‹ Les normands dans les deux mondes [microforme]Chapitre 10 sur 39 · LE PA · texte numérisé non relu

LE PA

soutenir l'honneur de la race, parfois mème il tirait au sort parmi ses fils celui qui devait être l'héritier, puis il éloignait les autres en leur donnant des vaisseaux, des hommes et des armes, pour aller chercher fortune ailleurs.

Dans ces pays barbares, la guerre était à l’état permanent. Les vaincus, bannis et traqués Ss’enrôlaient

: dans les bandes de vikings. Lorsque Harold aux beaux À cheveux eut réuni sous son sceptre tous les petits États qui composaient la Norvège, les seigneurs dépossédés À furent envoyés chercher fortune ailleurs.

Alors les princes vaincus, les fils de herse déshérités par le sort, les bannis pour des causes diverses, les braves, amoureux de lointaines expéditions, se rassemblaient, formaient des flottilles, unissaient leurs forces

pour les rendre plus redoutables, choisissaient pour à chef le plus vaillant et allaient recueillir du butin ou

faire des conquêtes.

Le guerrier errant, le loup wargr, devenait roi de mer Sœkong, viking, et lorsque plusieurs se troûvaient réunis, ils élisaient un roi des rois : kongakong.

Les vikings choisissaient les nuits orageuses pour mettre leurs voiles au vent, jouant sur leurs barques avec les vagues bondissantes ; familiarisés avec les tempêtes, ils échouaïient au hasard ou choisissaient les régions les plus fertiles.

Dès que ceshardis marins habitués à parcourir les fiords,

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dans l'embouchure des fleuves et même de rivières qui aujourd’hui ne sont plus navigables, ils les mettaient à l'abri dans quelque anse favorable.

Une fois à terre, les marins devenaient des cavaliers ; ils vidaient les écuries des châteaux, des couvents et des MN g laboureurs, pour se procurer des chevaux. Les esca- | drons improvisés faisaient fuir les serfs qui combat-

taient à pied et les chevaliers surpris par une attaque imprévue,

On peut voir encore dans le musée de Copenhague les armes des vikings, leurs formidables épées, massives, gigantesques, dont la poignée était ornée d’entrelacs et de dragons argentés.

Leurs dieux étaient attaqués par le christianisme ; ils les vengeaient par des hécatombes de prêtres et de moines. Ils ne se bornaient pas à des exploits nocturnes, ils re- | cherchaient les grandes villes. Ils prirent Londres, assiégèrent Paris, et rèvèrent la conquête de Rome et de M Constantinople. 4

Si l’histoire des Normands est racontée d'une manière triste et lamentable dans le pays théâtre de leurs ra-

vages, comme la poésie du Nord a revêtu de brillan- “auto

tes ‘couleurs ces guerriers sans pareils, ces rois de la ’éct mer, conquérant des royaumes et amassant du butin $ pour offrir des couronnes et des trésors à une femme adorée !

Écoutez le chant plaintif de la fiancée pendant les tristesses de l'absence et dans l’attente d’un retour incertain : « O vents du ciel, saluez mon amant de votre bruyante voix; grêle, porte-lui mon message; nuage. dis-lui tous mes regrets; ciel, donne-lui l'intelligence eth la sagesse; vapeurs de l'air, racontez-lui mon amour, €! ë : faites-lui entendre les vœux de mon cœur! » . mr

Les poètes contemporains ont retrouvé la harpe des M ous

valiers; 10 skaldes et ont demandé des inspirations aux compas et des cl enons de gloire du viking.

es esca- | À Nous avons nous-même fait connaitre en France un combat- M poème, le Vikingsaga, la saga du viking, œuvre brillante attaque ; d’un poète roi (1) Tégner, dont les chants sont si renommés dans le ague les k + Nord, fait dire à Frithiof :

nassives, « Libre mer! tu ne connais pas de roi qui t'enchaine ntrelacs "8 sous les caprices du maitre. Ton roi, c’est le guerrier qui ne tremble jamais quelque haut que tu soulèves, ne: ils les 8 agitée par la colère, tes flots écumeux; tes plaines d'azur , moines. PS réjouissent : héros. Ton navire les sillonne comme le soc es, ils re- ! À d'une charrue et la pluie de sang qui tombe à l'ombre res, assié- UN des mâts devient pour elle une semence brillante comme me et de * k l'acier. On le voit surgir comme une moisson de gloire, “lune moisson d'or. Sois-moi fidèle, vague sauvage, c'est e manière Mtoi que je veux suivre. Le tertre funéraire de mon père leurs ra- s'élève dans un lieu paisible et les vagues murmurent e brillan- “Mautour de son vert gazon. Mon tombeau à. moi sera bleu, rois de la ‘écume de la mer le couronnera, et il flottera sans cesse du butin au milieu des brouillards et des tempêtes cherchant à ne femme en attirer d’autres dans l'abime. 0 toi qui m'es donnée Dour demeure dans ma vie, tu seras mon tombeau, libre endant les #0 retour in-WN Parmi les vieilles sagas, en voici une qui a inspiré t de votre lhne tragédie à Ochlenschlæger.

re; nuage. MN Axel et Waldeborg s'aimaient depuis leur jeune âge.

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OUR (1) Légendes el poèmes scandinaves, par S. M. Charles XV, traduits par harpe des mous en français, Paris, Dentu.

devoir rencontrer aucun obstacle. Le jour des fiançailles s'était levé riant et serein, mais tout à coup un point noir parut à l'horizon. Hagen, le fils du roi, n’a pu voir la belle Waldeborg sans que son cœur ne s’enflamme d'amour pour elle. Il la trouve digne du trône; il la demande avec une violence qui rendait un refus impossible.

Grand fut le désespoir d’Axel et de Waldeborg forcés de se séparer au moment où ils espéraient être à jamais unis.

Bientôt la guerre éclata. Hagen convoque tous les vassaux. Axel n'hésite pas à sacrifier au devoir et à l’honneur sa colère et sa vengeance. Il accompagne son seigneur dans les expéditions périlleuses. Un jour, après avoir fait des prodiges de bravoure pour défendre son ennemi, mais son chef, il voit tomber le jeune prince mortellement frappé. « Axel, dit Hagen mourant, tu aimais Waldeborg, tu es digne de l’épouser. Tu es le plus brave et le plus généreux de tous, tu es digne d’être roi. Je te lègue ma couronne comme réparation de mes torts, comme récompense de ta valeur. »

Axel ne songe ni à l'amour ni au trône, il n’a qu'une pensée : celle de venger la mort de son seigneur par une hécatombe d’ennemis. Il se précipite dans la mêlée, il frappe toujours. Il finit par être atteint à son tour; il succombe les armes à la main, victime de son héroïque témérité.

La vie des vikings, au point de vue des progrès de la civilisation, a été de nos jours trop vantée par des auteurs sérieux du Nord et même du Midi.

On est allé jusqu'à retrouver dans la piraterie des

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Normands l’origine et les caractères de la chevalerie du moyen âge. On a beau avouer qu'il faut tenir compte de la différence du lieu, de la scène et des coutumes locales, le viking égorgeait les prêtres et les femmes dans l’église, réduisait à l'esclavage les paysans désarmés, bràlait tout, pillait tout, volait tout par surprise, par ruse et par des manœuvres perfides aussi bien que par la force; il est difficile de ne pas voir dans ces barbares brigands le contraire des sentiments des chevaliers francuis.

Du reste, ce n’est pas une question à résoudre par des aisonnements, mais par les faits. Ce que nous avons à raconter de la manière d'agir barbare, cruelle et perfide des Normands ne peut être contesté , et, après avoir tout Ju, on jugera.

Si la loyauté a été un des caractères de la chevalerie, la ruse, la violation des traités, les mensonges les plus odieux, plaisaient aux pirates normands.

On traite leurs ruses de finesse habile et de stratagèmes de guerre, et on dit qu’on leur prète des inventions barbares dont les récits sont suspects parce qu’on les place dans des expéditions diverses. On jugera encore cette question quand on connaîtra tous les faits et il n’est pas de cœur honnète qui ne s’indigne de l'infernale imagination de ces pirates.

M. Steenstrup s'exprime ainsi : « Néanmoins, il faut avouer que les descendants des vikings savent bien distinguer entre la PIRATERIE PERMISE ET LOUABLE et les crimes contre la propriété pendant la paix : en Danemark, comme dans les colonies à l'étranger, les punitions des crimes contre la propriété étaient très sé-

vères. Ainsi la saga de Kanut le Saint (ch. xx1x) nous raconte que le roi fit mettre à mort tout> personne convaincue de vol ou de brigandage, et que telle était la peur de la justice et de sa vengeance que personne n'osait voler dans le royaume (1). »

Selon nous, les Normands étaient à la fois des brigands et des héros.

Parmi eux se trouvèrent des hommes de grande va-

leur et de génie. Après avoir effrayé le monde par leurs

actes cruels et barbares, on en vit plusieurs quitter la vie de brigand pour devenir de grands princes, pour mériter letitre de juste, le titre de saint. Il ne faut pas confondre le temps où ils suivaient les principes d’Odin et celui où ils avaient énergiquement adopté les principes chrétiens.

Des auteurs du Nord n'hésitent pas à prétendre que l’art militaire était plus perfectionné chez les vikings que chez tous les peuples de l'Europe. Ils font d’abord grand bruit de la société des Jomsvikings à Jomsborg en Poméranie. On ne pouvait entrer dans la société avant l’âge de quinze ans ni après celui de cinquante ans. Tout homme, qui, dans un combat à armes égales, avait reculé, était indigne d’être admis dans la société ou en était exclu. Le bourg de Jomsborg n'était habité que par des vikings ; il était fermé aux femmes et aux enfants. Nulle femme ne pouvait y entrer et nul homme ne devait s’en absenter pendant plus de trois jours. Tous lesmembres de la société se regardaient comme des frères d'armes et

(t) Johannes Steenstrup, Études préliminaires pour servir à l'histoire des Normands, page 381.

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étaient obligés de prendre la défense l’un de l’autre. Il était défendu de se faire justice soi-même et l’on était obligé de s'en remettre à la décision du chef. C'est à ce chef que tout le butin devait être remis et c’est à lui qu'appartenait le droit d'en faire le partage. C'est au chef que chacun était obligé de rendre compte de tout ce qu'il avait appris. Il était important de recevoir des informations précises sur le pays qu'on allait envahir et sur les personnes qu'on allait combattre. La propagation de nouvelles fausses était un crime sévèrement puni...

Que cette société de Jomsvikings ait été une bonne école militaire, nul doute, mais par ni les Vikings sans nombre qui inondèrent l'Europe, combien étaient-ils sortis de l’école de Poméranie?

Il est évident que les Vikings avaient senti l'impérieuse nécessité de s'entendre, de s'associer, de s'organiser et d'avoir un chef pour le- guider dans les grandes expéditions, mais qu'il y ait eu dans le Nord, lorsqu'il n’y en avait nulle part en Europe, des écoles militaires d’une grande importance, c’est loin d’être démontré.

Les auteurs danois, qui vantent l'art des Normands pour l'organisation des vastes armées, ne doivent pas attribuer à des bandes de Danois, de Norvégiens, de Suédois, d'aventuriers de tous pays, réunis pourune expédition et souvent se séparant après, les institutions des rois de Suède, de Norvège et du Danemark pour leurs royaumes distincts, où le roi, à la tête de la hiérarchie, attribuait à la noblesse et aux autres castes des rôles divers.

Les Normands, réunis par le hasard ou l’intérèt, sans autre but que de ramasser du butin, ne choisissaient

pas pour chef le plus noble, mais le plus brave et le plus habile. Dans l’organisation de l’armée d’un gouvernement régulier, désireux de suivre ou de devancer les progrès de la civilisation, on peut étudier le système général qui a présidé à cette organisation et les détails qui paraissent dignes d’être remarqués comme caractéristiques des mœurs militaires nationales, mais quand il s'agit de bandes composées des éléments les plus divers, dans le but d'entreprises les plus indécises, sous la direction d’un chef sans autre garantie que sa bravoure et son génie, qui pouvait créer des lois, les faire exécuter, les imposer à tous les chefs de bandes, à tous les guerriers qui ne se connaissaient pas et se renouvelaient sans cesse? Nous n'acceptons pas l'opinion de M. Steenstrup qui dit : « Il est connu que les Normands étaient supérieurs à presque tous les états chrétiens quant à l’art militaire. » Ils savaient si bien la supériorité des soldats de Charlemagne , que nous les verrons fuir devant le grand Empereur et ne revenir en France que dans des jours de discordes et de désordres dont ils profitèrent. Malgré tous leurs efforts ils ne purent jamais prendre Paris, et en Espagne, ce ne sont pas les mahométans seuls, comme dit Steenstrup, qui les repoussèrent, Les rois chrétiens leur infligèrent aussi de terribles échecs. Ils l’emportaient sur les chevaliers chrétiens dans l’art de surprendre en temps de paix les laboureurs sans armes, et de disparaitre avant qu'une armée eut eu le temps de s'organiser. Au lieu de la devise vaincre ou mourir, on verra qu'ils avaient adopté celle de vaincre ou fuir. La victoire comme honneur ne les intéressait pas; au moment où ils étaient près de l’atteindre, ils la vendaient ;

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et, moyennant de l'argent, ils se retiraient et disparaissaient comme des vaincus.

Le butin bien ou mal acquis rapportait des sommes énormes que les Vikings mettaient quelquefois en sûreté dans le Nord. Ce pays, dit Adam de Brème (1v,6), abondait en richesses volées.

En 882, plus de 200 navires furent envoyés en Danemark chargés des profits des expéditions normandes et de prisonniers de divers pays. Les Vikings avaient assez d'habileté pour se procurer des places favorables au commerce et pour y convertir en argent les objets précieux ramassés dans leurs pillages. Les capitulaires de nos rois défendaient aux Franks d’avoir des relations commerciales avec les Vikings.

Nous ne contestons pas, nous ferons ressortir au contraire le génie, l'héroïsme de plusieurs Normands; mais de là à la réhabilitation des Vikings qui agissaient

en pirates, en brigands et en barbares, il y a loin.

Quand nous aurons raconté leurs invasions et leurs procédés, on verra qu'ils ne se faisaient aucun scrupule de manquer à leur parole. Après avoir recu une somme

pour s'éloigner pendant un temps déterminé, ils revenaient pour se faire payer encore une espèce d'assurance contre leurs brigandages.

Steenstrup, dans sa partiilité envers des compatriotes dont il ne devrait pas être si fier, trouve des excuses mème pour la mauvaise foi que les Normands mettaient daus leurs contrats. « Plusieurs, dit-il, de ces violations d'une paix conclue, dont les Normands sont accusés, semblent causées par une lacune du traité qui avait été arrêté. On voit quelquefois que l'ennemi en traitant

avec un seul chef, le porte à s'en aller avec les troupes

ou à conclure la paix. » | qu Durant leur invasion en France, nous relèverons tant SN où de violations manifestes de leurs traités, qu'il est évident un

que les Normands étaient sans foi ni loi quand ils étaient alléchés par l'appât du butin.

Nous avons surtout peine à comprendre comment on ose chercher des circonstances atténuantes pour des atrocités que l'histoire raconte avec horreur, comme le massacre impitoyable de vieillards, d'enfants et de femmes sans défense, l'incendie inutile des églises et des

villes, la torture employée contre les prisonniers pour

leur soutirer de l'argent. « C'était, dit Steenstrup, la

conséquence de la manière de faire la guerre; ils s’aven-

turaient si loin dans les pays ennemis, et avec si peu

de guerriers, qu'il leur était nécessaire d'épouvanter les taie habitants par un effroyable massacre et de leur ôter MS pou ainsi toute idée de résistance. » set L'auteur danois trouve que si les Vikings ont torturé A D rec. leurs prisonniers, c’est rarement ! Les cas de torture que PF tes l’histoire impartiale leur reproche sont trop nombreux con pour les résumer ici, on pourra les compter quand À on saura tous les détails des invasions normandes en au France et ailleurs. mai La barbarie des Normands était telle qu'ils coupaient Jugd

les têtes de leurs ennemis (1) et s’en faisaient des trophées de gloire dont ils paraient les proues de leurs vaisseaux. Ces faits sont racontés par Steenstrup lui-même.

(1) Saxo 45E : Abcissum caput prore excipi mandans. TUREE FRAGMENTS 117. The Danes beheaded every one they killed.

Les auteurs du Nord ont tant célébré les Normands qu'ils ont fini par trouver des échos, même en France

troupes ons tant où, pendant tant de siècles, on n'entendait qu'un cri évident s étaient

unanime d'horreur contre les Barbares qui avaient été le fléau de notre pays.

Aujourd'hui on veut leur faire une part d'influence ment on | trop belle sur les mœurs, les idées, les arts, la littérature our des et l'organisation sociale du moyen àge. omme le Dans un remarquable mémoire, M. E. Marille, de de fem-

s et des

2 l'Ecole des Chartes, cherche à prouver que les hommes du 2 Nord n'étaient pas aussi barbares que nos chroniqueurs

ers pour les avaient représentés. « Non seulement, dit-il, leur

strup, la tactique était supérieure à celle des Francs Carlovingiens, Is s’aven- L. ce si peu à ranter les

eux seuls surent mettre des bornes à l'empire de Charlemagne, mais leurs institutions civiles et politiques n'étaient pas inférieures à celles des nations qui passent leur ôter pour les plus civilisées. Dans toutes les contrées où ils à s établissent on ne tarde pas à constater une prompte \t torturé 8 reconstruction sociale, une organisation particulière jointure que À ombreux

LT quand

tes à un remarquable esprit d'initiative amenant comme j conséquence la richesse et la prospérité (1). » Au lieu de nous prononcer sur les questions relatives

ndes en au degré de la civilisation qu'avaient atteint les Normands, laissons la parole aux faits. Nous pourrons les

oupaient juger à mesure qu’ils se produiront devant nous.

trophées

Aisseaux. (1) Bibliothèque de l'École des Chartes, t. V, 6° série, p. 149.

killed.

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