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leur vie, et devenir presque aussi sauvage que les Nipissingues eux-mêmes. Il prit rang parmi leurs plus illustres capitaines. « Il passait, dit le P. Vimont, pour un de cette nation, entrant dans les Conseils fort fréquents à ces peuples. »
Nous apprenons incidemment de Champlain lui-mêmequ’Etienne Brûlé, chez les Hurons, recevait « cent pistoles par an, pour inciter les Sauvages à venir à la traite (1). » C'était probablement là le traitement que la Compagnie des Marchands donnait à ses interprètes; et nous n'avons pas d'autre moyen de déterminer quels étaient les honoraires de Nicolet à l'emploi de la Compagnie ou de Champlain.
Afin d’être plus libre de son temps et de ses mouvements, et pour être moins exposé aux importunités des Sauvages, il voulut avoir son intérieur à lui, son petit chez soi : « Il avait sa cabane et son ménage à part, faisant sa pêche et sa traite. »
C’est là, sans doute, qu’il écrivit ces mémoires, perdus aujourd'hui, dont parle le P. Le Jeune, qui les avait en sa possession et s’en servit pour rédiger ses relations si intéressantes sur les mœurs et les coutumes des Sauvages. « J'ai, dit-il, quelques mémoires, de sa main, qui pourront paraître un jour, touchant les Nipissiriniens, avec lesquels il a souvent hiverné (2). »
Le fond de ces mémoires, les observations de Nicolet sur les lieux qu’il avait parcourus, sur les Sauvages avec lesquels il avait eu des rapports, tout cela, sans doute, se trouve dans les Relations des Jésuites. Mais sa manière de dire, sa méthode dans la disposition des détails, son style, comme tout cela serait intéressant aujourd’hui, surtout pour nous faire apprécier le degré d’intelligence et d'instruction que possédait Nicolet, et pour nous le faire connaître lui-même davantage, puisque après tout « le style, c’est l’homme. »
Durant son séjour au lac Nipissing, Nicolet eut occasion de voir plusieurs français, entre autres les PP. Le Caron et Viel et le F. Sagard, qui montèrent en 1623 au pays des Hurons, et redescendirent l’année suivante, excepté le P. Viel, qui ne revint qu’en
(1) Œuvres de Champlain, t. vi, p. 81. (2) Relations des Jésuites, 1636, p. 58.
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1625 (1). Il vit aussi en 1626 les PP. de Brébœuf et de Noue. Par ces Pères, qui arrivaient de France, il eut des nouvelles de son pays et de la colonie de Québec.
Tous les ans, d’ailleurs, il pouvait correspondre avec Champlain par les Sauvages qui descendaient à la traite; et par eux aussi Champlain lui transmettait ses recommandations. [1 devait être au fait de tous les principaux événements qui intéressaient la Nouvelle-France.
C’est ainsi qu'il apprit, sans doute, les embarras que l’on fit à son ami et protecteur, Champlain. « La Société des Marchands, dit Garneau, voulut lui ôter le commandement du Canada, parce qu’il s’attachait trop à la colonisation... Elle voulut donner l'administration à Pon‘zravé, qui ne s'était jamais intéressé qu’à la traite. Il s’éleva à ce sujet une contestation fort vive, qui fut portée devant le Conseil du Roi, lequel maintint Champlain à la tête de la Nouvelle-France. Celui-ci put s’embarquer pour la colonie en 1620. C'était à peu près le temps où le prince de Condé cédait la lieutenance générale du Canada à l'amiral de Montmorency pour onze mille écus : preuve certaine que cette charge honorifique valait déjà quelque ciose. Champlain fut confirmé dans ses fonctions par le nouveau t'tulaire (2). »
Nicolet dut se réjouir, lorsqu'il fut informé de l’heureux retour de Champlain au Canada, cette fois avec sa famille. Il connut ensuite successivement la construction du Fort Saint-Louis sur le cap de Québec, l’arrivée des Jésuites au Canada (3), et enfin la création par Richelieu de la grande Compagnie des Cent-Associés (1627).
(1) « Descendant à Québec, il périt, victime de la cruauté et de l’iniquité d'un de ses guides, qui le fit noyer, en renversant son canot dans un rapide, au nord de l’ile de Montréal... Le nom de Sault-au-Récollet est resté attaché à :41 place qui fut le théâtre de ce triste événement. » (Répertoire du Clergé canadien.
(2) Histoire du Canada, édit. de 1882, t. 1, n. 67.
(3) Ils furent envoyés par M. de Lévis, duc de Ventadour, en 1625. « Le duc de Ventadour, n'étant poussé d’autres intérêts que du zèle et affection qu'il avait de voir fleurir la gloire de Dieu en ces pays barbares, et pour cet effet, y envoyer des Religieux, jugeant n’en trouver de plus capables que les Pères Jésuites, pour amener ces peuples à notre foi : il en envoya six, à ses propres coûts et dépens... » (Œuvres de Champlain, t. vi, p. 86).
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