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Les noms de formation romane

§ 50. Ces dernières désignations représentent des types de formation romane, provoqués, il est vrai, par des noms déjà existants dans le voisinage, ce qui montre que l’imagination ne crée pas spontanément. La création d’un mot nouveau est poussée dans une certaine direction par le mot déjà en usage, même lorsqu’il s’agit de trouver un nom pour un objet qui ne joue aucun rôle daus la vie pratique. C’est par un procédé avant tout mécanique, non réfléchi que l’on donne des noms.

Certains noms du roitelet, tombant en désuétude, ont besoin d’être remplacés. Le trait caractéristique par lequel le nom précédent avait exprimé tout l’animal obsède en quelque sorte ceux qui parlent; dans l’est et sud-est de la France, l’idée que le roitelet est un petit être de rien, que l’on méprise, un péteux, continue à avoir ses effets sur les néologismes.

Peut-être peut-ou aussi rattacher à cette famille refoitchioii dans l’Aveyron (Vayssier) comme un re chiou-chiou transformé dans la région kaga par étymologie populaire en refouchiou qai aurait rappelé fouchau (nigaud, sot) etfoucharou (revêche, bizarre, capricieux).

Ainsi Teuhét (?) au p. 972 (Piémont) est peut-être en rapport avec kuhii, koké (œuf). Cela pourrait être un terme enfantin semblable a koké^ koko.

Ce sont d’abord des noms qui rendent tout à fait la même idée par une comparaison analogue comme pet de bœuf ou roi de quille, etc.

Ensuite, comme tous ces mots ont de commun avec répeteret quelque chose de choquant, d’autres symboles traditionnels de petitesse se présentent pour exprimer la même idée d’une manière moins choquante.

Si l’homme s’exprime par une comparaison, c’est qu’il ne veut pas rendre une observation exacte, mais une impression de l’oiseau qui a un caractère propre, soit sympathique, soit antipathique.

Et toujours il a une comparaison à sa disposition, qui n’est pas nouvelle, puisqu’elle est puisée dans la tradition, dans la mémoire, mais qui peut nous faire l’impression d’une trouvaille très originale. Le peuple semble être original très souvent sans le vouloir.

a) Les désignations inspirées par la petite taille

de Poiseau.

§ 51. Dans cette même région où répetaret semble être décadent, le roitelet porte le nom de pouce ou P o u c e t : Pouce à Mouthe (département du Doubs; Beauquier), poesro fpoes = pouce -f- erot) à Grand’ Combe (Boillot). Roi pueça (masculin) à Malleray (Jura bernois; Gloss.) ne sera autre chose che le roi Poucet. Pouçard se retrouve en rouchi sous la forme de pieucart (Hécart, Dictionnaire rouchi- français, 1834). C’est peut-être ici la traduction du Domendick voisin dans le Luxembourg (Suolahti) 1).

La pieuquete est une petite alouette en Picardie. Le roitelet porte des noms semblables en anglais: thumb-hird; en Allemagne: Dumeling (Gessner) ; Dàumle dans le Tyrol (Dalla Torre, Die volkstümlichen Tiernamen, Beitrâge zur Anthropologie, Ethnologie und Urgeschichte von Tyrol, 1894, p. 57 — 157), Dûmenzwitscherle, Dûmenschlup ferle en Alsace (Suolahti) sont des combinaisons avec d’autres noms. Polaschin, polaschet (poucet), utschi polisch, employé presque partout dans les Grisons pour désigner le roitelet, tschetscha polisch (Daumenlutscher) à Lumneins près de Truns (communications de M. Pidt).

• Le roitelet est le nain des oiseaux comme le Petit Poucet est le nain parmi les hommes.

§ 52. Le petit Poucet est appelé noisette en albanais, „moitié de pois“ en grec (cfr. G. Paris, Petit Poucet et la grande ourse). On donne les mêmes noms au roitelet: Noisette dans les Vosges (Gérardin, Traité élémentaire d'ornithologie^ 1806), nouchat (féminin), diminutif de nouch (noix [correspondant du Glossaire]) dans une partie du Jura bernois (Charmoille, Mettemberg, Viques, Courrendlin, Vernes), nûzilo en Provence, au p. 836; nzilTt du p. 857 (Drôme) est un nlnzilU dont le n initial fut considéré comme faisant partie de l’article indéfini (cfr. nsu [nojau] au p. 844) ; uzilù est un petit oiseau. Ntigeta (féminin) au p. 758 (Hérault) signifie aussi petite noix (miga). Mistral relève nousiho en Provence, nousilha en Limousin, nousou dans le Dauphinet; Rolland, compl., 7iouy'zo dans le Gard, gros de nouéy' (masculin) (ibidem). i) Tous ces points se trouvent dans la même région où répetaret est en décadence.

La châtaigne remplace la noisette là où le châtaignier est plus commun que le noisetier: cotanô au p. 829 (Isère), chantagne dans le Forez (Gras), chôtagne dans le Loire (Rolland, compl.), castagnolo en Provence.^)

Un autre terme de comparaison est le haricot. En Suisse allemande la mère dit à l’enfant d’un ton caressant „mis BôhnW . En français haricot se dit aujourd’hui d’un sot. On a d’abord donné ce nom à un petit être, et comme les petits êtres sont encore inexpérimentés et sots, on l’appliqua par extension à la sottise des adultes,

La comparaison du roitelet avec une petite noix se présente partout spontanément à l’esprit. On l’appelle coda (noix) à Ravenne, à Imola (Merlo), kut'fa (noix) à Groden (Alton, Die ladinischen Idiome, 1879, p. 290), niièina à Celerina, Camogasc de l’Engadine (communication de M. Pult), nuserle dans la vallée de l’Etsch (Suolahti).

2) Pour ce nom aussi il y a des parallèles en Italie: re castagnà, recastagnet dans le Piémont (Gavuzzi, Vocaholario italiano 2}iemontese, 1896), rakastuat (Giovanni Flechia, Less. piveronese, Archivo Gloit., XVIII, 307), castagnedda à Castclbuono (Merlo). Castagno est aussi un nom do la fauvette (Mistral).

mais rarement dans un sens méchant. Différents petits oiseaux sont comparés au haricot. On appelle la fauvette faharelo aux p. 763, 744, 753, 752 (département Tarn) ou faho dans le sud-ouest. A Toulouse on appelle fabarelo le pouillot (Rolland). Ce même nom est appliqué au roitelet dans le département du Tarn (Gary, Dictionnaire patois- français à l'usage du Tarn, 1845) ; miéy'-hahe (demifève) dans les Basses-Pyrénées (arm. deu hiarnés, 1905) rappelle le grec „moitié de pois“ — - Poucet: févat (fém., haricot) est le nom de la fauvette et du troglodyte à Charmoille (Glossaire).^)

§ 53. Si nous nous demandons pourquoi, dans le nombre infini des petites choses qui l’entourent dans le monde, l’homme choisit justement la noix, la châtaigne, le haricot comme points de comparaison, nous trouverons que ce sont des symboles de petitesse consacrés par la tradition. J’ai cherché à le montrer par des exemples pris à des peuples et à des catégories d’objets différents. Je suis persuadée que ces matériaux pourraient être augmentés sensiblement par des études plus approfondies. L’homme connaît encore beaucoup d’autres petites choses dont il ne se sert pas comme symbole, tout simplement parce qu’elles ne sont pas consacrées par l’usage, telle la myrtille, la groseille, la lentille, etc.

Il y a ici une grande différence entre le langage poétique populaire et le langage poétique d’un génie individuel. Tandis que le poète cherche des comparaisons nouvelles, inattendues pour exprimer des impressions personnelles, l’homme du peuple puise dans la tradition

1) La même comparaison so rencontre en Italie : favHe, favitte en Frioul (Piroua, Vocaholario friulano, 1872, et Salvioni, Arch. Glott., XVI), granin d* fava à Mantoue (Bonelli), fauzza à Lecce (Merlo), favuddu à Barletta (Merlo).

J’ai rencontré une seule comparaison tirée du règne végétal qui ne se trouve pas en France. C’est le nom du roitelet que donne Palioppi pour la Basse-Engadine: hrümhla (prune). Cfr. pour cette comparaison une remarque de Schuchardt (Zeitschrift fur rom. Phil.y 1914, XIX, p. 49) où il dit que prune est aussi un des nombreux noms de la papille des yeux. Il paraît que ce nom n’a pas été noté par les correspondants du Glossaire romanche.

et y cherche les comparaisons consacrées, ou plutôt: celles-ci se présentent à son esprit, lorsqu’il reçoit une certaine impression ou qu’il éprouve un sentiment. Cette tendance est si forte que le peuple s’assimile même les métaphores nouvelles du poète, qui, après avoir circulé quelque temps de bouche en bouche, pénètrent dans le répertoire poétique populaire.

Les points de comparaison de l’homme du peuple sont limités, parce que traditionnels, ceux du poète sont infinis, parce que d’invention spontanée. Or ce ne sont généralement pas les poètes qui mettent en usage des expressions nouvelles.

§ 54. On a aussi comparé le roitelet à des petits êtres vivants, à des petits animaux, comme on donne à un petit enfant le nom de „Herzchâferli‘' .

On l’appelle papillon dans le nord de la France; dans l’Artois: pofinô à Ligny-St-Flochet près de St-Pol (Edmont), P onfinim à Boulogne-sur-Mer (Labille, Les bords de la mer J 1858), pemphignon à Archeux (Corblet, Gloss, du patois picard, 1851).

Le papillon s’appelle pofilô au p. 286, pofiyô au p. 287.1) C’est donc bien au papillon qu’on comparait le roitelet. Je ne sais cependant pas s’il ne s’agit pas plutôt du pouillot (phjlloscopus trochilus), petit oiseau gris qui volète dans les branches des arbres fruitiers, pareil à une petite feuille, „ei?i Weidenhlâttchen“ suivant un nom allemand. Labille traduit le mot poufinion par roitelet huppé, Edmont par „très petit oiseau du genre troglodyte“ et Corblet dit „ espèce de roitelet, pouillot“. Dans le Jura et en Savoie, papillon est le nom du grimpereau de muraille (Rolland, compl.).^)

Ces formes sont assez difficiles à expliquer: Le a entre labiales devenait o. Quant à l’origine de V-f-, je n’en saurais donner une explication. Pour le passage de y à n Bruneau (Phonétique des Ar demie s y § 285) donne les exemples suivants: aruni (rouille), funi (fouir) à côté de fuyij funà (taupe) à côté de fuyo.

2) Le paralièle entre le roitelet et le papillon a pourtant été fait aussi ailleurs. Flecbia (Arch. Glott., XVIII) donne pour le roitelet le nom de parpajd à Parme.

En Basse-Bretagne le roitelet est le laouenan, laouenik (petit pou) (Troude, Nouveau dictionnaire breton-français, 1876).

MistouUno (roitelet) en Provence (Mistral) est le féminin de mîstouUn (fluet, grêle, mignon), diminutif de 7nisto (enfant au maillot).

§ 55. Repepin en Basse-Normandie (Ménage 1759, Le Héricher) pourrait être roi p'êpè (= noyau aux p. 398, 395, 386, 376, 378). Mais le symbole de noyau pour une petite chose n’est pas populaire. Je crois donc plutôt avec Behrens (Beitrdge zur franzô.^isdten Wortyeschichie wid Grammatik, Halle 1910, p. 178) qu’il faut y chercher le nom de Pépin le Bref. L’image que le peuple se faisait du père de Charlemagne correspond assez bien à ce qui, d’après les noms qu’il lui donnait, le frappait dans le troglodyte. Pépê le petit (<^ Pïppînus par dissimilation) joua un certain rôle dans les chansons de geste, un rôle peu honorable, peu héroïque; il y est sot et ridicule (cfr. G. Paris, La légende de Pépin le B^'ef; Mélaotges litt.j I, p. 183). La comparaison d’un homme très petit avec ce roi est encore vivante dans le canton de Vaud (Glossaire). Le correspondant de Pailly dit d’un homme petit: „Semblyé a lo vèrè que lè lo rai Pépin. “

Le nom de personne repepin est, comme roeygartus, . emprunté à la légende par intermédiaire peut-être de proverbes ou de comparaisons populaires dont je n’ai cependant trouvé aucune trace dans cette contrée. i)

§ 56. Le petit corps du roitelet étant ramassé comme une boule, sa tête semble assez grande en proportion. De là son nom de cabot en Picardie (Marcotte, Les animaux vertébrés de V arrondissement d'Abbeville, 1860). Ce mot désigne spécialement le têtard, larve de la grenouille (Normandie, Moisy, aux p. 275, 327 de l’Atlas), ensuite des poissons qui ont une tête très grosse (chabot, chevot), mais aussi un homme qui a la tête dure, un boudeur (rouchi, Hécart), un homme têtu, entêté, à St-Pol (Edmont). Un cabotin en Picardie est un homme de très petite taille, et dont la tête semble pour cela même très grosse (Jouancoux).

Peut-on voir un parallèle dans repipln en Frioul (Pirona, Cavalli, Dialetto „tergestino^\ Arch. Glott., XII, p. 373)?

Bouleratte (féminin) dans l’Yonne (Rolland, compl.) appartient probablement au même ordre d’idéesd)

b) Noms inspirés par l’air impertinent de l’oiseau.

§ 57. Nous avons senti la note ironique dans les désignations répeiaret, repepin et cahot. Le petit oiseau qui fait un si grand tapage, qui dresse si fièrement sa queue, semble se moquer de l’homme si grand en comparaison, et celui-ci le trouve impertinent.

La voix forte du roitelet, ses allures arrogantes, sont en contradiction avec la modestie que le peuple attend d’un être si petit et si frêle. On l’appelle donc aussi le petit fier: kràné au p. 938 (Jura). Cette désignation se trouve elle aussi dans la région de répetaret et en est probablement inspirée (cfr. cranye (fier) dans le Glossaire du patois de Vile d'Elle, Revue des pat., Il ; crâne (fier). Mistral, Vayssier). Dans la fable aussi et dans les proverbes, le roitelet passe pour impertinent. On dit d’un homme fier: C’est un roi péteret (Lyon; Rolland, compl.). Romain Rolland (Colas Breugnon) rend cette impression en qualifiant le roitelet de „fier comme Artaban“. La même impression se reflète dans l’interprétation qu’on donne de son chant (cfr. introduction § 6). C’est en rapport avec ce qu’on lui fait dire de sa force qu’il faut probablement expliquer son nom de crac-jan (craque-ajonc) à St-Lô (Le Héricher), non pas, comme Rolland dit, parce que son cri imite le craquement des siliques d’ajonc au soleil (cfr. la carte „ajonc“ de l’Atlas).

Je ne sais si farfonte (Gessner, 1604) est vraiment une faute d’impression pour farfante (fanfaron) comme le croit Gaidoz (Rolland, compl.). Je pense plutôt à l’ancien

Voici encore quelques autres noms italiens qui essaient d’exprimer ironiquement la petitesse de l’oiseau par la comparaison avec uu très petit poids multiplié beaucoup de fois: Cent-ruhb, paves., vogher. (Bonelli) ; centrüb, grop., cair. ; sent-rubb, Asti (Merlo) (le rubbo du Piémont et de la Lombardie équivaut à peu près à 9 kg [Bonelli]); trenta pes {= 30 pieds) (le peso équivaut à 8 kg à peu près), bresc., berg. (Bonelli), Val di Non, di Sole, Rendeno (Torre), Bormio (Studi rom., IX, 292); trentapis à Tira, ou cento pes, lomb. ; sêntopis, bresc. ; re di pes, lomb. (Merlo).

français /a/ero^e (fauvette; Rolland, compl.) qui me semble être une petite fève. Fovrotte >> farvotte avec métathèse ;> farverotte (Rolland, compl., atteste toutes ces formes intermédiaires). Farferotte fut peut-être contaminé par farfante; et l’on dit alors farfonte.

Au p. 776 (Aude) on traite le roitelet de goguenard; reigunei (cfr. Mistral, gomèu, gonnè, gonnel (Languedoc), gonnèt (Gascogne) = goguenard, railleur). On y appelle gonelon aussi la fauvette; peut-être est-ce pour la même raison que l’allemand dit Gelbspottery parce qu’elle imite le chant de tous les oiseaux.

Je ne comprends pas le nom de ranganetOy féminin (Mistral), (ranganhuy rangagnous signifie grognon).

Il est étonnant que le trait qui avant tout donne au troglodyte son air arrogant et qui nous semble si caractéristique : sa queue toujours relevée, ne joue presque aucun rôle dans la dénomination. Il n’y a dans toute la France que deux „lève-queue“ isolés: liva-cava à Balme-de-Sillingy (Annecy ; Constantin) qui peut-être est encore emprunté à la bergeronnette s’appelant ainsi à Rumilly, et trousse-queue'^) en Beauce (Rolland). Cela montre combien l’homme observe peu exactement, combien les noms qu’il donne au roitelet sont peu objectifs. 2) On a bien dû remarquer la queue relevée. Mais on ne note pas ce détail pour lui-même, on ne fait pas de la science et le fait contribue seulement à l’impression générale qu’on a de l’oiseau; il augmente son air de petit impertinent.

c) Noms d’amitié.

§ 58. Les termes de caresse se rencontrent surtout dans le nord de la France. L’oiseau y est considéré sous un tout autre angle. Le nom poul, pou (coq) appartient certainement au regulus cristatus (cfr. l’allemand Gold~ hahnchen). J’en parlerai plus tard.

Poulette par contre doit être compté avec vachette parmi les termes de caresse. Poulot est un nom d’amitié

Cfr. trouspë, § 47.

2) Il faut tenir compte aussi de ce que la désignation lève- (hoclie-)queue s’applique déjà à la bergeronnette.

que la mère donne à l’enfant (Corblet, Du Méril, Jaubert). Le petit roitelet est un oiseau béni, protégé de Dieu luimême qui punit celui qui le tue ou le déniche (cfr. introduction, § 5). O’est pour cela qu’on l’appelle poulette au bon Dieu a Bayeux (Pluquet, Contes pop., 1834), dans le pays de Bray (1852, Moisy), dans le Loir-et-Cher (Bassetière), pouyeû dans la Haute-Marne (Rolland, compl.) ou oiseau de Dieu en Normandie (Chrétien, Usages de V arrondissement d’’ Argentan, 1835). C’est le nom que porte la bergeronnette au p. 946 (Haute-Savoie) de l’Atlas ; gariolle (petite poule, gallina) est le nom de la mésange à Biarritz (Rolland, compl.). Wackernagel (Voces variae anirnantium, p. 76) dit qu’on appelle Herrqottshühnlei‘i tous les oiseaux chanteurs, parce qu’on croit que c’est un péché de dénicher leur couvée. Mais l’oiseau de Dieu par excellence est pourtant l’hirondelle qu’on appelle poule de Dieu en Normandie et dans la Charente, bête du bon Dieu - dans le Pas de Calais, aouzelon du bon Dieu (Corrèze), poule de Dieu (Vienne), mouchon do bon Diè (Namurois).i)

Un autre petit être que le peuple met plus spécialement sous la protection de Dieu et de la Vierge est la coccinelle.2) C’est parce qu’elle a reçu un si joli vêtement rouge moucheté qui fait la joie des enfants. C’est en outre un être petit et faible, et l’homme croit que tout ce qui est joli, petit et faible, jouit plus spécialement de la protection divine. Il en est ainsi aussi du roitelet dans quelques contrées, du roitelet crêté surtout et do „la poulette “ dont le nom passa ensuite à tous les autres.^)

9 Cfr. sur mouchon M. Gilliéron, Généalogie des mots qui désignent V abeille^ p. 73, 148 et 149.

2) En allemand comme en français on l’appelle: Marienkàfer, HergottsTcdfer, bête au bon Dieu (franç. dial.), géline du bon Dieu (Vosges), poulette au bon Dieu (Calvados), galineta (provençal), pulé O bd dyoe (département Ille-et-Vilaine, p. 453), bête du bon Dieu (département (îard, p. 803, 862) à côté de galineto du bon Dieu.

^) En Italie, où l’on met les faibles plutôt sous la protection de la Vierge, on appelle le regulus cristatus: usel d'Ia madona, Valsesia, Crodo, Piedimulera; usche ad la madona, Ossola, où plus bref: madonhi, Tessin (Studer). Pour ce nom aussi il y a des parallèles dans les appellations de la coccinelle qui s’appelle madonina en Sardaigne.

§ 59. La coccinelle s’appelle aussi vaque nu bon Dieu en normand. Il semble donc que „vachette“ exprime à peu près la même idée que „poulette“. C’est un petit nom d’amitié, un nom intime. Le roitelet s’appelle ainsi dans le Languedoc, spécialement dans les Cevennes: bachetino, becherhio, vacharino (Sauvages, Azaïs, Mistral). C’est probablement le roitelet crêté qu’on désigne par là, car Mistral dit que par „une voues de bacherhio^ on veut dire une voix grêle. Or la voix du troglodyte n’est rien moins que grêle. Il est même probable que tous ces noms d’amitié se rapportaient d’abord au regulus cristatus. Marcel de Serre indique pour le Hérault le nom de hacheta ; à Entraigue et à Marseille on l’appelle vaqueie, à Toulon vaco peteouo (Rolland). Dans ce dernier terme, il y a eu agglutination des deux désignations voisines, mais d’une inspiration contraire (vache péteuse).*)

§ 60. Dans l’expression bœuf de Dieu (roitelet en franç. dial., Belon, 1555) „bœuf“ semble correspondre à ,.)Vachette“ et à „poulette“. La coccinelle s’appelle aussi qoetit bœuf en franç. dial., bun au p. 868 (Hautes-Alpes), byou (p. 841, Gard).

Voici les noms analogues du troglodyte : bœu, bœuf en Vienne (Manduyt), en Saintonge (Jônain), Haute- Vienne (Rolland, compl.), petit bœuf en Lorraine (Bassetière), Yonne et Haute-Marne (Rolland, compl.), dans le Lyonnais (Puitspelu), ivœl dé bun (œil de bœuf) au point 672 (Landes), en Charente (Trémeau de Rochebrune, Catalogue des oiseaux de la Charente^ 1841), J’ai déjà parlé de pet, peg de hou en Savoie.^)

Cette comparaison d’un petit être avec un bœuf, quelque extraordinaire qu’elle nous semble, est attestée

1) Le rouge-gorge est appelé vachette dans l’Anjou (Meillet, Faune de Maine-et-Loire, 1828), la bergeronnette à Orléans (Salerne) et dans la Loire-Inférieure (Rolland, compl.). La répartition de ces noms ne permet pas de décider si le nom appartenait d’abord à l’un ou à l’autre oiseau.

2) Oeil de bœuf est aussi le nom de la bergeronnette à Bagnères-do-Bigorre (Rolland), bœuf désigne le pouillot en Lorraine (Rolland).

aussi ailleurs : bou est la grenouille verte (Constantin), hovolo un serpent en Sicile^)

En France tous les témoignages de bœuf (roitelet) se trouvent dans le voisinage de œü de bœuf ou pet de bœuf, excepté en Lorraine où ce chaînon intermédiaire a peut-être existé autrefois. Il est donc probable qu’on a dit d’abord œil de bœuf pet de bœuf, simplifiés automatiquement en bœuf*“) Oeid de èœw/peut être une métaphore pour désigner la petitesse de l’oiseau; c’est du moins l’hypothèse la plus plausible.^) Ce nom pouvait aussi désigner à l’origine la bergeronnette, parce que celle-ci accompagne souvent les troupeaux, habitude qui lui a valu son nom littéraire.^)

d) Rek^iitcet et autres désignations se rapportant aux mœurs de l’oiseau, spécialement son adresse à se faufiler dans les buissons.

§ 61. Dans le coin sud-ouest de la France, dans les départements de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de Tarnet-Garonne, du Gers et des Landes, c’est l’impression de l’agilité du troglodyte, de la rapidité de ses mouvements qui a prédominé. Elle y a causé la formation du

En Roumanie c’est au limaçon qu’on donne le nom de bœuf à cause de ses cornes (voir Schuchardt, Zeitschrift, XXVI, p. 332).

En Italie aussi nous trouvons fréquemment la comparaison du petit oiseau avec un œil de bœuf: occhio lovino (Aldrovande), œucc-de-ho dans le Milanais (Banfi), simplement occhio dans le Trentin (Dalla Torre). Ochsenàugele (Gessner) désigne selon le „Verzeichnis der schweizerischen Vdgel“ le pouillot. Bovino (roitelet) dans le Tyrol, loin (lui grosso, espèce de pouiUot) venezz. (Piroiia) ne me sembleut être que (occhio) bovino raccourci. Boarina délia Stella, nom du roitelet huppé à Gênes (Aldrovande), doit être une confusion avec la vraie boarina (bergeronnette) de même qu’un Ochsenrogele dans le Tyrol (Dalla Torre).

2) Cfr. l’allemand Ràchholder pour Rackholderdrossel.

^) Kreiter (Die von Tiernamen ahgeleiteten Vfianzennamen im Franzosischen, Dissertation von Darmstadt, 1912) cite une quantité de plantes qui s’appellent œil de bœuf.

^) La confusion des deux oiseaux est très ancienne comme le montre la glose déjà mentionnée (§ 27: werna, birbicariolus).

type rehiUei. J’y vois un substantif verbal de la même formation que chourret (cfr. § 46). Le point de départ en serait le verbe coucha^ cucha (Languedoc), couita (Languedoc vivarais), coueta (Forez), cuta (Gascogne) signifiant „ chasser devant soi, presser, hâter, se hâter, aller vite, faire vite“ (Mistral). Ce mot dérive probablement du latin vulgaire *coctare (cuire, réchauffer, presser) que Meyer-Lübke (WôrterhucJi) donne comme base du vieuxfrançais coitier, provençal coitar (bedriingen, antreiben), espagnol cochar si (sich beeilen).^) De ce verbe on aurait formé un re(ij) huUet (<< ittus), reyknfeit ou avec substitution de suffixe rekutsot (<^ ottus), reknieik (<C. iccus).^)

Voici les formes que l’Atlas donne: réykvl^yet (point 648, 668), reykuUyet (p. 658), rahut^yet (p. 647), rakutset (p. 741), rékut^yet (p. 678), reyhW^et (p. 720), reykûtstt (p. 731); avec suffixe -ïtus: réyknfyit (p. 634, 665), réknt-eii (p. 653), réykiWyit (p. 645, 684), arékût^yit (p. 657, 667), rokütHjit (p. 680), rako-ei (p. 632) ; avec le suffixe -ottus: réyknso (p. 626), rékùtsot (p. 548); avec le suffixe -iccus et assimilation de la première syllabe: rükuf-eyik (p. 682), rùkfdyik (p. 683), avec suffixe -one: réykutsu (p. 637), réykiirsé (p. 636) renferme un r sporadique. Ènt^yit au p. 662 (Gard) montre que l’expression n’est plus comprise. C’est probablement la cause de sa déchéance. Les mêmes form.es sont attestées par les dic-

Cfr. kwaite — hâte dans la Suisse romande.

Malheureusement je n’ai trouvé que peu de formes de ce verbe en Gascogne, contrée qui nous intéresse spécialement. Peutêtre ricouca (sautiller en béarnais [Mistral, Lespy-Raymond]) estil un composé du même verbe.

-) Cfr. sur la confusion de ces différents suffixes diminutifs Adams, Word- formation in Provençal, 1913.

On pourrait penser aussi à cochet, diminutif de coq (cfr. § 79). Mais l’aire rehuteet se trouve tout entière dans la zone de gai ou de ses remplaçants, et sa limite nord, où il touche à l’ancien type BiTRisciJS, forme avec d’autres limites linguistiques un ensemble de lignes qui constitue à peu près la frontière nord de l’ancienne Aquitaine (cfr. M. Gilliéron, Le coq et le chat, Revue de phil., XXIV, p. 278 SS.), de sorte qu’il n’est pas probable que rekuteet ait autrefois existé plus au nord, là où l’on dit cochet pour le petit coq.

tionnaires: rey couchet à Auch (Abadie, Lou parterre gascoun^ 1850), recouchet (Landes; Métivier), arrecoucliet (Gascogne; Azaïs), ricouchet, rarouchet, reicouchit, reicouchic, recoutschic (Mistral), rey couchic ( Grammaire gasconne du XVIIP"^^ siècle, Revue des langues rom., XXXI, 42), reycrouchit à Bayonne (Lespy et Raymond) subit peut-être l’influence de crouchi (= ployer en faisant craquer; cfr. crac‘jan en Normandie, § 57).

Les points que nous venons d’énumérer constituent l’aire actuelle de rèkiiUet. Elle est cependant fortement entamée par les noms d’une couche secondaire, soit du type parisien, soit d’un diminutif autochtone de roi, soit de rey petit expansif, venu de l’est, soit enfin de désignations isolées et spontanées. Ce type est donc en train de disparaître.

§ 62. RékîiUet doit être assez ancien. De bonne heure il pénétra dans la langue littéraire comme beaucoup de mots dialectaux, surtout lorsqu’ils sont employés dans quelque ville importante. Or, réknteet a été en usage à Bordeaux, et la langue littéraire l’admit sous la forme de ricochet qui ne signifie plus roitelet, il est vrai, et ne s’emploie que dans une seule locution : „la chanson ou fable du ricochet^.

Voici les exemples que Godefroy (Compl.) en donne: Mainage(s) het celui qui chôme Et noient fait,

Maisnais donne tristesse et fet,

C’est la fable dou ricochet (bis cochet).

(Dits des outils de Vostel, 128, du siècle, publié

pir G. Raynaud, Rom., XXVIII, 55, avec une introduction sur le mot ricochet principalement).^)

Raynaud y dit que le mot ricochet n’apparaît d’abord que dans l’expression proverbiale; „c’est la chanson (ou fable) du ricochet“, employée pour désigner la fatigue et l’ennui produits par la répétition perpétuelle d’un acte ou d’une parole, il rejette ensuite l’étymologie de Littré qui fait dériver le mot de cochet et retrouve dans ce ricochet le nom gascon du roitelet. La chanson du ricochet est „le pépiement aigu, incessant, monotone, agaçant du roitelet^. Le sens actuel de ricochet = „bond fait sur un obstacle“ est secondaire. Il ne se rencontre pas avant le XVH*”® siècle.

Un autre exemple de Godefroy est tiré de P. Perrin (Poésie, p. 281, ap., Ste-Pal.): „Ce sont comme des pleins chants et des airs de cloistre que nous appelons des chansons de veilleur ou de ricochet.^''

Dans une note en marge de la publication du Dit des outils de Raynaud, Gaston Paris cite un passage d’Adam de la Halle (éd. Coussemaker, p. 175): „Sire, le favle oir voles, je crois, don rouge kokelet.'^

Le même sens de chanson ou fable où l’on répète toujours la même chose se retrouve dans Rabelais (lU, 10): „Votre conseil (mariez-vous . . ., ne vous mariez pas), dist Panurge, semble à la chanson de Bicocliet. Ce ne sont que sarcasmes, macqueries et redictes contradictoires. Les unes détruisent les autres. “ Un dernier exemple dans lequel Godefroy veut traduire fable du ricochet par: „facétie qui consiste à promettre un conte et à se dérober toujours aux questions de celui qu’on mystifie^, se trouve dans les mémoires de Boucicaut, IH, 19 (Orléanais, siècle) : „Cette malicieuse voye ont

faict à savoir entre eux pour se excuser chascun sur son compaigQon, disant: mais que il cede, je céderai; et semblablement respond l’autre; et ainsi est la fable du ncocheV^

Il me semble que le sens de „ fable du ricochet^ dans ce passage, autant qu’on peut en parler sans connaître le contexte, ne diffère guère de celui que Rabelais donne à „chaDSon de ricocheP. Il est intéressant de constater que dans presque tous ces exemples l’auteur éprouve le besoin d’accompagner cette expression d’une tournure équivalente ; il a peur qu’elle ne reste incomprise. La difficulté que l’on éprouve à définir exactement cette expression est une preuve de plus pour l’incertitude dans son emploi.

Je ne crois pas qu’il faille supposer à l’origine de la locution une fable, une chanson ou une facétie, comme c’est l’opinion de G. Paris (note à l’exposé de Raynaud, Rom., XXVni).

Varchi (cité dans Luri di Vassano, Modi di dire proverhiali italiani, p. 417) définit l’expression italienne „la

canzone o la favola deU’wcceZ/mo"; correspondant au français de la manière suivante: „Quando alcuno in alcuna quistione dubita sempre, e sempre o da beffe, o da vero ripiglia le medesime cose, o délia medesima cosa demanda, tanto che mai non se ne puo venire, nè a capo, nè a conchiusione, questo si dimanda in Firenze : la canzone 0, volete, la favola die\Vuccellino.‘^

Cotgrave définit cette chanson du ricochet par: T’is an idle or endlesse taie or song; a s abject vrhereof one part contradicts, marres, or overthrowes another.

„Chanson du ricochet^ a donc signifié d’abord un chant où l’on répète toujours la même chose, chant ennuyeux par conséquent et où plusieurs voix discordantes se mêlent. Et il me semble que Raynaud a raison : ce chant est celui du roitelet, non pas son véritable chant, très mélodieux, mais le cri discordant qu’il fait entencLre beaucoup plus fréquemment, quand il se trouve avec ses congénères, et qui consiste en un zerrrr, zerrrr répété pendant un espace de temps assez long.

Mais en langue d’oïl on ne savait plus que la locution faisait allusion au chant du roitelet. On substitua à la chanson la fable comme équivalent approximatif, lorsque cela s’accordait mieux avec le contexte (cfr. la locution: raconter des chansons ou raconter des fables). Le sens de l’expression dont on ne connaissait plus l’origine devenait toujours plus vague.

En même temps l’étymologie populaire s’en mêla. On crut reconnaître dans ricochet le mot cochet (petit coq) ; Adam de la Halle écrit kokelet. En Franche-Comté, où l’on appelle le coq poulo, on transforma la locution en: Ç’à la tschenson di roudje poulo (Sancy, Revue de phil. franç., XIV, 47), ou di riche poulo (Rolland, VI, p. 111). On s’efforça aussi de donner un sens à la première syllabe ri-. On en fit un bis cochet (variante dans le Dit des outils) J un rouge kokelet (Adam de la Halle), un roudje ou riche poulo en Franche-Comté. ï)

Aujourd’hui on ne parle plus de la chanson (fable) du ricochet. Ricochet tout seul est défini dans le dictionnaire général par „bond que fait une pierre plate sur la surface de l’eau, et,

Réyhiteet est le seul nom ancien qui se rapporte à l’adresse du roitelet à se fauüler dans les buissonsd) 11 y a beaucoup d’autres types inspirés par la même conception ; mais ils appartiennent tous à des couches secondaires restreintes ou à des points isolés ; ils sont donc relativement récents.

§ 63. Pour exprimer la rapidité des mouvements du roitelet, on emploie la métaphore de l’éclair. C’est aussi une métaphore traditionnelle (cp. l’allemand hlitzschnell). On compare le roitelet à l’éclair dans le département du Jura. On l’y appelle chaléron (Ogérien), tsalérion (Beauquier).^)

J’ai déjà parlé de bertô (étincelle, roitelet) dans la Maine-et-Loire (cfr. § 40). Plus au sud, dans les Landes, on appelle le roitelet rugle, m. (Rolland, compl.). Or rugle est le nom de la foudre en béarnais (Lespy -Raymond). 3)

§ 64. Plus fréquents encore sont les noms du roitelet qui indiquent l’endroit où l’oiseau aime à se tenir.**) On emploie plusieurs de ces noms en Lorraine. Dans cette contrée on a dû dire autrefois roberwé (roi bitriscus),

par allusion à la répétition du bond, au figuré : résultat qui se produit indirectement^. Ce sens se trouve déjà dans Cotgrave qui donne comme seconde signification de ricochet: ,,The sport of a skimming a thinne stone on the water, called a Duke and a Drake.“ On emploie aussi un verbe ricocher qui a le même sens. Raynaud dit que le sens s’est généralisé et que ricochet s’est dégagé de la locution. G. Paris écrit: „I1 serait possible que ricocher remontât directement au provençal ricouca (sautiller) et qu’il eût amené le changement de sens du mot ricochet, pris dans la locution antérieure.“ Cette hypothèse me semble plus vraisemblable, parce qu’il est difficile d’expliquer le passage sémasiologique de ricochet (répétition ennuyeuse d’un son, d’un discours) par l’étape intermédiaire de „répétion en général^ au sens restreint qu’il a aujourd’hui de „sautillement de la pierre sur reau‘‘.

*) Rolland, compl., donne encore comme nom du roitelet un sepivaga (celui qui flâne dans la haie) isolé en latin du moyen âge.

^) M. Gohri, Blitz und Donner im Gallo-roman., p. 30, fait dériver ce mot de caliginem.

3) Cfr. M. Gohri, § 39, 6.

*) Je ne reviens pas sur le mot sepivaga que j’ai déjà cité.

encore attesté de nos jours. Maintenant on y appelle le roitelet mess-en hay dans le pays messin (Rolland), mœz’ à hay à Gourcelles-Chaussy près de Metz (Horning, Franz. Studien, V, 115), c’est-à-dire „cache-toi dans la haie“ (cfr. la carte „ cacher “). Selon Oberlin, moussi signifie aussi „ entrer, se fourrer, percer La forme moushaye, moussehaye apparaît déjà au XVP"™® siècle dans Comenius, Janua linguarum, 1569.1)

On appelle le roitelet mussot en Lorraine (Toussenel, Le monde des oiseaux., 1872 — 74), musri dans la Meuse (Cordier, Vocabulaire des mots patois en usage dans la Meuse, 1833) et à Courtisols (Marne; Guenard). Cordier le traduit par souris (sri) qui se fourre partout. 11 s’agit plutôt de musser, cfr. mucier -|- le double suffixe -eret (cfr. grimperet).

Mussot se rencontre isolément aussi à l’ouest, à Ercé (Ille-et-Vilaine; Sébillot). Le mot n’est pas propre au troglodyte. J’ai déjà cité la fauvette. Moussyô est aussi le nom de l’écureuil en Mayenne.

Dans la même contrée, un peu plus au sud, un autre type, de même inspiration et de formation analogue, fit son apparition : reseto, reseta, raseto (Bloch, Vosges méridionales). Cette expression est resaut -j- ittüs, ottüs (Roussey mentionne un verbe resata = sauter brusquement sous l’influence de la surprise ou de la peur) ou roi saut -f- ittus, ottus. Besseuta est attesté encore pour St-Amé (Thiriat, La vallée de Cleurie, 1869), pour les Vosges (Haillant), rè-seu-td (Lunéville), rasota (La Roche; Oberlin), ressèta (f.) pour la Savoie (Rolland, compl.).

§ 65. Il y a des noms du type „ Zaunschlüpfer“ , des désignations spontanées et isolées un peu partout aussi en France, bien qu’ils y existent en moins grand nombre qu’en Allemagne ou en Italie, pays où les tra-

9 Oberlin qui connaissait encore le nom de reguia pour le roitelet, dit que la fauvette s’appelle mousse-en-haye. La carte „fauvette“ de l’Atlas donne mas à hé pour le p. 69 (Vosges). Le nom s’applique aussi bien à l’un qu’à l’autre de ces oiseaux.

ditions anciennes jouent un rôle beaucoup moins important qu’en France^)

àoursilloa dans la Haute-Vienne (Bassetière) est un dérivé de gourso (haie, p. 707, 603 de l’Atlas) qui entre aussi dans la composition gardo-gorso (fauvette ; Rolland, compL). Le suffixe -illon doit indiquer ici l’appartenance.

Plusieurs de ces noms sont formés d’un impératif suivi de son complément. Ainsi : fourré-buisson en français (Rolland). A cette expression correspond exactement le provençal Irauca-hartas (Mistral, Azaïs). Cfr. traiicar (trouer, percer, traverser) et hartas (haie aux p. 722, 724, 727 [Aveyron], fourré de buissons). 2)

Du même mot bartas dérive bartassié que Mistral traduit par „qui se cache dans les haies, buissonnier^.

Ces deux noms ne sont pas propres au troglodyte. Trâouquo-buisson est le nom du pouillot dans le Gard, de la petite fauvette rousse en Provence (Mistral), ti'ao- Jcosego {sego^ = haie, voir carte „haie“ ALF) est la fauvette aux p. 780, 689 (Hautes-Pyrénées), le chic bartassié est à Toulouse le nom du bruant de roseaux. Le nom convient également à tous ces oiseaux. C’est un de ces noms banals que peut-être les habitants d’un même village ou de deux villages voisins ont appliqué à différents oiseaux suivant le besoin. 3)

9 En Allemagne l’ancien mot germanique wrendo (ancienhaut-allemand, Suolahti) correspondant à l’anglais wren a entièrement disparu.

2) Cfr. pour l’étymologie de ce mot le travail d’Elise Richter, Bedeutungsgeschichte der Wortsippe hur(d), Wiener Sitzungsherichtey 156, p. 21.

Voici de nombreux noms analogues en Italie: forasiepe (Tyrol; Torre) ou sp^rciasepe (Nap. ; Bonelli [sperciare = passare con isforzo attraverso la calcaj) ou re di siepe (Meyer-Lübke, Worterhuch) correspondant exactement à l’allemand Zaïmkônig, fora sîess (caesa) (com.; Bonelli), /omsces (Suisse ; Studer), (s)huzosess (berg., mant., viz., veron. ; Bonelli) qui renferme le verbe BucARE < Buco, TB de sess (berg., lomb. ; Bonelli).

Fora hdéc (buchi) (valtell. ; Bonelli), sautohocc (novar. ; Bonelli), re di hocc (novar. ; Bonelli), re dij büsson (piem. ;Flechia, Arch.

XVHI), sbucafratte (rom.; Bonelli), forafratte (fratta < fracta — haie) (umbr., metaur. ; Merlo), foramakkie (macchia < macula = buisson) (Siena, Fiesole; Bonelli), re di macchia (fior., chian.,

Dans le Languedoc on dit aussi rodo~hartassou (tournebuisson; Mistral) et à Espalion (Aveyron) rbndo-sièyWo (féminin ; Rolland, compL).

En Suisse romande, surtout dans le Jorat, le roitelet s’appelle roze-boss (Razoumowski, Histoire nat. du Jorat, 1789), rouze-huisson (Schinz, Fauna helveüca, 1837), raudje bosse (Bridel) c’est-à-dire ronge-buisson. Bridel donne ce même nom à trois oiseaux différents, soit au roitelet, au traquet (pratincola rubetra) et au rouge-gorge. Ronge-buisson est un nom banal qui peut s’appliquer comme trauca-bartas à plusieurs oiseaux. Il ne faut pas prendre cette expression à la lettre. Aucun de ces trois oiseaux ne ronge le bois ni ne passe pour le faire ; mais ils habitent dans les buissons.

Plusieurs de ces noms spontanés se trouvent dans la région de la Savoie où jyétaret avait disparu à cause de sa confusion avec rapatet et avait laissé la place vacante.

Migeome à Grenoble (Ravanat) «< mijd (mange) -f' homme peut-être correspond à ronge-buisson.

Krivaeiza au p. 933, criva-siza à Rumilly (Constantin) signifie crève-(perce-)haie.

Raddrnü (roi ou rat de mur) à Troistorrents (communication de M. Schmidt) appartient à la meme catégorie. Mais ce nom est peut-être emprunté à quelque autre oiseau bon grimpeur, car le roitelet n’aime que les haies vertes.^)

§ 66. Avec ujywé de stala (p. 955, Haute-Savoie) on fait allusion à la préférence du troglodyte pour les tas de bûches. Il entre par un trou, ressort par un autre pour y rentrer tout de suite et se moquer de celui qui veut l’observer. Par stâla (féminin scala) on désigne à Leschaux un tas de bois scié et empilé (Constantin).

Conta fascinas aux environs de Genève (Rolland, compl.) tîtle français com/>^e-/ascme5(Roll.) expriment la même idée. 2)

sea., umbr. ; Merlo), topi di matta ou di macchia (camp.; Merlo), percia ruvettu (diminutif de rovo = ronce) (messin. ; Bonelli).

^) Cfr. l’italien percia mura (catan. ; Merlo).

2) Cfr. l’allemand ReiserJcdmg (Tyrol) et le suisse-allemand Schyterchingli (Idiotikon).

§ 67. D’après Buffon et Aldrovande le roitelet huppé se plaît sur les genévriers. Cette préférence lui a valu le nom de cinse-cadé à Toulon (Péllicot, Remarques concernant les migrations des oiseaux sur les Côtes de la Provence, Bulletin de la Soc. des sciences du Var, 1838). On dit kadé pour le genévrier dans le sud-est de la France (cfr. l’ Atlas). i) Mistral traduit cinsa par „ flairer, fureter, sonder le terrain“.

Pour la même raison, le roitelet s’appelle répéquet en Normandie (Seine-Inférieure; Rolland). Seul l’Atlas indique péké (genévrier) en Belgique et piPyé à Guernesey. Ces formes isolées permettent-elles de conclure qu’on a dit une fois péké aussi dans la Seine-Inférieure?

Comme le chardonneret, Chardonnet en vieux-français (Cotgrave), le troglodyte a été nommé d’après une plante censée constituer son aliment favori. On l’appelle fenouiet dans le Hérault (Marcel de Serres, 1822), fenougé dans le Gard (Rolland, compl.). Buffon raconte que le roitelet mange les grains du fenouil.

Mentionnons aussi le nom de ravisset en Forez (Gras) qui s’explique lorsqu’on le compare à d’autres noms d’oiseaux. Rolland, compl., donne : pique-rave (plusieurs oiseaux traîne-buissons d’hiver en Savoie, traquet à Genève), jnca-rava (sylvia hortensis en Savoie et Isère, gobe-mouche à Genève). Je ne pense pas que tous ces oiseaux mangent des raves. Le nom a passé de l’un à l’autre. C’est ainsi qu’il a servi à désigner le troglodyte quoiqu’il ne fût pas mangeur de raves, que je sache.

§ 68. Comme beaucoup d’animaux, le troglodyte a l’habitude d’avertir ses congénères de l’approche d’un danger par des cris perçants. Bientôt d’autres troglodytes répondent au premier et la forêt entière retentit de leurs cris. Cette solidarité dans le danger lui a valu le nom de rappelât à Plancher-les-Mines (Beauquier). (Rappeler se dit des oiseleurs qui appellent les oiseaux en imitant leur cri; vieux-français rappeau = appeau, oiseau d’appât). 2)

^) Cfr. Ant. Thomas, Nouv. Essais, 188.

^) Ce nom est probablement un retlo, ratelo du voisinage, transformé par l’étymologie populaire.

Raffelofy qu’on trouve dans la région voisine (Plancherles-Mines; Poulet, Essai d’un vocabulaire du patois de Plancher 4es-Mines y 1878), reflo dans les Vosges (Bloch) ne sera qu’un rappelot déformé par quelque association.

De là peut être aussi le nom de écouteux dans l’Yonne (Rolland, compl.) = l’écouteur, c’est-à-dire celui qui écoute pour les autres. L’Yonne est aussi un des centres de créations récentes, une de ces zones de crise.

§ 69. Le troglodyte est presque le seul oiseau qui chante en hiver quand il fait froid, pourvu qu’il y ait un peu de soleil. Un proverbe de la Franche-Comté dit: Quand le roi de guille chante, c’est signe de grand froid (Perron, Proverbes de la Franche-Comté, 1876). Buffon raconte qu’il se fait surtout entendre quand il est tombé de la neige ou sur le soir, lorsque le froid doit redoubler pendant la nuit. C’est pourquoi on l’appelle roi de froidure en Bourgogne (Salerne), dans la Côte-d’Or (Gérardin. Traité élémentaire d’ ornithologie, 1806), roi de ferdure, roi de ferdie, ferduziô dans l’Yonne, petit janvier dans le Nièvre (Rolland, compl. ).i)

Le roitelet porte un seul nom inspiré par la couleur du plumage: putik rochet (petit roux, rouge-brun) à Lens (Valais) (Gloss, de la Suisse rom.). En général, nous l’avons vu l’imagination populaire n’a pas été en peine pour trouver des noms pour le roitelet; elle n’a pas eu besoin de recourir à la description.

e) Noms onomatopéiques.

§ 70. Il arrive fréquemment dans toutes les langues qu’on désigne les animaux par une onomatopée imitant lem’ cri. Dans les langues romanes c’est surtout le cas pour les oiseaux, parce que beaucoup d’entre eux n’avaient

0 Janvier (Saône-et-Loire) sert aussi à désigner un autre oiseau d’hiver, le rouge-gorge (Rolland, compl.).

Il s’appelle ozeli del frecc à Bergaine (Bonelli, p. 433) oslen del fredd à Parme (Flechia, Arch. Glott., XVIII), Winterhonigy Schnykünig en Suisse (Gessner).

Ailleurs on l’appelle au contraire pilloni de ber (petit oiseau du printemps, cagl. ; Merlo), puzone de ranu < veranü (sard. log., Merlo).

pas eu de nom en latin, ou que, s’ils en avaient eu, ils étaient tombés en désuétude. Les peuples romans se trouvaient donc dans la nécessité de créer des noms nouveaux, ce qu’ils firent soit consciemment, soit inconsciemment. Or le procédé le plus simple pour baptiser un être vivant, c’est de lui donner le nom qu’il se donne lui-même, c’est-à-dire de l’appeler par le cri qu’il répète toujours. Lorsque l’enfant apprend à parler, la mère use d’un moyen analogue pour simplifier son langage. (L’animal qui fait ou, ou — wau, wau s’appellera toutou, wau-wau, etc.).

On essaya donc d’imiter le cri des oiseaux, plus rarement leur chant, parce que celui-ci est trop long, trop difficile à transposer en phonèmes humains.

Cette difficulté se fait même sentir dans l’imitation du cri. Elle provient de ce que les oiseaux articulent très indistinctement, de ce que les organes de la parole de l’homme sont différents de ceux des oiseaux, de ce que l’imagination auditive de l’homme est toujours tentée d’entendre des sons inexistants.

Les savants eux-mêmes, qui s’efforcent pourtant d’entendre aussi exactement que possible, sont incapables de transcrire intégralement les cris des oiseaux ; leurs notations diffèrent sensiblement les unes des autres. Combien plus sera-ce le cas lorsque le peuple qui n’a pas l’oreille exercée et qui ne craint guère d’ajouter ses inventions à ce qu’il entend, imite ce cri? Hauschild et Fr. Kocher (cfr. la bibliographie) disent que surtout les consonnes sont presque toujours subjectives.

Voici par exemple les noms qu’on donne au traquet d’après Meyer-Lübke (Einführimg, § 75): trak-trah, traktrek, tak-tak, tok-tok, sik-sak, vikre, visar-sa, vistrata. Bien que ces mots présentent une certaine ressemblance, il n’y a cependant pas un seul son qui se retrouve dans tous les noms ; et encore sont-ce des noms employés en France, dans une région relativement restreinte. Les différences augmenteraient encore si l’on tenait compte des noms onomatopéiques d’autres pays.

On voit dans ces exemples un certain schématisme conventionnel, caractéristique pour toutes les onomatopées. Le cri que l’oiseau répète en réalité une quantité indéterminée de fois, est généralement rendu par une réduplication, souvent avec des variantes de voyelles ou de consonnes provenant d’une erreur d’audition.

Bien souvent l’homme ne se contente pas d’un nom formé d’une interjection qui ne lui dit rien, à moins que cette interjection ne soit très caractéristique et suggestive comme le nom du coucou, dont le cri ne ressemble à celui d’aucun autre oiseau. En général l’homme rattache aux noms existants un sens quelconque; les sons entendus évoquent en lui un assemblage de sons semblables auquel coiTespond une idée. Il fait de l’étymologie et il modifie quelquefois les sons à tel point qu’on n’en reconnaît plus guère l’origine. C’est le mérite de Winteler d’avoir insisté sur ce fait et d’avoir expliqué de la sorte — non sans quelques erreurs de détail, il est vrai — une quantité de noms d’oiseaux allemands jusqu’alors incompréhensibles.

Dans le domaine de la fable et du conte on interprète encore beaucoup plus arbitrairement. On suppose aux animaux un langage humain et, de propos délibéré, on leur fait dire des phrases entières qui n’ont le plus souvent qu’une ressemblance éloignée avec leur cri. Wackernagel cite beaucoup d’exemples de cette espèce d’interprétation. Je renvoie à ce que j’ai dit sous ce rapport dans mon introduction (§ 6), car ces interprétations sont inspirées plutôt par le désir de raconter des fables. Elles sont inventées, elles ne se sont pas imposées comme les étymologies populaires qui ont transformé les interjections en véritables noms.

Pour le roitelet, j’ai trouvé peu de traces de ces noms onomatopéiques qu’ils soient transformés ou non par l’étymologie populaire. Pas un seul de ces noms n’est antérieur au siècle. Ce sont tous des types

isolés de formation récente, apparaissant à des endroits où l’ancien nom est en voie de disparition et où il faut combler une lacune.

Si nous nous demandons pourquoi l’onomatopée ne joue pas dans la dénomination du roitelet le rôle prépondérant qu’elle joue dans celle du pinson ou du traquet par exemple, les deux faits suivants déjà mentionnés nous l’expliqueront peut-être:

1 . Le roitelet est un oiseau très caractéristique ; il se distingue nettement des autres oiseaux par sa petite taille et par ses allures étranges; la légende lui a suscité des noms, des comparaisons en grand nombre, de sorte qu’on n’a pas besoin de recourir à l’imitation du cri.

2. L’onomatopée est très peu expressive ; elle passe d’un oiseau à l’autre encore plus facilement qu’un autre nom ; il y a beaucoup d’oiseaux dont on peut rendre le cri par crecre, tritri, fifi, etc. Or on cherche pour le roitelet non pas des noms banals, mais des noms affectifs.

§ 71. Voici comment les différents naturalistes rendent le cri du troglodyte. On constate un rapport assez étroit avec les noms vulgaires des différents peuples qui ont influencé les savants : Bechstein : tzrr, tzetzererr, tzertz ; Brehm : zirrr, zerrr, zeckzeck ; Buffon : tirit tirit ; Bassetière : crreûi.

Pour le roitelet huppé il y a plus d’unité : si si ; zit.

En France les noms suivants ont été inspirés par le cri du troglodyte : Cricri (franc, dial. ; la Blanchère), crecre (Thônes ; Constantin, Bailly), tritri (Lorraine ; Toussennel), tsik (Mase dans le Valais; Glossaire), probablement aussi rëche (féminin), rëtschi, rëcha, rëchom (masc.) dans l’Yonne (Rolland, compl.).^) Peut-être faut-il mentionner ici kiki (p. 779, Hérault), rikiki au p. 368 (Manche) à côté de rwatU parisien. Cependant kiki peut désigner tout simplement un petit être frêle qu’on méprise.^).

Voilà tout pour le troglodyte. Encore n’est-il pas le seul à porter ces noms : Criquet, crechet sert aussi à nommer le traquet dont le cri ressemble un peu à celui du

Besse, reche j désignent le rouge-gorge et la mésange.

Cfr. riqui, riquiqui = petit, chétif, souvent avec l’idée de vivacité, bizarrerie, vanité plaisante (Baudouin, Forêt de Clairvaux). Cfr. aussi M"® Kocher, op. cit.

roitelet, tritri désigne le projer en Saintonge et l’effarvate dans les Pjrénéesd)

J’ai trouvé un seul nom onomatopéique français renfermant un verbe à l’impératif ou un nomen agentis comme les noms allemands ; frela-huisson en Bresse (Guillemant). Frela appartient probablement à la même famille que frelasser (faire entendre un bruit semblable à celui des feuilles sèches) et frelas (rhinante glabre ou crête de coq), ainsi nommée par une espèce d’onomatopée indiquant le bruit que font ses tiges quand elles sont sèches (Jaubert).

A côté de ces noms du troglodyte il y a des noms imitant le cri du roitelet huppé, qui peuvent aussi en venir à désigner le troglodyte: fifi aux p. 886, 896 (Var). Le même mot sert à nommer beaucoup d’autres oiseaux encore avec autant de raison: le pipi des arbres dans le Jura, le pouillot (Bouches-du-Rhône), le grimpereau (Provence). On peut imiter tant d’oiseaux par l’onomatopée que ce mot a fini par désigner l’oiseau ou l’oiselet en général (Mistral, M. Edmont). Il en est de même pour zizi^ chichi désignant le roitelet huppé en Savoie (Bailly) (cfr. le nom français du zizi bruant), nmi (p. 893, V^ar; Pellicot), psipsi (Aveyron; Vayssier), Awi (Grenoble, Ravanat). On donne ce nom avec plus de raison au pinson dans l’Orléanais. On appelle maintenant le roitelet huppé petit louis couronné en Franche-Comté (Rolland, compL), pitiliu à Clermont (Hérault; L. Pastre, p. 80) mais louis a probablement été employé d’abord pour le chant du pouillot appelé aussi petit-louis (Franche-Comté), tu-i, touvi (Ain, Isère), missi loui (Vaucluse), lui et tui en Italie. L’orthographe du mot louis montre que celui qui

9 En allemand on dit Schnurz, Schnàrzer, Scherzer, noms formés un peu différemment avec le suffixe du nomen agentis -er. Les noms onomatopéiques, comme tous les noms spontanés, sont plus fréquents en Italie. Il y a des tre-ire (bell. ; Bonelli), reéece (gen. ; Bonelli), cece (Ancona, Crocioni, Il dîaletto âi Arcevia, 75), ciccer (metanr. ; Merlo), cercer (veron. ; Merlo), c’err (berg. ; Bonelli), cicirilu (Toppino, Il dialetto di Castellinaldo, p. 58), kra-kra (Spezzia; Bonelli), zeriàt (Como, Monti 367).

le nota, pensait au nom de personne, ou peut-être même au „louis d’or“ auquel il comparait la crête du roitelet.

Fiji évoqua le nom de personne Philippe à deux endroits très éloignés l’im de l’autre. On trouve Jlip au Cerneux Péquignot dans le canton de Neuchâtel (Gloss.) et reyfelip au p. 798 de l’Atlas (Pyrénées-Orientales) non loin de l’Espagne, dont plusieurs rois ont porté le nom de Philippe.

Betyétyé à Salvan (Glossaire) me semble désigner d’abord la mésange, et par extension le roitelet. Cette onomatopée rend plutôt le chant de la mésange^). Or les petites mésanges et les roitelets huppés se ressemblent par le plumage, les allures et la voix et se trouvent souvent en compagnie les uns des autres. Une confusion est donc bien possible. 2) Avec hetyéiyé je passe au chapitre

f) Des confusions fréquentes avec d’autres oiseaux.

§ 72. On a parfois donné au roitelet des noms d’autres oiseaux qui lui ressemblent par un ti’ait quelconque, souvent peu frappant. 11 est impossible de savoir dans chaque cas si cette confusion est propre au sujet qui a fourni le nom ou à tous les habitants d’un village. Quand la situation géographique de l’endroit montre que le mot qui désigne accidentellement le troglodyte comble une lacune, il est probable que l’emprunt n’est pas une erreur individuelle.

J’ai déjà mentionné quelques cas où l’on a donné au rouge-gorge des noms du troglodyte (cfr. § 39). Le passage inverse se rencontre aussi au p. 826 (Ardèche). M. Edmont a reçu pour roitelet la réponse pitrn (pet rouge). Ce point se trouve dans une région où des noms récents ont remplacé des types anciens disparus : „roitelet“, „roi des oiseaux“, „petite noix“ et plusieurs autres noms d’emprunts : tels que rigahl (p. 822), rigal

On appelle en effet la mésange bustjetje à Liddes (Val d’Entremont), hostekéké, motskyékyé à Nendaz, dzetiétiê à Vollèges.

2) Voici les noms onomatopéiques italiens qui imitent le cri du regulus cristatus: (Spezia ; Bonelli), pipi (piac. ; Merlo),

ziddi (s. log. ; Merlo), sizin (Valteline, Studer).

(p. 852, Gard), rïgaùt (p. 866, Hautes-Alpes) qui étaient propres au rouge-gorge, appelé nigau dans les Bouchesdu-Rhône, à Nice, Toulon et dans le Gard (Rolland) ; martelé (p. 844, Drôme) qui est le nom de l’hirondelle de rivage beaucoup plus au sud, à Nice. Il serait difficile de trouver un point de ressemblance entre ces deux oiseaux. Dans les Cévennes on dit heneri(t) pour le roitelet (Azaïs, Crespon). Ce nom attesté déjà en 1609 est à l’origine celui de différents espèces de bruants, surtout de l’ortolan. Rolland y voit une onomatopée. On peut à la rigeur confondre le cri du bruant et du roitelet. Enfin il y a encore dans la même région, fortement travaillée par les innovations, paserô (?) au p. 861 (Gard). Paserô est peut-être devenu dans celte contrée un nom générique désignant tous les petits oiseaux, car tout près, au p. 779 et dans le Gard, on appelle ainsi la fauvette et le mouchet (accentor modularis).

§ 73. Dans l’Yonne, autre région de crise, le roitelet porte aussi un nom emprunté au rouge-gorge : roi de bourse, houssîo, masc. (Rolland, compL). Bouge-bourse, féminin, est le rouge-gorge dans l’Aube (Salerne). Bourse est une petite tumeur, ici peut-être l’estomac des oiseaux, équivalent de gorge ou pet, comme dit Rolland. Sur la carte bourse M. Edmont note dans cette contrée des formes sans r: bm ; de là bousslo.

A la même région appartient l’emprunt fait aux noms du grimpereau. C’est ëcalon (Rolland, compl.). Le grimpereau s’appelle échelette (vieux-français), escaletie dans l’Aisne, escalo-bernaU, escolèto, ehcalèto dans l’Aveyron, tsaleto dans le Puy-de-Dôme. Je vois dans ces mots des dérivés de scala, *scalare (grimper).

Un nom curieux, commun au roitelet, au rougegorge et au pouillot four oui, masc. (roitelet, Pasde-Calais; Rolland, compl.), fouroule, féminin, magnonfouroule (rouge-gorge, Picardie), chau-four, bouche-four (Sologne), fournalot (pouillot, Jura).^) Suolahti explique

L Cfr. Talleraand Bachofchen, Backofenkroffer (Hesse), Backofenschlüpfer (Palatinat), Backowelken (Gottingen), Bnckôwenkrûperken (Grubenhagen), tous des noms du troglodyte (Suolahti).

ces noms en disant que le nid du troglodyte a la forme d’un four. Mais je doute de la justesse de cette explication, car les trois oiseaux qui portent ce nom n’ont rien à faire avec le four.

On ne peut pas séparer ces mots, je crois, des noms du pouillot et du roitelet dans le Doubs : foiwn’lo, foun’lo (Meuse ; Rolland, compl.), fouanasse, fouhso (dans la Nièvre et l’Yonne) ; ces deux derniers désignent la fauvette des foins (sylvia orphea). Tous ces mots appartiennent à la même région, et je crois qu’il faut plutôt penser à l’oiseau des foins qu’à l’oiseau du four.i)

Un autre nom du roitelet emprunté au pouillot est chantre (Littré, Larousse).

§ 74. C’est à la fauvette que sont empruntés les noms de ô/ssoi/rcfe^ (Orléans; Salerne), mousquet (Hérault; Marcel de Serre) et oiseau-mouche (Jura; Beauquier). Voici les noms actuels de la fauvette qui nous concernent : A l’est, en Bourgogne et dans le Dauphinet bnskarido (p. 822), bueardj botsorda, bneardè, busardé (p. 910, 913, 921, 931, 911, 914), boearlô, pu^arla (p. 819, 818, 829), mntserîo (p. 827, 837, 838). A l’ouest il y a la même hésitation entre b et m à, l’initiale : busket (p. 735), buhketo (p. 717), mmket (p. 766, 777, 778). Quelle est la forme première, celle avec m ou celle avec 6? Voici les formes des dictionnaires ; Godefroy donne mouclierolle, „un petit oysillon de la grandeur d’une fauvette hantant les buissons, qui mange les mouches et de là est aussi nommé moucheroUe^ (Belon, 1555).

Moucheton: L’on prend à la glu mouchetons (XV^*"*^ et XVF°^® siècle, Testament de monseigneur Desbarres),

Je n’ai pas trouvé bosquillon que Rolland, compl., dit y avoir trouvé. Rolland donne encore moucheri, masc. (franç. dial., 1688), moucherla (Isère, 1809), mousquet (Hérault, 1822, Gard, 1844), mouscayrolo (Tarn, 1845).

Voici les formes avec b: bocharde (Savoie, 1853), boucharde (Isère, 1846), bouscarido (Gard, 1820 — 44),

Cfr. la carte „foin“ de ALF et le nom irlandais du pouillot hay-hird.

hisquerlo (ibidem), houscarla (Hérault, 1820, Nice 1821, 1826), busqueta (Pyrénées-Orientales, 1861).

Est-ce par hasard qu’en vieux-français les formes avec m sont seules conservées, ou étaient-elles les seules existantes? Il faudrait alors voir dans toutes ces expressions des dérivés de mouche; mouchet, moucheton, moucherolle, moucheri, moucharde, mouchière (mouscairolo = celui qui prend des mouches). Le dernier de ces noms n’a pas besoin d’explication. Pour ^nouchet, etc., confrontez ritalien mouscone (Tessin; Schinz), mmchitta (log. camp.; Merlo), roitelet, oslen moska (parm. ; Flechia), moskin (mess.), pouillot. Même si l’allemand Grasmücke est dû à l’étymologie populaire (selon Winteler), il faut pourtant qu’à un moment donné la comparaison de l’oiseau à un moucheron se soit présentée à l’esprit.

Le développement de u et de sc est partout le même que dans mouche. La seule difficulté phonétique est le changement de 7n initial en h, dont je ne connais pas d’autres exemples. L’étymologie populaire doit avoir eu sa part à cette transformation : bosquet (adjectif) signifiait selon Godefroy: „qui habite les bois“, ensuite aussi „écureuil“.

Mouscairolo > mntserlo >> bu-eai'la (fém.), bnearde, busorde avec un autre suffixe. Cette fois c’est buse, bure (de couleur sombre) qui est en jeu (cfr. busette = fauvette dans le Berry). i)

Bissourdei (roitelet) dans l’Orléanais est certainement en rapport avec ce busorde (fauvette), de même que mousquet dans le Hérault et oiseau-mouche dans le Jura qui doit être inspiré par mtieerlo voisin.

§ 75. Le nom de rédébékadê, roitelet au p. 650, Gironde, méro bécasso en prov. (Roll., compl.) qui signifie roi (mère) des bécasses, est très curieux. 11 s’explique cependant par une croyance populaire de la Gironde qui dit que le roitelet voyage sous l’aile de la bécasse (Sébillot). Le nom de roi a pénétré dans la Gironde par le nord. Le roi qui voyage sous l’aile de la bécasse de-

0 Cfr. l’expression hochârda = vache qui a des taches noires sur le museau, vache à robe brune, se dit aussi en parlant de bœufs et de moutons (Constantin-Desormaux).

vient ainsi le roi des bécassesd) Il se peut ([ue la ressemblance du plumage des deux oiseaux ait joué un rôle aussi. Précigou dit à ce sujet: „Le plumage du troglodyte a les mêmes nuances que celui de la bécasse et Buffon : ,.)Le troglodyte a en raccourci et, pour ainsi dire en miniature, le plumage de la bécasse; aussi ai-je vu des enfants à qui la bécasse était connue, du premier moment qu’on leur montrait le troglodyte, l’appeler petite bécasse“.2)

Je pense que l’expression horgnat (roitelet; Littré) a le même point de départ. Elle désignait à l’origine la bécasse. 3)

Pour des raisons déjà mentionnées plus haut le roitelet a été confondu avec la mésange (cfr. § 71). Il s’appelle 7nèiz, ynèizat aux Pommerais (M. Schmidt), cfr. meize, meizat Meise (Tappolet, AUeman. Lehnwôrter, IL, 107). Mistereta signifie en même temps roitelet (Verrens-Arvey, Constantin) et mésange (Brachet). Peut-être ce mot a-t-il quelque rapport avec miston (friandise).

Guerchette, fém. (Maine-et-Loire ; Verrier et Onillon), pouiTait aussi être un nom d’emprunt désignant peut-être à l’origine la bergeronnette. J’y vois un dérivé de guérécher labourer, mettre en guéreis (Jaubert). Je n’ai aucun témoignage pour guerchette signifiant bergeronnette,

0 Cfr. le bolonais papa dla inzzacra (pape des bécasses, Merlo).

2) La même comparaison a été faite en Italie où le troglodyte porte les noms de heccaccino (Ancona, Merlo), polina à Bergame à côté de re di pôle (pola = beccaccia), galinazen (Italie du nord, Bonelli). La gallinazza est la bécasse.

Je ne sais pas jusqu’à quel point roi des cailles, râle (crex crex) a iufluencé ces différents rois des bécasses ou en a été influencé. Il se rencontre en fr., prov., lang. (Eolland), aussi en Italie et en Allemagne. Grimm dit que le troglodyte s’appelle aussi „Wachtelkônig'‘, ce qui est probablement une erreur. Ce nom paraît venir de ce que le râle semble en tout temps suivre les cailles. Pour la même raison on appelle au point 650 (Gironde) le roitelet rédéhékade.

^) Cfr. l’explication qu’en donne Sainéan, Etymologies lyonnaises, Rev. de pliil., XXII, 60. Von Wartburg (Die Ausdrücke für die Fehler des Gesichtsorgans) n’en parle pas. Borgne est aussi un nom de la mésange charbonnière.

il est vrai, mais les noms parallèles en allem. fAckermànnchen), en picard (semeur [SalerneJJ, en prov. (houyeireto, petit laborenr) semblent confirmer notre supposition.^)

cikro dans les Vosges (Bloch) signifie proprement pinson. Peut-être le sujet interrogé ne connaissait-il pas le troglodyte.

g) Les noms appartenant spécialement au regulus

cristatus.

§ 76. Tous ces noms se rapportent au trait caractéristique du petit oiseau, au bandeau jaune ou orange qui orne sa tête.

Honisô (jaunisson) au p. 630 de l’Atlas (Gironde) ne peut désigner que le roitelet huppé.^)

Tout ce qui est jaune et qui plaît est comparé à l’or, substance jaune par excellence, celle qui plaît le plus à l’enfant et à l’homme, qui l’intéresse le plus vivement. Si l’on rassemblait tous les noms de plantes et d’animaux oïl l’or joue un rôle, le nombre en serait très grand, je crois. On compare à l’or toutes les nuances du jaune, le jaune foncé, presque brun, de la giroflée (Goldlack), le jaune très pâle des „boutons d’or“ („Butterbluine“), et même ce qui est seulement jaunâtre (Goldamsel).

On appelle le roitelet huppé petit doré en franç. dial. (Gérardin, Traité élémentaire T ornithologie y 1806).^)

Le peuple ne se contente pas d’un nom en quelque sorte scientifique, c’est-à-dire d’un nom purement descrip-

9 Je constate le fait curieux que pour ces mêmes endroits (Brissac, Luigné) Verrier et Onillon offrent guèrche dans le sens de crèche, sans que toutefois j’aie réussi à trouver un rapport qui relie ces deux mots.

2) Jaunisse désigne le bruant jaune dans le Luxembourg à cause de son plumage. En allemand cet oiseau s’appelle Goldammer.

Cfr. l’ital. capo Joro (Feltre; Bonelli), conca (tête) J ont (sarde; P. Bolla, Fauna pop. sarda), cô d'or (suisse; Studer) ou codorin, testin d'ôo (Spezia, Tortona, aless. ; Bonelli), uslin del testin giald (suisse; Studer) ou riottin de la corona (milan.; Banfi); Fallem. GoldhàlmcJien, Goldkdpfchen (Brehm), Goldschüpli (Studer), Guldstangerl (stangerl, kleines Stück; Heanzer Mda. ; Suolahti), Goldplüttchen, Goldele (Tyrol).

tif. En indiquant une couleur, une qualité quelconque, il fait une comparaison comme le poète. Ainsi le nom devient affectif; il exprime un jugement de valeur, car selon que l’objet lui plaira ou ne lui plaira pas, il choisira un symbole différent pour la même couleur. Le même roitelet peut être appelé pour la couleur de sa crête un 'petit doré ou un juif (voir plus loin). Il y a en Suisse allemande goldyelh à coté de „gâygeligcll^ (<^ cacare) péjoratif. La même couleur qui est agréable à nos yeux et que nous comparons à l’or lorsqu’elle appartient à une fleur ou à un oiseau, nous est desagréable sur une plus grande étendue, sur une robe par exemple qui ne sied pas bien ; nous l’appelons alors „gaggeligâl^ y jaune criard. Nous avons constaté la même divergence du jugement de valeur dans le choix des symboles de petitesse (cfr. péteMx à côté de poulette au bon Dieu),

§ 77. La flamme aussi est jamie-orange et fournit un point de comparaison. On appelle le roitelet flamineile en wallon (Grandgagnage). Flaminette ou flamive est aussi le nom de la fleur de souci (calendula arvensis) en vieux-français (Ducange) et en wallon à cause de sa couleur orange vive.^)

Cette fleur a servi de bonne heure à désigner le roitelet huppé. Godefroy cite Belon (Nat. des oijs.y 7, VII, éd. 1555): „Ceux du Maine le nomment un poul ou une sourcicle mais ceux qui parlent meilleur françoys dient une soulcie: car il a les sourcilz de plumes noires eslevées sur chaque costé des temples au-dessus des yeux au milieu desquelles il y a comme une creste de plusieurs plumes jaulnes sur le sommet de la teste. “ C’est donc bien le roitelet huppé dont il est question. Je ne sais ce que Godefroy entend par la traduction „pouillot colybie“. Le deuxième exemple est tiré de Fr. Binet ( Merv, de nat.j p. 68, éd. 1622): ypnoineau à la soulsie ou au collier jaune, c’est celui qui a au col comme un petit carquan de duvet jaunissant^.

Cfr. l’anglais fire-crest.

Le dernier exemple se trouve dans la Nouv. Fabrique, 116 (Bibl. élz.): soulcicles.

Le moineau à la soulsie ou au collier jaune est peut-être le friquet (passer montanus ou passer petronia), non pas le regulus, car Cotgrave le traduit par „migsparrow ; a small bird that hath a yellow ring about its necke and builds in the trunke of a tree.“

Rolland rapporte encore d’autres témoignages de ce mot: fleur de souci (franc, dial.; Salerne, 1767), sucet, petit sucet (Orléanais, Salerne), sucet n’est autre que petit souci (<< solseqxjia), appelé suss à Fougerolles (Haute-Saône; Rolland, Flore pop., VII, 163), S7i€é, masc., à Vincelles (Dauzat). Au XVin®“® siècle il semble avoir été en usage aussi dans le canton de Vaud, dans le Jorat: souci, roitelet (Razoumowski).

La désignation paraît être ancienne et plus répandue peut-être autrefois. Pour le siècle je n’en ai que

des témoignages isolés : souci en Lorraine (Toussenel, 1872 — 74), sourcicle à Guernesej (Métivier, 1870). 0

Au même ordre d’idées que flaminette appartient soraij (soleil) à Charmoille (Berne, Glossaire). Ce mot aussi a peut-être passé par l’intermédiaire du souci qui comme le tourne- sol (Sonnenblume) ressemble au soleil par la couleur et la forme. Il s’appelle espouse du soleil (Belon), herbe solaire (Vinet et Mizaut, La maison champêtre), solo, petit solo en luxembourgeois.^)

§ 78. On appelle le roitelet crêté poul (coq) en le comparant à l’oiseau crêté par excellence : poul (Belon, Le Mans), pou, pou de bois (Vienne, Manduyt, 1840),

La fleur de l’oranger a remplacé le souci au nord de l’Italie où le regulus est appelé poranccin à Côme (Bonelli), en Suisse (Studer), fiorancîo (Frioul, Pirona).

2) Le soleil est d’or et les étoiles et la lune sont généralement d’argent dans le langage du peuple; mais quelquefois on parle aussi des étoiles d’or (cfr. l’expression „die goldencn Sternlein'‘ de M. Claudius). C’est ainsi qu’on arrive à appeler le regulus stéîle d'or, steiletta (piem. ; Bonelli), steiïa giauna (Verc.), stelen (cremon.), stelin (Vie., Friul; Bonelli; Pirona, Suisse; Studer), stilé (Brescia, Berg, ; Bonelli) ou stellat (Riva), stellatin (Rendena, Torre). De même en portugais estrellinha (petite étoile ; Michaelis).

jpoUy petit pouë (Mayenne; Rolland, compl). Guillemeau (1806) donne ce nom pour le pouillot dans le dép. des Deux-Sèvres. 1) Peut-être faut-il mentionner ici aussi un goché (roitelet huppé) à Frameries (Hainaut; Rolland, compl.).

§ 79. Les Grecs firent de la petite crête une couronne et donnèrent à l’oiseau le nom de Tupavvoç. Les Français l’appelaient empereur dans le Jura (Ogérien), petit empereur (Doubs; Beauquier), prince en Champagne (Rolland). 2)

§ 80. La désignation jusiàu près d’Orange est un peu moins respectueuse, si l’on tient compte du mépris que les gens avaient pour les juifs au moyen âge. Mistral, qui donne ce nom, dit qu’on comparait la tache jaune du roitelet au chapeau jaune que les juifs devaient porter pour qu’on les reconnût de loin. Ces prescriptions étaient particulièrement sévères dans le midi de la France (cfr. une notice d’Alex. Dancona dans le Giovnale storico V, p. 54).®)

Plus flatteurs sont les noms qui comparent notre oiseau à un ecclésiastique. On comprend sans difficulté le napolitain cardinale (Bonelli), les cardinaux portant un costume pourpre. Mais petit quereye^) (curé) en

9 Cfr. le sicilien jadduzzeddu (Merlo), le tessinois cb d’or (Studer), l’allemand Goldhahnchen, ou la comparaison avec un autre oiseau, l’autruche: struzzet (trev., Merlo), en suisse allemand Streilfile (Berne; GeÛner).

2) Le nom d’empereur lui est fréquemment donné en Italie : imperator (veron. ; Bonelli — Val di Ledro; Torre), imperatorel (veron.; Merlo, — Val di Ledro ; Ettmayer), imperatori (Ledro; Torre).

On a donné ce même nom à différentes plantes jaunes: jîidievo est le narcisse jaune, erbo di judieu la gaude (réséda luteola) dont la fleur est jaune et qui sert à teindre en jaune. Les comparaisons avec les juifs se présentaient facilement à l’esprit parce que ceux-ci occupaient les imaginations. On appelle peis jouziou le sphyrgna zygaena (morteau) et le martinet (cypselus apus) à cause des cornes du premier, de la queue bifurquée de l’autre qui ressemblent aux cornes des chapeaux juifs (Barbier, Noms des poissons, Rev. des lang. rom., LVII, 312).

9 Cfr. la carte „curé“ de l’ALF en Belgique et au nord-est de la France.

luxembourgeois (Liégeois) est plus difficile à expliquer, le roitelet n’ajant pas de calotte noire sur la tête comme le rossignol de muraille (ruticilla phoenicura) appelé aussi prêtre, clerc, le „moineau“ qui est un petit

moine, les bergeronnettes et certaines mésanges appelées nonnettes ou béguines, la fauvette à tête noire (sylvia atricapilla) nommé Mônchsgrasmücke en allemand. Le grimpereau s’appelle keurè dans l’Orne (Rolland, compl.). Peut-être y a-t-il aussi confusion.

Covreû (couvert, cfr. l’ALF carte „est couvert^) en wallon (Rolland, compl.) est un équivalent de huppé.

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