‹ Les noms du roitelet en FranceChapitre 7 sur 12 · Bitriscus et ses dérivés · texte numérisé non relu

Bitriscus et ses dérivés

(Voir la légende celtique, § 24.)

§ 27. A côté des dérivés plus au moins directs du latin REGULUS, nous trouvons répandus, sur toute la moitié septentrionale de la France, tout un groupe de noms se rattachant à bitriscus, mot d’origine incertaine.

Voici les témoignages anciens de l’existence de ce mot: Hôlder (Altkeltischer Sprachschatz) donne vitriscus ou bitriscus avec un point d’interrogation. Il a trouvé ce nom de r„avicula perexigua‘* dans les Acta Sanctorum (coll. Bollandi, Vita Aviti, abb. Miciac., 2, 14, jun. III, p. 355, E, et Vita Carilefi, abb. Amisolensis, jul. I, p. 93, B). Ce passage contient la charmante légende du petit oiseau qui vint pondre un œuf dans le froc que St-Carilef avait suspendu à un chêne pendant qu’il travaillait dans la vigne.i) Il y a dans les Acta Sanctorum, jun. III, p. 356, une note de l’éditeur sur le mot bitriscus où il est dit: „ Bitriscus (alias scriptum britiscus) fortassim contracte pro bitoriscus: sed bitorius Cangio alliisque est ardea Francis butoir avis sane non parva.“ Je reviendrai sur cette étymologie. Voilà donc deux formes du même mot: BITRISCUS et BITRISCUS avec métathèse.

Le mot est attesté ensuite par plusieurs gloses, surtout latino-anglosaxonnes, où il correspond presque partout à l’anglais wren (troglodyte). Cependant la forme BITRISCUS apparaît une seule fois (Volume of Vocàbularies, edited by Wright, II, 126, 37). Généralement on écrivait bitorius. Je cite les gloses que Bosworth (Saxon dictionarij, publié par Northcot Tôlier, 1882) donne sous wrenna: wrenna, bitorius vel p>^^lorius (Wright, 29, 27), bitorius, bitriscus (Wrigt, II, 136, 37), wraenna, biturius (II, 62), bitorius (I, 62, 4), waerna, bitorius (11, 12), litorius (51, 59),^) wrenne, regulus (I, 221).

La légende est encore vivante ; on la raconte de St-Calais ; St-Malo permit même à l’oiseau de nicher dans son manteau jusqu’à l’éclosion de la couvée, et comme l’imagination du peuple surenchérit toujours, on finit par raconter que le roitelet était venu pondre dans les mains étendues de St-Kévin en prière (Rolland).

2) Il y a probablement ici une faute de copie.

Dans le compl. de Rolland on trouve encore beaucoup d’autres formes latines du moyen âge (sans indication de source malheureusement) : pitriscus, pétris eus, pistricus, petristus (sur le suffixe -istus cfr. Pedersen, II, 19), biteriscus, vitriscus, puristus, pitriscus^ petritus, pitrisciilus, avec un nouveau suffixe diminutif, purisculus, parisculus (influence de parus [mésange]?), puristulus, paristus^ parstulus, pitrisculus, petriculus, hiturus.

Toutes ces formes remontent certainement à la même

origine et pourraient bien avoir quelque parenté avec le

latin classique butio, ardea stellaris (Je butor)d)

BiTRiscus est-il simplement un petit butor, << Bitoriscus.2) bitorius serait alors une fausse reconstitution du mot simple.^)

L’hypothèse est celle de Ducange (I, 670) qui accompagne la glose bitorius vel pintorius: werna, de la remarque: „Saxonibus werna est regulus avis. Forte ardea quam nostri Buto vacant. (Voir aussi la glose du

0 Les formes dialectales pour le butor sont d’après EoUand: Bitof (Cevennes, Charente-Inférieure, Deux-Sèvres), huard (Anjou), behors (Forêt d’Orléans), buor (Poitou), bior (Saintonge), bihoiir (Berry). En anglais cet oiseau s’appelle bittouvy bittern, en hollandais butoor, pitoor. Gamillscheg (Zeitschrift fier roman. Fhil.y XL, 140) fait dériver ce mot d’une forme vulgaire *BUTURrM remplaçant le butio classique.

2) Le suffixe diminutif -is-co paraît être indo-européen. On le rencontre dans beaucoup de noms celtes (cfr. Hôlder, p. 78; Bruggmann, Grundrifi der vergleichenden Grammatik der indogerm, Sprachen, §§ 365 — 385; Pedersen, Vergleichende Grammatik der keltischen Sprachen, II, § 365). On peut faire remonter toutes les formes mentionnées à un *bitorisco.

^) A cette étymologie s’opposent cependant des difficultés: d’abord le fait qu’un suffixe celte (-is-co) aurait été ajouté à un mot latin, ensuite et surtout la sémantique, car les deux oiseaux, le butor et le roitelet, sont très différents l’iin de l’autre. Ils n’ont de commun que la couleur du plumage. Le butor est un grand oiseau de 72 cm de longeur, vivant près de l’eau et poussant au temps de l’accouplement des cris qui ressemblent au mugissement des vaches; de là son nom, probablement onomatopéique de butio (cfr. Walde, Lateinisch-etymologisches Worterbuch) et de „bœuf‘‘ en français populaire.

Corpus Gloss. Lat, VI, p. 144 : bitorius, butorius, nomen avis.)'^)

Voici une autre étymologie qui me semble très vraisemblable: Le nom de la ville de Bourges remonte à Biturigas (forme attestée à côté de Bituriges; cfr. Hôlder s. v.). L’adjectif de Bituriges est BiturÏcus dont est sorti le nom de la région du Berry. Le nom Bituriges remonte, selon Dottin (La langue gauloise, p. 94)f à biturix, „roi du monde“. Il est clair qu’au point de vue sémantique l’idée de faire remonter la forme bitriscus, attestée dès le huitième siècle, à biturix, „roi du monde serait fort plausible: le suffixe -isco est vivant dans le gaulois MATisco (irlandais marithabon), vertiscus (cfr. vieux-breton wert, ..jValeur, prix“), viviscu, „Vevey'’'’, et d’autres exemples de noms gaulois (voir Hôlder s. - isco). Comme BiturLcu a abouti à BiturÏgu > Bit(o)rigu >> Berry, de même BiTURiscu devait passer par bitriscus betriscu >> berreis >» berrois.

C’est M. Barbier {Revue de dial, rom., H, p. 186) qui a le premier rattaché les différents noms français à bitorius (il ne semble pas avoir connu bitriscus). Mais à l’exception de quelques formes normandes, il est impossible de faire dériver les noms français de bitorius ; il faut accepter comme base bitriscus avec ses variantes.

§ 28. L’histoire de ce bitriscus en français est très compliquée ; Parce qu’on ne comprenait pas le mot, parce que cet assemblage de sons n’évoquait aucune image précise dans l’esprit, on chercha à le modifier, à en faire un mot qui signifiât quelque chose. Les lois phonétiques furent continuellement troublées par l’étymologie populaire qui avait libre jeu comme dans tous les mots isolés. Le mot isolé (cfr. les noms de lieu obscurs) est

b Une fois Bitorius est rendu en anglo-saxon par erdling (Corp. Gloss. Laf., V, 403, 20). Or earthling désigne suivant Bosworth un fermier et un oiseau qui correspond dans la plupart des gloses à BiEBiCARiOLus. Une fois birbicariolus sert aussi à traduire BisTORius. Cependant je ne crois pas qu’on puisse identifier ces deux mots. Birbicariolus sera plutôt la bergeronnette, de même que earthling (cfr. son nom allemand Ackermànnlein).

d’un côté rigoureusement soumis à l’action des lois phonétiques qui le déformeront sans jamais être arrêtées par l’analogie ; d’autre part, il est exposé par son isolement et son obscurité à tous les essais d’étymologie populaire. Ce phénomène se produira surtout lorsqu’il s’agit d’un objet qui parle à l’imagination de l’homme comme le roitelet. En effet, peu importent les sons qui rendent l’idée d’herbe, de rue, de fenêtre, de chambre, etc. Ils n’ont pas besoin d’être évocateurs parce qu’en général nous n’associons aucun sentiment à ces choses. Il en est tout autrement du roitelet qui ne souffre pas qu’on lui attribue une désignation sans valeur affective.

a) Beruet et roibrL

§ 29. Bitriscus devait donner BERREis, BERROis, BERWÉ dans le nord de la France (cfr. les cartes froid, étroit, troisième fois). En effet le roitelet s’appelle héruet dans le Pas-de-Calais (Rolland).

Plus au sud on rencontre les formes : roibéry, rohéry (Salerne), plus tard roihri (Chàteau-sur-Loire dans le dép. de Seine-et-Marne, Rolland), roibri, roubri (Cher, Yonne, Nièvre; Rolland, compl.), rwabn au p. 208 de l’Atlas. Rwabri se trouve aussi beaucoup plus au sud, au p. 902, et rwarabri avec un curieux dédoublement de roi au p. 600.

Bitriscus ne peut guère donner beri. Il faut donc admettre pour cette région une base un peu différente, une des variantes de bitriscus notées en latin médiéval (cfr. § 27). Cela pourrait être bitricus ou bitritus.^)

Ce beri, bri, étant peu expressif, on le fit précéder de roi dans une contrée voisine de l’aire d’extension de roitelet où l’on racontait la légende du petit roi. On forma ainsi un roiberi qui, de son côté, dut subir quantité de changements dictés par le désir de transformer le nom obscur en un nom plus expressif.

0 Faut-il voir dans biteicus la première étape d’une étymologie populaire qui rattachait bitriscus, qui n’était plus compris, à BiTU-RiGAs, BiTü-Ricu? BiTCRiscus aurait-il été considéré comme un biturTcu, ^habitant du Berry“ ?

Le changement de -r- intervocalique en -z-, purement phonétique, est fréquent dans cette région; roihesy dans le Gâtinais (Revue de phiL, X, 30), robzi dans le Loiret-Cher (Bassetière), roihezi, rouabizi (Seine-et-Marne et Yonne ; Rolland, compl.). Ces formes, de même que rouapsi (Yonne), ont peut-être été influencées par l’imitation du chant du roitelet huppé (cfr. les noms onomatopéiques). Quant à roi de bézigue (Y ormÇi\ Rolland, compl.), je n’ai pu l’expliquer.Q

Jaubert donne la forme loubri (louabri dans l’Yonne, lobri dans la Nièvre; Rolland, compl.), mots provenant probablement de roiibri par dissimilation. 2)

Roubri incompris fut transformé en rubi dans le Loiret (Rolland, compl.) par la même association d’idées qui nous fait appeler un gentil petit enfant: „mon bijou^.^)

Beryô (p. 325 de l’Atlas) est probablement un diminutif en - i 1 1 0 n de beri (cfr. ruhjn, ratillon dans le Loiret et l’Orléanais, berillon [Jaubert] = mouton qui vient du Berry). De la Blanchère donne la forme berillon pour l’Anjou et le Centre, Thibaut hourillon comme forme ancienne de Blois se trouvant dans un document de l’année 1277, transcrit en 1717.

b) Roi Robert, — Les noms de personnes.

§ 30. Roibery, robéry a été rapproché du nom propre Robert qui joue un certain rôle dans la désignation des plantes et des animaux.^) On appelle le roitelet

1) Bésigue, anciennement Msi, est le nom d’nn jeu de cartes, autrefois très populaire en France. Est-ce que ce mot aurait contribué à déformer le nom de l’oiseau? S’agit-il d’une plaisanterie?

2) Roahle (Sologne, Salerne) est assez difficile à expliquer. Peut-être le peut-on mettre en rapport avec rwahri (au p. 902), accentué sur la première syllabe, r se serait changé en l, ce qu’il faut admettre aussi pour différentes formes de l’Auvergne et du Limousin.

Je parlerai ailleurs de roi de ghezi, ghéziya, qui sont des contaminations de hezi avec un autre nom du roitelet.

II y a Vherhe à Robert ou rouberto dont Schuchardt parle dans la Zeitschrift, XXVI, 397.

Robert ou maître Robert avec une certaine ironie en franc, dial. (Vincelot, Etudes ornitholiques).

Roberroi en Lorraine (Bassetière) est le seul témoignage de la vie de bitriscus dans l’est de la France. Bitriscus y dut aboutir à berwe(â) qu’on fit précéder de roi comme dans le Centre. Ce roberwa obscur dans son ensemble fut associé au nom de personne Robert et comme tel précédé une seconde fois de roi: roi Robert (Bassetière).

Beaucoup d’oiseaux portent des noms de personnes. Voici quelques exemples qui se trouvent dans Rolland: La grande Marthe (pic épeiche), le Bernard pescayre ou Martin pêcheur^ le martinet — ces deux derniers doivent leur nom à St-Martin, protecteur spécial des oiseaux — , Jean Boubou (huppe), pierrot (moineau), Santa Catharina (projer). Colas (loriot), Liôde (= Claude), rozo (rouge-gorge), appelé aussi Marion la reuche, Marie godrée, Frédéric (mésange). Chariot (courlis), Jean-Baptiste (pinson). Ce dernier exemple est tiré de Beauquier.

Mais ce sont surtout les oiseaux apprivoisés par l’homme et vivant avec lui, comme le perroquet et la pie, qui portent des noms de personnes. Ces noms auront été individuels, ensuite seulement étendus à toute l’espèce. La pie s’appelle Margot, Cateau, Jacques, Jacquette, Berta, Richard, Colas, Jurau (Gérard), Chariot, Germain. Le nom du geai vient probablement du nom propre latin Gajus.

Ces noms s’expliquent par la tendance que l’homme a de s’assimiler les animaux, de leur attribuer un caractère humain et de les caser dans une catégorie de types humains. Cette tendance se manifeste surtout dans le roman du Renard, œuvre si curieuse et si caractéristique pour l’esprit du moyen âge. Là aussi les animaux reçurent des noms de personnes. G. Paris (Le roman du Renard, p. 27 SS.) dit, avec raison, me semble-t-il, que ces noms ne renferment aucune allusion satirique, qu’on applique aux animaux tout simplement des noms familiers, très usités. Cela est confirmé par la liste des noms d’oiseaux que je viens de donner (cfr. aussi les noms de la coc-

cinelle (ALF, c. 1508). Une recherche plus approfondie démontrerait peut-être que ces noms sont les mêmes que ceux qu’on emploie dans les proverbes, dans la littérature populaire en général et dans les appellatifs dérivés de noms de personnes.

Le peuple attribue au roitelet un caractère bien défini en le rapprochant d’un certain type d’homme : c’est le vaniteux, l’étourdi, l’impertinent. Là où on ne voit pas en lui l’oiseau du bon Dieu, on le traite avec mépris, on parle familièrement de lui. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’on lui ait donné, à lui aussi, des noms de personnes.

D’autre part il s’appelle roi, titre qu’on fait presque inconsciemment suivre d’un nom de personne.

La nature de ce nom dépend de différents facteurs. Roi Robert et roi Bertaud (cfr. § 40) sont provoqués par l’ancienne désignation du roitelet, devenue incompréhensible. Nous avons ici affaire à un cas d’étymologie populaire. Pour d’autres motifs entrant en jeu dans la formation des noms propres désignant le roitelet, voir §§ 55 et 75.1)

c) Déformations de reybéré,

§ 31. Reybéré apparaît encore au p. 603 (Creuse) de l’Atlas. Mais dans cette contrée où l’r intervocalique est peu stable, la confusion commence. Le peuple fait de l’étymologie et transforme le mot à tel point qu’on a de la peine à le reconnaître, qu’on ne le reconnaît qu’au moyen de la géographie linguistique, en retrouvant dans des formes voisines et simultanées ses couches successives.

A la périphérie de cette zone de dérivés de reybéré des formes avec -r- se sont conservées: radébéré au p. 714 (Cantal). Le „de^‘ intercalé provient probablement de ce qu’on a l’habitude de dire : „roi de quelque chose“ (cp. roi de bri (Yonne ; Rolland, compL), et ceci bien que béré ne signifie rien.

1) Les résultats de la tentative de M. O. Schultz CZum Uebergange von Eigennamen in Â'p'pdlative, Zeitschrift, XVIII, 130) de rattacher ces noms du roitelet à des personnages historiques, à de véritables rois, me semble sujets à caution.

Le type reydebéré a dû s’étendre une fois jusqu’aux p. 824 et 833 (Ardèche) où nous le retrouvons sous la forme de réhédéré avec métathèse, sous l’influence de repeteret voisin. Ce mot est peut-être aujourd’hui compris comme „roi des petits veaux“ (bedelet, bederet). Dans les Cévennes, région voisine, on appelle le roitelet bicherino (vachette). Rappelons-nous aussi le „roi de la vaquete“ à Entraignes (cfr. § 4).

Le point 807 (Puy-de-Dôme) donne rédebedloe, qui correspond à rébédéré. Il se trouve, il est vrai, aujourd’hui dans la région vedei (veau), mais près de la limite de bedel. Rolland donne un roi bédelet vieux franc, sans indiquer sa source. Godefroy ne le connaît pas, mais il donne comme quatrième sens de bedel le nom propre Bidel. Beauquier indique en effet un roi Bidelet en Saintonge désignant le roitelet. Rien d’étonnant qu’on ait transformé dans le voisinage du roi Bertaiid un rédebedloe en roi Bidelet. Peut-être aussi est-ce là la première association faite, car nous trouvons dans le voisinage roi Bernard. Rédebedloe serait alors secondaire.

Au p. 833 (Aveyron) on dit rebédédé. Peut-être voulait-on rendre le cri du troglodyte par ces noms (troisième hypothèse) qui, en vérité, ressemblent assez au chant de la mésange, mais fort peu à celui du roitelet (cfr. § 8).

Autrefois le redébéré, avant-poste isolé dans les points 824 et 833, devait être relié avec la zone centrale de reberi, „roitelet“ du Centre: Si aujourd’hui les p. 812, 814, 813, 815 (Haute-Loire) offrent — de même que les p. 601, 702, 802, 904, 901 (Creuse et Allier) — roi des oiseaux^ roitelet, il ne peut s’agir ici que d’un intrus tout récent qui a couvert une ancienne couche de mots du type de roiberi.

Aux p. 519 et 610 (Charente) de l’Atlas, les formes radbira, reydébira (Revue des patois gallo-rom., II, 190) témoignent encore une fois de l’étymologie populaire, puisque béré fut assimilé à bira {— flèche. Honorât). Celui-ci sera un dérivé du verbe bira (virer, tourner, s’émouvoir).

§ 32. Sur une zone assez grande comprenant une partie de la Haute -Vienne et de la Dordogne rehéré ^ rebéné, reybenei ce qui signifie roi béni.^) Reiheineix apparaît à Châteauponsat (Haute-Vienne) déjà dans un document de 1631 (Daubin, Not. 1, Châteauponsat, 1842, p. 16), rehenet se trouve ensuite dans Salerne (Histoire nat. éclaircie dans une de ses parties, V ornithologie, Paris, 1767). On se rappellera à ce propos les légendes qui circulent sur le compte du roitelet en Limousin et en Périgord où on lui attribue un certain rôle dans la vie du Seigneur (cfr. § 5). Ces légendes facilitèrent pour ainsi dire le passage du -r- en -n- (cfr. M. Schopf, Die konsonantischen Fern~ wirkungen, Ferndissimilation, Fernassimilatiofi, Metathesis, Gôttingen, 1919, p. 93). 2)

Un reijdehenoe isolé se rencontre au p. 706 (Cantal).

§ 33. Aux p. 704, 609, 617, 618, 617 (Limousin) reijhéré fut changé en reybéléy reidebélé plus à Test. Le passage de -r- à -l- ou plutôt la dissimilation de deux -rest assez fréquente déjà en ancien provençal (cfr. Schultz- Gora, AUprovençalisches Elementarbuch, §§ 64 et 97, Appel, Provençalische Lautlehre, 1918, § 61 a). L’Atlas donne alita, leito <C arista (carte arête), ponlu, polu << PAURUCU (carte peureux). Le passage est facilité dans notre cas spécial par l’association avec bel, bellet.

D’après le modèle de reybélé on appela le roitelet huppé lou biô (le beau) en Limousin (Précigou).

La forme reire belet {== aïeul), désignation moqueuse (Labourde, Limousin, 148 ; Rolland, compl.) montre qu’on associait rebelet avec belet (aïeul).

§ 34. Beri (<! BiturÎcu) avec i final se continue aussi en Auvergne sous la forme de beli: rèbeU (Rolland, compl.). Aux p. 708 et 710 on dit reydeheU. A côté de cette forme il y a barnabeli (Chalaniat, Catalogue des oiseaux gui ont été observés en Auvergne, 1847), aujourd’hui avec métathèse vocalique bzarnabile (p. 703)^), harnabïlla (Tixier, Lexique patois du canton d’ Escur allés,

0 Cfr. pour les formes du mot béni les cartes ,,buis“ et „eau bénite“ .

2) Peut-être le nom de personne Benêt (Bexedictu) y entre aussi.

Pour hz initial cfr. hzeiîr < bibere (carte „abreuvoir“).

1869), rei barnabet en forézien (Duchou, p. 101, Gras, p. 121). Je m’explique ces noms de la manière suivante; Au p. 809 (Puj'-de-Dôme) le roitelet s’appelle riberaa (roi Bernard). Bernard est employé très fréquemment pour désigner toute espèce d’animaux: Bernay'd V ermite est l’écrevisse, Bernard archiprêtre l’âne, sauto-hernat la sauterelle, hernat-pudent la punaise, rat-hernat est le nom du grimpereau dans le Berry et dans l’Aveyron (Vayssier). Rappelons-nous que déjà en vieux français bernard est devenu appellatif et désigne un sot, un nigaud (Godefroy). Or comme il n’y a que les noms propres très fréquents qui deviennent appellatifs, nous n’avons aucune raison de nous étonner d’un ri (roi) bernard désignant le roitelet. Il fut formé probablement dans la Saintonge ou dans le Poitou près de l’aire rahertaud, par analogie avec ce dernier, et voj^agea par l’Aveyron ou par le Berry jusqu’au point 809, car je crois que le rat-hernat du Berry et de l’Aveyron n’est qu’un regem (ra) bernard déguisé, emprunté au roitelet. i)

e devant r a une tendance à devenir a : riberna ^ ribarna; ribarna se contamina avec ribeli; il se forma un barnabeli qui de son côté se rapprocha du nom Barnabé. Ainsi par des chemins très compliqués, très contournés, le roitelet reçut en forézien le nom de rei barnabé.

Dauzat {Revue des langues rom., LVI, 325) donne pour Vinzelles la forme barnatsarada (s. m.) désignant le roitelet huppé. Il voit dans le deuxième élément un dérivé de carru, disparu aujourd’hui, dans le premier le mot brenar (embrener). Le sens du tout serait: „qui embrène le char ou la cour“, nom qui ne s’applique guère au roitelet. Nous reconnaissons dans les premiers éléments le mot barna. Tsarada est peut-être en rapport avec écalon, tsaleto (échelette), grimpereau dans le Puyde-Dôme (Rolland, compl.) (cfr. § 73).

9 M. Ganillscheg (Zeitschrift für roman. PhiL, XL, p. 139) essaie de rameuer ces différents berna dans les noms d’oiseaux de marécage à un mot gaulois *bernos (marécageux). Mais berna dans riberna ne peut être que le nom de personne Bernard. Voir d’ailleurs M. Spitzer, Zeitschrift fur roman. Phil., XL, 695.

d) Bitriscus en Normandie et en Haute-Bretagne.

§ 35. Je reviens au nord pour étudier le développement de BITRISCUS dans l’ouest de la France. En Normandie ce mot aboutit d’abord à: herwé, heré. En effet nous rencontrons encore un reste de ce heré à Guernesey : bérè (m.), aussi héri (Rolland, compL), et un fém. berée au XVIF*"® siècle (Héron, Muse norm., 1895, V, 19). Cela prouve que héré a une fois été en usage en Normandie.^)

§ 36. Par dissimilation de l — r, on expliquera le passage d’un riheré en rîblé (p. 399, île de Guernesey), reblet (Bosquet, Normandie merveilleuse) y rehlot (p. 350, Calvados et à Thaon [Guerlin de Guer, p. 373]) avec substitution de suffixe (cfr. Schopf, p. 80, op. cit., p. 42). De rehlet on forma un féminin rebelette {Annuaire de la Manchej 1832, p. 223).

Dans cette même contrée on trouve rîbé (p. 399), rehet (Chrétien, Usages, etc., de V arrondissement d^ Argentan, 1835), réhè dans l’Orne (Rolland, compL). Ici aussi il s’agit d’un cas de dissimilation : r — r >> r — o (cfr. Schopf, p. 149), rïbérè >> ribrè ]> rihè.

C’est aussi en partant de reb(e)ré qui donna par dissimilation rebè qu’il faudra expliquer le rïbwé (p. 219, Eure-et-Loir), le be de l’Yonne (Rolland, compl.) et le begron (ibidem), où le second élément m’est resté obscur, peut-être aussi bîeutin en Champagne (Toussenel, Le monde des oiseaux, 1872).

Avec le même suffixe diminutif -ettin on forma dans le Calvados un rébétè (p. 351, à Bernay [Eure] ; Rolland, compl.). Ce mot est attesté aussi par Moisy et Vasnier, Petit dictionnaire du patois mormand de Pont- Audemer, 1862.2)

§ 37. Le féminin rebette n’est plus en usage aujourd’hui, paraît-il. Mais il se trouve d’après Rolland,

9 On s’en sert du reste encore pour désigner le rouge-gorge (voir § 39).

-) Je doute que rehettin, signalé par Chambure pour l’Aunis, y soit en usage.

compL, dans Constantinus en 1573 et dans Fleury (Littérature orale de la Basse-Normandie, p. 106, 1883).

H est très fréquent qu’on forme du nom masculin d’un oiseau un nom féminin. Nous avons rencontré un regina à côté de rey, ratéla à côté de ratelâ, hérée à côté de héré. Rolland donne des exemples pour d’autres oiseaux. J’y ai trouvé gripette, gripotte à côté de gripelei, gravette à côté de gravelet, rapette à côté de rapatin pour désigner le grimpereau ; monicJie alterne avec moinot, linot avec linotte, chardonnet avec chardonnette, etc. En Suisse romande le type *verjasse alterne avec verjat pour désigner l’écureuil (M. Gauchat, op. cit., p. 175 ss.).i)

Cotgrave mentionne une forme normande curieuse : rebetre (féminin). Moisy ne la connaît pas et voudrait y voir une faute d’impression. Mais la même forme se retrouve dans Vernaud, Gessner et Salerne. Son existence est donc prouvée. Elle renferme un r adventif, fréquent après (s)t, résultant peut-être d’une fausse régression (cfr. fenête pour fenêtre). 2)

§ 38. En Haute-Bretagne bitriscus devait aboutir a BERÉ. En effet le roitelet s’y appelle héré (Revue des trad. pop., VIT, p. 106), à Plombalay (Sébillot, Haute- Bretagne), dans les dép. de Mayenne et d’Ille-et-Vilaine (Rolland, compl.), dans le Morbihan (Taslé, Histoire nat. du Morbihan, 1860). Taslé écrit herret en identifiant le suffixe avec -ittus, ce qui est important pour d’autres formes. (Cfr. § 40 ; voir aussi la carte „tiroir“ où la même chose se produit).

0 Bonelli {Studi di fil. rom., IX, p. 434 ss.) croit que le changement de genre se trouve surtout chez les oiseaux où les femelles ne diffèrent guère des mâles. Ce serait le cas pour le roitelet et pour le grimpereau. Cette explication ne me satisfait cependant pas. Cfr. pour ce changement de genre, spécialement pour les oiseaux, Meyer-Lübke, Grammatik der roman. Sprachen, Bd. II, § 370.

Sur hirou dans l’Orne (Mémoirea des antiquaires^ IV, 229; Dubois, Recherches sur V étymologie de certains mots de VOrne dans les Mémoires de V Acad, celt., 1810 et 23) qui appartiennent certainement à la même famille voir § 39.

De héré on forma un féminin hérée à Trévenc, commune de Penguilj (Sébillot, Haute- Br etayne^ Revue des trad. pop., V, p. 19). Déjà Godefroj donne deux témoignages de heree sans parvenir à les traduire avec certitude. Voici ses exemples:

1. Frigilla, haec avis apud Latinos (ut Festus ait) ex eo dicta est, quod frigore cantet, et vigeat: vulgo dicitur Beree (G. Est., De lat. et graec. nom. av., p. 97, éd. 1567).

2. Il lui respondit qu’il mangeroit bien, s’il en avoit, des petits ojseaulx comme . . . tourterelles, herees, allouettes. (Nouvelle fabrique des excellents traits de vérité, par Phil. d’Acripe, sieur de Neri en Verbos, éd. Jannet, p. 116).i)

§ 39. Dans certaines contrées c’est le rouge-gorge qu’on appelle hérée, hrée, hésée (en Normandie, Salerne, Vasnier, Lemetteil à côté de Marie-hérè [féminin], Seine- Inférieure; Rolland, compl.).

Voici encore d’autres noms du rouge-gorge empruntés au roitelet:

Bezuet (Montesson, Vocabulaire du Haut-Maine, 1859) dans une région où l’on appelle le troglodyte bérichot. Bezuet est bitriscus (cfr. beruet au Pas-de-Calais) avec changement de -r- en -e-. Ce changement fréquent fut facilité ici par l’analogie avec bezot, bedot (culot).

De bezuet qu’on prenait pour un diminutif, on forma un féminin bezoue (Montesson), bedû (féminin [Maine-et- Loire; Rolland, compl.]), comme on avait fait rebette de rebeitin, ratéla de ratelà. Le bezou (Sarthe; Rolland, compl.), bedou (Orne; Dubois) est le masculin correspondant à bezoue, influencé par bedot (culot). Ce nom du

9 Moisy donne ce mot comme mot ancien et le traduit par fringille se basant probablement sur le frigilla de Est et sur Cotgrave qui traduit herée par pinson (a spinke, scheldople, chaffinch). Cependant ce même Est raconte que cet oiseau chante quand il fait froid, ce que fait le roitelet, pas le pinson. D’ailleurs Kolland ne donne pour le pinson aucun nom qui rappelle herée. Donc je crois qu’il y a erreur dans Cotgrave et que herée désignait à l’origine, comme heré, le troglodyte.

dernier éclos d’une nichée en vient facilement à désigner les petites espèces d’oiseaux (cfr. § 49).

Birou, „roitelet“ (dans l’Orne) sera-t-il aussi une forme „simple“ refaite sur un ancien „birouei“?^)

Ne nous étonnons pas qu’on ait confondu le troglodyte avec le rouge-gorge: Pour le plumage, la teinte générale est la même à l’exception de la gorge. Le rougegorge n’est pas beaucoup plus grand; il a comme le troglodyte la queue toujours relevée, et son cri a quelque ressemblance avec le zerrrrr, zerrrrr du roitelet. Nous verrons d’autres cas où les noms des deux oiseaux s’entrechangent.2)

Cependant il est a noter qu’il n’y a pas d’endroits où le même mot désigne les deux oiseaux en même temps. Peut-être est-ce justement berée (rouge-gorge) qui fit disparaître berée (troglodyte) de Normandie, et bezuet (rouge-gorge) qui évinça beruet (troglodyte) dans le Maine et appela à sa place bériclion, bérichet dont j’aurai encore à parler.

e) Roi Bertaud,

§ 40. De beré^ compris comme ber + ittus, on forma un diminutif *berettellus qui aboutit à berteau. Le résultat de -ellum est très compliqué dans cette région, différant presque d’un village à l’autre. Mais comme berteau ne signifie rien et que le peuple recherche un mot expressif pour désigner le roitelet, il associa ce mot à d’autres mots déjà existants, à bertô (étincelle) au point 447 (Loire-Inférieure). La comparaison du petit oiseau

0 Montesson donne pour le Haut-Maine hiroufle (rougegorge) qui contient le mot hirou suivi d’un suffixe curieux. Peutêtre peut-on ramener à la même origine les noms obscurs suivants qui désignent le rouge-gorge : jeaw hesa (Le Havre), hisse., féminin (Sarthe), berce (franc, dial., Monet, 1635), hidrouy, féminin, (Sarthe), mentionnés tous dans le compl. do Kolland.

2) Ils jouent aussi le même rôle dans les traditions populaires: C’est un péché de les tuer, parce qu’ils sont mêlés à l’histoire légendaire du Seigneur comme oiseaux bénis; ils possèdent tous deux des qualités magiques, et à l’expédition des oiseaux cherchant le feu ils ont participé.

vif, aux mouvements rapides, avec une étincelle est facile à comprendre. Elle est attestée aussi par un chaleron („éclair“ et „roitelet“) dans le Jura (voir § 63). Mais cette association, limitée à un seul point, est probablement récente. 1)

Par contre l’assimilation secondaire de bertean à Bertaud <i bertaldus, nom de personne et appellatif pour désigner un homme intrépide (Meyer-Lübke, Etymolog. Wôrterhucli) est plus ancienne. Naturellement l’association est possible aussi lorsque -ellum et -aldus ne donnent pas exactement le même résultat. Elle est attestée déjà en vieux français. Godefroy donne roijherfault, roitelet : ung petit oizeau nommé roytellet ou roybertault (Trad, de Quinte- Ciirce, Richel., 1. 7724) — CotgTave: roi BertauUy a vvrenne.

Dans une zone intermédiaire (sud de la Loire-Inférieure et du Maine-et-Loire) on l’appelle simplement boertao (p. 466), bertaw (p. 467). Ce nom sert également à désigner la fauvette ; 'pars bertaWy breto (p. 435), bertao (p. 466), brto (p. 458).

Mais ici aussi la fable du roi des oiseaux s’en mêla : on fit précéder le nom de personne du titre de roi sans penser, me semble-t-il, à un roi Bertaud du siècle. 2)

On appelle le roitelet roibertaud dans une grande région comprenant les départements de la Vendée, des Deux- Sèvres, une partie de l’Indre-et-Loire et de l'Indre, la Vienne, la Charente-Inférieure et une partie de la Charente. La désignation est assez ancienne, nous l’avons vu. 3)

Roi Bertaud doit avoir une extension plus grande

9 Berton est du reste aussi un nom propre comme Bertaud (Langlois).

9 Langlois, op. cit., donne un seul Bertaut, nom d’un chevalier frison (Baudouin de Sebourc, XIV s.).

9 II est inutile de mentionner toutes les petites variantes phonétiques que l’Atlas indique, er > r(e); robreto, robrto . . . . ràhreto (p. 418) rappelle la forme ràsinol (rossignol aux p. 459, 478, 458). La forme rapto (p. 535, 536) montre l’assimilation de la sonore 6 à la sourde t, après la chute de la syllabe -er.

que l’Atlas ne le fait croire. Il subsiste dans le Bas- Gâtinais (Revue de phü., Vil, 127).i)

Sur le modèle de roi Bertaud en Saintonge on forma roi Bidelet, roi Bernard dont j’ai parlé (cfr. §§31 et 34), roi Bertrand (Cotgrave) et roeygartus à Hostens (Gironde, p. 653). On compara le petit roitelet au grand roi de la Table ronde, encore célèbre, et légendaire en Gascogne (Bladé, Contes populaires de la Gascogne ^ 1886, p. 296). Pour une fois on donna au roitelet non pas un nom familier, mais un nom illustre de la légende.^)

9 Les anciens poètes provençaux nous ont transmis un mot herteau dont le sens n’est pas certain. Raynouard le traduit par hanneton. Il donne les exemples suivants:

Mosca ni tavan que vola,

Escaravat ni bertal . . .

Marcabrus: Pus la fuelha.

Cui sens nos es guidaire No sap ni pot a cap traire,

Ans par a la fin bertaus . . .

Giraud de Bornel: S’es cantars.

Levy donne comme nouvel exemple certain:

E jois es enterls francs faillitz,

Tornatz de basan en bertau . . .

Liederhs., A N® 63, 7.

Il traduit bertau dans les deux derniers exemples par ,,armer Wicht, armselig". Mais il ne sait pas s’il doit donner raison à Raynouard en ce qui concerne le premier exemple.

Rolland et l’Atlas ne connaissent pas ce nom du hanneton. Mistral et Honorât le donnent pour vieux-provençal, mais Dauzat (Romania, XLIV, 253) relève l’existence de hartoeu (hanneton) à Authezat (Puy-de-Dôme). Déjeaniie dans sa nouvelle édition de Marcabru le traduit par „à frelon“. Le frelon s’appelle en beaucoup d’endroits du midi de la France : hurgo, hergo (voir les cartes 1471 et 1572 de l’ALF et Rolland, III, p. 272-^75, et pour l’étymologie de ce mot E. Richter, Wiener Sitzungsbericht, 156, p. 100), mais nulle part berto.

Mais quelle est l’origine de ce bertau ? A-t-il un rapport avec rabertau (roitelet) ? ou est-ce le nom propre Bertwald, devenu appellatif pour désigner un pauvre hère, faible d’esprit, développement analogue à celni des noms suisses-allemands Gret, Jokkel; le hanneton ou frelon aurait été traité en sot et aurait reçu ainsi le nom de bertau ? C’est l’idée de M. Meyer-Lübke (Worterbuch).

2) Pour le g initial devant a à Hostens cfr. la carte „mite“ : le p. 653 a gardzes pour ardes des points environnants.

f) Berichoa.

§ 41. Entre les zones roiberi à l’est, heré à l’ouest, il y a une petite zone intermédiaire du type berichon. Les formes sont les suivantes: béri^Ô aux p. 327, 338, 411 (Maine), berûô aux p. 412, 423, 421, 443, berichon (Anjou; Giraud, Etudes ornithologiques, 1875; Montesson, Vocabulaire du Haut-Maine), berieô (p. 318 et Maine-et- Loire ; Vincelot, Etudes ornithologiques), berrichet à St-Cast (Sébillot, Trad. de Haute- Bretagne), berrichat (de la Blanchère), barichb (Ille-et-Vilaine; Rolland, compl.). Le mot se trouve déjà au siècle : berichnt (Belon, 1555),

benchon (Gessner, 1604), berichet (Monet, 1635), bericoc (Fontaine, 1612) est peut-être une faute d’impression pour bericot (Rolland, compl.). i)

Pour expliquer ces formes, on pourrait supposer l’existence d’un féminin *bitrICA à côté de bitrÎcus : un berriche -f- on (cfr. Marie, Marion) satisferait peut-être les exigences de la phonétique. Mais la forme berriche a-t-elle des raisons d’être ? Ne vaudrait-il pas mieux partir du masculin bitrÏcu ^ berri et voir dans berrichon un exemple des formations particulièrement fréquentes dans l’ouest de la France {cir. poire: perrichon, moine: moinichon, baudet: baudichon [Horning, Zeitschrift für roman. Philologie, XIX, 173; XX, 343]).2)

A côté de benchon il y a burichon (p. 316, Millet, Faune de Maine-et-Loire, 1828). Le mouchet (accentor modularis) porte aussi le nom de buriche (Jaubert), et la fauvette d’hiver dans une région assez éloignée de berichon (roitelet); au p. 702 (Creuse) on l’appelle burim. Faudrat-il expliquer la fonue en -ur- en faisant appel aux formes PURiscuLUS du latin médiéval (cfr. § 27) ? Ou sera-t-on en droit de supposer que berichon fut rapproché par

0 Berrichon > hœried (p. 433, Vincelot, Jaubert).

Peut-être associa-t-on ce mot à beurre, beurriclion qui signifie le chassieux; c’est en beaucoup d’endroits un terme injurieux (cfr. lagagnouso).

2) Encore resterait-il à examiner le rapport entre l’oiseau berrichon et l’adjectif berrichon du nom de la province de Berry.

étymologie populaire de bure (couleur de bure = couleur brunâtre, roussâtre comme le roitelet, i)

Une troisième forme est représentée par hourichon (Blois, Thibaut ; Loire-et-Cher, Bassetière), huruàù (point 446), houerrichon (Angevin, Verrier-Onillon), bouriche, m. (Mayenne ; Rolland, compl). Y a-t-il là le reflet de Tinfluence d’une autre étymologie populaire, de bourriquet? Ou faut-il voir dans burichon, bourichon de simples variantes phonétiques où la voyelle protonique a été changée sous Tinfluence de Tr?

Les formes beru^Ô (p. 339, 440, 443), berueô (p. 328, 462), béru^é (p. 339, 368), béru¥yé (p. 339), berruchet à Matignon et Avranches (Sébillot, Trad. de Haute- Bretagne, p. 211 ; Le Héricher, Histoire et Glossaire du normand, 1870), berruchot à Ercé (Sébillot), beruchon à Nantes (Salerne), sont-elles dues à un changement de suffixe puisque -ichon et -uchon ont des fonctions analogues (cfr. Horning, Zeitschrift für rom. Phïl., XIX, 180)?

Comme le saintongeois roi bout! (Salerne) est tout isolé, je n’ose pas y voir une contamination avec pouti, poutin (chassie des yeux en Languedoc).

Il est vrai qu’on pourrait appeler au secours le lagagnouo (féminin), „roitelet“, à Marseille (Mistral). Lagagnou(s)o, fréquent dans la dénomination des plantes,^) (cfr. cartes pissenlit, coquelicot) signifie chassieux. Mais il est toujours difficile de tabler sur des formes isolées: il suffit d’avoir entrevu les différentes possibilités pour expliquer les variantes du mot.

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