Jura (Monnier, Langue rustique du Jura, p. 198), rètelo à Mesnay (Rev. de Phil.fr., XIV, 47), à côté de rételin isolé à Mouthier (Beauquier), rootelot dans l’Ajoie (Guélat, Patois de VAjoie, 1820).
b) La zone d’expansion récente du mot littéraire.
§ 21. Cette zone a un aspect curieux. Pour l’Ile de France et les contrées environnantes, ma carte est incomplète; je pense que l’aire de roitelet y est assez étendue. Sans cela, à l’exception de Lyon et du dép. de l’Ain, où une assez grande zone du type parisien s’est superposée à l’ancienne couche répétéré, rwatlé ( râtelé) ne se trouve qu’à des points isolés entourés tout autour d’autres types. C’est que le mot parisien ne s’est pas transmis oralement; il s’est répandu par la langue littéraire qu’on enseigne à l’école.
Il en est de même pour les quelques formes du Jura bernois : Rotelai à Bonfol, rotlé à Mettemberg ( Glossaire). Une zone de roitelet s’est formée dans la France centrale (p. 506, 601, 901, 802, 803, 806, 804, 811, 814). A l’est on dit rwatlêt aux points 973, 847. Nous trouvons aussi en Provence des points isolés auxquels l’expression venue de Paris s’est imposée, p. 895 (Var), 851 (Gard), 830 (Lozère). A l’ouest nous la rencontrons aux points 549, 675 (Gironde), 649, 635 (Tarn-et-Garonne), 695 (Hautes-Pyrénées). J’aurai l’occasion de démontrer dans la suite que partout ce mot nouveau est venu combler une lacune.
Aux p. 705, 750 (Puy-de-Dôme) et 760 (Haute- Garonne) on dit rastélé(t). Ces points se trouvent à côté
9 Dans cette région -ottus semble être préféré à -ittus: il remplace ce dernier aussi sur les cartes „œillet“, „alouette“.
d’endroits où l’on dit roitelet et dans la région où s s’est conservé devant t (cfr. carte fenêtre); ie point 705 est sur la limite de s conservé. Cet s s’expliquera donc par fausse régression : à fenêtre de la langue écrite correspond fenestre dans la langue parlée, à râteau rasfel, à roitelet donc rastelet, car on ne reconnaissait point dans ce mot la racine regem, qui, dans cette région, a donné rei, re. Thibaut (Dictionnaire hlaisois) atteste une forme roistel qu’il dit être vieillie; il n’indique pas sa source. Peutêtre cet s est-il purement graphique et date-t-il du temps où l’on commençait à ne plus prononcer le s devant t tout en l’écrivant encore.
§ 22. Tandis que roitelet était déformé en rastelet au p. 705, il devint phonétiquement ratéré au p. 709 (Cantal) (cfr. molinum mûri). Ratéré fut confondu avec un autre nom d’oiseau existant déjà en ancien proA^, avec rater o(l) <i *ratariolus H- rat qui désigne soit le grimpereau (Certhia familiaris) à Yinzelies (Dauzat) et en Auvergne, soit l’hirondelle de rivage, soit plus généralement un oiseau qui vole près de la terre et qui prend des rats, un petit faucon, tiercelet, martinet noir (Mistral et Rolland). On arriva ainsi à donner au troglodyte le nom du grimpereau; ratirôu au p. 709 (Cantal), rateyrol au p. 708, rateyrooii dans la Haute-Loire (Rolland, compl.), ce qui se fit aussi ailleurs, car les deux oiseaux ont une certaine ressemblance de couleur et de grandeur; la voix du grimpereau peut être confondue avec celle du roitelet crêté.
La forme rakié (p. 953, Savoie) et rakelé (p. 801, Puy-de-Dôme) s’explique de la même manière. Elle se trouve dans le voisinage du type parisien ratelet, roiüet. Dans cette même région raclet ou rasclet désigne le râle (rallus). Rolland donne ce nom pour l’Isère et le Languedoc. Le nouveau venu ratlet, dépourvu de sens, fut confondu avec le mot déjà existant raclet. Raclet absorba ratlet d’autant plus facilement que les deux oiseaux, malgré de grandes différences de taille, se ressemblent un peu par la voix, la couleur et la rapidité de leur course sur la terre. Nous verrons encore d’autres cas de
confusion avec le râle, vulgairement appelé roi-de-cailles (cfr. § 75).
§ 23. Dans plusieurs régions regem donne le même résultat que rat. C’est le cas pour une partie de la Savoie, de la Bourgogne, des Vosges, de l’Orléanais et des Flandres (cfr. les cartes „fois“, „croit“, „étroit“). Bateîet, retelety rotelet peuvent signifier aussi bien le petit roi que le petit rat (souris). Il est évident que la confusion aura eu lieu le plus facilement dans la région où la fable du .^..petit roi“ n’était pas connue. D’ailleurs les troglodytes, surtout les jeunes, ont de loin une certaine ressemblance avec les souris. Brehm dit à propos de cet oiseau : .^.^Er hüpft so schnell über den Boden dahin, daB man eher eine Maus als einen Vogel glaubt laufen zu sehen.“ Naumann raconte qu’il se réfugie dans les trous de souris. On l’appele aussi petit rat dans le Jura (Bauquier) et dans les Vosges (Gérardin, Traité élémentaire âf ornithologie, 1806), et rater eau à Orléans (Salerne, Hist. nat. éclaircie dans une de ses parties, l’ornithologie, 1767) et en Savoie (Constantin et Désormaux).i)
§ 24. Le suffixe -illon fut ajouté à reiet dans le Loiret : rutiyu au p. 209 de l’Atlas, à Pithiviers (Rolland), dans le Jura: ratillon (Bauquier, Ogérien) et en Savoie (Constantin et Désormaux).
Les suffixes employés dans le nord de la France sont donc -et et -ot, et, dans une mesure restreinte, -illon.
Dans le midi de la France -ellus n’a joué aucun rôle dans les noms du roitelet. A reiet on ajouta le suffixe -ot: réyétôt au p. 785 (Aude), ou - on: ritn (p. 810, Lozère). Quelquefois le suffixe -attus, employé dans beaucoup de noms d’animaux, a peut-être remplacé - ittus (cfr. Adams, Word-Formations in Provençal, 1913, p. 148):
9 Peut-être faut- il mentionner ici aussi ratatêt (Hérault), désignant selon Marcel de Serre aussi bien le troglodyte que le vrai roitelet, et ratatas (Crespon, dép. du Gard). Mistral dit qu’on appelle ainsi le grimpereau qui, lorsqu’il grimpe avec une grande vitesse sur le tronc d’un arbre, ressemble eu effet à une souris.
riatii (p. 752, 753, 755, 763, 764, dép. du Tarn et de l’Aude) ou réyatn (p. 786); reinu'^) (p. 759, dép. de l’Hérault), reinet (Languedoc, Mistral) oxirey^notou en Corrèze (RolL, compL).
Riettoul (Creuse, Rolland, compl.) ne peut être qu’un reiet-oul isolé, bien que le suffixe -ol soit peu populaire en provençal comme en français (cfr. Adams, p. 240), et rèpUoul (ibidem) sera une contamination de ce diminutif avec repetit voisin.
c) Les noms du type roitelet en Suisse romande.
§ 25. J’arrive maintenant aux noms roi diminutifs en usage dans la Suisse romande. Sont-ils autochtones ou importés de Paris? Le problème est difficile à résoudre. Peut-être y a-t-il lieu de les mettre sur la même ligne que les diminutifs très variés de regem dans l’Italie du nord. Ici les dialectes ont suivi des voies différentes. On y trouve reet à côté de reat, reot, reatolo, reatel à côté de reatin, reotin, reaton, reguZy reuzzol, reuccio (avec le suffixe diminutif - uceus)en bergamasque, realeto à Venise. Chaque dialecte forma son propre diminutif de regem sans se soucier de ses voisins.
Dans la Suisse romande il faut aussi admettre une grande variété. La base commune de toutes les formes est reiet, A reiet on ajouta - olè(t), -ola(t), c’est-à-dire -olusH--ittus, éventuellement -attus dans le canton de Neuchâtel {ritola ou rètolà), dans tout le gros de Vaud (raitola, raitolè)^ en partie aussi dans les Alpes vaudoises fritolè), dans le canton de Fribourg (ritolè, rètolèj, à des endroits isolés du Valais (vallée du Trient: rètolà, G rône : rètolèt, Mase : ritolèt ); -elè(t), -ela(t), - a 1 è , c’est-à-dire - ellus-|--ittus, -attus, 2) dans tout le reste du Valais (ritèlèt) et des Alpes vaudoises (rây~ tèlè, raytalè).^)
Dans quelques contrées du Valais, l intervocalique devint r ou tomba. Les correspondants de la vallée de
Doit-on rapprocher ce mot de regina? (v. § 15).
2) -ellus > al (cfr. = appeler).
®) La forme rétolé, spéciale à la Suisse, se retrouve toutefois isolément en Savoie au p. 944.
Bagnes, de Saillon, Chamoson et Nendaz écrivent raiterâ ou riterâ. Le l s’est changé en r aussi à Champéry.i)
A Savièze le correspondant note une forme riteoè. L’hiatus résultant de la chute de VI est comblé par w,^)
Ailleurs on ajouta à reiet le diminutif -on qui devient à (cfr. la carte mouton qui donne muta) en plusieurs endroits aux p. 959, 60, 61, 63, dans les régions où il J a ritolan, ratolcï à Lully, ratolô à Granges de Vesin, ritolà autrefois à Leysin (aujourd’hui on y emploie la forme des villages voisins ritolè). Bridel donne un reitolan qu’il dit avoir rencontré dans le Jura.
Je ne comprends pas le suffixe -m des expressions du Val d’Bliez; razeru (Champéry), ratelu (Monthey, Vérossaz).^)
A côté de ritola (m.) on rencontre dans le .canton de Vaud un féminin reitola (Bridel), ritola (M*^® Odin). Aujourd’hui cette forme ne paraît plus exister ; au naoins les correspondants ne la relèvent pas. Mais Constantin et Désormaux connaissent la forme râtela (f.) pour Villard-
0 Cfr. Lavallaz, Essai sur le patois d’Hérémence, § 240; Fankhauser, Das Patois von Val d^Illiez; Rev. de dial, rom., 1910, p. 343. Généralement l > r seulement devant une labiale. Cornu, Rom., VI, p. 398.
2) Lavallaz dit que Thiatus est généralement effacé par y ou w (Cornu, Rom., VI, p. 397). Même chute de 17 dans muœ (moulin) au p. 978 de l’Atlas.
Il est difficile de savoir si c’est -ittus ou -attus qui se cache sous le suffixe -a, parce que -ittus aboutit à a en plusieurs endroits, -ittus se retrouve certainement dans les retela et retera du Valais (cfr. la carte „œillet“ de l’Atlas où -attus qui s’ajoute uniquement aux noms d’animaux est exclu). Sur la carte ^œillet** -ittus > a aussi aux p. 64, 72, 73 dans le canton de Neuchâtel. Mais le suffixe -a peut aussi dériver de -attus qui désignait à l’origine le petit d’un animal, et que nous rencontrons aussi dans le midi de la France et en Italie.
^) Selon M. Fankhauser u représente le résultat: 1. de o -j- s; 2. de au ; 3. il y a beaucoup de noms propres en -n: herhi, yeneru (cfr. Philipon, Suffixe -aldo, Rom., ILIII, 50, où il dit que -al do est ajouté aussi à des appellatifs [p. 56]). Dans les parages du Val d’Illiez le suffixe -(i)9lus > u, filiolum > fedu au p. 969, filu aux p. 975, fiyu, feyu aux p. 986, 985, filu dans le Val d’Hérémence. Mais M. Fankhauser donne pour fiUeul fsduâ.
sur-Doon (arrondissement d’Albertville). Le roitelet a beaucoup de noms du genre féminin (v. § 36). i)
Je ne comprends pas non plus les formes avec s: ristoîda h Vallorbe, raistola au Chenit à côté de raitola et razeru (Champéry).
§ 26. Il me reste encore à parler du type avec dy très curieux; roldot redolè. Voici les témoignages que j’en possède: roidot à côté de roijot à Montbéliard (Sabler, Catalogue des animaux de V arrondissement de Montbéliard, 1864), redo en Franche-Comté (Boillot), rado à Damprichard (Grammont 244), roidet (troglodyte à côté de em'pereur roidot ou roijot [roitelet huppé]) à Montbéliard (Beauquier). Pour le Jura bernois le Glossaire donne roida (m.) aux Pommerats, r^eda (m.) à Epanvillers, roida (m.) à Bonfol.
A côté de ce type simple il y a un diminutif en -ittus, -ottus: roidelot à Montbéliard (Beauquier) et raddola à Plagne (Berne, Glossaire). Ce diminutif se rencontre aussi dans le dép. du Jura à Petit-Noir: roiddot (Richenet), rouaddè, rouad’lo dans la Côte-d’Or (Rolland, compl.), roidelo à St-Germain-du-Bois (Guillemin), ray^dèlè dans l’Ain (Rolland, compl.), rédlé en Savoie au p. 947 de l’ALF et rédélé au p. 957. Il y a en Savoie aussi la forme rey’dolè, rédolè (Rolland, compl.), correspondant à rzdoh du Val d’Hérémence (Glossaire).'^) Une ancienne forme redoyelly citée par Aldrovande, ne correspond pas exactement à rèdolè.
^) Peut-être y a-t-il aussi un rapport quelconque entre ritolè (roitelet) et ritolè, ritoleri (celui qui répète toujours la même chose, à Gruyère). Ce dernier dérive de ritoula (complainte ou romance populaire avec air monotone, grog’non, personne ennuyeuse et fatigante par ses continuelles redites, Vaud et Berne [cfr. Glossaire, et Bulletin du Glossaire, 1910, 46 ; Les équivalents d’ importuner par Pierrehumbert]). Le cri du roitelet, répété, a quelque chose d’agaçant et d’ennuyeux. Au point de vue du sens un rapport serait donc fort possible; il est même attesté par un développement analogue en France, par l’expression „chanson du ricochet‘‘ (cfr. § 62). Ritolè et ritoleri se sont peut-être croisés dans leur développement.
^) Je pense que ordelet (p. 963, Savoie) est lui aussi un redolet avec metathèse.
Quelle est l’origine de ces formes? A Montbéliard il 7 a roijo à côté de roido. Royo pourrait remonter à reiot; Vy a la fonction d’effacer Thiatus né de la chute de -g-. Ne pourrait-il en être de même pour -d-1 Au lieu de dire reo, rao à Montbéliard, roèa dans le Jura bernois, on dit redo, rado, roèda. Un -d- sporadique entre deux voyelles se rencontre dans le Tyrol ; redatol à côté de reatol (cfr. Battisti, Nonsberger Mundart; Sitzungsherichte der Wiener Akademie, 160, 3, p. 125, qui cite encore ridi pour 7'ivi, redi pour reges, qu’il a trouvés dans Ascoli [Arck. Glott., I, 330] pour les dialectes deFondo et deRevo). La même forme est donnée par Ettmayer, Lomhard.ladin. aus Südtirol, Rom. Forsch., XIII, p. 387J) Ces exemples montrent que cette intercalation n’est pas impossible. Rèdolè serait alors un diminutif de re formé avec le suf üxe - o 1 è comme le riiolet de la Suisse romande (cfr. § 25). Ces diminutifs ne sont pas très fréquents. Voici ceux que j’ai trouvés dans Constantin et Désormaux : cratola (crotte de chèvre, de rat ou souris), hidolet (?) = sentier, le féminin cresolett, creuseliette (petite boîte que l’on présente à l’église en faisant la quête). Un diminutif tout à fait analogue est peut-être çhardolé, stardolé, „ avanttrain d’une charrue pour labourer“ ; le mot simple qui est cà la base est staré (chariot).^)
Il me reste encore à expliquer l’ancien savoyard redoyell (Aldrovande). On pourrait y voir redolell (<; *REGOLELLü, forme parallèle à *regolittü) avec dissimilation du premier l.
La forme rezeto savoyarde du même Aldrovande s’expliquera peut-être par des foraies italiennes telles que rezéto, pav. ven. pad. (Bonelli).^)
Mais reyerut (p. 985) me reste obscur.
0 Cfr. encore Meyer-Lübke, Italienisclie G^'ammatik, übersetzt von Bartoli und Braun, § 79, et Gorra, Studi di fil. rom., 1893, 465 SS.
2) On pourrait penser aussi à „roi de quelque cliose“, et cela même si -olet ne signifie rien et n’a jamais rien signifié (cfr. § 31).
Rezeto est le résultat phonétique de reggeto dans plusieurs
patois.