Péteré et ses dérivés
§ 42. Voici d’abordl’expansion et les formes de ce type : Je n’ai que deux témoignages de pjéteré tout seul : pétéré à Bardonnèche, Piémont, et pteu à Vergisson près
Voir d’autres noms d’oiseaux dérivés du même mot dans E. Richter, Bedeutmigsgeschichte der Wortsippe hur(d), Wietier SHztingshet'ichte, 156, p. 11.
2) Cfr. pour l’étymologie de ce mot Schuchardt, Ztschr. XXIX, 561.
de Mâcon (Constantin et Désormaux). Généralement on le fait précéder de regem comme presque tous les noms du roitelet. Mais nulle part ce titre n’est aussi ironique. Reipetaret apparaît déjà dans le premier exemple que je connaisse (Rolland).
Voici les formes que ce mot revet aujourd’hui dans le Lyonnais: rapëtérœ (p. 808, 818), rapétré (p. 819, 909 j, raptèré (p. 908), rapétré (p. 916), rèpétérè (p. 816), repéiréé (p. 817, 926), répétré (p. 907), rèpétérè (p. 986), rèypétérèt (p. 975). Ces deux derniers points, détachés de la zone principale de répéteré et séparés d’elle par d’autres types plus récents, montrent que l’aire répéteré a dû être beaucoup plus grande autrefois. Des vestiges s’en sont conservés dans la vallée d’Aoste, très conservatrice : ainsi aux p. 903, 905 on dit rwapétré, raptézé aux p. 911, 914. Les dictionnaires donnent râpteré (Villefranche-sur-Saône, Revue de phil., XXV, 96), repetaret (Forez, Bourbonnais, Gras, Duchon), rèpetarè (Lyonnais, Puitspelu), rapoutâ, raipotot (Morvan, Chambure), rapeio, rapôlô, rapoutâ (Nièvre, Rolland, compl.). Ce mot correspond au français roi pétard (pôtâ = pétard selon Chambure).
Il me semble que cette désignation du roitelet, elle aussi, doit être rattachée au mot bitriscus ou pitriscus tel qu’il apparaît dans certaines sources (cfr. § 27). i)
Par l’étymologie populaire ce pitriscus fut mis en rapport ensuite avec les noms de différents autres animaux, oiseaux et poissons qui s’appellent: „pétard,“ „péteur“.2) Je crois que c’est la petitesse de l’oiseau qui con-
9 Ce double développement de -tr- qui tantôt reste, tantôt se réduit à -r- trouve un parallèle dans les dérivations d’un autre mot celte: mataris (javelot) qui aboutit en vieux-français à méreau, marelle d’une part, à matras d’autre part (cfr. Meyer-Lübke, Worterhiich) .
2) Parmi les oiseaux je nommerai la canepetière (otis tetrax), le motteux (saxicola oenanthe). Sur les poissons voir le travail de M. Barbier (Revue des langues rom., LVII, 328) qui remarque que ce nom s’applique toujours aux très petits poissons. Il le met en rapport avec le français péteux, péteuse, troussepète, le provençal petous, petouso qui se disent des petites personnes, des petits poissons (cfr. Ivan Pauli, Enfant, garçon, plie dans les langues romanes, p. 219 et 223). Petouset est aussi le nom du petit criquet.
tribue à rattacher << pitriscüs h, pétard, petous^ „ petit
animal“. Ce nom renferme une bonne dose d’ironie populaire, de mépris du fort vis-à-vis du faible. On remet brusquement à sa place le petit impertinent, qui semble vouloir s’élever au-dessus de sa condition.^)
§ 43. A Vergisson près Mâcon le suffixe -ard est remplacé par -osus: repteu (Constantin et Désormaux). Il en est de même en Provence où l’on a ajouté au radical la terminaison -osus dans le nord, -osa dans le sud. -osus > n au p. 849 (Isère, cfr. la carte heureux), de là ripatn, ripaUis (p. 868), rapélus (p. 889), pétifs (p. 879).
De ce nom on forma en Provence un féminin pêtnzo (p. 853, 855, 862, 863, 871, 873, 888, 898), pétnza (p. 865) et un diminutif petuzeta (p. 991). L'^ tombe
dans petno (p. 864, 874, 875, 876), péiué (p. 872)^), péiw% féminin (p. 878), pétioo (p. 887), petugo (p. 885) (cfr. la carte étincelle). 3)
Au p. 897 (Alpes-Maritimes) on appelle le roitelet rêipetü (*„rei-peton“). Le même mot peioun désigne aussi le dernier .oiseau d’une nichée.
Ripatéa au p. 990 est difficile à expliquer.
Le type pétard, péteux est en train de reculer devant des types nouveaux, surtout devant roitelet et roi des oiseaux. Ailleurs il a été radicalement transformé par l’étymologie populaire. Le terme manquait sans doute de vitalité. Peut-être est-il devenu obscur à la suite d’un fort rétrécissement; peut-être le trouve-t-on déplacé a l’égard d’un oiseau porte-bonheur, et surtout choquant
^) Mais ce petrisctis du latin médiéval est-il dû lui-même à une étymologie populaire de bitriscus (-}- peditare) (cfr. vitriscus < BiTRiscüs vissire)? Ou faudra-ü voir dans pitriscus une variante dialectale de bitriscus dans le gaulois?
2) Cfr. les cartes „poison“ et „ver luisant" de ALF.
^) L’étude des dictionnaires donne à peu près le même résultat. Mistral donne les formes suivantes: petouso, lietouvo, jpetouvin (à Nice), petouo, petoue, petoua. Différents autres oiseaux s’appellent petouso par confusion, ainsi le grimpereau (Mistral, Rolland), la mésange, la fauvette. On a aussi appliqué ce nom à la huppe à cause de sa malpropreté légendaire.
(cfr. le remplacement de „conin“ par ^lapin*'^, Jaberg, SpracJigeographie) .
Les zones de répeteré et de petou, autrefois certainement unies, sont séparées aujourd’hui par une couche secondaire qui offre le type de „roi des oiseaux''^, différents noms empruntés à d’autres oiseaux, des noms spontanés à l’ouest et un continuateur très curieux de pétaré à l’est.
a) Collision avec rapatin (grimpereau).
§ 44. Dans les départements de l’Isère et de la Haute-Savoie le roitelet s’appelle rapatet: roepattoe (point 942), roepaté (p. 838), ropaté (p. 940), répaiet (Charvet, Faune de V Isère, statistique générale de V Isère, 1846), repatet à Grenoble (Ravanat, p. 171), ripatet à Voiron (Isère; Blanchet, p. 215), avec changement de suffixe: ripatô (p. 931) et ripatè (p. 920, 945), rapatè (p. 936), ripatin à Leschaux (arrondissement Annecy ; Constantin), rapatin à Albertville (Brachet, p. 197), râpâtè à Certoux (Keller, § 81, 3). Salerne comprit le rap)atè savoyard comme petit roi Patan. A Bernex (Genève) on en fait : rampatan (Glossaire). Aillem’s, à Aire-la- Ville, n’y comprenant plus rien, on renversa les sons : ratapin ( Glossaire), en pensant peut-être au rat.
Petaret devint phonétiquement patara (p. 933, Savoie), e atone devenant a, surtout devant liquide. i)
Pour expliquer les formes de l’Isère et de la Haute- Savoie, il faut y supposer une couche ancienne de "^'rapata (roi pétard) correspondant à rapouiâ du Morvan.
Dans une région où d >> a^) et -ittus a, on comprit rapata comme rampantet. Ce mot correspond à grimperet, grimpereau, noms donnés à un autre oiseau
9 Cfr. Puitspelu, Phonétique lyonnaise, § 64; Pliilipon, Patois de St-Genis des Ollières, Revue des 'patois, II, 31, 208; J. Désormaux, Alternances dans le parler de Thônes, Revue de phil., XXII, 28; la carte „(ligitale“ donne (m.) au p. 826.
2) Pour la fausse régression voir les cartes „manger‘‘, „langue“, „rossignol‘‘.
petit et brun qui grimpe très bien (certhia familiaris), souvent confondu avec le troglodyte (voir § 73). Constantin donne pour „grimper“ râpâ.
Il est probable que le nom de rapatet (ou avec substitution de suffixe rapatin) appartenait au grimpereau i) avant d’arriver par différents développements phonétiques à désigner le troglodyte, car la région où ce mot désigne le grimpereau est beaucoup plus grande que celle où l’on appelle ainsi le troglodyte.
La confusion de ces deux noms d’oiseaux n’a pas les mêmes conséquences funestes que les différentes homonymies découvertes par M. Gilliéron pour des noms très usités. Elle n’est pas absolument intolérable, comme le prouve le fait qu’en une contrée un seul nom désigne l’un et l’autre des deux oiseaux. On peut cependant constater une tendance à les distinguer de nouveau en laissant au grimpereau son nom — autant qu’on peut l’affirmer par le seul témoignage des dictionnaires — et en créant une autre dénomination pour le troglodyte. La désignation ripatet (roitelet) était certainement plus répandue autrefois. Nous constatons aujourd’hui sur la carte de l’ALF un vide à l’est et à l’ouest de la zone ripatin. Il a été comblé par des couches secondaires qui se superposent en partie à ripatet^ en partie à répeteret. Ripatet prêtait à confusion et répéter et a été refoulé dans les Alpes (aux p. 975, 986), lorsqu’il était détaché de son domaine principal par la zone ripatet et que ce mot équivoque avait semé le trouble aussi dans l’aire répeteret. D’autres causes ont déjà été mentionnées plus haut (§ 43).
Au nord de l’aire répétard il y eut la même association de ce mot (rapetô) avec le verbe ra(m)per, et comme nous sommes ici à peu près sur la limite entre
Rolland mentionne sous grimpereau les noms de rapatin, rayette, rapillons et rampa pour la Savoie, rampinette pour les Vosges, rampélie pour la Meuse, rampeon pour la Provence, et dans le Complément: rapô (St-Maurice), rapilha (Lyon), rapon (Hautes-Pyrénées); on peut ajouter à cette liste rampiat, rampicat, rampighin pour le Piémont (Bonelli). Humbert (Nouveaux Glossairegenevois, 1852) traduit rapatin par „siteUe‘‘. Constantin fait de même pour rapeta à Rumilly.
ramper et grimper,^) oa forma par contamination un grapetô (m.) dans le département de Nièvre (Rolland, Compl.).
Rapyà (m.), roitelet à Vinzelles (Dauzat), et rapilha (grimpereau) dans le Lyonnais (Rolland, compl.) sont peut-être aussi des dérivés en -ittus, -ittade ra(m)pâ, ra(m)pillâ. Rapijaneta (ibidem) en est un diminutif.
Tandis qu’à l’est l’association de répétard avec le verbe ramper est générale, on ne la trouve que rarement à l’ouest.
b) Reypetit et dérivés.
§ 45. A l'ouest l’étymologie populaire a travaillé dans une autre direction. Dans la Haute-Loire et plus au sud, dans une région qui est aujourd’hui recouverte d’une couche secondaire du type de „roi des oiseaux'*'*, on transforma péter ety mot rétréci et clioquant, en petit re, ce qui se présente facilement à l’esprit de celui qui connaît la fable. Il ne reste aujourd’hui qu’une seule trace de la forme intermédiaire avec préposition de l’adjectif ; pétiré au point 840 (Gard), à moins qu’on ne voie dans rebedéré, rébédédé des p. 824 et 833 (Ardèche, cfr. § 31) des transformations de répeteret voisin, provenant elles aussi de ce qu’on trouvait repeteret choquant. Mais ces transformations ont été peu heureuses, elles n’ont eu aucune force d’expansion parce qu’elles ne signifiaient rien. Sans le témoignage de cette forme, je n’oserais pas faire dériver reypetit de petaret. Petyore (p. 842) renferme un diminutif de petit.2)
D’après la carte „mon petit garçon^ (623) l’adjectif suit toujours le substantif dans la région en question. La place de l’adjectif dans pétiré est donc inusitée ; aussi cette forme disparaîtra-t-elle. Aussi dit-on partout ailleurs
Je ne peux établir la chose avec certitude, parce qu’il n’y a pas de carte.
2) Nous avons peut-être encore une preuve de l’existence de 'pétard dans le Cantal dans l’expression potobilou (Rolland, compl.). Sous le premier élément de ce mot poto pourrait bien se cacher pétard (lo hilou est le vendangeur au p. 818; Rhône). „ Vendangeur “ est le nom de l’ortolan dans bien des contrées; peut-être y a-t-il eu confusion des deux oiseaux.
reypéti (p. 715, 717), répéH (p. 841), rêpêtét (p. 768), répétit (p. 713, 716, 718,' 728, 729, 735, 757, 782), réypétH (p. 691, 719, 727, 746, 748, 766), réypétit (p. 686, 724, 744, 772, 773, 783, 793), réiypèiU (p. 692, 693, 694, 696, 737, 790, 792, 628, 638), réypHU (p. 733, 794), ripitit (p. 778), réypàtït (p. 796)4)
En Auvergne Mistral cite la forme repetetit, qui ressemble à une onomatopée. Reyman^ut (p. 795, Pyrénées- Orientales) et reymemit (p. 797) sont une traduction de reypetit,
Ptyi rey aux p. 982, 992 (Piémont) est complètement séparé de Faire reypetit en Auvergne et en Languedoc ; il continue la zone ptcit re du Piémont (Flechia, Arch, GL, XVni).2)
Blavignac (Uempro genevois, 1875) mentionne un rappetolet entièrement isolé que les correspondants du Glossaire ne semblent pas connaître. Ratjtole (p. 958, Haute-Savoie) n’est peut-être qu’un raptitolet corrompu.
§ 46. Tout à l’ouest de la région rey petit on appelle le roitelet reypit^yu (p. 743, 762, 784) avec un diminutif de petit qui semble être assez fréquent dans cette région (cfr. la carte „mon petit garçon“). Par contre, ce suffixe ne paraît pas être en usage plus à Fouest. Il en résulta un nouveau malentendu, peut-être parce que la fable était peu connue dans cette partie des Pyrénées : reypiPyu est défiguré et devient reyUn (p. 687, Hautes- Pyrénées) — comme reknt^yit > riikPyit au p. 662 (Gironde), richou (Cenac-Moncaut, Dictionnaire gascon-français, dial, du dép. du Gers, 1863), avec article agglutiné, luriUyn (p. 688), luritm (p. 689). Ce mot, ne se rattachant à rien, n’a, par conséquent, aucun pouvoir expressif. Aussi M. Egmont ne Fa-t-il rencontré qu’en trois points. Cette zone confine à l’est à une couche nouvelle de re et de
b Déformé de la sorte, le mot primitif est méconnaissable. Aussi le roitelet partage-t-il ce nom avec le grimpereau dans les Landes et avec le rouge-gorge dans la Gironde et les Hautes-Pyrénées.
b Pour d’autres témoignages de 'p’ci rey, voir Morosi, Dial, di Frai; Arch. Gl., XI, 331 — re jpcit à Cuneo, Alba (Bonelli).
rastelet, doot j’ai déjà parlé, qui est venu le remplacer. A l’ouest et au sud rit en fut conservé par l’étymologie populaire qui eu lit chourro (Lacroix, Catalogue raisonné des oiseaux observés dans les Pyrénées françaises et les régions limitrophes^ 1873 — 75), chouret dans le Bigourdan (Bassetière), enreto (féminin) au p. 698 et à Bagnères de BigoiTe (Rolland), chourro (féminin) (Gers; Rolland, compl.), tchourro (Tarnet-Garonne ; Rolland, compl.), marie- chourre, marietchourre (féminin) (Lespy-Raymond, Dictionnaire de Béarn^ II, 48), marichoure à Bagnères de Bigorre (Rolland). L’Atlas donne en outre eureto pour fauvette au p. 687; chourro désigne aussi une espèce d’alouette dans le Béarn (Mistral). Le ver’oe chourra'^) signifie d’après Mistral: tarder, croupir, être engourdi, se reposer, muser, badauder (dans le lang.), être sournois, silencieux, bouder (en Rouergue et Q^^ercy), dégringoler, tomber petit à petit, couler, s’amuser. On peut trouver là bien des points de contact avec les manières du troglodyte, d’autant plus qu’on se trouve dans le voisinage de rekntcet (roitelet) qui appartient au même ordre d’idées.
Marichoure pourrait dire : Marie-repose-toi, Marieamuse-toi, Marie-dégringole, etc. C’est une composition avec l’impératif comme il s’en retrouve dans toutes les langues.^)
Du verbe chourra on forma un substantif verbal choîirro (féminin), chouret (masculin) et choureto (féminin) de la même manière qu’on fit dériver de musser mussot^ de huiHji ktiPyit, kui^yef deux noms du troglodyte dont j’aurai encore à parler, piquer piqué (nom de la sitelle dans le Gard (Rolland), de grimper gr impet (grimpereau) ou gripoüe (gripette), etc.^)
Saméan (La création métaphorique en français et en romaUj Beiheft zur Zeitschrift, I, 1905, p. 116) essaie d’en donner une étymologie.
‘^) Cfr. l’espagnol mari-posa (papillon), l’italien salta-martin (sauterelle) ou sauto-hernat en provençal, h%de mari ou maryo volo (coccinelle) en Béarn. (Ici aussi ce sont des noms propres très familiers que l’on emploie, cfr. § 30.)
^) Peut-être le mot basque chori (oiseau) {Zeitschrift, 1893, 154) a-t-il aussi joué un rôle dans ce développement.
Mais je ne réussis pas à expliquer comment lu piteîi (re), le petit (roi) s’est transformé en vichou (Bouchesdu-Rhône, Villeneuve, 1821), viPyü (p. 894, Var), vitreynré (p. 899, Alpes-Maritimes), viciore (Andrews, Vocab. franç.mentonais, 1877). Il est vrai que: Pellicot (1838) donne vichou dans le Var pour le pouillot, Azaïs et Honnorat bichot (fauvette) en provençal.
L’histoire du type pétaret montre comme celle de BiTRiscus en général que le peuple ne se contente pas d’un vocable indifférent pour désigner le roitelet. Il se renouvelle par conséquent constamment, comme tous les mots affectifs.
e) Remplaçants de petaret à signification semblable.
§ 47, A côté de ces déformations directes de répeteret en décadence, nous rencontrons aussi des remplaçants d’une autre nature. Un mot qui va disparaître en appelle un autre d’inspiration analogue qui prendra sa place (cfr. Jaberg, Romania, XLVI, 127). C’est ainsi qu’aux environs de Grenoble on appelle le roitelet vessînarda (Ravanat) qui a la même signification et le même suffixe que péteret.
Au même endroit on l’appelle aussi pet de bou (Ravanat) qui appartient au même ordre d’idées. Cette désignation se retrouve à Panissière (Puitspelu), à Voiron, à Jons (Revue de pliil., IV, 232). On y dit aussi pey de i6oi/A'(poil de bœuf, Bailly, Ornithologie de la Savoie, 1875), 2)n de bu (Fenouillet, p. 219) qui n’est probablement qu’une déformation du premier.
Pêro d*bou à Annecy, que Constantin et Désormaux n’ont pas su expliquer, doit être une contamination de pet de bou avec peyro dian (Bailly). Ce dernier correspond à peiro-jano des Cévennes (cfr. la carte „Jean“) qui désigne selon Mistral une variété de châtaigne. Or le roitelet s’appelle ^châtaigne “ en plusieurs endroits, comme nous allons le voir.
Trouspë (Bailly) appartient au même cercle d’idées (cfr. le franç. troussepète) de même que pa de sri (pet de souris) du patois messin (Rolland, Rom., V., p. 215).
Tous ces termes sont isolés. M. Edmont n’en a rencontré aucun. Ce n’est cependant pas par hasard qu’ils se trouvent tous dans la région de pétaret et de roi de quilles. Nulle part ailleurs on ne traite le petit oiseau d’une manière si peu respectueuse. Il n’est pas ici, comme dans le Périgord et en Normandie, l’oiseau béni, l’oiseau protégé de Dieu.^)
§ 48. Petaret a valu au roitelet un autre nom encore, dans l’est de la France. C’est roi de quilles (quille = excrément << allemand ^kegil“). Eeauquier relève à propos de roi de quilles l’expression merdeux pour désigner un petit enfant. Dans cette contrée les termes gey, geyaV (féminin) et geyê (masculin) sont employés familièrement pour „une petite bambine, un petit garçon“ (Boillot; Jaclot, Mess.\ Vautherin; Glossaire) Roi de quilles comme petaret exprime le mépris pour le petit être.
Je ne peux malheureusement pas indiquer exactement l’aire de cette expression, parce que la carte de l’Atlas est incomplète. Voici les formes que je connais: rédgéy (Boillot, Faune et Flore franc-comtoises, 255), rwédgœy (p. 54 de l’Atlas), ro d^gheye à Sancy (Doubs) (Revue de phil. franç., XIV, 47), ro d’giy en Bourberain (Revue des patois gallo-rom., III, 89), roué d'gJiëy' (Bourgogne; Rolland, compl.), roi de guilles dans le Jura
b Par contre, je ne crois pas avec Meyer-Lübke (Worterhuch) et Sainéan ( Zeitschrift, 207) roi Pétaud, vivant
seulement dans l’expression „cour du roi Pétaud“ dans la langue littéraire, ait quelque chose à faire avec rei petaret, rei peteux. Cette cour est un endroit où chacun veut être maître (Godefroy). L’expression est attestée par Cotgrave et Kabelais (III, 6) et en français moderne par exemple par R, Eollaud (Jean-Christophe, Y , p. 69). Ce roi Pétaud est plutôt le roi des mendiants, de troupes désordonnées; cfr. le vieux-français hedel, hedeaii, hideaut, petaut pîtault, soldat de troupes légères, paysan armé adonné au pillage ou simplement terme injurieux (Godefroy). Ce mot dérivera d’un ^ mot germanique, ancien haut-allemand: bidal, bital, pital (Franz. Studien, VI, 94).
b Cfr. en outre l’expression suisse-allemande : chegelischüeler à côté de hdfeUschiieler, termes de mépris dont les écoliers se servent à l’égard de leurs camarades des classes enfantines.
(Beauquier), roi-de-gueille à Colombe-les-Bithaine (arrondissement Lure) (Vautherin), roi de guille à Broje-les- Pesmes (Perron, Proverbes de la Franche-Comté, 1876), à Montbéliard (Sabler, Catalogne des animaux de Varrond. de Montbéliard, 1864), rô d'ghîyb dans la Haute-Marne (Rolland, compl.) retgèj,, ratgèi à Damprichard (Grammont, Boillot). Le mot est aussi connu dans le Jura bernois voisin: roè d'gey^ à Montignez (Glossaire). (Un redigoelé tout à fait isolé au p. 978 [Nendaz] qui désigne la fauvette, est très curieux.) Bcikia à Belmont (Horning, p. 140), raikio à la Baroche (ibidem) correspond à quille -[- ittus (cfr. ceva [chevet], laqoio [petit lapin]). Ces formes règuia, rèkia sont attestées déjà par Oberlin (Essai sur le patois lorrain des environs du comté du Ban de la Roche, 1775). Oberlin ne comprenait déjà plus cette expression. Peut-être retrouvons-nous encore roi quille beaucoup plus au nord dans rwetlô arwi ou arwitlo (<< reguille) au p. 283 (Pas-de-Calais). Le w pour -gu- (arwi << reguille) s’explique peut-être par sa position intervocalique (cfr. lèw <C lingua, ëwiy < anguilla, awiy <C aiguille, ew^ << aqua [Bruneau, Phonétique des Ardennes, p. 334]), rawi > arwi par une métatbèse fréquente (cfr. bertelle pour bretelle, etc.). Raguille isolé a été entièrement à la merci des lois phonétiques qui l’ont transformé en un mot obscur, sans aucun rapport avec kïl. Or, tout nom inexpressif du roitelet est condamné à disparaître ou à être transformé par l’étymologie populaire. Arwi au p. 283 est près de s’éteindre ou plutôt de se combiner avec roitelet venu de Paris. Nous pouvons assister ici aux étapes d’une contamination.
Roi de ghézi, gliézillat (Rolland, compl.), tous deux dans l’Yonne, le second spécial à Turny, sont aussi des produits de contamination de roi de gey, geya avec bezi (niTRicus, cfr. § 29), les deux incompris. Roi de quilles devait donc s’étendre plus à l’ouest que mes témoignages ne l’indiquent.
S’il est vrai que le titre de roi pénètre dans presque tous les noms de roitelet, on rencontre cependant encore guéyait* (féminin) à Boncourt et à Charmoille (Gloss.),
gey de poue (féminin) (guille de porc) à Charmoille (ibidem), guille de porc à Montbéliard (Beanquier), (Vtjille-de’poûe dans le Cbâtenois (Vautherin), dyty^de poii aux environs de Belfort (Rolland, compl.) (cfr. pour cette expression le nom du pinson dans l’Isle-du-Doubs : tcyod-pO, „ excrément de porc^” [Bournois-Roussey]).
§ 49. Le roitelet porte aussi le nom „d’excrément“ dans le Languedoc, autre contrée qui touche à l’aire pelouse. Mistral donne : cacarauIetOf cagadauleto, caga~ dauretOy cagarauleto (lang.), cacarcagad avec les deux sens d’escargot et de troglodyte, sans nous indiquer l’aire des deux. Company o (Histoire nat. du départ, des Pyrénées- Orientales, 1861 — 64) donne cargoulet, Azaïs (Dictionnaire des idiomes romans, 1877) cagadâoideta pour Montpellier. Marcel de Serres donne la même forme pour le Hérault déjà en 1822. D’après l’ALF, elle n’est plus vivante aujourd’hui. Meiio et Rolland y voient escargot (cargol, cagaraulo, cagadaulo). Mais quel serait le point de comparaison entre le roitelet et l’escargot? Je ne le vois pas. Cagadauleto me semble plutôt être le diminutif d’un dérivé de cagar (cacare), *cagata 4- olus + itta.i)
Peut-être que rèhchichou (aussi dans le Périgord; Mistral) et reslsn (au. p. 624 où tous les s) ont-ils une origine semblable.'^)
9 Cagada existe réellement dans ce sens (Mistral, Honorât) ; cagado signifie aussi fauvette en Gascogne (Mistral). Peut-être cagad-aideto est-il formé du substantif cagado avec l’adjectif auU^ aulo = vil, méchant, rusé (Mistral).
2) CMchiou est le nom par lequel les enfants désignent les petits oiseaux (Honorât), ricliieu, cJiieu = petit oiseau (enfantin; Mistral), chichou — petit chien (Mistral, Honorât). Chichou^ chichiou appartient donc à la langue enfantine et désigne un petit animal. Il renferme peut-être „chieur“ (cfr. l’expression chiot, chie-nid pour le dernier oiseau d’une nichée) avec dédoublement de la première syllabe, caractéristique pour la langue enfantine. Chichi est aussi un nom onomatopéique des choses très petites. Cfr. Frieda Kocher, Reduplikationshildungen im Franzosischen und Italien ischen, p. 47. On fait dire au roitelet dans le Lot: „chiriou, chiou, chiou, c’est moi qui suis le roi“ (Rolland, compl.). A la même catégorie de noms appartient fouti-foiiti (franç. dial., lang.? ; Chenevière, Carnet de chasse^ s. d., p. 233).
Le roitelet s’appelle „fienteur“ encore dans un autre coin de la France, en Normandie où tout contact avec repeteret est exclu: Hquieu, riqueii à Valognes (Le Héricher) (cfr. cacare >> kye au p. 387, ou chasseur = -easoe). Les noms du roitelet qui désignaient à l’origine le dernier oiseau d’une nichée, le plus petit et le plus faible appartiennent encore au même ordre d’idées et à la même région que répéter et (cfr. § 42).
On l’appelle culot dans le Jura (Beauquier), cocoxjrou dans l’Ardèche (Rolland, compl.). Coucairoun (peut-être de ^cacaikoxe) est le dernier oiseau du nid en provençal (Honorât). 1)