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puis un portage de quelques milliers de pas, à la hauteur des terres, et Nicolet touchait à la rivière Wisconsin, dont les eaux apç:’tiennent au vaste bassin du Mississipi.
Et cependant il est à peu près certain que Nicolet ne s’est pas rendu jusqu’à la rivière Wisconsin (1). Il n’est pas sorti de la région des eaux qui descendent vers Québec. Il n’a pas été plus loin que la bourgade des Mascoutins : « C’est ici, écrivait en 1673 le P. Marquette, le terme des découvertes qu'ont faites les Français, et ils n’ont pas encore passé plus avant (2). »
Et pourquoi Nicolet s'est-il ainsi arrêté en marche? À-t-il cédé à quelque forte sensation de lassitude, de crainte, de découragement? S’est-il laissé vivement impressionner par quelqu’une de ces fictions terribles et habilement combinées, au moyen desquelles les Sauvages essayèrent, plus tard, de dissuader Marquette et Jolliet d’aller au Mississipi (3)? Il ne nous paraît nullement nécessaire de recourir à aucune de ces raisons. Les motifs les plus simples sont presque toujours les véritables. Nicolet avait rempli l’objet principal de sa mission. Le printemps de 1635 était arrivé; il était temps de songer à retourner dans la vallée du Saint-Laurent, pour rendre compte de son voyage, de ses observations, de ses négociations, et il tenait à descendre en même temps que les Sauvages, qui, dans quelques semaines, allaient partir pour la traite. Cela était d'autant plus nécessaire que les Iroquois com-
(1) Butterfield, Discovery of the North West. — Relations des Jésuites, 1640, p. 36 : « Le sieur Nicolet m'a assuré, dit le P. Vimont, que s’il eût vogué trois jours plus avant sur un grand fleuve qui sort de ce lac, il aurait trouvé la mer... » Le lac, dont parle ici le P. Vimont, c’est celui qu’il vient de mentionner plus haut, le second grand lac des Hurons, c’est-à-dire, d’après le contexte, le lac Michigan lui-même. Or, la rivière Wisconsin n’a aucun rapport avec le lac Michigan. Le fleuve dont Nicolet avait parlé au P. Vimont ne pouvait être que la rivière aux Renards, sur laquelle il avait naviguë depuis la baie Verte et le lac Michigan. Encore trois jours de navigation sur cette rivière, et il trouvait, après un petit portage, le fleuve Wisconsin, qui l'aurait conduit à ce qu’il croyait être La mer, à cause du nom de grandes eaux que les Sauvages donnaient au Mississipi. En langue algonquine, Mississipi veut dire grandes eaux.
(2) Voyage et découverte de quelques Pays et Nations de l'Amérique Septentrionale par le P. Marquette et le S* Jolliet. A Paris, chez Etienne Michallet, rue Saint-Jacques à l'image Saint-Paul, 1681. Réédité par M. Rich, en 1845, p. 6.
(3) Jbid., p. 3.
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mençaient à se remuer, et qu’il eût été dangereux de s’aventurer seul dans les routes infestées par ces ennemis.
De même que le P. Allouez, trente-cinq ans plus tard, rendu, lui aussi, aux Mascoutins, et, comme il le dit lui-même, à six jours seulement de navigation du Mississipi, ne voulut pas prolonger son voyage, uniquement par obéissance à son supérieur, qui le rappelait au Sault-Sainte-Marie (1); de même Nicolet, dans le désir de rendre compte 1e plus tôt possible à Champlain de son expédition, renonça à pousser sa route jusqu'à cette mer, les grandes eaux, dont parlaient les Sauvages; il renonça à visiter ces peuples dont on lui avait aussi parlé, qui venaient de bien loin commercer avec les Ouinipigons, et qui n'étaient autres que les Sioux, lesquels appartenaient, comme les Ouinipigons, à la race des Dakotas.
Après avoir remonté en grande partie le cours de la rivière aux Renards, il rebroussa donc chemin et retourna aux Ouinipigons, laissant à Jolliet et à Marquette l'honneur de faire, trente-huit ans plus tard (1673), ces trois jours de navigation qui le séparaient encore de la rivière Wisconsin, de franchir, le canot sur leurs épaules, l’étroit passage de la hauteur des terres, de dire adieu « aux eaux qui vont jusqu’à Québec, » puis de voguer sur celles du Wisconsin et de la grande rivière Mississipi (2).
À chacun sa gloire : celle de Nicolet, son mérite, ses succès sont déjà immenses. « Îl avait, dit Butterfield, créé des amis pour ses compatriotes du Saint-Laurent dans le lointain nord-ouest ; il avait attaché à la France des nations sauvages, dont quelquesunes n'étaient encore connues que de nom, dont aucune n'avait encore été visitée par un Européen; il avait été le premier à découvrir le lac Michigan, et il avait pénétré hardiment dans une contrée sauvage, à quelques centaines de lieues du pays des Hurons, qui était alors l’Ultima Thule des pays connus dans l'Amérique du Nord (3). »
Le retour de Nicolet au Canada eut lieu sans aucun incident
(1) Relation des Jésuites, 1670, p. 99.
(2) Ils quittèrent les Mascoutins le 40 juin 1673, et entrèrent le 17 juin dans le Mississipi : « Nous entrons heureusement dans Mississipi le 47 juin, écrit le P. Marquette, avec une joie que je ne puis exprimer. »
(3) Discovery of the North West, p. 72.