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digne de remarque. Le P. Vimont, avec un laconisme qui rappelle celui de l’évangile, écrit tout simplement : « Il retourna aux Hurons, et de là à quelque temps aux Trois-Rivières, où il continua sa charge de commis et interprète, à la grande satisfaction des Français et des Sauvages. »
Nicolet dut être de retour aux Trois-Rivières vers la fin de juillet ou au commencement d'août; et le 15 août il renouvela avec Champlain son engagement pour la Compagnie des Cent- Associés.
Quatre mois plus tard, il perdait son protecteur et son meilleur ami au Canada. Champlain mourut à Québec le 25 décembre 1635. « Sa mort, écrivait le P. Le Jeune, a été remplir de bénédictions. Je crois que Dieu lui a fait cette faveur en considération du bien qu’il a fait à la Nouvelle-France. Il est vrai qu’il avait vécu dans une grande justice et équité, dans une fidélité parfaite envers son roi et envers MM. de la Compagnie; mais à la mort, il perfectionna ses vertus, avec des sentiments de piété si grands qu’il nous étonna tous (1). »
À Québec, sa maison était, dit le P. Vimont, « une académie bien réglée, faisant faire lecture à sa table, le matin, de quelque bon historien, et le soir, de la vie des Saints. Le soir, se fait l'examen de conscience en sa chambre, et les prières ensuite, qui se récitent à genoux... Nous avons sujet de nous consoler, voyant un chef si zélé pour la gloire de Notre-Seigneur..….. (2). »
Plus de vingt ans après son voyage à la baie Georgienne, les Hurons parlaient encore de lui, de sa conduite honorable et chrétienne : « Sa réputation vit encore, écrivait en 1640 Île P. Vimont (3), dans l'esprit de ces peuples barbares, qui honorent, même après tant d'années, plusieurs belles vertus qu’ils admi-
(1) Relations des Jésuites, 1636, p. 56.
(2) Ibid., 1634, p. 2.
(3) Ibid., 1640, p. 90.
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raient en lui, et particulièrement sa chasteté et continence envers les femmes (1). »
Mais si Champlain était admirable comme chrétien, il ne l’était pas moins par la largeur de ses vues et la puissance de sa volonté pour arriver à un but. Il était vraiment de l’école des Colomb, des Jacques Cartier, et de tous les grands découvreurs et colonisateurs du xvi° et Gu xvu° siècle. Ceux qui sont venus après lui, Jolliet, Marquette, La Salle, d'Iberville, Nicolas Perrot, La Vérandrye, sans compter Nicolet, dont nous parlons en ce moment, n’ont fait que marcher sur ses traces et continuer à la suite des premiers jalons qu’il avait plantés.
Il a intéressé, autant qu’il l’a pu, ses contemporains, à la création d’une Nouvelle-France en Amérique, et il mérite d’en être appelé le fondateur et le véritable père. « Son nom, dit le P. Le Jeune, sera glorieux à la postérité. »
Jetons maintenant un coup d'œil sur les Trois-Rivières, la véritable patrie de Nicolet au Canada, puisque c’est là qu’il est resté tout le temps qu’il n’a pas passé chez les Sauvages.
« Le séjour y est fort agréable, écrivait le P. Le Jeune, la terre sablonneuse, la pêche en son temps très abondante; un sauvage rapportera quelquefois dans son canot douze ou quinze éturgeons, dont le moindre sera parfois de la hauteur d’un homme. Il ya quantité d’autres poissons très excellents. »
Les Sauvages, surtout les Algonquins et les Montagnais, aftectionnaient beaucoup ce lieu. [ls y venaient chaque année en grand nombre, et y séjournaient plus longtemps qu’à Québec. Commerçant avec les autres Sauvages du Nord, et faisant eux-mêmes la
(4) Champlain raconte lui-même tout bonnement une aventure qui lui arriva chez les Hurons : « Je m’en retournai à notre village, où la deuxième nuit, comme j'étais allé hors la cabane pour fuir les puces qui y étaient en grande quantité, et dont nous étions tourmentés, une fille peu honteuse, et effrontément, vint à moi, s’offrant à me faire compagnie, de quoi je la remerciai, la renvoyant avec douces remontrances, et passai la nuit avec quelques Sauvages. » (Œuvres de Champlain, t. 1v, p. 27).
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chasse, ils arrivaient toujours chargés de pelleteries, et le commis du magasin des Cent-Associés leur donnait en échange les différents articles de consommation ou autres dont ils avaient besoin. La charge de Nicolet n’était pas une sinécure.
Le Fort, le magasin, et l'habitation des Français s’élevaient à à l'endroit même où avait existé autrefois une bourgade de Sauvages sédentaires, vivant de la culture du sol, dont ils avaient défriché quelques arpents. Cette bourgade avait disparu entièrement sous le souffle de ces guerres impitoyables qui avaient ravagé la vallée du Saint-Laurent : et l’on allait voir les restes d’une palissade qui entourait cette bourgade, comme on va visiter les ruines de quelque ville antique près de l'emplacement d’une cité moderne (1).
A quelque distance du Fort, était la résidence des Jésuites, avec leur petite chapelle, où il y avait deux messes tous les dimanches, une pour les Français, l’autre pour une centaine de Sauvages chrétiens qui résidaient habituellement aux Trois-Rivières (2).
La Relation de 1636 nous fait connaître les noms de quelquesuns des Français qui étaient là en même temps que Nicolet : MM. de Malapart, de Maupertuis, du Chesne, chirurgien de l’habitation, de Launay, Hertel (3), Godefroy, Rousseau, etc. Tous montraient un grand zèle pour la conversion des Sauvages, et acceptaient volontiers d’être parrains des nouveaux baptisés.
Aucun cependant n’était animé de plus nobles sentiments que Nicolet. Les Relations rapportent une foule de traits de son dévouement pour le bien de la colonie et la gloire de la Religion.
Ce qui paraît avoir été le fond de son caractère, c'était sa disposition habituelle à rendre service. Aussi le P. Vimont nous assure « qu'il était également et uniquement aimé des Français et des Sauvages. »
Le P. Le Jeune se plaint quelque part d’un autre Normand, Nicolas Marsolet, qui, ayant été amené ici tout jeune, à l’âge de douze ans (#4), par Champlain, avait appris le montagnais à la perfection, mais se montrait un peu avare du trésor qu'il avait
(4) Relations des Jésuites, 1635, p. 15.
(2) Ibid., 1641, p. 31.
(3) Beau-frère de François Marguerie. Celui-ci était, en 1636, chez les Hurons, après avoir hiverné chez les Algonquins de l'ile.
(4) Voir plus haut, p. 4 et 25,
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acquis : « En tant d’années qu’on a été en ces pays, dit-il, on n’a jamais rien pu tirer de l'interprète ou truchement nommé Marsolet, qui pour excuse disait qu'il avait juré qu'il ne donnerait rien du langage des Sauvages à qui que ce fût (4). »
En parlant de Nicolet, au contraire, il assure « qu’il faisait volontiers servir sa langue à la religion de Jésus-Christ (2). »
Tantôt, c’est une jeune fille de seize ans, dangereusement malade, que le P. Buteux instruit, dans l'espérance de pouvoir la baptiser et sauver son âme. Elle craint tellement la mort, qu’elle ne peut se résoudre à faire le sacrifice de sa vie. « On lui envoya le sieur Nicolet, truchement, qui exerce volontiers semblables actions de charité: et elle l'écouta paisiblement. » Il la ramena à de meilleures dispositions.
Tantôt, c'est « le fils d’un grand sorcier ou jongleur » qui est bien malade et « tire à la mort. Les Pères prièrent le sieur Nicolet de faire son possible pour sauver cette âme. » Il alla chez le sorcier avec le P. Quentin, et réussit parfaitement dans sa mission. « Le malade fut baptisé et mourut quelque temps après. »
Nicolet n’attendait pas qu’on vint le chercher : il se portait de lui-même à une œuvre de zèle, quand il croyait que c'était nécessaire. Un jour, il apprend qu’un jeune Algonquin est dangereusement malade et qu'il y a grande chance de pouvoir le baptiser. Il court avertir les Pères qu’il serait à propos de le visiter, et les Pères réussissent en effet à gagner cette âme à Dieu.
Au besoin, il se faisait lui-même apôtre. Un jour, il entre avec le P. Buteux dans la cabane d’un Algonquin. C'était une espèce de savant, un homme « qui fait du Docteur », comme disent les Relations. Il se met à débiter ses croyances absurdes sur les Manitous et sur la création du monde. On lui fait voir l’inanité de ses rêveries, puis on lui enseigne la doctrine chrétienne. « Montrez cela à d’autres que moi, s’écrie-t-il: je suis trop vieux. — C’est précisément parce que tu es âgé qu'il te faut hâter d’apprencre ces vérités, lui réplique Nicolet; car si tu ne les crois, tu seras malheureux après ta mort. » Puis il lui expose avec tant de conviction les vérités de la religion, qu’elles font impression sur son esprit et qu’il les propage ensuite parmi les Sauvages.
(4) Relations des Jésuites, 1633, p. 7.
(2) Ibid., 1637, p. 100.
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Jamais homme ne réussit mieux que Nicolet à se faire aimer, écouter et respecter des Sauvages. « [1 conspirait puissamment, dit le P. Vimont, autant que sa charge le permettait, avec nos Pères, pour la conversion de ces peuples, lesquels il savait manier et tourner où il voulait d’une dextérité qui à peine trouvera son pareil. »
Il avait un grand respect pour les missionnaires du Canada. Mais on voit par les Relations qu'il portait une estime particulière au P. Le Jeune et au P. Vimont. C'est au premier qu’il confia ses mémoires sur les Nipissiriniens : souvent il aimait à causer de ses voyages et de ses aventures avec le P. Vimont; et celui-ci a consacré deux ou trois belles pages à sa mémoire.
Rien ne pouvait eftrayer Nicolet, pas même les plus grands dangers, lorsque les fonctions de sa charge l’appelaient quelque part, ou que le bien public exigeait ses services. Au printemps de 1637, vers la mi-avril, il est mandé à Québec. Le fleuve est encore couvert de glaces. Il saute sur un canot, avec quelques Français, et s’aventure à travers les éclaircies. À mesure qu'il s'éloigne des Trois-Rivières, la situation devient de plus en plus menaçante : en avant de lui, d'énormes glaces qui montent et descendent avec la marée (1), et qui parfois lui bouchent tout pessage; en arrière, d’autres glaces le serrent de près et menacent d’écraser son canot. « Il en venait une si grande quantité, qu'ils furent contraints de sortir de leur canot, et de se jeter sur ces glaces. Dieu voulut qu'ils en trouvassent d’assez fermes pour se sauver, mais avec beaucoup de peine et de travail. » Arrivé à Québec, Nicolet apprit que deux hommes venaient de se noyer en voulant traverser à Lévis (2).
Le six août de la même année, quelques Hurons qui avaient quitté les Trois-Rivières pour remonter dans leur pays, reviennent sur les dix heures du soir, et jettent l'alarme parmi les Sauvages de l’endroit. Ils ont vu un grand nombre d’Iroquois à l’entrée du lac Saint-Pierre. La terreur se répand partout.
Le lendemain matin, on aperçoit au large un canot iroquois, qui va et vient en face de l'habitation, comme pour braver les Français.
(1) La marée du Saint-Laurent se fait sentir jusqu'aux Trois-Rivières, c’est-
à-dire, à plus de 150 lieues de l’embouchure du fleuve. (2) Relations des Jésuites, 1637, p. 78.
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