CHAPITRE PREMIER
Les Normands. — Leurs dieux. — Adoration de la Force. — La Peur, crime punissable. — Mort violente glorifiée. — Le bourreau et les sept patients. — Immortalité de l'âme. — Pacte de frères. — L'amitié et l'amour. — Nourriture. — Arts et sciences. — Constitution politique.
Les Normands n'ont reçu ce nom : hommes du Nord (Nortli-man) que des méridionaux surpris de Tapparition imprévue de ces étrangers venus du Danemark, de Norvège ou de Suède, et dont on ne savait point préciser l'origine.
Ces guerriers barbares paraissaient de même race et adoraient les mêmes dieux. Les plus anciens dieux du Nord se nommaient Baal (le Soleil), Balder (la Bonté), Thor (la Force, le Tonnerre). Odin, qui devait être regardé comme le roi des dieux, comme le "principe de tout (Alfader) n'arriva dans le Nord, selon le premier historien islandais Aré-Frodé, qu'en 65 ou 66 avant J.-C. lorsqu'il cherchait à se soustraire aux Romains.
Si les poètes ont rendu célèbre la mythologie grecque et romaine, dont l'empire était cependant très restreint, la mythologie d'Odin, avec ses dieux sombres et sanguinaires, est restée longtemps peu connue en France. Ces dieux semblaient ne devoir convenir que pour le Nord. Les Normands vaincpieurs ne songèrent jamais à les transplanter au midi. Ils les abandonnaient quand ils abandonnaient leur patrie et ils adoptaient facilement le culte et les mœurs du pays où ils allaient se fixer.
Les peuples, qui arrai%ent eux-mêmes leur religion, ont soin de la mettre en harmonie avec leurs idées et leurs goûts; plus tard la religion s'afTermit, prend racine et réagit à son tour sur le caractère national.
L'odinisme était basé sur le principe que la Force prime tout, le droit divin comme le droit humain.
Les Scythes et les Germains, comme les Scandinaves, croyaient que leurs divinités, essentiellement g-uerrières, aimaient à se mêler aux combats.
Tacite (1) fait dire à un de ces barbares : <( La valeur est le seul bien propre à Thomme. Dieu se range du côté du plus fort. »
Le guerrier, doué d'une vigueur physique extraordinaire et habile à manier les armes , ne voyait rien au-dessns de son courage, et disait en parlant de ses ennemis : « Quand ils seraient plus forts que les dieux, je veux les combattre. »
Saxon le grammairien met dans la bouche d'un lier Scandinave ces paroles de défi adressées à Odin, avec lequel il aurait voulu se mesurer : <( Où donc est-il main-
(1) Ilisl., 1. IX, c. wii.
tenant celui qu'on nomme Odin, ce héros si bien armé et qui n'a qu'un œil pour le conduire. Ah ! si je pouvais le voir cet époux redouté de Frigga ! C'est en vain qu'il est couvert d'un ])ouclier resplendissant , c'est en vain qu'il est monté sur un grand cheval; il ne sortirait pas sans quelque blessure de sa demeure de Lethro, Il est permis d'attaquer et de combattre un dieu guerrier. »
Lorsque la foi antique commença à failîlir, on adorait encore la force. On lit dans la vieille histoire d'Olaiis. roi de Norvège , qu'un guerrier pressé de se faire chrétien, répondait : « Je veux ])ien (jue tu saches que je ne crois ni aux idoles, ni aux esprits. J'ai voyagé dans phisienrs pays; j'ai rencontré des géants et des hommes monstrueux, jamais ils ne m'ont vaincu; ainsi jusqu'à présent je ne crois qu'à ma vigueur et à mon courage. »
Les dieux n'étaient respectés du peuple que parce qu'ils étaient doués d'une force surhumaine et qu'ils possédaient une arme sans pareille, le tonnerre. Leur religion excitait à la guerre, à la vengeance, au mépris de la vie.
La félicité suprême des dieux et des habitants du Valhalla, c'était de se battre et de se mettre en pièces depuis le matin jusqu'au soir. Dans les contrées barbares où l'état de lutte armée était l'état normal, le développement du corps était l'éducation principale. Faire des sauts prodigieux, grimper sur les rochers, s'endurcir à la fatigue, s'habituer à la lutte, telle était l'instruction primaire enseignée dès l'enfance. Lorsque les forces physiques de l'adolescent lui permettaient le maniement des armes, on lui remettait une épée, une lance, un bouclier; c'était le signe de l'émancipa-
ti(»n. Il n";n ait appartenu jusquà ce iiionient qu'à sa famille; alors, il appartenait à l'Etat.
La précloniiuance de la force sur toute autre qualité était reconnue même par la loi. L'homme faible n'avait pas droit de posséder des biens, parce (ju'ilne pourrait pas les défendre. La victoire était le signe certain de l'approbation des dieux.
On mesurait la valeur d'un homme sur sa force et son courage. Un roi de Danemark promet les grades élevés de l'armée à celui qui en toute occasion attaque l'ennemi, s'il n'en a qu'un devant lui; fait face à deux agresseurs ; ne recule que d'un pas, s'il est attaqué par trois ; et ne prend la fuite que si quatre tombent sur., lui à la fois.
La lâcheté n'entraînait pas seulement l'ignominie , c'était un crime. Harald le bleu, dans une ville qui! avait fondée , défendit, raconte une saga, de prononcer le mot de peur, même dans les grands dangers (1).
L'homme qui avait fui en jetant son bouclier, ou qui avait été blessé par derrière, n'osait plus se montrer. Être pris par l'ennemi, même après une vaillante défense , c'était un déshonneur. Forthon , roi de Danemark, est fait prisonnier au fort de la mêlée. L'ennemi lui offre la vie. Il refuse en disant : « A quoi me serviraitelle pour rester dans la honte? Quand même vous me rendriez mes trésors et ma couronne, pourriez-vous me rendre l'honneur lorsqu'il est perdu? Vos bienfaits ne rétabliraient pas ma gloire et les siècles à venir diront toujours : « Forthon a été pris par l'ennemi ! ■»
(1) JomswUiings saya, ainitl lîaiihol., 1. I, c. v.
LA VIE DES NORMANDS. o
Le mot de lâche, niting, était une provocation inévitable à un duel à mort sur-le-champ. Les l)lessures faites par les paroles étaient considérées comme les plus graves.
Les Islandais ayant fait des chansons contre Harald, celui-ci arma aussitôt une flotte pour aller les châtier. On cite comme datant de cette époque une loi prononçant la peine capitale contre tout Islandais faisant des satyres contre les rois des trois États Scandinaves.
Les combats d'homme à homme, de tribu à triJju, de peuple à peuple^ se succédaient prescpie sans interruption, et le brave épargné par la mort se frappait souvent lui-même pour obtenir au Yalhalla la gloire des trépas sanglants.
Lorsqu'un père était menacé de mourir de maladie ou de vieillesse, c'était œuvre pie que de l'assommer à coups de massue, parce qu'Odin ne pardonnait pas la honte de mourir naturellement. Il fallait mourir par les armes, mourir en aifrontant la mort et en riant.
Un officier d'un roi de Norvège, en faisant l'éloge de son maître, s'exprime ainsi : « Toutes les histoires raconteront à l'avenir que mon roi est mort en riant! »
Ilacquin, roi de Norvège, condamne à mort sept guerriers qui faisaient partie d'une armée dirigée contre lui. Thorschill, chargé de leur trancher la tète, a la singulière idée de leur demander ce qu'ils pensent de la mort en présence de laquelle ils se trouvent. Le premier répond : « Pourc[uoi m' effrayer de ce qui est arrivé à mon père et qui devait dans tous les cas m'arriver un jour? » Le second répond : « La loi défend d'avoir peur. Jamais on ne m'entendra prononcer une parole de
ft LES NORMANDS.
ci'ainl»'. )' Le ti'oisièmo ré])oii(l, ou regardant Tlioi-scliill : « Je me réjouis de moinir; j'aime luieux une m oi't glorieuse comme la uiienue, ({u'inie vie iufàme comme la tienne. » Le quatrième fait cette singulière réponse : « J'accepte la mort avec courage et avec plaisir. Je te prie seulement do me trancher la tète le plus promptenient possible. On a souvent agité la question de savoir si. après la décapitation, on conserve encore quel- (pio sontiment. Faisons une expérience. Je vais prendre ce couteau dans la main; si après avoir eu la tête tranchée, je le porte contre toi, ce sera une preuve que je n'aurai pas entièrement perdu le sentiment; si je le laisse tomber, ce sera une preuve du contraire ; ainsi frappe vite afin de résoudre au plus tôt la question. » Le cinquième répond : <( En mourant, je me moque de mes ennemis. » Le sixième répond : « Frappe-moi au visage, je te défie de me faire faire le moindre signe de frayeur ni môme de me faire fermer les yeux. » Le septième répond : « Je reçois la mort avec plaisir , puisque j'ai vu mourir tous ceux auxquels il m'eût été cruel de survivre. »
On se demande comment les Scandinaves ont pu porter si loin le mépris de la vie. L'idée de la mort n'est pas aussi effrayante pour des peuples sauvages que pour les peuples arrivés à une civilisation avancée. Les uns, habitués à une vie rude et pénible, sourient à l'idée d'un monde meilleur. Les autres, accoutumés à toutes les jouissances matérielles, regrettent de (piitter ce monde et peuvent craindre d'être obligés de rendre compte ailleurs de l'abus qu'ils ont fait des plaisirs d'ici-bas.
J'ajouterai une autre raison, spéciale aux Septen-
trionaiix. Us croyaient à l'immortalité de Fâme , lorsque cette croyance rencontrait beaucoup crincréclules chez les peuples civilisés et même chez d'illustres philosophes. Dans la persuasion où étaient les Normands que la mort n'est que le passage aune longue vie, ils ignoraient la plus fâcheuse de toutes les craintes, celle du trépas. Us prenaient les armes avec joie, ils savaient mourir et regardaient comme une lâcheté de ménager une existence qui ne finissait que pour recommencer plus douce et plus heureuse au Valhalla.
Dans les cœurs de ces guerriers demi-barbares, à côté des sentiments de haine vigoureuse, d'implacalîle veng-eance , se rencontraient les sentiments de la plus cordiale amitié et du plus énergique dévouement.
L'amitié unissait des compatriotes courant les mêmes dangers , les mêmes aventures , et le dévouement allait jusqu'à prodiguer sa vie pour sauver celle d'un ami. Dans le Nord existait ce qu'on appelait le pacte de frères. En partant pour une expédition , il arrivait parfois qu'on se liait à un chef par le serment de ne pas lui survivre s'il venait à succomber. Parfois aussi de simples g-uerriers faisaient entre eux une association pour se protéger, se défendre, se venger, et mettre la vie même au ser\dce de l'un pour l'autre, réciproquement.
La fraternité d'armes était sans doute connue chez les peuples antiques, et du temps d'Homère on en cite des exemples dans la Grèce. La chevalerie, qui n'était qu'une vaste fraternité d'armes, perfectionna ces associations dont les chroniqueurs et les romanciers parlent si souvent. Mais la fraternité d'armes a surtout fleuri, dans le Nord ; on l'y retrouve dès les temps les plus re-
Cillés; et lo christianisme, loin d'abolir ces associations, les sanctifia sous le nom de confrairies. Le nombre des confrairies devint si considérable, qn'û en résulta des abus qui Uniront par amener la suppression d'une institution qui avait fait son temps.
Après avoir parlé de l'amitié, faut-il parler de l'amour? L'amour est de tous les siècles et de tous les pays. Dans le ÎN'ord, il s'allume peut-être moins vite , mais il dure jîlus longtemps. 11 a peut-être aussi produit en ce pays moins d'excès et plus d'actes d'héroïsme.
Odin était assimilé au Mercure antique qui passait pour le Dieu des voleurs. Il faisait une œuvre méritoire de la richesse ; qu'elle fut acquise par l'avarice ou par le travail , par des moyens honnêtes ou malhonnêtes , peu importait; pour l'homme qui possédait des trésors, les portes du Valhalla étaient grandes ouvertes. Odin disait: Heureux les riches! comme Jésus disait : Heureux les pauvres !
Les Vikings avaient rapporté de leurs pillages et du butin des batailles, tant de trésors, dans un pays où l'on ne savait pas les dépenser, que lorsque le christianisme prêcha la charité, les personnes pieuses qui voulaient faire raumône ne trouvèrent pas de pauvres dans la Scandinavie et furent obligées d'en chercher à l'étranger.
Le luxe des habitations ne consistait guère que dans la grandeur des dimensions. Arngrimus nous apprend que le palais d'Ingolphe avait 105 pieds de longueur.
Se battre, boire, et manger était la vraie félicité sur terre comme au Valhalla.
Dans les grandes occasions, il était d'usage de couvrir le
plancher de paille. Le foyer était au milieu de la pièce ; la fumée s'échappait par une ouverture pratiquée dans le toit ou dans le mur. Des bancs étaient placés autour de la lable qui était quelquefois très longue. Le roi et la reine occupaient la place d'honneur ijidgsdle), au milieu du banc, tournés vers le soleil. L'hôte le plus distingué siégeait en face ; les hommes et les femmes étaient rangés par couples et buvaient ensemble. On se portait des toasts d'un bout de la table à l'autre, et la bière devait traverser le feu : les sagas disent que Ion vidait les coupes tout d'un trait. Les coupes qu'on a retrouvées sont si vastes, qu'aujourd'hui elles ne peuvent être vidées d'un coup par l'homme moderne dont la force paraît avoir dégénéré de celle de l'homme antique. Les grands festins avaient lieu surtout avant une expédition pour en dresser le plan , et après le retour pour en célébrer le succès.
L'industrie agricole dans les temps païens ne fut pas néghgée , sans doute , mais fut peu en honneur.
On a retrouvé des premiers essais de glyptique et de la naissance des beaux-arts. On faisait des statues, elles sont très grossièrement sculptées. Dans les longues nuits d'hiver, de bonne heure on se mit à sculpter le bois. On fait encore des choses charmantes avec du bouleau. De très anciens fragments de lambris étonnent par la finesse du travail ; on en a retrouvé de très remarqual)les représentant des héros des temps anciens.
L'étude des astres était de grande utilité pour ce peuple maritime. Dans une antique saga, un jeune homme énumère tous ses talents à sa belle fiancée. Il sait jouer," courir en patin sur la glace, nager, chanter.
,0 l.t:S NORMANDS.
cl ;ij)|)el('i' toutes les étoiles par leur nom. Ces noms n'avaient aucun rapport avec ceux que nous leur donnons. La granile Ourse s'appelait /e (/r^/n^/ Chien; Orion la quenouille de Frigga; la voie lactée le Clieminde l'hiver.
L'année commençait au solstice d'hiver. Elle se divisait en quarts d'année et en mois. Le mois était divisé en semaines de 7 jours; le jour en douze parties qui avaient chacune un nom particulier.
Ils regardaient la plus longue nuit d'hiver comme la nuil mère. Ils croyaient que c'était pendant cette nuit que le monde avait été créé et que toutes les autres nuits provenaient de celle-là. Us comptaient le temps par nuits et non par jours. Cet usage antique a existé chez les Germains, et on dit qu'il en reste encore des vestiges dans c[uelques locutions actuelles des Septentrionaux.
On a cherché à dégager des nuages qui la couvrent l'histoire des premières constitutions politiques. Si le despotisme a paru convenir de bonne heure aux peuples de l'Asie, la liberté a fleuri dans le Nord. Pour un peuple qui vivait de chasse et de pêche, les séductions de la cour avaient peu d'attrait. Pour des hommes avides de combats , il fallait surtout un chef habile et intrépide , (pii sut les conduire à la victoire. On choisissait le plus brave. On montre encore en Danemark trois endroits où, selon la tradition, se faisait l'élection du roi. Là s'élèvent douze fragments de roc rangés en cercle. Au milieu, une pierre plus haute est sculptée en trône. D'autres pierres semblent indiquer l'enceinte que la foule ne pouvait franchir.
Le choix se faisait ordinairement parmi les membres de la famille royale. Les anciens rois prétendaient des-
cendre des dieux. Les chefs proclamaient le nom qui avait obtenu leur suffrage; le peuple raccueillait avec des cris de mécontentement ou l'acclamait en frappant en cadence sur les boucliers.
En Suède , dans les temps les plus anciens, le roi élu était, après la proclamation par les grands et l'acceptation par le peuple, élevé sur les épaules des sénateurs. Dominant ainsi toute la foule, le nouveau souverain haranguait le peuple ; il jurait à Odin, d'observer les coutumes du pays, de tirer vengeance des ennemis de la patrie et de faire quelque exploit qui le rendrait célèbre.
CHAPITUE II.
Cause (les cmisiations. — Les vikiiigs poétisOs. - Clicvalcrie du Nord. — La piraterie glorifiée. — Écoles militaires. — Cupidité, fourberie et cruauté desNoniiands. —Leur savoir trop prôné.
Le climat rigoureux du Nord, les montagnes, la stérilité de certaines régions, rendaient le pays pauvre. Le voisinage des mers, des fiords, des lacs immenses avait donné aux septentrionaux le goiît des aventures maritimes.
De bonne heure, ils cherchaient sur les flots, dans la piraterie, les richesses que la terre avare leur donnait avec peine. On a retrouvé des barques des temps préhistoriques que nous avons vues au musée de Copenhague. Lorsque les Normands furent devenus plus hal)iles navigateurs et plus nombreux, ils se hasardèrent dans les aventures lointaines. Une expédition heureuse en provoquait d'autres. Familiarisés avec les flots, ils ne craignaient pas la tempête qui plus d'une fois les fit échouer sur des plages qu'ils ignoraient, et dont ils rapportèrent un riche butin. Les populations effrayées achetaient à prix d'argent la paix aux Normands, lorsqu'ils ne pouvaient les éloigner par leurs armes.
MŒURS ET INSTITUTIONS. Ui
Lorsqu'ils apparaissaient , on les reg'ardait comme des monstres vomis par l'enfer, n'ayant pour compagnons et pour guides que le démon du meurtre et celui de l'incendie (1) ! Les populations étaient à moitié vaincues par la terreur qui les précédait; elles imploraient contre ce fléau le secours du ciel, et longtemps elles ajoutèrent aux vieilles litanies : A furore Normannorum libéra nos Domine (De la fureur des Normands, délivrez-nous, Seigneur.)
Jamais on n'avait vu le brigandage en grand, organisé dans de telles proportions et dans tant de nations diverses par les mêmes vikings. Les cartulaires des couvents nous offrent la plus énergique peinture des dévastations des Normands et l'expression de l'épouvante qu'ils inspiraient.
Des écrivains du Nord , cherchant à refaire l'histoire contemporaine des vikings, ont tenté de réhabiliter leur mémoire en disant que ces héros intrépides étaient mus par la passion de la gloire.
Nous ne discuterons pas, mais quand nous aurons raconté les faits sans commentaires, on verra qu'ils ne cherchaient pas les coml^ats pour la gloire, mais pour le butin. Odin aimait les hommes qui savaient s'enrichir autant que ceux qui savaient se battre.
Les invasions des barl)ares et des Sarrasins ont passé en France comme des torrents qui ne laissent pas de traces ; les invasions normandes ont laissé d'indestructibles souvenirs de leur passage.
On s'est demandé d'abord quelles ont été les causes
(1) Cum ducibus soUlis Marie et Vulcano.
14 LES NORMANnS.
(le rémiiinitioii (It'l.iiit de milliei's de Scaudinavos (jnittaiit à la même époque leur ^mys, pour aller de tous eûtes, par haudes sans aueuii lien oiiti-e <'lles , coui'ir les aventures lointaines pour jeter partout la désolation en sVxposant à tous les dangers de terre et de mer.
Voici un fait certain constaté même par nos auteurs anciens : »< Les Danois, dit Guillauuie de .luiMièii(> 1^1. 1, eh. iv), se multiplièrent à tel point que toutes les lies se trouvaient remplies d'hommes; un grand nombre d'entre eux furent forcés à émigrer des lieux qu'ils occupaient par des lois que puhUèrenl leurs rois; or cette race allait ainsi toujours croissant par la raison cpie les hommes, adonnés à une extrême luxure , s'unissaient à beaucoup de femmes. Les tils devenus grands, le père les éloignait tous de lui, à l'exception d'un seul qu'il instituait héritier de ses biens. »
Ce que dit Guillaume de Jumiège est exact. On lit aussi dans le roman du Rou :
Coutume fil jadis lonc temps.
En Danemarch, entre payens
Quand homme avait plusieurs enfans,
Et il les avoit nourris grans.
L'un des fils retenait par sort
Qui est son lier après sa mort;
Et cil sur qui le sort tornait.
En autre terre s'en al ait.
Le Nord était rempli de seigneurs puissants; c'étaient de petits rois. Herse était un titre encore plus élevé que celui de Jarl ou comte. Le Herse se serait bien gardé d'amoindrir ses États en les partageant à ses nombreux enfants, il choisissait le plus fort, le plus capable de
MOEURS ET INSTITUTIONS. lu
soutenir riioiineur de la race, parfois même il tirait au sort parmi ses fils celui qui devait être l'héritier, puis il éloignait les autres en leur donnant des vaisseaux, des hommes et des armes, pour aller chercher fortune ailleurs.
Dans ces pays barbares, la guerre était à Fétat j)ermanent. Les vaincus, bannis et traqués s'enrôlaient dans les bandes de vikings. Lorsque Harold aux beaux cheveux eut réuni sous son sceptre tous les petits États qui composaient la Norvège, les seigneurs dépossédés furent envoyés chercher fortune ailleurs.
Alors les princes vaincus, les fils de herse déshérités par le sort, les bannis pour des causes diverses, les braves, amoureux de lointaines expéditions, se rassemblaient, formaient des flottilles, unissaient leurs forces pour les rendre plus redoutables, choisissaient pour chef le plus vaillant et allaient recueillir du butin ou faire des conquêtes.
Le guerrier errant, le loup uargr, devenait roi de mer Sœkong, viking , et lorsque plusieurs se trouvaient réunis, ils élisaient un roi des rois : kongakong.
Les vikings choisissaient les nuits orageuses pour mettre leurs voiles au vent, jouant sur leurs barques avec les vagues bondissantes ; familiarisés avec les tempêtes, ils échouaient au hasard ou choisissaient les régions les plus fertiles.
Dès que ceshardis marins halntués à parcourir les fiords, à défier les écueils, à faire pénétrer leurs longues barques dans l'embouchure des fleuves et même de rivières qui aujourd'hui ne sont plus navigables, ils les mettaient à l'abri dans quelque anse favorable.
lui' l'ois n t(MTe, los marins devenaient des cavaliers : ils vidaient les écuries des châteaux, des couvents et des laboureurs, pour se procurer des chevaux. Les escadrons improvisés faisaient fuir les sei-fs qui combattaient à pied et les chevaliers surpris ])ar inie attaque imprévue.
On peut voir encore dans le musée de Copenhague les armes des vikings, leurs formidables épées, massives, gigantesques, dont la poignée était ornée d'entrelacs et de dragons argentés.
Leurs dieux étaient attaqués par le christianisme ; ils les vengeaient par des hécatombes de prêtres et de moines. Ils ne se bornaient pas à des exploits nocturnes , ils recherchaient les grandes villes. Ils prirent Londres, assiégèrent Paris, et rêvèrent la conquête de Komo et de Constantinople.
Si l'histoire des Normands est racontée d'une manière triste et lamentable dans le pays théâtre de leurs ravages, comme la poésie du Nord a revêtu de brillantes couleurs ces guerriers sans pareils, ces rois de la mer, conquérant des royaumes et amassant du butin pour oflfrir des couronnes et des trésors à nue femme adorée !
Écoutez le chant plaintif de la fiancée pendant les tristesses de l'absence et dans l'attente d'un retour incertain : « 0 vents du ciel, saluez mon amant de votre bruyante voix; grêle, porte-lui mon message; nuage, dis-lui tous mes regrets; ciel, donne-lui lintelligence et la sagesse ; vapeurs de l'air, racontez-lui mon amour, et faites-lui entendre les vœux de mon cœur! »
Les poètes contemporains ont retrouvé la harpe des
skaldes et ont demandé des inspirations aux compagnons de gloire du viking.
Nous avons nous-même fait connaître en France un poème, le Vikingsaga, la saga du viking, œuvre brillante d'un poète roi ( 1) .
Tégner, dont les chants sont si renommés dans le Nord, fait dire à Frithiof :
(( Libre mer! tu ne connais pas de roi qui t'enchaine sous les caprices du maître. Ton roi, c'est le guerrier qui ne tremlîle jamais quelque haut que tu soulèves, agitée par la colère, tes flots écumeux; tes plaines d'azur réjouissent le héros. Ton navire les sillonne comme le soc d'une charrue et la pluie de sang qui tombe cà, l'ombre des mâts devient pour elle une semence brillante comme l'acier. On le voit surgir comme une moisson de gloire, une moisson d'or. Sois-moi fidèle, vague sauvage, c'est toi que je veux suivre. Le tertre funéraire de mon père s'élève dans un lieu paisible et les vagues murmurent autour de son vert gazon. Mon tombeau à moi sera bleu, l'écume de la mer le couronnera, et il flottera sans cesse au milieu des brouillards et des tempêtes cherchant à en attirer d'autres dans l'abime. 0 toi qui m'es donnée pour demeure dans ma vie, tu seras mon tombeau, libre mer! »
Parmi les vieilles sagas , en voici une qui a inspiré une tragédie à Oehlenschlseger.
Axel et ^Yaldeborg s'aimaient depuis leur jeune âge. L'union du plus brave et de la plus belle semblait ne
fl) Lc(jendcs et poèmes Scandinaves, par S. M. Charles XV, traduits par nous en français. Paris, Dentu.
18 Li:S NORMANDS.
devoir l'oiicoiitrer aiicim obstacle. Le joui- des fi.uieailles s'était levé riant et serein, mais tont à couj) yin point noir parut à riiorizoïi. Ilat^en, le fils du roi, n'a pu voir la belle Waldebori;- sans que son cœur ne s'eutlanune d'amour pour elle. Il la trouve diiane du trône; il la demande avec nne violence qui rendait un refus impossible.
Grand fut le désespoir d'Axel et de Waldeborg' forcés de se séparer an moment où ils espéraient être à jamais vmis.
Bientôt la £;uerre éclata. Hagen convoque tous les vassaux. Axel n'hésite pas à sacrifier au devoir et à l'honneur sa colère et sa vengeance. Il accompagne son seigneur dans les expéditions périlleuses. Un jour, après avoir fait des prodiges de bravoure pour déh^idre son ennemi, mais son chef, il voit tomber le jeune prince mortellement frappé. « Axel, dit Ilagen mourant, tu aimais Waldeborg, tu es digne de l'épouser. Tu es le plus brave et le plus généreux de tous, tu es digne d'être roi. Je te lègue ma couronne comme réparation de mes torts, comme récompense de ta valeur. »
Axel ne songe ni à l'amour ni au trône, il n'a qu'une pensée : celle de venger la mort de son seigneur par une hécatombe d'ennemis. 11 se précipite dans la mêlée, il frappe toujours. Il finit par être atteint à son tour; il succombe les armes à la main, victime de son héroïque témérité.
La vie des vikings, au point de vue des progrès de la civilisation, a été de nos jours trop vantée par des auteurs sérieux du Nord et même du Midi.
On est allé juscju'à retrouver dans la piraterie des
MŒURS ET LNSTITLTIOXS. 19
Normands Forigine et les caractères de la chevalerie du moyen ;\se. On a beau avouer qu'il faut tenir compte de la différence du lieu, de la scène et des coutumes locales, le viking égorg-eait les prêtres et les femmes dans l'église, réduisait à l'esclavage les paysans désarmés, brûlait tout, pillait tout, volait tout par surprise, par ruse et par des manœuvres perfides aussi bien que par la force ; il est difficile de ne pas voir dans ces barbares brigands le contraire des sentiments des chevaliers français.
Du reste, ce n'est pas une question à résoudre par des raisonnements, mais par les faits. Ce que nous avons à raconter de la manière d'agir barbare , cruelle et perfide des Normands ne peut être contesté, et, après avoir tout lu, on jugera.
Si la loyauté a été un des caractères de la chevalerie, la ruse, la violation des traités, les mensonges les plus odieux, plaisaient aux pirates normands.
On traite leurs ruses de finesse habile et de stratagèmes de guerre, et on dit qu'on leur prête des inventions barbares dont les récits sont suspects parce cju'on les place dans des expéditions diverses. On jugera encore cette question quand on connaîtra tous les faits et il n'est pas de cœur honnête qui ne s'indigne de l'infernale imagination de ces pirates.
M. Steenstrup s'exprime ainsi : « Néanmoins, il faut avouer que les descendants des vikings savent ])ien distinguer entre la piraterie permise et louable et les crimes contre la propriété pendant la paix : en Danemark, comme dans les colonies à l'étranger, les punitions des crimes contre la propriété étaient très se-
20 LKS N()UMAM)S.
vères. Ainsi la sai;a ilc Kanut le Saint (cli. xxix) nous raconte que le roi fit mettre à mort toute personne convaincue (le vol on de brigandage, et que telle était la peur de la justice et de sa vengeance que personne n'osait voler dans le royaume (1). »
Selon nous, les Normands étaient à la fois des brigands et des héros.
Parmi eux se trouvèrent des hommes de grande valeur et de génie. Ajn'ès avoir effrayé le monde par leurs actes cruels et barbares, on en vit plusieurs cpiitter la vie de brigand pour devenir de grands princes, pour mériter le titre de juste, le titre de saint. 11 ne faut pas confondre le temps où ils suivaient les principes d'Odin et celui où ils avaient énergiquement adopté les principes chrétiens.
Des auteurs du Nord n'hésitentpas à prétendre que l'art militaire était plus perfectionné chez les vikings (jue chez tous les peuples de l'Europe. Ils font d'abord grand bruit de la société des Jomsvikings à Jomsborg en Poméranie. On ne pouvait entrer dans la société avant l'âge de quinze ans ni après celui de cinquante ans. Tout homme, qui, dans un combat à armes égales, avait reculé, était indigne d'être admis dans la société ou en était exclu. Le bourg de Jomsborg n'était habité que par des vikings; il était fermé aux femmes et aux enfants. Nulle femme ne pouvait y entrer et nul homme ne devait s'en absenter pendant plus de trois jours. Tous les membres de la société se regardaient comme des frères d'armes et
(t) Johanncs Steenslrup. t7«(/t'5 prcluiiinaires j)our ^eri-ir à l'hisloirc des Normands, pago 381.
étaient obligés de prendre la défense l'un de l'autre. Il était défendu de se faire justice soi-même et Ton était obligé de s'en remettre à la décision du chef. C'est à ce chef que tout le butin devait être remis et c'est à lui qu'appartenait le droit d'en faire le partage. C'est au chef que chacun était oJjligé de rendre compte de tout ce qu'il avait appris. Il était important de recevoir des informations précises sur le pays qu'on allait envahir et sur les personnes qu'on allait combattre. La propagation de nouvelles fausses était un crime sévèrement puni...
Que cette société de Jomsvikings ait été une bonne école militaire, nul doute, mais parmi les Vikings sans nombre qui inondèrent l'Europe, combien étaient-ils sortis de l'école de Poméranie?
Il est évident que les Vikings avaient senti l'impérieuse nécessité de s'entendre, de s'associer, de s'organiser et d'avoir un chef pour les guider dans les grandes expéditions, mais qu'il y ait eu dans le Nord, lorsqu'il n'y en avait nulle part en Europe, des écoles militaires d'une grande importance, c'est loin d'être démontré.
Les auteurs danois, qui vantent l'art des Normands pour l'organisation des vastes armées, ne doivent pas attribuer à des bandes de Danois, de Norvégiens, de Suédois, d'aventuriers de tous pays, réunis pour une expédition et souvent se séparant après, les institutions des rois de Suède, de Norvège et du Danemark pour leurs royaumes distincts, où le roi, à la tète de la hiérarchie, attribuait à la noblesse et aux autres castes des rôles divers.
Les Normands, réunis par le hasard ou l'intérêt, sans autre but que de ramasser du butin, ne choisissaient
pas pour chef le plus noble, mais le plus brave et le plus habile. Dans l'organisation de l'armée d'un gouvernement régulier, désireux de suivre ou de devancer les progrès de la civilisation , ou peut étudier le système général qui a présidé à cette organisation et les détails qui paraissent dignes d'être remarqués comme caractéristiques des mœurs militaires nationales, mais quand il s'agit de bandes composées des éléments les plus divers, dans le l)ut d'entreprises les plus indécises, sous la direction d'un chef sans autre garantie que sa l^ravoure et son génie, qui pouvait créer des lois, les faire exécuter, les imposer à tous les chefs de bandes, à tous les guerriers qui ne se connaissaient pas et se renouvelaient sans cesse? Nous n'acceptons pas l'opinion de M. Steenstrup qui dit : « Il est connu que les Normands étaient supérieurs à presque tous les états chrétiens quant à Fart militaire. » Ils savaient si bien la supériorité des soldats de Charlemagne, que nous les verrons fuir devant le grand Empereur et ne revenir en France que dans des jours de discordes et de désordres dont ils profitèrent. Malgré tous leurs efforts ils ne purent jamais prendre Paris, et en Espagne, ce ne sont pas les mahométans seuls, comme dit Steenstrup, qui les repoussèrent, les rois chrétiens leur infligèrent aussi de terril)les échecs. Ils remportaient sur les chevaliers chrétiens dans l'art de surprendre en temps de paix les laboureurs sans armes , et de disparaître avant qu'une armée eut eu le temps de s'organiser. Au lieu de la devise vaincre ou mourir, on verra qu'ils avaient adopté celle de vaincre ou fuir. La victoire comme honneur ne les intéressait pas; au moment où ils étaient près de l'atteindre, ils la vendaient;
et, moyennant de l'argent, ils se retiraient et disparaissaient comme des vaincus.
Le butin bien ou mal acquis rapportait des sommes énormes que les Vikings mettaient quelquefois en sûreté dans le Nord. Ce pays, dit Adam de Brème (iv,6), abondait en richesses volées.
En 882, plus de 200 navires furent envoyés en Danemark chargés des profits des expéditions normandes et de prisonniers de divers pays. Les Yikings avaient assez d'habileté pour se procurer des places favorables au commerce et pour y convertir en argent les objets précieux ramassés dans leurs pillages. Les capitulaires de nos rois défendaient aux Franks d'avoir des relations commerciales avec les Yikings.
Nous ne contestons pas, nous ferons ressortir au contraire le génie, Fhéroïsme de plusieurs Normands; mais de là à la réhabilitation des Vikings qui agissaient en pirates, en brigands et en barbares, il y a loin.
Quand nous aurons raconté leurs invasions et leurs procédés, on verra qu'ils ne se faisaient aucun scrupule de manquer à leur parole. Après avoir reçu une somme pour s'éloigner pendant un temps déterminé, ils revenaient pour se faire payer encore une espèce d'assurance contre leurs brigandages.
Steenstrup, dans sa partialité envers des compatriotes dont il ne devrait pas être si fier, trouve des excuses même pour la mauvaise foi que les Normands mettaient dans leurs contrats. « Plusieurs, dit-il, de ces violations d'une paix conclue, dont les Normands sont accusés, semblent causées par une lacune du traité qui avait été arrêté. On voit quelquefois que l'ennemi en traitant
avec un seul chef, le porte à s'en aller avec les troupes ou à conclure la paix. »
Durant leur invasion en France, nous relèverons tanl de violations manifestes de leurs traités, qu'il est évident que les Normands étaient sans foi ni loi quand ils étaient alléchés par l'appât du l)utin.
Nous avons surtout [)eiue à comprendre comment on ose chercher des circonstances atténuantes pour des atrocités que l'histoire raconte avec horreur, comme le massacre impitoyable de vieillards, d'enfants et de femmes sans défense, l'incendie inutile des églises et des villes, la torture employée contre les prisonniers pour leur soutirer de l'argent. <( C'était, dit Steenstrup, la conséquence de la manière de faire la guerre ; ils s'aventuraient si loin dans les pays ennemis, et avec si peu de guerriers, qu'il leur était nécessaire d'épouvanter les habitants par un effroyable massacre et de leur ôter ainsi toute idée de résistance. »
L'auteur danois trouve que si les Vikings ont torturé leurs prisonniers, cesl rarement ! Les cas de torture que l'histoire impartiale leur reproche sont trop nombreux pour les résumer ici, on pourra les compter quand on saura tous les détails des invasions normandes en France et ailleurs.
La barbarie des Normands était telle qu'ils coupaient les têtes de leurs ennemis (1) et s'en faisaient des trophées de gloire dont ils paraient les proues de leurs vaisseaux. Ces faits sont racontés par Steenstrup lui-même.
(1) Saxo 4.")," : Alicissuni caput proie excipi niandans.
Tiir.EE FRACMEMs 117. Tlic Duiics hcheaded cvery one tliey liillvd.
Les auteurs du Nord ont tant célébré les Normands qu'ils ont fini par trouver des échos, même en France où, pendant tant de siècles, on n'entendait qu'un cri unanime d'horreur contre les Barbares qui avaient été le tléau de notre pays.
Aujourd'hui on veut leur faire une part d'influence trop belle sur les mœurs, les idées, les arts, la littérature et l'organisation sociale du moyen âge.
Dans un j-emarquable mémoire, M. E. Marille, de l'École des Chartes, cherche à prouver que les hommes du Nord n'étaient pas aussi barbares que nos chroniqueurs les avaient représentés. « Non seulement, dit-il, leur tactique était supérieure à celle des Francs Carlovingiens, eux seuls surent mettre des bornes à l'empire de Charlemag-ne, mais leurs institutions civiles et politiques n'étaient pas inférieures à celles des nations qui passent pour les plus civilisées. Dans toutes les contrées où ils s'établissent on ne tarde pas k constater une prompte reconstruction sociale, une organisation particulière jointes à un remarquable esprit d'initiative amenant comme conséquence la richesse et la prospérité (1). »
Au lieu de nous prononcer sur les questions relatives au degré de la civilisation qu'avaient atteint les Normands, laissons la parole aux faits. Nous pourrons les juger à mesure qu'ils se produiront devant nous.
(l) Biljli(.Uiè(iue (le l'École «les Charles, t. V, 6*= série, p. Ii9.