‹ Les normands au Canada: Jean Nicolet, 1618-1642 [microforme]Chapitre 3 sur 12 · ENT · texte numérisé non relu

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blé ou de farine qu’ils avaient pu se procurer au moyen de la traite, ils s’en allaient à la chasse, par bandes, hommes, femmes et enfants, et se répandaient dans les bois, emportant avec eux tout leur avoir, instruments, ustensiles, canots, peaux pour se vêtir, écorces pour couvrir leurs cabanes, etc.

On campait là où on avait espoir de trouver du gibier. Si le gibier était abondant, si l’on prenait beaucoup de castors, de pores-épics, d'élans, de caribous, d’orignaux, on faisait bombance.

Voici la description que donne Champlain d’un festin chez les Sauvages :

« Ils font leurs festins, dit-il, avec des chairs d’orignal, d'ours, de loups marins et castors, qui sont les viandes les plus ordinaires qu'ils ont, et du gibier en quantité. Ils avaient huit ou dix chaudières pleines de viandes, au milieu de la cabane : elles sont éloignées les unes des autres d'environ six pas, et chacune a son feu. Ils sont assis des deux côtés, avec chacun son écuelle d’écorce d’arbre : et lorsque la viande est cuite, il y en a un qui fait les partages à chacun dans les écuelles, où ils mangent fort salement ; car quand ils ont les mains grasses, ils les frottent à leurs cheveux ou bien au poil de leurs chiens, dont ils ont quantité pour la chasse (1).

Après ces festins à outrance, venait ordinairement la famine ; et alors il fallait aller chercher fortune et camper ailleurs. Souvent on était longtemps sans manger.

Ils couchaient quelquefois, dit le P. de Brébœuf, « à l'enseigne de la lune. » Mais ordinairement ils se faisaient une cabane, surtout lorsqu’arrivaient les froids de l'hiver. Quand la terre était couverte de quatre ou cinq pieds de neige, on creusait un grand

(1) Œuvres de Champlain, t. 11, p. 7. — Le P. Le Jeune étant un jour entré pour diner dans une cabane de Sauvages, à Sillery, la maîtresse du logis lui offrit une anguille fumée. « Le repas fini, dit M. Ferland, il était fort embarrassé de ses mains, toutes couvertes d'huile. Un petit Sauvage, avec qui

e il avait partagé l’anguille, lui suggéra un moyen en se plongeant les mains à plusieurs reprises dans sa chevelure touffue. Mais l’expédient ne convenant pas au Jésuite, il continuait à tenir les mains tendues, lorsque la maitresse de la cabane lui donna une poignée de bois pourn, bien broyé, en l’invitant à s’en servir. C'était, chez les Sauvages, la serviette d'honneur, réservée aux hôtes trop délicats pour employer la chevelure ou le pan du manteau. » (His. du Canada, t. 1, p. 204. — Rel. des Jésuites, 1633, p. 3).

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trou : la cabane était en partie faite. Les femmes, condamnées par leur sexe aux travaux les plus durs, — les hommes se réservant les occupations nobles, la chasse et la pêche — allaient couper des perches, et les plantaient dans la neige autour de l’excavation, puis les recouvraient d’écorces, de manière à ne laisser qu'une petite ouverture en haut pour la fumée.

On étendait par terre quelques branches de sapin pour s’y coucher, et l’on allumait un grand feu au milieu de la cabane.

Le P, Le Jeune, qui s’astreignit avec un zèle vraiment héroïque à suivre tout un hiver un parti de Sauvages Montagnais, — ils étaient une vingtaine environ — afin d'apprendre leur langue et de pouvoir ensuite les évangéliser, nous décrit les horreurs qu’il eut à endurer dans ces cabanes de la part de quatre ennemis ligués ensemble malgré leur opposition apparente : le froid, la chaleur, la fumée et les chiens. Parti de Québec au milieu d’octobre, il descendit le Saint-Laurent jusque vers les Trois-Pistoles, passa l'hiver dans les bois en arrière de Rimouski, de Cacouna, de la Rivière-du-Loup, etc., et ne retourna que le 9 avril à Québec, dont « une armée de glaces, animée par la fureur des vents, défendait encore l’entrée. »

« Nous avons fait dans ces grands bois, dit-il, vingt-trois stations, tantôt dans des vallées fort profondes, puis sur des montagnes très élevées, quelquefois en pays plat, et toujours dans la neige. Nous avons traversé quantité de torrents. quelques fleuves, plusieurs lacs et étangs, marchant sur la glace (1). »

Il éprouva des fatigues et des souffrances incroyables : et cependant il avoue que les douleurs physiques n'étaient rien en comparaison des importunités et des grossièretés qu'il eut à endurer de la part de ces Sauvages encore payens, dont le chef seul avait reçu le baptême, mais était devenu apostat.

Parmi eux se trouvait un sorcier; et l’on sait le rôle que jouaient les sorciers parmi les Sauvages : l'exploitation qu’ils faisaient de la crédulité du vulgaire, leurs jongleries, leurs pratiques ridicules pour guérir les maladies ou pour conjurer les malheurs, leurs extases, leurs accès de rage, d’excitation nerveuse ou diabolique, tout cela rappelle beaucoup les pratiques des derviches et des santons chez les Musulmans.

(1) Relations des Jésuites, 1634, p. 57.

Nul mieux que Champlain n’a connu les vices comme les bonnes qualités de nos Sauvages : « Je crois, dit-il, qu’il n’y a aucune loi parmi eux, qu'ils ne savent ce que c’est qu’adorer et prier Dieu, et vivent la plupart comme bêtes brutes... Ils ont, ajoute-t-il, une méchanceté en eux, qui est d’user de vengeance, et d’être grands menteurs, gens en qui il ne fait pas trop bon s’assurer, sinon qu'avec raison et la force à la main ; ils prometient assez, et tiennent peu (À). »

De son côté, le P. de Brébœuf, parlant des Hurons, dit à plusieurs reprises : « Huron et larron ne sont qu’un. »

La luxure et la débaüche étaient dans les mœurs des Sauvages. Mais, d’après les Relations, c’est l’orgueil qui était chez eux le plus grand obstacle à la foi chrétienne. Chose étrange, ce vice, avec ses conséquences, la vanité, le respect humain, le mépris des Européens, était porté à un degré incroyable chez ces Barbares, qui n'étaient pourtant pas bien élevés dans l’échelle de la civilisation.

Ajoutons qu’ils n'étaient pas descendus au dernier degré de la barbarie. Au contraire, Champlain, aussi bien que les Jésuites, leur reconnaît une foule de bonnes qualités : « Tous ces peuples, dit-il, sont d’une humeur assez joyeuse; ils rient le plus souvent ; toutefois ils sont quelque peu saturniens. [ls parlent fort posément, comme se voulant bien faire entendre... Il s'en trouve qui ont bon jugement, et répondent assez bien à propos sur ce qu’on pourrait leur demander (2). »

Et le P. de Brébœuf : « Tous ces esprits, dit-il, sont naturellement d’une assez bonne trempe, ratiocinent fort bien, et ne bronchent point en leurs discours; quelques-uns semblent être nés à l’éloquence (3). »

Ils étaient très hospitaliers; mais il fallait se conformer strictement à leurs usages. On n'allait pas tout d'abord, par exemple, frapper à la porte u’une cabane, et déranger une famille. Il fallait rester à distance, l’arme au bras, et quelques présents à la main en signe d'amitié. Le chef sortait alors, s’avançait au devant du voyageur, puis l’introduisait dans sa cabane, où il était le bienvenu.

(4) Œuvres de Champlain, t. n, p. 13 t (2) Ibid., p. 12.

(3) Relations des Jésuites, 1636, p. 127.

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Le P, de Brébœuf, qui demeura longtemps chez les Hurons, a écrit sur leurs mœurs politiques des détails qui nous rappellent beaucoup ce que nous apprend Tacite des anciens Germains.

« Toutes les affaires des Hurons, dit-il, se rapportent à deux chefs : les unes sont comme les affaires d'Etat, soit qu’elles concernent les citoyens ou les étrangers, le public ou les particuliers du village, pour ce qui est des festins, danses, jeux, crosses, ec ordre des funérailles; les autres sont des affaires de guerre. Or il se trouve autant de sortes de capitaines que d’affaires,

« Dans les grands villages, il y aura quelquefois plusieurs capitaines, tant de la police que de la guerre, lesquels divisent entre eux les familles du village, comme en autant de capitaineries. On y voit même parfois des capitaines à qui tous ces gouvernements se rapportent, à cause de leur esprit, faveur, richesses, et autres qualités qui les rendent considérables dans le pays.

« Il n’y en a point qui, en vertu de leur élection, soient plus grands les uns que les autres. Ceux-là tiennent le premier rang, qui se le sont acquis par leur esprit, éloquence, magnificence, courage et sage conduite, de sorte que les affaires du village s'adressent principalement à celui des capitaines qui a en lui ces qualités: et de même en est-il des affaires de tout le pays, où les plus grands esprits sont les plus grands capitaines; et d'ordinaire il n’y en a qu'un qui porte le faix de tous : c’est en son nom que se passent les traités de paix avec les peuples étrangers; le pays même porte son nom... Ù

Nous avons vu, en effet, que l’île des Allumettes s'appelait précisément l’île de Tessouat. Le P. de Brébœuf .joute :

« Ceux-là tiennent le premier rang tant dans les affaires particulières des villages, que de tout le pays, qui sont les plus grands en mérites et en esprit. Leurs parents sont comme autant de lieutenants et de conseillers.

« Ils arrivent à ce degré d'honneur, partie par succession, partie par élection ; leurs enfants ne leur succèdent pas d'ordinaire, mais bien leurs neveux et petits-fils. Et ceux-ci, encore, ne viennent pas à la succession de ces petites royautés comme les Dauphins en France, ou les enfants en l'héritage de leurs pères, mais en tant qu'ils ont les qualités convenables, et qu'ils les acceptent et sont acceptés de tout le pays.

« Il s’en trouve qui refusent ces honneurs, tant parce qu’ils

n'ont pas le discours en main, ni assez de retenue ni de patience, que parce qu'ils aiment le repos : car ces charges sont plutôt des servitudes qu'autre chose...

« Ces capitaines ne gouvernent pas leurs sujets par voie d’empire et de puissance absolue : ils n’ont point de force en mains pour les ranger à leur devoir. Leur gouvernement n’est que civil; ils représentent seulement ce qu’il est question de faire pour le bien du village ou de tout le pays. Après cela, se remue qui veut, Il y en a néanmoins qui savent bien se faire obéir, principalement quand ils ont l'affection de leurs sujets... »

Après avoir ainsi décrit les mœurs politiques de ces peuples, le P. de Brébœuf ajoute avec raison : « Je demanderais volontiers à ceux qui ont peu d'opinion de nos Sauvages, ce qu’il leur semble de cette conduite. »

Et comme pour nous prouver que les Sauvages n'étaient pas tout-à-fait étrangers même aux raffinements d’une certaine civilisation, il nous apprend un peu plus loin que l’usage des pots-devin — on ne parlait pas encore de frais de publicité! — ne leur était pas absolument inconnu :

« Quand quelqu'un, dit-il, soit citoyen, soit étranger, veut obtenir quelque chose du pays, la coutume est de graisser les mains des principaux capitaines, au branle desquels tout le reste se remue. Je suis très assuré, ajoute-t-il, de ce que je viens de dire : le regret que quelques particuliers ont de semblables désordres, et l'envie même des autres capitaines qui ne sont pas appelés au butin, en découvrent plus qu’on ne désirerait. Ils se décrient les uns les autres, et le seul soupçon de ces présents secrets émeut quelquefois de grands débats et divisions, non pas tant pour le désir du bien public, que pour le regret de n'être pas de la partie; et cette jalousie empêche parfois de bonnes affaires... (4). »

Tant il est vrai de dire, et consolant jusqu’à un certain point de se rappeler : Nihil novi sub sole!

[l nous a paru nécessaire d’entrer dans ces quelques détails sur les mœurs des Sauvages du Canada, afin de faire connaître le milieu

(1) Relations des Jésuiles, 1636, p. 121, 126.

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où se trouva jeté tout-à-coup Nicolet, passant sans transition de la vie civilisée de la France à celle des bois.

En arrivant chez les Algonquins de l'Ile, il dut s'attacher à quelque famille du pays, pour en partager la vie, les privations, les travaux, les courses, les misères.

Le Français se faisait ordinairement vite à la vie des bois, peut-être parce qu’il trouvait dans la grande liberté dont il y jouissait une compensation pour les privations qu’il avait à subir.

Malheureusement, la conduite des coureurs de bois n’était pas toujours édifiante. Un Sauvage s’en plaignait un jour au P. de Brébœuf : « Les Français qui sont venus ici, disait-il, ne nous ont jamais parlé de Dieu : au contraire, ils s’adonnaient eux-mêmes comme nous à courir et à folâtrer avec les femmes (1). »

Il paraît certain, au témoignage du P. Vimont et du P. Le Jeune, que la vie de Nicolet au milieu des Sauvages fut toujours irréprochable; et il sut mériter l'estime et l'affection de Champlain.

Nous ne pouvons faire ici que des inductions, car il était seul de Français parmi les Sauvages de l'Île; et il n’était pas homme à prôner le bien qu’il pouvait faire : mais sa conduite à l'égard des Sauvages, lorsqu'il résida plus tard aux Trois-Rivières (2), nous permet d'affirmer qu’il fut toujours parmi eux un véritable apôtre et qu'il prépara admirablement les voies aux missionnaires.

fl s’appliqua à apprendre la langue algonquine. Il apprit aussi celle des Hurons, qui n’était autre, au fond, que la langue iroquoise. Il devint bientôt maître de ces deux idiomes (3). Après deux ans de séjour au milieu des Algonquins de lle, il avait tellement su gagner leur confiance, qu'il fut résolu, dans leurs conseils, de le mettre à la tête d’une députation que l’on se pro-

* (1) Relations des Jésuites, p. 88.

(2) « 11 conspirait puissamment avec nos Pères pour la conversion de ces peuples. » (Relations des Jésuiles, 1643, p. 4).

(3) Le Français instruit qui était venu à bout d'apprendre parfaitement une langue sauvage, et d’en saisir tous les secrets, toutes les richesses, toutes les nuances, la réduisait à des règles grammaticales, et la parlait beaucoup mieux que les Sauvages eux-mêines.

posait d’envoyer au pays des Iroquois pour traiter de la paix avec ces ennemis.

Il se rendit donc chez les Iroquois avec quatre cents Algonquins, et négocia heureusement l'affaire qu’on lui avait confiée. Sa mission fut couronnée d’un plein succès.

Rien n'indique que Nicolet soit revenu à Québec après son séjour chez les Algonquins de l'Île et son voyage aux Iroquois : au contraire, le P. Vimont dit expressément « qu'après cette paix faite, il alla demeurer huit ou neuf ans chez les Nipissiriniens. »

En remontant le cours de la rivière Ottawa, plus haut que le lac des Allumettes, on rencontre, à gauche, un de ses tributaires, la rivière Mattawan. Cette rivière prend sa source à quelque distance du luc Nipissing, autour duquel habitaient les Nipissiriniens ou Nipissingues. C’étaient des Sauvages appartenant à la famille algonquine : leur langue n’était qu’un dialecte de l’algonquin.

Ils étaient aussi connus sous le nom de Sorciers. « Les Français, dit Sagard, appellent ordinairement les Nipissiriniens le peuple sorcier, non qu'ils le soient tous, mais parce que c’est une nation qui fait particulièrement profession de consulter le diable en leur nécessité (1). »

« En leur qualité de sorciers, dit M. Laverdière, ils étaient ou redoutés ou mal vus des autres nations même algonquines, suivant la remarque de Tessouat, qui les accuse « d'avoir fait mourir beaucoup de leurs gens par sort et empoisonrements (2). »

Ils étaient meilleurs, cependant, que la réputation que les Algonquins voulaient leur faire. M. Ferland raconte une histoire qui est toute à la louange de leurs mœurs. Ils étaient descendus en bon nombre pour la traite, et s'étaient rendus par curiosité jusqu’à Québec.

€ L'un d'eux suivait un jour avec beaucoup d'attention les mouvements d’un jeune français qui battait la caisse. Comme le Sauvage s’'approchait trop près au gré du petit tambour, celui-ci lui donna

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(1) Histoire du Canada, p. 193.

(2) Œuvres de Champlain, t. ur, p. 314, note.

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sur le tête un coup de baguette si rudement appliqué, que le sang jaillit en abondance. Une grande rumeur s’éleva aussitôt parmi les compagnons du blessé. « Voilà un des tiens qui a blessé netre « frère, dirent-ils à l'interprète; tu connais notre coutume : fais- « nous un présent, pour guérir la blessure, — Il n’en est p:5 de « même parmi les Français, répondit l'interprète; quand quel- « qu’un de nous fait mal, on le châtie. Cet enfant a blessé un de « vos gens : il va être fouetté en La présence. »

« Le jeune homme fut amené; mais, lorsque les Nipissiriniens virent qu’on le dépouillait de ses habits et que les verges étaient toutes prêtes, ils prièrent instamment qu’on lui pardonnât, alléguant qu'il était encore enfant et n'avait point d'esprit. Malgré leurs représentations, on allait infliger la punition, lorsqu'un d’eux se découvre les épaules, jette sa robe sur le dos du petit tambour, puis, se tournant vers celui qui tenait les verges : « Frappe sur mo’, lui dit-il; mais tu ne toucheras pas à cet « enfant. »

M. Ferland ajoute : « Ce trait ne doit pas étonner; car, malgré leurs manières grossières, les Nipissiriniens étaient les plus doux et les meilleurs des Sauvages de l’ouest (1). »

Champlain connaissait bien le lac Nipissing et les Sauvages qui l’habitaient. Les Nipissingues lui avaient fait une magnifique réception, lorsqu'il avait traversé leur pays, pour se rendre chez les Hurons, en 1615 : « Nous séjournâmes deux jours avec eux, dit-il. Ils nous firent fort bonne réception, et ils étaient en bon nombre... Le chef de ces peuples, et autres des plus anciens nous festoyèrent en plusieurs festins, selon leur coutume, et prirent peine d’aller pêcher et chasser, pour nous traiter le plus délicatement qu'il pouvaient.

« Il y a dans le lac un grand nombre d'îles fort plaisantes, et entre autres une qui a plus de six lieues de long, où il y a trois ou quatre beaux étangs, et nombre de belles prairies, avec de très beaux bois qui l’environnent, où il y a abondance de gibier, qui se retirent dans ces étangs, où les Sauvages prennent du poisson (2). »

Il est probable que Champlain connut dès lors ce que le Frère Sagard apprit lui-même dans le voyage qu'il fit aux Hurons avec

(1) Histoire du Canada, t. 1, p. 261.

(2) Œuvres de Champlain, t. 1v, p. 22,

le P. Le Caron (1), en 1623, à savoir que les Nipissiriniens allaient tous les ans faire la traite chez une nation éloignée de ci q ou six semaines de marche du lac Nipissing. Cette nation elle-même passait pour avoir commerce avec un autre peuple encore plus éloigné, qui venait par mer sur de grands canots de bois. Champlain nous parle d’ailleurs des relations de commerce que les Nipissingues entretenaient avec les Sauvages du lac Témiscaming et autres peuples en gagnant la baie d'Hudson.

Au lac Nipissing, Nicolet se trouvait donc comme au centre d'un grand mouvement de commerce; il était bien placé pour nouer aes relations avec une multitude de petits peuples sauvages, et les inciter à venir traiter avec les Français sur le Saint-Laurent.

« Une idée qui n’est pas assez admise, dit M. Sulte, c’est l’étendue des rapports que les tribus sauvages avaient entre elles pour l'échange des produits particuliers à leurs différents pays. Des bords de l’Atlantique au centre du continent, il existait de la sorte des communications suivies. Du Mexique à la Colombie britannique un autre courant d’affaires s'employait. Entre ces deux mouvements, on connaît celui qui allait du golfe Saint-Laurent au golfe du Mexique, en remontant notre fleuve, traversant les grands Lacs, et descendant le Mississipi. Jacques Cartier mentionne les peuples lointains qui trafiquaient avec ceux du Saint-Laurent.

Les coquillages, notamment, dont se paraient nos Indiens, venaient du golfe du Mexique (2). »

Nicolet ne tarda pas de jouir d’une grande considération parmi les Nipissingues. Tout en restant bon Français, il sut s'adapter à

(4) L’un des trois Pères Récollets, qui furent les premiers missionnaires du Canada. Les deux autres étaient Denis Jamay et Jean Dolbeau. Avec eux se trouvait un Frère lai, Pacifique Duylessis. Partis de Honfleur le 24 avril 1645, ils entrèrent à Tadoussac le 25 mai. La première messe dite en ce pays, depuis l’époque de Jacques Cartier, fut célébrée à la rivière des Prairies par le P, Le Caron, le 24 juin, et la seconde à Québec par le P. Dolbeau, le 98 juin. — En 1629, le P. Le Caron, comme tous les autres missionraires qui étaient alors au Canada, repassa en France; et lorsqu’en 1632, après la reddition du pays par les Anglais, il ne fut pas permis aux Récollets de retourner à leur ancienne mission, il en éprouva un tel chagrin qu'il tomba malade. « Il mourut, dit M. Ferland, plein de mérites et en odeur de sainteté le 29 mars 1632. Il avait apporté en France des manuscrits sur le Canada; iis furent malheureusement brûlés en Normandie. »

(2) Mélanges d'histoire et de littérature, p. 419.

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