‹ Les Normands au Canada. Jean Bourdon et son ami l'abbé de Saint-Saveur; épisodes des temps héroiques de notre histoireChapitre 15 sur 18 · JEAN BOURDON, PROCUREUR DU ROI AU CONSEIL · texte numérisé non relu

JEAN BOURDON, PROCUREUR DU ROI AU CONSEIL

Une ère nouvelle pour le Canada. — Création du Conseil Souverain. — Bourdon, procureur général. — Deux partis au Conseil — ^Disgrâce de Bourdon. — Ordre de passer en France. — Codicille à son testament — ^Réintégré dans ses fonctions. — ^Lettres de noblesse pour son fils.

T A carrière de Bourdon nous est apparue ^^ jusqu'ici remplie de mouvement et d'activité. Le bonheur et le succès ont généralement souri à ses entreprises : même son expédition manquée à la Baie d'Hudson, grâce à la noblesse du but et à la générosité des efforts, n'est pas restée sans gloire.

Désormais sa vie entre dans une nouvelle phase : aux mouvements extérieurs d'une existence consacrée aux défrichements du sol, aux

\oyzges, aux arpentages de la colonie ainsi qu aux travaux publics les plus divers, vont succéder des agitations d'un nouveau genre :

ce n'est plus le corps qui sera en mouvement, c'est rame, c'est l'esprit, mais un esprit d'une force indomptable, qui ne se laisse pas abattre par l'adversité. Il y aura des jours sombres dans cette nouvelle phase de la vie de Bourdon ; mais la religion versera abondamment sur ^^li sa lumière bienfaisante ; une gloire pure et i

douce continuera à planer sur sa carrière.

C'est surtout dans cette phase de la vie de Bourdon que rayonne sur lui la douce influence de son épouse Anne Gasnier et de son ami M. de Saint-Sauveur.

La Nouvelle-France vient d'entrer dans une ère de progrès et d'avenir. Un évêque lui est arrivé : sous l'impulsion intelligente et forte de François de Montmorency-Laval, l'Eglise du Canada s'organise : les missions, les paroisses sont établies régulièrement ; à côté du collège des Jésuites, qui restera chargé de l'enseignement des lettres et des sciences, un séminaire s'élève pour la formation des ecclésiastiques ; la dîme est établie pour la subsistance du clergé. L'Etat lui-même va revêtir une nou-

velle forme de gouvernement : sur l'avis de Tévêque, le roi établit à Québec un Conseil Souverain pour l'administration des affaires publiques : les membres et les principaux officiers de ce Conseil seront choisis (( par le gouverneur, conjointement et de concert avec l'évêque : )) tels sont les termes de l'édit royal de 1663.

Mgr de Laval et le nouveau gouverneur, M. de Mésy, se concertent et s'entendent pour la nomination des conseillers et des officiers du Conseil Souverain : ils les choisissent parmi les hommes les plus dignes et les plus habiles de la colonie.

Mais entre tous ces officiers publics, il en est un qui doit être, pour ainsi dire, l'âme dirigeante du Conseil, éclaircir les points légaux, tenir Içs conseillers dans le cercle de leurs attributions, protéger les droits de la couronne, émettre son avis ou ses conclusions sur les débats : c'est le procureur général. Qui sera nommé ? Jean Bourdon remplit depuis longtemps déjà les fonctions de «procureur fiscal» ^'^ de la Compagnie des Cent-Associés, au Canada : le choix du gouverneur et de l'é-

(i) Tcnure seigneuriale, p. 352.

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