‹ Les Normands dans les deux mondesChapitre 13 sur 18 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Hastingà Luna, clraiisc histoire — Les Normands Drcngo et ses frères; comté d'Âvorsa. — Arrivée des fils de Tancréde de Hauteville en Italie ; leurs combats pour et contre les Grecs, ])our et contre le pape. — Guillaume Bras de fer. — Saint-Barthélémy de Normands. — Les chevaliers normands pris par les moines du Mont-Cassin. — hf pape, général d'armée, vaincu par les Normands. — Uoherl Gniscard devient duc des Pouilles et de la Calabre et Roirer. son frère, grand comle de Sicile.

Nous avons vu les Normands paraître et disparaître dans les pays les plus divers. Leur audace enhardie par le succès ne connaissait plus de bornes. Un terrible viking', Hasting-, avec lequel nous avons déjà fait connaissance, après avoir rêvé la conquête de Londres et de Paris rêva celle de Rome. Sa bravoure était encore moins redoutable que l'infernale perfidie de ses stratagèmes.

Dudon de Saint-Quentin , le moine de Jumièges et d'autres chroniqueurs rapportent que Hasting commandait les Normands qui en 861 pénétrèrent dans la Méditerranée et ravagèrent les côtes d'Italie.

Le féroce viking n'était pas fort en géographie, il se crut arrivé à son but, lorsque après de longs détours, il aborda près de Luna (aujourd'hui Luncggiano). Cette

ville qui avait été florissante du temps des Étrusques, conservait au moyen âge des restes de son importance antique, et lorsque les Normands Teurent aperçue, elle leur parut si magnifique qu'ils se figurèrent que c'était Rome.

A faspect d'une flotte étrangère qui entrait dans le port, les citoyens étonnés, dit le moine de Jumièges, barricadèrent la porte de la ville, fortifièrent les remparts et s'encouragèrent à la résistance.

Hasting, informé de leurs préparatifs de défense, jugea qu'il serait imprudent de vouloir s'emparer par la force de cette place, et qu'il était préférable d'y entrer par la ruse.

Une députation de Normands d'aspect pacifique et parlant l'italien demanda à voir le comte et l'évèque. (( Nous sommes, dirent-ils, des étrangers venant de France et que la tempête a jetés sur vos bords. Nous vous demandons l'hospitalité que nous pourrons payer largement. » Comme l'orateur s'aperçut qu'on écoutait ces paroles avec méfiance, il ajouta aussitôt : « Notre chef, brisé par l'âge et la souffrance, est près de succomber à une longue maladie. Il voudrait recevoir le baptême avant de mourir, car il a appris en France à connaître et à aimer la religion chrétienne. »

L'évèque, à ces mots, écoute les étrangers avec plus d'intérêt et permet à leur chef de venir recevoir le baptême dans la cathédrale. La cérémonie fut faite avec pompe ; la foule était grande pourvoir le prince inconnu. Hasting, vêtu d'un costume de pourpre bordé d'or, s'appuyait sur un bâton, et comme s'il avait peine à se tenir debout, il était soutenu par ses lieutenants.

Le lendemain on entendit des cris lamentables dans

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touslesbàtiinents de sa flotte, et la nouvelle de la mort du nouveau baptisé se répandit.

Des Normands vinrent trouver l'évêque et lui dirent : « Notre chef vient de mourir. Son dernier vœu a été de recevoir la sépulture dans le temple où il a eu le bonheur de recevoir le baptême. »

(( Il a lécué de grandes richesses à votre cathédrale, afin d'obtenir des messes et des prières pour le repos de son àme. »

La demande fut faite d'un air si naturel que Ton crut devoir satisfaire le pieux désir du mourant. L'évèque voulut lui-même présider à la cérémonie funèbre. 11 fut permis aux étrangers de se procurer des vivres, mais il leur fut défendu d'entrer dans la ville armés. Plusieurs obtinrent l'autorisation de porter ou d'accompagner le corps à l'église et d'assister aux funérailles. Plusieurs sans permission se répandirent dans les rues ou pénétrèrent dans la cathédrale. Tous avaient mis la cuirasse sous la tunique et étaient munis d'armes cachées.

L'évèque en personne officie; la foule est à genoux. Tout à coup le drap d'or qui couvre le cercueil se soulève, Hasting se dresse tout armé, s'élance sur l'évèque et le comte, les tue, appelle les Normands qui, au signal donné, apparaissent de tous côtés avec des armes terribles. «Ensuite, dit le moine de.Iumièges, lui (Hasting) et les siens assouvissent à l'improviste sur le petit peuple leur fureur de loups dévorants; la maison de Dieu devient le théâtre des crimes commis par son fatal ennemi, les jeunes gens sont massacrés, les vieillards égorgés, la ville dévastée et les remparts rasés jusque dans leurs fondements. »

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L'aventure est-elle vraie? Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

Les stratagèmes de cette nature étaient dans le goût des vikings et nous en citerons d'analogues. Un Normand chrétien nous fournira dans ce même chapitre Texemple d'un stratagème imité de Hasting.

Les chroniques d'Italie ne racontent pas la prise de Luna, mais il existe une tradition, une légende qui attribue la ruine de cette ville à une romanesque aventure de mort simulée.

Il y avait une fois, dit-on , une jeune et belle impératrice qui aimait le prince de Luna. Elle feignit de tomber malade, puis de mourir. On l'enterra comme si elle eût été morte, mais elle ressuscita pour aller rejoindre le prince son amant. Son mari, l'empereur, finit par apprendre la vérité, et, pour se venger, il s'empara de Luna qu'il rasa complètement.

Ceci ressemble à du pur roman. Le récit du moine de Jumièges est au contraire confirmé par de nombreux auteurs, et plein de détails qui lui donnent un caractère historique digne de foi.

Les Normands et Hasting avaient trop bien réussi à Luna pour ne pas désirer de réparer leur méprise en allant à la recherche de Rome.

Ils prirent des renseignements sur la route qu'ils avaient à suivre et sur la longueur du chemin qui leur restait à faire. Ils rencontrèrent un pèlerin qu'ils interrogèrent et qui leur dit: « Voyez-vous ces chaussures que je porte sur le dos et celles que j'ai aux pieds? elles étaient également neuves à mon départ à Rome, et le voyage est si long qu'aujourd'hui elles sont tout usées. »

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Suivant leur hal)itude de ne pas s'opiniâtrer dans les difficiles entreprises, et de rechercher plutôt le butin que la gloire, l'idée de la conquête de Rome fut abandonnée, et de longues années s'écoulèrent avant la réapparition des Normands dans ces contrées.

Au onzième siècle, les Lombards, l'empereur d'Orient, l'empereur d'Allemagne, les Arabes et des princes divers se partageaient et se disputaient les petits États de Fltalie.

Les Grecs possédaient les duchés de Naples, de Gaëte, de Sorrente et d'Amalfi; les Lombards, les principautés de Salerne et de Bénévent. Les Grecs ne faisaient aucune difficulté de s'allier avec les Arabes pour recouvrer les Fouilles et la Galabre qui leur avaient été enlevées.

Les Normands, établis en France depuis plus d'un siècle, étaient devenus de fervents chrétiens. Us avaient cependant conservé quelques goûts de leurs ancêtres, surtout l'humeur voyageuse et la passion des aventures lointaines.

Parmi les Occidentaux, qui aimaient les pèlerinages, les descendants des vikings furent ceux qui fournirent le plus de pèlerins pour la terre sainte. Ils partaient en nombreuse compagnie, traversant la France et l'Italie en demandant l'aumône aux fidèles , et si la charité ne venait pas à leur secours, ils n'hésitaient pas à se servir de lépée pour se procurer des vivres. Les villes de Naples, d'Amalfi, et de Bari entretenaient un grand commerce avec la Syrie, les pèlerins usaient souvent des vaisseaux de ces villes italiennes pour venir visiter, à leur retour de Jérusalem, le mont Cassin et le mont Gargano, ou mont des Anges, célèbres par les miracles qui s'y étaient opérés.

En 1016, une flotte de Sarrasins composée de 20.000 hommes abordait à Salerne, insultant la ville et exigeant une contribution militaire. Salerne, était une cité importante et charmante où les plaisirs étaient plus recherchés que la gloire, et les habitants efféminés plus disposés à fuir devant l'ennemi qu'à le combattre.

Quarante pèlerins normands , revenant de la terre sainte, la barbe longue, l'escarcelle à la ceinture, s'étaient arrêtés à Salerne où régnait Gaimar III, l'un des chefs lombards les plus puissants. Ce prince fit bon accueil aux étrangers dont le g"rand air lui avait plu.

Les pèlerins, quittant le Ijourdon pour l'épée , raniment le courage de la population affolée, fondent sur les Sarrasins avec une telle impétuosité qu'ils en font un horrilîle carnage et les mettent en fuite.

Gaimar voulut récompenser leur bravoure [mes. dit la chronique d'Aimé, li normands non voulaient prendre mérite de deniers de ce qu'ils avaient fait pour lo amor de Dieu.

Le prince de Salerne chercha vainement cà retenir ces braves à sa cour ; ils promirent seulement de recruter des chevaliers normands et se chargèrent de présents pour leur duc, notamment de riches étoffes en soie brodées d'or et d'argent.

Le duc Richard II, dit le Bon, avait d'autres idées que d'envoyer ses braves dans les pays lointains; il trouvait l'emploi de leurs services en France et en Angleterre.

Osmond Drengo, apprenant que sa fille avait été deshonorée et abandonnée par Guillaume de Reportel, qui, en qualité de favori du duc, se croyait tout permis,

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va le trouver, et en présence du duc lui-même, tue le séducteur.

Pour se dérober à la colère de Richard, il prit la fuite et partit pour Tltalie avec ses trois frères Kaiuolfe, Raoul et Anquetil de Quarrel, deux neveux, et quelques amis. Us s'établirent en arrivant sur le mont Gargano ; ils étaient environ cent cavaliers et ils offrh^ent leur épée à ceux qui en auraient besoin.

Un des plus riches seigneurs de TApulie, nommé Mélo, vint les trouver. Il avait conçu le projet de délivrer le pays du joug des Grecs et de l'autorité tyrannique des Catapans ou gouverneurs nommés à Constantinople. Il engagea les Normands à entrer dans une ligue qu'il négociait avec Gaimar, prince de Salerne, de Rénévent et de Gapoue , pour l'expulsion des Grecs des Pouilles et de la Calabre.

Les débuts de la campagne furent heureux , mais la fin fut déplorable pour ceux qui l'avaient organisée.

Mélo s'était rendu maître des Pouilles, mais après des succès et des revers, une grande bataille fut livrée au mois d'octobre 1019 entre les Grecs et les Lombards, qui furent battus. Osmond resta parmi les morts, Mélo s'enfuit en Allemagne où il mourut. Le beau-frère de Mélo, Datto, voulut organiser une nouvelle ligue, mais une trahison le iit tomber dans les mains des Grecs qui le jetèrent dans la mer, enfermé dans un sac avec un singe, un c(K| et des serpents.

Les Normands, loin d'être découragés, ne cherchèrent qu'à se venger par des prodiges de valeur. L'empereur d'Allemagne, qui les appréciait, leur confia la garde des neveux de Dalto et les admit sous ses drapeaux. Pandol-

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plie IV, prince de Capoue, était parvenu à s'emparer par surprise cle la ville de Naples. Entre Naplcs et Capoue se trouvait le petit château d'Aversa, dont les Normands s'étaient emparés. Sergius, chef des troupes vaincues par Pandolphe IV^ se retira à Aversa , auprès de Rainolfe, qui avait remplacé son beau-frère Drengo, mort en combattant.

Sergius parvint à se procurer assez d'argent pour acheter le secours des Normands, qui marchèrent avec lui contre le prince de Capoue , et parvinrent à lui faire rendre Naples,

Pour prix de leurs exploits, le duc de Naples confirma leur possession du territoire d'Aversa qu'il érigea en comté, et Rainolfe reçut l'investiture et le titre de comte. Le comte d'Aversa prit ainsi rang parmi les grands seigneurs d'Italie et épousa la veuve du duc de Gaëte,

Rainolfe fit appel aux Normands de France et leur fit représenter l'Italie comme un pays enchanté. C'est, dit un vieux chroniqueur, la terre qui mène lait et miel et tant de belles choses.

Il arriva tant de guerriers de Normandie que la ville d'Aversa acquit une véritable importance.

Parmi les Normands à qui de hautes destinées étaient réservées en Italie et dont les étonnantes aventures sont historiques, les plus illustres sont les fils de Tancrède de Hauteville, près de Coutances. C'était un gentilhomme pauvre, ce Tancrède, et il avait douze enfants. Six se décidèrent à aller en Italie chercher fortune avec leur épée; ils se nommaient Drogon, Humphroy, Guillaume Bras-de-fer, Ilcrinant , Robert surnommé Guiscard (le

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rusé) et Roger. Partis de France sans argent, durant leur long voyage, trop fiers pour demander l'aumône, ils vivaient en vrais vikings du fruit de leurs brigandages, mililariler lucrum quœrenles.

Gaimar IV, prince de Salerne, leur fit Jjon accueil à leur arrivée.

Ils furent suivis de près par Guillaume de Montreuil, Ernaud de Grandmesnil et tant d'autres Normands qu'ils comptèrent dans l'armée des Lomljards. Les Grecs qui avaient pu les juger à leurs dépens, les empruntèrent à Gaimar pour les aider à conquérir la Sicile dont les musulmans étaient maîtres depuis deux siècles. Trois cents chevaliers normands suffirent pour forcer les portes de Messine. Syracuse opposait aux Grecs une vigoureuse résistance. Le gouverneur de la ville, dans une sortie, avait mis les Grecs en déroute; Guillaume marche vers le gouverneur, le pourfend de part en part d'un si terrible coup d'épée que cet exploit lui valut le surnom de Bras-de-fer. Les vaincus , grâce à lui, forcèrent Syracuse à se soumettre.

Le général des Grecs, Maniacès, s'était servi de la bravoure des Normands, mais il fat injuste et dur envers eux; il les blessa dans leur amour du pillage, en leur refusant leur part du Ijutin, et dans leur orgueil, en faisant fustiger ceux qui osèrent se plaindre.

Les Normands furent assez habiles pour s'évader de son armée, et franchir le détroit de Messine. Ils résolurent de donner rendez-vous à leurs amis pour le jour de Noël lOil dans la ville d'Aversa, .\rdouin ne manqua pas de se joindre à eux. Ardouin était lombard, mais il avait partagé les dangers des Normands dans leur

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expédition en Sicile, et comme eux, il avait en liorreur Maniacès qui lui avait fait donner des coups de bâton en présence de ses soldats. Il fut décidé qu'on organiserait une attaque sérieuse contre l'empereur d'Orient, et qu'on chercherait à se rendre maître de toutes les possessions des Grecs en Italie.

Les Normands choisirent douze chefs qu'ils nommèrent comtes. Avec une petite armée de 1200 hommes, ils parvinrent à prendre d'assaut Melfi et à s'emparer de Yenosa, d'Ascoli et de Lovello.

Les Byzantins, toujours malheureux en Sicile, l'abandonnèrent pour venir défendre les Fouilles.

Fier de commander une armée de 00,000 hommes, Drokean, qui avait remplacé Maniacès disgracié, avant d'écraser une poignée de braves, fit dire aux Normands cju'il leur donnait l'ordre d'évacuer toute l'Italie.

Les Normands répondirent : <( Nous sommes trop loin de notre patrie pour y pouvoir rentrer. Nous ne sommes pas venus ici pour nous en faire chasser. Si vous ne nous attaquez pas, c'est nous qui vous attaquerons » et pour clore sa harangue, le Normand Hugues Tuljory déchargea un coup de poing si bien appliqué sur la tête du cheval du héraut, que l'homme et l'animal roulèrent à terre. On releva le héraut, on le ranima, on lui donna un autre cheval, et il partit effrayé de la vigueur surhumaine de ces guerriers inconnus.

Les Normands attaquèrent séparément les divisions diverses de l'armée grecque et les battirent successivement l'une après l'autre.

Drokean voulut prendre sa revanche de si nombreux échecs.

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Le jour de la J>ataille, Guillaume Bras-de-fcr qui était malade, se fit porter sur une colline pour être spectateur du comljat. Lorsqu'il vit ses soldats plier sous le nombre de leurs ennemis, la colère lui donna des forces, il s'arma, se jeta dans la mêlée, tua un des généraux de l'empereur et remporta la victoire quand on croyait qu'elle était perdue.

Les chevaliers normands, afin de se ménager le concours des Lombards, proposèrent à Atenolfc, frère du prince de Béiiévent, de se mettre à leur tête, et grâce à leur valeur, Atenolfe triompha du général grec qu'il fit prisonnier. Il n'eut rien de plus pressé que de le mettre en liberté, moyennant une rançon dont il tira seul tout le profit.

Cette cupidité les dégoûta de leur chef qu'ils remplacèrent par Argyre, fils de Mélo.

L'empereur de Constantinople appréciait tellement la bravoure des Normands, qu'il eut recours à eux après la défection de l'armée de Maniacès.

Ce général Maniacès, après avoir été disgracié et exilé, avait été rappelé à la cour et mis à la tète d'une armée dans les Fouilles. Il fut atteint d'une nouvelle disgrâce; le patrice Pardo fut envoyé en Italie pour lui retirer son commandement et lui demander compte de sa conduite. Maniacès le fit poignarder et se fit proclamer souverain indépendant.

L'empereur, pour le combattre, s'adressa aux Normands toujours disposés à prêter leur épée au plus offrant, et charmés dans cette circonstance de se venger de Maniacès qui avait été brutal envers eux.

Guillaume se faisait une joie de le provoquer et de

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se battre avec lui, mais tout à coup Maniacès disparut de l'Italie, franchit l'Adriatique, et partit pour aller détrôner l'empereur à Constantinople. Il fut battu et tué avant d'arriver dans cette ville où sa tète fut envoyée comme un trophée.

Les Normands se sentirent assez forts pour former un Etat indépendant dans l'Italie divisée en tant de petits États soumis à des princes divers.

Une g-rande assemblée fut convoquée à Matera en septembre 1013 ; là se réunirent le prince de Salerne et les principaux Normands : Guillaume Bras-defer , et ses frères, Rainolfe, comte d'Aversa , Pierre, Rodolphe, Gauthier, Tristan, Hugues Tudebœuf, Ranfroy, Haval et Ardouin le Lombard naturalisé normand.

Le pays conquis fut divisé en douze comtés. Chaque comte possédait sa forteresse et exerçait une puissance souveraine dans son district. Cette petite monarchie féodale, qui s'implantait entre deux grands empires, devait être fortement unie, car elle n'avait pour se soutenir que l'épée de quelques braves. Guillaume des Fouilles nous raconte que la ville de Melfi était le lieu des réunions générales. Là se trouvait la forteresse la plus importante, et chaque comte possédait dans la cité une maison et un quartier qui lui étaient propres, mais tous avaient le droit de jouir des remparts restés indivis. C'est à Melfi qu'ils s'assemblaient pour se concerter, pour discuter les affaires communes, et délibérer sur leurs entreprises. Ils avaient élu pour chef, Guillaume Bras-de-fer; ils lui conférèrent le gonfalon du commandement et le droit de gouverner par la verge de la justice. C'était, lit-

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011 dans une charte, un lion en guerre, un agneau dans le monde, un ange dans le conseil.

L'Empereur Henri III accorda à Guillaume le titre de duc des Fouilles et l'investiture. Il fit la même concession à Drogon frère et successeur de Guillaume ; il étendit de plus sa possession dans le territoire de Bénévent.

Les douze comtes étaient toujours l'épée à la main, se battant tantôt pour les Grecs, tantôt pour les Latins, et faute de mieux, se battant parfois entre eux.

La cour de Constantinople s'inquiétait de la présence de ces Normands en Italie ; elle leur fit des propositions et voulut les attirer sur la frontière de la Perse. L'Italie convenait trop aux douze comtes et la cour de Byzaucc leur inspirait trop de méfiance pour accepter ses offres pressantes. Alors les Grecs résolurent de se défaire par la trahison de ces étrangers qu'ils ne pouvaient chasser les armes à la main ni déloger par les promesses les plus brillantes.

Une conspiration fut organisée par le duc de Bari et l'empereur d'Orient pour faire poignarder tous les Normands le même jour. Malgré l'habile perfidie avec laquelle ce complot fut conçu, plusieurs Normands parvinrent à échapper au massacre général. Leur chef Drogon fut une des victimes les plus regrettées; il fut assassiné par un traître, pendant qu'il priait à l'église de Saint-Laurent de Montoglio. Il eut pour successeur, comme chef des Normands son frère Humphroy. Roliert Guiscard et le comte d'Aversa lui envoyèrent des renforts pour remplacer les pertes éprouvées.

Les Normands mêlaient à leur dévotion des haJjitudes de vikings païens. Dans leur amour du pillage, ils ne

respectaient ni les trésors des couvents ni les domaines du pape. Léon d'Ostie raconte le mal qu'ils firent au célèbre monastère du Mont-Cassin; ils le dépouillèrent sans scrupule de ses biens et de deux forteresses.

L'abbé, désespéré de ne pouvoir se mettre à l'abri de l'attaque de ces aventuriers, songeait même à transférer son couvent au delà des monts.

Un chef des Normands, qui, tout en pillant souvent le monastère, partageait la vénération inspirée par ce sanctuaire fameux, s'arrêta un jour pour y faire sa prière. Il était accompag-né de soldats; tous laissent leurs chevaux et leurs armes à la porte de l'église, ils entrent et se mettent dévotement à genoux devant le grand autel.

Les serviteurs du couvent, après avoir été fort effrayés de l'apparition des terribles guerriers, se rassurent en les voyant désarmés. Ils s'avancent sans bruit, prennent les chevaux et les armes , ferment solidement les portes et sonnent la cloche d'alarme. Tous les habitants accourent et accablent de traits les Normands qui invoquent en vain l'inviolabilité du lieu et le droit d'asile, accordé aux églises. Quinze hommes sont tués, et leur chef, mis en prison par les moines, n'obtient sa liberté qu'en restituant comme rançon toutes les possessions enlevées à Tablié du Mont-Cassin.

Le pape Léon IX, fatigué du voisinage d'étrangers qui s'implantaient en Italie et ne reculaient devant aucun brigandage, résolut de les chasser du pays. Pour former une armée, il s'adressa d'abord à Henri III, empereur d'Allemagne, comme au protecteur de l'Église, et obtint de lui seulement cinq cents gendarmes. Les Apuliens, les Campaniens, les habitants de la Marche d'An-

cône et ceux du pcatrimoiae de Saint-Pierre répondirent à la voix du pape, qui prenant lui-niènie le commandement de l'armée, allait combattre avec Taide de Dieu des hommes pour qui rien n'était sacré. Les Grecs vinrent grossir l'armée pontificale qui se trouva nombreuse, mais mal commandée, n'ayant pour général que le Saint-i*ère.

On eut beau faire observer à Léon IX que le vicaire de Jésus-Christ ne pouvait se servir que des armes spirituelles, que sa main n'était pas faite pour tenir le glaive, mais pour bénir; le pape persista dans sa résolution de commander l'armée et de combattre en personne.

Les Normands, ne se souciant pas de lutter contre ce saint adversaire, mandèrent, dit la chronique d'Aimé, messnige à lo papa, el clierchoient paix et concorde, et promelloienl chascun an de donner cens et tribut à la sainte Eglise.

Le pape, sourd à toutes les propositions, exigeait l'évacuation complète de l'Italie, de gré ou de force, par les aventuriers étrangers.

Les troupes envoyées au pape par l'empereur, secrètement averties que la désertion serait impunie, diminuèrent en route et bien peu de soldats arrivèrent à Rome.

« L'armée papale contre les Normands, dit le curé de Manneval, était composée de mauvais garçons, de criminels, de bannis de l'Empire. «

Il s'y trouvait aussi des ecclésiastiques, qui, en dépit des prohibitions des conciles, croyaient pouvoir se battre dans une armée qui avait pour chef un pape donnant l'exemple.

Humphroy, duc des Fouilles, attaqua les troupes aile-

mandes commandées par Garnier, et Richard de Quarrel, comte d'Aversa, les troupes italiennes commandées par Rodolphe.

Robert Guiscard, à la tète d'une troupe de Calabrais, formait le corps de réserve.

L'armée normande ne comptait que 3.000 hommes et l'armée papale était quatre fois plus forte.

Richard battit sans peine les Italiens. Les Allemands opposèrent plus de résistance et auraient triomphé du duc des Fouilles, si Richard et Robert Guiscard n'avaient réuni leurs efforts contre eux et ne leur avaient arraché la victoire que déjà ils croyaient tenir.

Le pape vaincu alla chercher asile à Civitella. Les Normands coururent après lui et l'assiégèrent dans cette ville forte. Les habitants de Civitella, pour éviter d'être pris d'assaut par les Normands, mirent le pape à la porte.

En voyant repousser hors des remparts le vicaire de Jésus-Christ, sans arme, humilié, vaincu, les Normands, oublièrent la guerre redoutable qu'il leur avait faite pour ne se souvenir que de son caractère sacré de vicaire de Jésus-Christ ; ils tombèrent à ses genoux en demandant l'absolution de leurs fautes, sa bénédiction apostolique et lui rendirent hommage de toutes les possessions qu'ils avaient acquises ou qu'ils pouvaient acquérir.

A ce spectacle inattendu, Léon IX se sent attendri; il déplore le sang qu'il a fait couler et qu'il aurait dû épargner; ses paroles émues touchent les Normands, qui ramènent triomphalement le vaincu ; le duc des Fouilles l'accompagne dans le Rénévent et le pape le prie de venir le chercher lui-même lorsqu'il rentrerait à Rome.

Le pape ne pouvait se pardonner cette guerre inutile

et le sang versé; il chercha à montrer son repentir par ses austérités et ses vertus. Il confirma aussi aux Normands es investitures faites par l'empereur et leur alloua toutes les terres qu'ils pourraient (•on([uérir dans la Calabre. Le traité eut un effet considérable : le royaume de Naples resta ainsi pendant sept siècles un fief de Saint-Pierre.

Les fils de Tancrèdc de Hauteville, Guillaume Bras-dcfer, Drogon et Humphroy ne sont pas ceux dont la vie est la plus étonnante ; les plus jeunes, Robert Guiscard et Roger furent les plus fameux.

Dès que Robert fut en âge de porter les armes, il partit avec quelques Normands pour aller rejoindre son frère en Italie.

Dans cet homme, qui fut un des plus grands capitaines de son temps, il y a du viking et du chevalier français. Jamais viking ne commit des pillages et des brigandages avec plus d'impudence et d'audace. Frappé d'excommunication par le pape, il savait toujours par des actes héroïques et chevaleresques se faire absoudre de ses vols et de ses crimes.

Pendant qu'il guerroyait dans les Fouilles, un jour les vivres viennent à lui manquer; il réunit une soixantaine d'hommes qui connaissaient bien la Calabre et leur dit : « Il n'est glorieux pour personne de se laisser mourir de faim. Les vivres nous font défaut, c'est aujourd'hui jour de fête; les Calabrais ont passé le temps à boire et à manger; ils doivent être ivres morts; la nuit est obscure, déguisons-nous en paysans, mais soyons bien armés. » Ils se glissent sans bruit parmi les Calabrais endormis ; à la faveur des ténèbres, ils ramassent un butin considérable. Lorsque le jour parut, les Calabrais s'apercevant

qu'ils ont été pillés s'arment et se précipitent à la poursuite des pillards nocturnes.

Les Normands ont l'air de fuir comme des voleurs, mais tout à coup Robert se retourne comme un héros, pousse le cri de guerre, met en ordre ses soldats, fond avec impétuosité sur ceux qui les poursuivent et les oblige à fuira leur tour; il leur tue beaucoup d'hommes, leur fait beaucoup de prisonniers, leur prend assez de chevaux pour que tous ses compagnons et lui soient bien montés. Ils étaient partis 60 fantassins, ils revinrent 60 cavaliers. Ils apportèrent la joie et des vivres au camp.

Quand l'argent abondait, Robert était généreux; quand l'argent manquait, tous les moyens lui étaient bons pour s'en procurer.

Voici un fait qui s'est passé en 1066. Robert savait qu'un Calabrais nommé Turra, homme honnête et considéré, possédait des trésors. Il lui demande une entrevue, se rend chez lui et quand ils sont seuls, quoicjue Turra fût d'une taille colossale, il le saisit à bras le corps, le renverse, le livre à ses soldats et ne le remet en liberté que moyennant une forte rançon. Plus tard il éprouva un remords de cet acte de bandit, et rendit Turra plus riche qu'il ne l'avait jamais été.

La terreur qui précédait Guiscard partout où il allait avec ses braves Normands lui faisait ouvrir les portes des villes qui voulaient échapper au pillage en payant tribut, c'est ainsi qu'il entra dans les quatre villes les plus importantes de la Calabre.

Voici un fait raconté parles plus sérieux historiens (1)

(1) Muratori, Scriplores rerum iialicarum, t. V. — Gauthier d'Arc, Histoire des conquêtes des Normands en Italie, p. 178.

et qui est une imitalion du stratagème de Ilasting à Luna.

Robert (iuiscard n'avait pu pénétrer de force dans la citadelle de Malvito, qui résistait à toutes ses attaques. Les moines bâtissaient souvent des couvents en Italie dans les forteresses qui les protégeaient. Gniscard fait dire à l'abbé du couvent situé dans la place qu'un de ses capitaines en mourant avait exprimé le vœu d'être enterré dans sa chapelle. Les moines laissent entrer le corps couvert d'un drap mortuaire et porté par quelques hommes sans armes. Au milieu de la cérémonie funèbre, le mort vivant se redressa tout armé et distribua à ses amis des armes cachées sous le drap. L'attaque fut si imprévue et si terrible que les moines et la foule épouvantée n'eurent rien de plus pressé que de fuir, laissant le temps à Guiscard de se faire ouvrir les portes.

Le comte Humphroy qui était devenu duc des Fouilles vint à mourir en 1056, laissant à sou frère Robert le gouvernement de ses États et la tutelle de ses trois enfants : le comte Abailard, Hermant et Robert, comte de Lauretillo. Humphroy avait épousé la sœurde Rainolfe, comte d'Aversa.

Les funérailles eurent lieu avec une grande pompe au monastère de Yenosa. Guiscard vit bientôt que la tutelle des trois mineurs serait une charge embarrassante pour lui. On parlait de faire le partage de la fortune paternelle entre les trois frères qui avaient des amis différents. Pour couper court à toutes les difficultés, Guiscard envoya ses neveux à Constantinople et se fit sacrer duc des Fouilles et de la Calabre par un archevêque. Il prit la couronne ducale à un rang de perles et de joyaux, et revêtit le manteau de couleurs variées fourré d'hermine. Il

notifia, dans un fin langage, son avènement comme successeur de son frère Humphroy, disant qu'il ne reconnaissait de maitre que Dieu, et que celui qui voudrait lui en imposer un autre apprendrait à ses dépens ce que valait son épée.

Roger, dernier fils de Tancrède de Hauteville, était trop fier de la célébrité de ses frères pour ne pas aller partager leurs périls et leurs gloires. Aussi, dès que son âge le lui permit, il se hâta de partir pour l'Italie avec trois autres frères Guillaume, Manget et Geffroyque suivirent plusieurs parents et amis.

C'était un très beau, très aimable et très gai jeune homme que ce Roger. Il était d'une intrépidité extrême, mais il avait un défaut : un esprit bien prononcé d'insubordination qui le rendait peu facile à conduire.

Guiscard fitbon accueil à Rogeret se hâta de mettre son courage à l'épreuve. Il l'envoya avec soixante cavaliers apaiser une révolte en Calabre. Roger pour se reconnaître dans le pays planta l'étendard normand sur un monticule. A l'aspect de ce drapeau redouté, l'épouvante se répand partout; tous les villages sont désertés, et les tributs sont apportés à Roger qui envoie l'argent à son frère.

Roger, rappelé dans les Fouilles, trouva les environs delà ville de Reggio, qu'il voulait prendre, complètement dévastés à son approche. Il osa, avec trois cents hommes, traverser tout le pays insurgé et rapporta des vivres en abondance.

Guiscard voyant que son frère se faisait trop de partisans par sa générosité, diminua sa solde pour diminuer ses largesses. Roger n'était pas homme à souffrir ce qu'il regardait comme un affront ; il abandonna aussitôt Guis-

carci pour se rendre auprès de son frère (iuill.iume, comte de Principato. (iuiscard, irrité de la défection de Roger marcha contre lui et l'obligea à fuir à son approche.

Ce fugitif, qui devait être le fondateur d'une dynastie de rois, fut réduit pour vivre à fjiire le métier de l)rig'and. Il volait, et son écuyer Blettine était d'une adresse extrême dans tous les genres de vol, surtout dans le vol des chevaux. Malheur aux marchands des environs de Melfil par force ou par ruse, ils étaient tous dévalisés.

Plus tard lorsque Roger, de brigand, devint un prince célèbre, loin de recommander à son biographe Gaufred Malaterra de cacher certaines tristes aventures, il lui dit de les raconter toutes pour faire connaître à la postérité qu'il était parti de bien bas pour arriver bien haut.

Les Normands violaient si impudemment les lois de l'Église qui défendent le meurtre et les vols, qu'ils encoururent les foudres de l'excommunication, et dans les Décrétâtes ils sont traités : d'inliumains, d'horribles, de haïssables, d'infâmes.

Robert, qui était au fond dévot quoiqu'il agît souvent comme un viking païen, craignit pour son salut et trouva que sous tous les rapports religieux et politiques il valait mieux avoir le pape pour lui que contre lui. 11 demanda à Nicolas II une entrevue qui lui fut accordée. Elle devait avoir lieu à Melfi.

Guiscard alla au-devant du pape et l'attendit sur la frontière de ses États pour lui servir d'escorte et lui rendre tous les honneurs. La réconciliation fut complète, et l'excommunication levée. Le duc Robert reçut l'investiture des Pouilles et de la Calabre qu'il avait conquise et de plus l'investiture anticipée de terres qu'il

pourrait enlever aux musulmans maîtres de la Sicile.

Richard, comte d'Aversa et l'ami de Guiscard, obtint la concession de Capoue, s'il parvenait à s'en emparer.

Les deux chefs normands se déclarèrent hommes-liges du pape, s'engagèrent à lui payer une redevance à perpétuité et lui promirent des troupes auxiliaires pour combattre ses ennemis .

Les Normands, qui auraient difficilement pu rompre avec leurs habitudes de pillage, reçurent du pape la permission de piller des seigneurs pillards qui, malgré tous les efforts du souverain pontife, désolaient par leurs brigandages les environs de sa capitale. Parmi les plus indociles et les plus redoutés figuraient le comte de Tusculum, et Girard, comte de Gallizi. Celui-ci ne se fit aucun scrupule d'arrêter un jour pour les voler l'archevêque d'York et un seigneur anglais qui l'accompagnait.

Si Guiscard n'avait nulle honte d'exercer le brigandage, il avait surtout l'ambition de s'élever au rang des grands princes. Il avait épousé une femme très riche, Alvarède, dont il avait eu un fils Bohémond, qui obtint plus tard la main de Constance de France et le duché d'Antioche. Guiscard fit rompre pour cause de parenté son mariage avec Alvarède, et sollicita la main de Sikelgayte, l'ainée des filles du prince Gaimar et la sœur de Girulfe, prince de Salerne ; celui-ci refusa d'abord son consentement, en disant que sa sœur ne se ferait pas aux mœurs normandes. Guiscard tenait trop à une alliance princière pour ne pas insister et forcer le prince de Salerne à céder. Il était beau et plaisait aux femmes quoiqu'il aimât mieux faire la guerre que de leur faire la cour. Voici le portrait que fait de lui

Gibbon. « Sa stature excédait celle des hommes les plus grands de son armée ; son corps avait les proportions de la beauté et de la grâce... Il avait le visage vermeil, de larges épaules, de longs cheveux et une longue barbe couleur de lin, des yeux très vifs, et sa voix, comme celle d'Achille, inspirait l'effroi et la soumission au milieu du tumulte des batailles. »

Sykelgayte accepta sa main avec plaisir et leurs noces furent célébrées en 1059 avec magnificence. Robert ne tarda pas à reprendre les armes et à guerroyer même contre le frère de sa femme.

Il avait toujours des insurrections à réprimer dans la Calabre. Un de ses frères, Geoffroy, comte de Principato, l'appela à son secours contre un seigneur voisin. Robert vainquit l'ennemi de son frère et lui fit crever les yeux.

Roger aussi était un terrible guerrier et l'on rapporte de lui des faits prodigieux. Lorsqu'il assiégeait Reggio avec Robert Guiscard, il terrassa un géant formidable, et inspira une telle épouvante aux assiégés qu'ils demandèrent à capituler. Les Grecs qui défendaient la ville s'échappèrent en s'embarquant une nuit et après vingtcinq ans de luttes laissèrent la Calabre prescpie entière au pouvoir des Normands. Guiscard parvint à maîtriser les chefs mécontents qui à chaque instant s'insurgeaient. Il tua les uns, exila les autres, et tâcha d'en gagner plusieurs par de bons procédés.

Roger, comme son frère, n'aimait que les batailles; aussi très grande fut sa joie lorsqu'une belle occasion de guerroyer s'offrit à lui. Trois messagers siciliens, profitant des fêtes du Baïran, s'étaient mis dans une barque

de pêcheur pour aller à Reg-gio inviter les Normands à venir délivrer la Sicile du joug des musulmans.

En 1060, Roger, aidé par Robert, plaça sur son manteau et sur ses étendards la croix des croisés, et partit bravement pour Messine n'ayant avec lui que soixante chevaliers, et trois cents hommes. Cette petite armée est attaquée un jour par des Sarrasins en grand nombre. Roger feint de fuir, on le poursuit ; puis tout à coup il fait volte-face, ses soldats serrent leurs rangs, attaquent et culbutent les ennemis qui, ne songeant qu'à traquer les fuyards, étaient en désordre.

Cette escarmouche fit comprendre à Roger, quels hommes il aurait à combattre. Après avoir vu de ses yeux le théâtre futur de ses exploits et s'être fait une idée des difficultés de l'entreprise, il rentra à Reggio pour préparer une expédition sérieuse.

Les Sarrasins, sous le beau ciel de la Sicile, avaient perdu leur énergie primitive, et étaient devenus aussi efféminés que les peuples d'Asie.

Au lieu de former une forte monarchie, ils avaient divisé le pays en petites principautés distinctes, presque indépendantes, régies par des émirs qui ne s'entendaient pas toujours entre eux.

La femme d'Ibn-el-Tennah, émir de Syracuse, échappa à son mari qui voulait lui faire ouvrir les veines et trouva asile chez son frère émir puissant. Tennah appela les Normands à son aide ; Roger arriva, mais c'est pour lui-même qu'il voulait faire la conquête de la Sicile ; c'était une grande entreprise qu'il n'acheva qu'après les plus romanesques aventures, et il lui fallut trente années de persévérantes luttes pour arriver à son but.

Son indomptuhle courage ne se laissa arrêter par aucun obstacle.

Les Normands étaient de ])raves chevaliers, mais ils étaient peu nombreux et indisciplinés.

Les ducs de Normandie ne voulurent jamais s'occuper des affaires d'Italie. Ils en avaient d'autres en France et en Angleterre, qui leur faisaient voir avec peine les émigrationsde leurs braves dans des pays où ils n'avaient aucun intérêt. Roger et Guiscard ne pouvaient recevoir des renforts réguliers, et ne devaient compter que sur des mécontents fuyant la Normandie ou sur des chercheurs d'aventures. La discipline pesait à ces guerriers qui lorsqu'ils avaient de l'arg'eut voulaient en jouir, et ne rentraient dans les rangs que lorsqu'ils étaient dans le besoin.

Roger n'avait que très peu d'hommes dans ses premières expéditions. Très heureux à son début, après avoir battu les Sarrasins, il aurait voulu les poursuivre, mais ils lui échappèrent en s'enfermant à Messine.

Obligé de retourner en Calabre, il faillit faire naufrage en traversant le détroit où il fut assailli par une tempête. Il attribua son salut à un miracle obtenu par un vœu qu'il fit.

Les Sarrasins envoyèrent de Palerme vingt-quatre grands navires pour bloquer étroitement les Normands et les empêcher de repasser la mer. Pendant que cette flotte croisait dans le golfe, Roger eut l'adresse de tromper sa vigilance et parvint avec cent soixante-dix chevaliers, montés sur treize petites barques, à traverser le détroit et à débarquer près de Messine.

Des Normands commandés par Geoffroy, un de ses

LES >ORMA?sDS EN ITALIE ET EN SICILE. 273

frères, tentèrent bravement l'assaut de la ville, sans attendre même son arrivée. Les assiégés firent pleuvoir des flèches, de la poix bouillante , du soufre et des torches enflammées sur les Normands, rien ne put les arrêter. La ville fut prise et les vainqueurs, en voyant douze chrétiens pendus par les musulmans, furent sans pitié pour les Sarrasins et en firent un horrible carnage.

Messine n'était pas d'un accès facile, et les routes étaient impraticables pour la cavalerie. Les Normands arrivèrent à pied et furent acclamés comme des libérateurs par les habitants de Messine tous chrétiens. Les clefs de la ville furent envoyées à Guiscard,

Les Normands enhardis par la prise de cette place importante tentèrent d'en prendre d'autres, mais les sièges leur convenaient moins que les batailles. Le général des Sarrasins Aly, avait réuni une armée de 15,000 hommes et attendait les Normands près de Castro Giovanni. Quoique Roger n'eût avec lui que 700 hommes, il n'hésita pas à accepter le combat, il fut vainqueur et chaque chevalier dans le partage du butin eut dix chevaux pour sa part.

Roger ne pouvait rester oisif et dans ses courses, il arrivait souvent que les chrétiens, enhardis par sa présence, lui ouvraient les portes des villes où dominaient les Sarrasins.

Lorsque l'hiver fut venu, les Normands, laissant une forte garnison à Messine, repassèrent le détroit et rejoignirent Guiscard. Roger ne resta pas longtemps inactif. Il reparut en Sicile au moment où on ne l'y attendait pas. L'idée qui le préoccupait, c'était la prise de Syracuse.

274 LES iSORMA.NUS.

Partout les populations chrctiounes lui faisaient de véritables ovations. La ville de Traîna envoya au-devant de lui une procession où le clergé portait les reliques les plus vénérées. Cette pieuse cérémonie impressionna Roger qui fit ses pàques à Traîna.

Ce vaillant guerrier épousa la fille d'un grand seigneur de la cour de Guillaume le Conquérant, Judith, (|ui était venu le trouver à 3Iélito. Le mariage fut célébré avec grande pompe. Les fêtes et les plaisirs ne pouvaient longtemps distraire Roger de sa passion dominante pour la gaerrc. S'il interrompait les hostilités d'un côté, il les recommençait d'un autre.

Il s'était brouillé une fois avec Rol)ert, il so brouilla de nouveau avec lui. 11 reprochait à celui-ci de no payer ses services qu'avec de l'argent au lieu de lui concéder des terres. Il somma son frère de tenir la promesse qu'il lui avait faite de lui céder la moitié de la Calabre. Guiscard ne voulut lui abandonner que les deux villes de Mélito et de Squillaci.

L'irritation des deux frères fut égale lorsque l'un apprit qu'on ne voulait pas faire droit à sa demande, et que l'autre vit que sa proposition était repoussée. Ils résolurent tous deux de terminer par l'épée leurs différends. Au moment où la lutte était le plus animée, Guiscard s'introduisit secrètement dans une ville qu'on lui avait prise et chercha à s'emparer de la personne de son frère. Il fut reconnu, saisi de force, et on lui aurait fait un mauvais parti si Roger n'était accouru pour le délivrer. Les deux frères, plus violents que méchants, se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et la paix fut conclue entre eux.

Roger avait repris les armes contre les musulmans. 11 s'était fixé avec sa femme à Traîna. Il laissa Judith dans cette ville pendant qu'il allait assiéger Nicosi.

Les Normands, avec leurs habitudes de pillage, de violences et de débauche, irritaient les habitants des pays où ils s'installaient et les mécontents allaient grossir les rangs des Sarrasins. Les Grecs, qui avaient reçu Roger à Traîna, s'entendirent avec les musulmans qu'ils introduisirent dans la ville. Les Normands se retirèrent dans un quartier où ils furent Ijloqués et privés de toute communication avec le dehors. La comtesse, avec quelques femmes, était obligée de préparer la nourriture des soldats; tous les valets avaient pris les armes. Les vivres s'épuisèrent vite et la famine se joignit à une misère telle que Roger et sa femme n'avaient qu'un seul manteau qu'ils portaient l'un après l'autre pour paraître en public.

Ce n'est pas l'audace qui manquait à Roger et il allait au-devant de l'ennemi. Dans une sortie, il est reconnu et alors tous les traits sont à la fois dirigés sur lui. Il est renversé à terre par son cheval qui tomlje mortellement frappé. Il parvient à tirer son épée du fourreau, il se redresse et charge les ennemis qui l'entourent avec une telle vigueur qu'il les met en fuite.

Il ôte la selle de son cheval, la met sur ses épaules et rentre avec les siens dans son quartier.

L'hiver était très rude. Les musulmans mal campés se livrèrent à la boisson pour se réchauffer, le vin de Sicile est fort et ils n'étaient pas habitués à boire du vin que 3Iahomet interdit; aussi la nuit, après le moindre excès les Sarrasins étaient-ils plongés dans un sommeil pro-

fond. Roger choisit une nuit obscure pour organiser contre eux une attaque sérieuse avec toutes les forces qu'il put réunir. Il les surprend, à l'improviste, fond sur eux avec tant de force, les entoure par des manœuvres si bien réussies, qu'il en fait un horrible carnage et finit par les mettre en fuite. Il trouve dans le camp déserté par les Sarrasins un butin considérable, surtout une ample provision de vin. Tous les chrétiens qui avaient comploté contre lui avec les musulmans et qu'il put saisir furent pendus sans pitié.

Roger alla aussitôt après sa délivrance chercher des chevaux en Calabre, et à son retour, dès que les chevaux furent reposés, il les mena au combat.

Judith était digne de son mari par son courage; lorsqu'il s'absentait de Traîna, c'est elle qui le remplaçait; elle faisait elle-même les rondes, causait avec les soldats, et leur rappelait les dangers qu'ils avaient courus ensemble.

Roger, comme tous les Normands, était habile dans les stratagèmes de guerre. Son neveu Sarlon attaque un jour l'ennemi; puis, il a l'air d'être mis en déroute et en fuyant il l'attire vers un lieu où Roger en embuscade l'attend avec des troupes considérables qui font un grand carnage et remportent un riche butin.

Les musulmans avaient perdu beaucoup d'hommes, mais ils reçurent des renforts d'Afrique, et une grande bataille fut livrée. Roger ne négligeait rien pour impressionner ses soldats et leur faire croire à une victoire certaine par une intervention divine. Au moment d'en venir aux mains, il harangua son armée, et rappela les miracles de Dieu en faveur de ceux qui combattaient

les infidèles. Au moment où ses paroles frappaientles esprits de ses soldats, im spectacle imprévu frappa leurs yeux, on vit paraître et disparaître un beau cavalier vêtu de blanc, couvert dune cuirasse étincelante, armé d'une lance sur le guidon de laquelle la croix brillait... et dans tous les rangs on n'entend qu'un cri : C'est saint Georges qui vient combattre avec nous !

Dans ce temps où la vigueur du bras était si nécessaire au guerrier, la force herculéenne de Roger était admirée comme un prodige. Dans un combat contre le duc de Palcrme, il coupe le duc en deux malgré sa cotte de mailles qu'on croyait impénétrable. Les soldats du duc, terrifiés par la vigueur surhumaine de Roger, lui abandonnèrent la victoire.

Le butin était considérable : Roger fit une part pour le pape; il lui envoya en présent quatre chameaux. Le Saint-Père lui envoya sa bénédiction et le guidon de Saint- Pierre.

Guiscard amena des renforts à Roger, et, d'un commun accord, ils poursuivirent la conquête de la Sicile. En 106i, les deux frères s'emparèrent de Rergame, détruisirent la ville de fond en comble, et transportèrent les habitants en Calabrc pour repeupler la ville de Scribla. Celte translation d'une population entière d'un pays à un autre, ce système de changer les mœurs d'une ville en en changeant les habitants convenait à Guiscard. Il transporta à Nicotera les habitants de Policastro, et il eut l'intention sérieuse de détruire tous les Romains pour peupler Rome de Français.

La ville de Bari, violant ses serments de fidélité, s'était soustraite au pouvoir de Guiscard qui vint en faire

278 LES NOHMANDS.

le siège. La place, très fortifiée, était entourée parla mer (le trois côtés et bien défendue du côté où elle touchait à la terre. Guiscard fit arriver de Calal^re une flottille dont les bâtiments reliés par des chaînes de fer empêchaient les convois faits pour ravitailler la ville. Du côté de la terre, les Normands érigèrent une haute tour qui dominait les remparts et leur permettait de tirer sur les assiégés pendant (|ue des béliers et des machines de guerre ébranlaient les murailles.

Sébastophore commandait les Grecs qui soutenaient le siège, et Guiscard lui inspirait une grande terreur. Effrayé de l'audace et de l'habileté de ce héros redouta])le, il résolut de s'en défaire par le fer ou le poison et de recourir à l'assassinat. L'assassin qu'il choisit parvient à s'approcherfurtivement de Guiscard désarmé, il le vise, il tire sur lui, mais par un hasard providentiel, le héros normand, au moment où le dard fut lancé, fit un mouvement de tète pour cracher et le trait n'atteignit que les vêtements.

Le siège traîna en longueur. « Durant quatre ans que dura le siège de Bari, dit M. Weiss, Guiscard fut logé sous les murs, dans une mauvaise baracpie formée de branchages secs et couverte de paille, exposé comme un soldat aux rigueurs de l'hiver et aux traits des ennemis. »

Le siège se prolongeait si longtemps que Roger, en 1070, interrompit son expédition de Sicile pour aller en aide à son frère. Il venait de remporter une victoire sur l'émir Mikhaël qui l'avait attacjué, et fut mis en fuite. C'est dans les bagages des vaincus qu'on trouva des pigeons voyageurs dont les musulmans faisaient déjà

iisag'e et dont ils se servirent du temps des croisades, notamment au siège d'Antioche.

Gosselin, transfuge normand, était devenu duc de Corinthe et avait réuni à Durazzo une flotte de vingt bâtiments pour venir au secours de Bari.

Roger fit équiper une flotte par les Pisans, et partit pour aller rejoindre Guiscard. Ilavait pris les devants et croisé longtemps avant de voir paraître la flotte ennemie. Dès qu'il l'aperçut, il donna l'ordre à son escadre tout entière de viser le même point, et de se porter vers le vaisseau amiral facile à reconnaître par le double fanal qui brillait au haut du mât.

Cette manœuvre réussit; Gosselin fut obligé de se rendre et de ramener à Durazzo ses vaisseaux désemparés. Enfin le 15 avril 1070, les Normands entraient à Bari qu'ils avaient forcé de capituler. Gosselin fut condamné à l'emprisonnement à perpétuité.

La ville fut obligée de fournir des subsides en hommes et en argent aux deux frères qui réunissaient leurs forces pour s'emparer de la capitale de la Sicile. Le siège de Palerme commença au mois d'août 1071 ; Guiscard avait amené à son frère une flotte de cinquante-huit voiles. Les assiégés cherchèrent d'abord à détruire la flotte ejmemie dans un combat naval, mais les Normands, aussi heureux sur mer que sur terre, après avoir triomphé des vaisseaux, prirent d'assaut la ville le 10 janvier 1072. Les musulmans qui l'habitaient ol^tinrent la liberté d'exercer leur culte.

Guiscard donna à Roger l'investiture de la Sicile et le titre de grand comte qu'il porta depuis lors et qui lui est resté.

280 LES NOilMANDS.

Cesdeii.v frères, dont l'un fit la conquête des provinces qui formèrent le royaume de Naples et dont l'autre s'empara de la Sicile, avaient toujours quelque révolte à réprimer, quelque trahison à punir.

Le comte de Trani s'insurgea contre Guiscard qui lui fit payer sa rébellion par la perte de sa capitale.

Roger, pour venger une trahison commise contre son neveu Sarlon, châtia sévèrement les musulmans.

L'empereur d'Orient, Michel, fils de Constantin, Ducas, demanda en mariage, pour son fils Constantin la fille de Guiscard. Il semblerait que le pauvre gentilhomme Robert de Hauteville devait être bien fier de cette alliance impériale; il fit des diffîcullés parce que, selon la chronique d'Aimé, il avait le cœur souffrant que sa fdle fut tant loing de lui. Après avoir longtemps fait attendre son consentement, il finit par le donner et fit conduire sa iille à Constantinople, où elle prit le nom d'Hélène.

La renommée du duc des Fouilles allait toujours grandissant et son alliance était recherchée par les plus illustres maisons. Sa troisième fille Mathilde, mariée à Déranger, comte de Barcelone et de Carcassonne, eut un fils qui fut l'aïeul de Marguerite de Provence, femme de saint Louis, roi de France.

Gisulfe II, beau-frère de Guiscard, fut le dernier prince lombard de Salerne ; il voulut se battre contre les Normands qui lui enlevèrent Amalfi et Salerne, le chassèrent de ses États, et l'obligèrent, en lui laissant mille besants et quelques cavaliers, à se retirer au couvent du Mont-Cassin.

Grégoire VII eut pitié du prince déchu et lui accorda le gouvernement de la Campanie, ce qui déplut à

Robert. Celui-ci ne permettait pas qu'on prit intérêt à ses ennemis. Pour se venger du pape, il s'empara d'une partie des marches d'Ancône et alla attaquer Naples et Bénévent.

Le pape l'avait de nouveau excommunié ainsi que Richard, comte d'Aversa. Lorsque Richard se sentit près de mourir, il se réconcilia avec le Saint-Père. Son fils JourdoU; devenu comte d'Aversa, promit au pape, moyennant la somme de i,000 besants, de faire lever le siège de Bénévent.

Dans ce moment, Robert Guiscard,qui célébrait le mariage de sa fille Hérie avec Hugues d'Est, était en lutte contre des vassaux qui lui refusaient le don de noces qu'il exigeait. Il fit la paix avec le pape en lui cédant la ville de Bénévent, et en gardant pour lui le territoire de cette principauté qui s'était éteinte en 1077 à la mort de Pandolfe VI,

Robert Guiscard, que les Amalfitains avaient reconnu pour leur duc, aidé par leur flotte, s'empara de Salerne et réunit à ses États cette dernière principauté des Lombards, qui étaient entrés en Italie cinq siècles auparavant.

Robert, après avoir chassé les Grecs des Pouilles et de la Calabre, les Lombards de Salerne et de Bénévent, était devenu chef d'un grand État.

Son ambition n'était pas satisfaite ; il aspira encore à de plus hautes destinées.

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