CHAPITRE IL
Cause des émigrations, — Les vikings poétisés. — Chevalerie du Nord. — La piraterie glorifiée. — Écoles militaires, — Cupidité, fourberie et cruauté des Normands. — Leur savoir trop prôné,.
Le climat rigoureux du Nord, les montagnes, la stérilité de certaines régions, rendaient le pays pauvre. Le voisinage des mers, des fiords, des lacs immenses avait donné aux septentrionaux le goût des aventures maritimes.
De bonne heure, ils cherchaïent sur les flots, dans la piraterie, les richesses que la terre avare leur donnait
avec peine. On a retrouvé des barques des temps préhis-
toriques que nous avons vues au musée de Copenhague. Lorsque les Normands furent devenus plus habiles navigateurs et plus nombreux, ils se hasardèrent dans les aventures lointaines, Une expédition heureuse en provoquait d’autres. Familiarisés avec les flots, ils ne craignaient pas la tempête qui plus d’une fois les fit échouer sur des plages qu’ils ignoraient, et dont ils rapportèrent un riche butin. Les populations effrayées achetaient à prix d'argent la paix aux Normands, lorsqu'ils ne pouvaient les éloigner par leurs armes.
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Lorsqu'ils apparaissaient, on les regardait comme des monstres vomis par l'enfer, n'ayant pour compagnons et pour guides que le démon du meurtre et celui de l’incendie (1)! Les populations-étaient à moitié vaincues par la terreur qui les précédait; elles imploraient contre ce fléau le secours du ciel, et longtemps elles ajoutèrent aux vieilles litanies : À furore Normannorum libera nos Domine (De la fureur des Normands, délivrez-nous, Seigneur.)
Jamais on n'avait vu le brigandage en grand, organisé dans de telles proportions et dans tant de nations diverses par les mêmes vikings. Les cartulaires des couvents nous offrent la plus énergique peinture des dévastations des Normands et l'expression de l’'épouvante qu'ils inspiraient. |
Des écrivains du Nord, cherchant à refaire l’histoire contemporaine des vikings, ont tenté de réhabiliter leur mémoire en disant que ces héros intrépides étaient mus par la passion de la gloire.
Nous ne discuterons pas, mais quand nous aurons raconté les faits sans commentaires, on verra qu'ils ne cherchaient pas les combats pour la gloire, mais pour le butin. Odin aimait les hommes qui savaient s'enrichir autant que ceux qui savaient se battre.
Les invasions des barbares et des Sarrasins ont passé en France comme des torrents qui ne laissent pas de traces ; les invasions normandes ont laissé d’indestructibles souvenirs de leur passage.
On s'est demandé d’abord quelles ont été les causes
(1) Cum ducibus solitis Marte et Vulcano.
de l’émigration de tant de milliers de Scandinaves quittant à la même époque leur pays, pour aller de tous côtés, par bandes sans aucun lien entre elles, cour:r les aventures lointaines pour jeter partout la désolation en s’exposant à tous les dangers de terre et de mer.
Voici un fait certain constaté même par nos auteurs anciens : « Les Danois, dit Guillaume de Jumiège
(1. Ï, ch. iv), se multiplièrent à tel point que toutes les iles se trouvaient remplies d'hommes; un grand nombre d’entre eux furent forcés à émigrer des lieux qu'ils occupaient par des lois que publiérent leurs rois; or cette race allait ainsi toujours croissant par la raison que les hommes, adonnés à une extrême luxure, s’unissaient à 1 ) beaucoup de femmes. Les fils devenus grands, le père D 9 les éloignait tous de lui, à l'exception d'un seul qu'il ins- Le) ,
tituait héritier de ses biens. »
Ce que dit Guillaume de Jumiège est exact. On lit aussi dans le roman du Rou :
Coutumé fu jadis lonc temps,
En Danemarch, entre payens
Quand homme avait plusieurs enfans, Et il les avoit nourris grans,
L'un des fils retenait par sort
Qui est son her après sa mort;
Et cil sur qui le sort tornait,
En autre terre s’en alait.
Le Nord était rempli de seigneurs puissants ; c'étaient
de petits rois. Herse était un titre encore plus élevé que MM à d celui de Jarl ou comte. Le Herse se serait bien gardé 5 dar d'amoindrir ses États en les partageant à ses nombreux 4 *" | \ l?
enfants, il choisissait le plus fort, le plus capable de à
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