‹ Les normands dans les deux mondes [microforme]Chapitre 11 sur 39 · CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT

L'homme, roi de la famille. — La femme prêtresse, la Vala. — La jeune fille protégée par des dragons, ou cachée sous terre, — Vœu fait à une 0 tiancée. — La Beauté prix de la victoire. — Les femmes de Warenda. — J:1 2 compagne du Viking. — Vœu de célibat.

Avant de suivre les Vikings dans leurs expéditions À diverses, arrêtons-nous pour examiner d'une manière | générale la condition de la femme chez les Normands: | nous la retrouverons souvent jouant un rôle dans la vic errante des pirates et des rois de la mer. |

Dans le Nord couvert de grands lacs et de vastes soli tudes, encore aujourd’hui les villes et les villages sont clair-semés. Jadis surtout la famille sentait le besoin de ; : se grouper, et vivait réunie dans un gâard, habitation à unique, composée de maisonnettes distinctes et de vastes E dépendances.

L'homme, plus fort que la femme, la dominait ; il était chargé de protéger ceux qui à raison de la faiblesse de l’âge ou de sexe ne pouvaient se protéger eux-mêmes. Le

père exerçait une sorte de royauté domestique. L'union SSpre faisait la force et la force constituait la puissance de hu

maison : aussi à la mort du père, le fils ainé héritait de R£

fortune comme de l’autorité du chef de famille. La femme restait dans un état de minorité perpétuelle.

Et cependant, chose étrange! jadis comme de nos | jours, dans de grands royaumes, la femme déclarée inca-

pable d'occuper les moindres fonctions publiques était

reconnue apte à régner.

Dans l'enfance des sociétés du Nord, comme du Midi, la puissance souveraine paraissait être une participa- Btion de la puissance divine, et la femme semblait être Iplus près que l'homme de la divinité. La Pythonisse,

Fe pin is [la Sibylle, la Vestale jouaient un grand rôle dans la arenda. — 11 Mreligion des Grecs et des Romains. Dans la Mythologie sombre ct sanguinaire du Nord, les Déesses avaient une 4 belle place à côté des Dieux. La Vala, prètresse d'Odin, vivait expéditions M dans son temple; elle passait pour être en communica-

Stion avec le monde surnaturel et en possession du don de lire dans l’avenir. Grandeétait sa puissance! Cette À femme était toujours consultée même dans les things F

le manière fs

Normands; !

lans la vic

et sa voix était considérée comme un oracle.

Vierge sacrée, Skalde féminin, elle suivait les guerriers au combat, enflammait leur courage par ses chants, célébrait la victoire et entonnait la drapa du trépas glorieux.

Vénérée comme un être surhumain, l'amour terrestre ne lui était pas permis. Malheur à celui qui l’aurait aimée ou se serait fait aimer d'elle, le peuple aurait mis en pièces l’homme impie et sacrilège.

La Vala, dépouillée par le christianisme de son double restige de prêtresse et de prophétesse sacrée, descendit au rôle de magicienne. La superstitieuse croyance en la sorcellerie, si difficile encore de nos jours à déraciner

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chez les peuples les plus civilisés, était surtout vivace chez les Normands.

La femme du Nord est réellement belle avec sa chevelure d’or, ses yeux d'azur, sa blancheur éclatante et la pureté de son teint! On a remarqué que de tous les types de beauté des divers peuples européens, la beauté scandinave est celle qui pour la netteté du profil, la précision des traits et la perfection générale du dessin, se rapproche le plus du type classique que la sculpture grecque nous à transmis.

La femme qui trahissait son mari était cruellement punie, et souvent elle-mème poignardait celui qui l'avait trompée.

Elle était laborieuse la femme du Nord, et dans les soirées du long hiver elle s’occupait dans le palais des rois comme dans la cabane des pauvres, à filer, à coudre, à broder. Brynhild broda avec de l'or les fameux exploits de Sigurd. Les filles de Regner Lodbrog brodèrent l’image d'un corbeau sur un drapeau célèbre qui devint l'objet d'un culte idolâtrique. Une pièce d’étoffe commune (vadmal) tissée à la main était un présent qu'une reine même acceptait avec plaisir.

Le mariage chez les Scandinaves païens n'était pas solennisé par des cérémonies publiques. L’amoureux, après avoir obtenu le consentement de celle qu'il aimait, l'achetait ou l’enlevait pendant la nuit.

Il était plus honorable pour la femme d'être achetée qu'enlevée. Le prix payé au père, au chef de la famille, se nommait mundr; aujourd'hui encore une réminiscence de l’antique usage se retrouve dans le don du lendemain

hendradagsgal et dans le cadeau fait à la mariée, heragaf. |

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Cette coutume germanique s'était répandue même en France, Lorsque Clovis demanda la main de Clotilde, il lui envoya des messagers chargés de lui offrir pour prix de sa personne, de sa beauté et de sa vertu, un sou, et un denier.

Le mariage par enlèvement était plus du goût des jeunes guerriers, qui étaient fiers de conquérir des filles renommées par la beauté et la naissance.

Les châteaux des grands seigneurs étaient de véritables forteresses érigées sur des hauteurs presque inaccessibles, Les remparts qui les entouraient, hautes et grosses murailles, avaient un nom qu'on peut traduire par dragon. Le seigneur en partant pour quelque expédition mettait dans un lieu sûr sa femme et ses filles. Les romanciers, venus à une époque où la signification des mots anciens $’était perdue, ont conté de galantes aventures de gentes damoiselles gardées par des dragons, horribles serpents, et délivrées par l'audace des

guerriers vainqueurs des monstres qui les tenaient captives.

Les Normands, sans cesse errant sur les mers et dans les régions diverses, ne pouvaient comprendre le mariage comme les bons paysans ou bourgeois établis de père en fils dans les gâards.

Leur épée devait tout leur procurer et la femme n'était pas la partie de butin qu'ils recherchaient le moins dans les pirateries et les invasions barbares. Ils devaient ètre plus portés à contracter des liaisons passagères qu’à serrer les nœuds de l'union conjugale.

Plus d'un guerrier, fier de ses exploits, ne s'abaissait pas, pour ne pas s’exposer à un refus, à demander au

père la main d’une princesse illustre et renommée; il armait ses compagnons d'armes, équipait des navires, combattait ses rivaux, tuait le père, s’il le fallait, et s'emparait de la fille comme de tous les autres trésors. La Kianisingasaga raconte qu'un pirate suédois, Gunna, alla attaquer en Norvège le roi Reynald. Ce prince, avant d'aller à la rencontre de l'ennemi, voulut mettre sa fille Maald en sûreté. Il l'enferma dans un souterrain avec des vivres et son trésor, et sur ce souterrain, pour le mieux dissimuler, il fit labourer la terre.

Reynald succomba dans le combat, le vainqueur découvrit la cachette, épousa la princesse et prit le trésor comme dot.

Un guerrier, qui pour la vaillance n'avait pas d’égal, n’admettait pas qu'il püt avoir un rival en amour. La plus belle semblait de droit appartenir au plus brave.

La jeune fille, suivant le courant des idées, s’enflammait au récit des aventures guerrières et le héros qui excitait partout l'admiration excitait son amour.

Une Saga nous raconte que la belle Oïhauna refusa

‘épouser un fils de roi parce qu'il laissait son épée oisive, et la jeune fille s'écria : « Quand verrai-je le nuage enflammé vomir la tempète! Quand te verrai-je, Ô toi! beau jeune homme de mes rèves, au milieu des fracas des batailles et des éclairs sanglants des glaives montrer tout le feu que j'aurais allumé dans ton cœur! »

Ingéborg, fille d’un roi de Norvège, fut demandée en mariage par le roi Olaf, jeune prince plein d'avenir, mais qui n'avait pas encore fait ses preuves, et par le roi Gotreck, vieux mais célèbre par ses exploits. Elle pré-

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fallait, M cheter une espérance incertaine ».

res tré- La femme du Nord, ne pouvant accomplir de grandes

uédois, actions, était fière de les inspirer et souvent elle excitait

eynald. les guerriers au combat en offrant son cœur comme prix

nnemi, de la victoire.

na dans Harald aux blonds cheveux demanda la main de la

* ce SOU- belle Gyda. La jeune fille lui promit son amour à la | la terre. condition qu'il deviendrait roi de la Norvège entière. | eur dé- Harald accepta l'obligation imposée et fit vœu de lais-

le trésor ser croître ses cheveux jusqu'à ce qu’il l’eût accomplie.

Pendant douze années, il ne cessa de combattre des petits rois, les Jarls, les chefs qui se partageaient le pays. Il tua les uns, subjugua les autres, et le but de tant de combats, c'était de conquérir la main de sa bien-aimée.

Ce n'est pas seulement dans les sagas que l’on peut recueillir les aventures d'amour et de guerre les plus romanesques qu’on puisse imaginer, les plus anciens historiens en racontent aussi de très curieuses. Nous empruntons celle-ci à Saxon (1). Deux frères, Hiall et Skate s'étaient rendus célèbres comme rois de la mer. Ils provoquèrent en duel Olaf, roi de Vermeland, qui avait refusé de donner sa fille en mariage à l’un d'eux. Ils étaient terribles et Olaf, avancé en âge, ne pouvait se défendre. Redoutant de tomber entre leurs mains, il offrit de donner sa fille en mariage au héros qui le délivrerait des poursuites des deux pirates en se battant à sa place. Le combat devait avoir lieu dans une petite

‘avenir, ar le roi lle pré-

(1) Hist. Dan., |. VII.

ile de la mer, afin que nul ne püût s'échapper par la fuite. Les deux frères se présentèrent avec dix champions. Un étranger se présenta pour soutenir la cause d'Olaf. Il avait l’air âgé, ses manières et ses vêtements annonçaient un homme peu distingué. IL triompha ; il tua les deux pirates et leurs dix champions. Des cris de joie éclatent dans le camp d’Olaf, Un cri de douleur s'y mêle ; en voyant le pauvre équipement et la tournure commune de l’époux qui lui est imposé, la princesse s’est évanouie... Quand elle rouvre les yeux, à surprise! à métamorphose! le vieux paysan est un jeune prince connu au loin par ses exploits, c'est Alle, venu de la Norvège pour obtenir la fille d'Olaf aussi célèbre par sa beauté qu'il l'était lui-même par sa bravoure.

Élevées dans un sentiment profond d'admiration pour

les guerriers illustres par leur courage, les femmes du Nord voulurent souvent lutter d'héroïsme avec les hommes.

Les sagas racontent plus d’un exploit de jeunes filles combattant vètues en homme.

Voici un fait bien connu que nous empruntons à l’histoire de la Suède.

Un brave capitaine, nommé Alle, eut un jour besoin de la réunion de toutes ses forces pour une entreprise hardie ; il partit emmenant avec lui tous les hommes capables de porter les armes. Un capitaine danois, qui était toujours à l’affüt pour attaquer les côtes de Suède, apprit que la ville de Warend se trouvait sans défense par l'absence d’Alle. Le moment lui parut favorable pour ravager le pays et ilne perdit pas un moment pour faire une descente «vec des troupes exercées. À son arrivée im-

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prévue, la terreur se répandit partout. Les vieillards, les enfants et les femmes, impuissants à se défendre, fuyaient cherchant un refuge dans les montagnes.

Une jeune fille, nommée Blenda (Blända), intrépide et calme au milieu de l'épouvante générale, convoque

toutes les femmes de la contrée en leur envoyant le budkafle, c'était un bâton dont on se servait dans les temps anciens comme d'un signal en le faisant passer de maison en maison pour appeler le peuple à une assemblée importante. Le signal d'alarme fut compris, et les femmes se réunirent dans un lieu caché.

Blenda leur soumit ce qu'elle avait imaginé pour sauver le pays; tout ce qu'elle proposa fut adopté. On promit de suivre ses instructions, et alors elle part accompagnée de jeunes filles choisies parmi les plus belles et les plus hardies. Elle va trouver le capitaine danois et lui dit : « Prenez possession paisiblement de Warend où nos maris et nos fiancés ont eu le tort de nous abandonner seules sans défense, sans savoir même si jamais ils reviendraient. Il faut que vous nou: vengiez de l’abandon où ils nous ont laissées ; choisissez parmi nous des compagnes; votre bravoure saura nous protéger et dès ce soir dans des banquets et des fêtes nous célébrerons votre bienvenue.

Et le soir, les tables sont dressées et pendant ce festin Joyeux, les boissons les plus fortes sont prodiguées aux Danois sans méfiance envers des jeunes filles aux yeux sidoux. Lorsque la nuit fut venue surprendre à table les convives, l'ivresse était complète et générale.

À un signal de Blenda, toutes les femmes du pays sortent d'une embuscade, bien armées, et sans bruit, elles

entourent le capitaine et ses soldats et les massacrent tous sans pitié.

Les femmes de Warend qui avaient suivi Blenda furent récompensées d’avoir sauvé la patrie. Des privilèges leur furent accordés. Elles avaient agien hommes, elles arent dé as les successions une part d'homme, ce que les autres Suédoises n'ont pu obtenir que sous la dynastie actuelle. Elles avaient agi en guerrières, des honneurs réservés aux guerriers leur furent conférés le jour de leurs noces; la musique militaire accompagnait leur cortège nuptial. |

Des voisines de Warend, des femmes de Nyndring, avaient promis de s’armer aussi, mais au moment du danger le courage leur manqua, et elles se mirent à fuir, En punition de leur lâcheté, une contribution humiliante, nommée springskatten (impôt de la fuite), fut

perçue à Nyndring depuis un temps immémorial jusqu’au

siècle dernier.

Si telle était la bravoure des femmes du Nord à l'heure où la patris était en danger, on comprend que plus d’une jeune fille, entrainée par la passion des aventures, ou par son amour pour quelque héroïque viking, ait voulu le suivre, s'associer à sa fortune, partager sa gloire et veiller sur lui en combattant à ses côtés.

Nous citerons r nentArlanger, la femme de Regner Lodbrog qu’ , l’accompagnait dans sa dernière expédition aeva elle-mème la dernière strophe de sa drapa, lorsque le guerrier eut la voix étouffée par les serpents qui le faisaient périr.

Dans le cours des événements que nous allons dérouler dans cet ouvrage, l’histoire et la légende nous rapporte-

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ront de curieux détails sur les femmes des vikings trouvées mortes sur le champ de bataille auprès de leur époux.

L'émigration guerrière des femmes ne convenait pas aux mœurs patriarcales des anciens paysans attachés au sol

natal, Chez les Scandinaves, la mère de famille, qui avait la clef de la maison et la surveillance des enfants, était entourée d'un grand respect. Elle avait un siège d’honneur et l’on attendait, après les banquets, qu'elle se fût retirée, avant de boire entre hommes plus que d’ordinaire, de peur de blesser ses oreilles par la conversation trop gaie de guerriers trop animés par la boisson.

La mère voyait avec peine sa fille s’aventurer dans la vie errante des Normands où la pratique des vertus domestiques était difficile à observer.

L'homme sage redoutait l'empire dangereux que la jeune fille ardente et passionnée pouvait exercer sur les vikings en les excitant, pour plaire à ses caprices, à tenter de folles entreprises.

Aussi finit-on par exiger du guerrier qui voulait s'engacer dans les bandes normandes le vœu formel du célibat.

C'est ainsi que dans la Saga de Frithiof, fils de Helding, un skalde s’écrie : « Les jeunes filles sont en lieu de sûreté sur le rivage; elles ne doivent pas venir à bord. Fût-elle Freya, prends garde à la jolie jeune fille, car la fossette de ses joues est une fosse pour toi et ses blondes tresses flottantes sont un piège. »

Wandestrup parle de la participation de la femme aux expéditions des Normands. «Inous parait surprenant, dit-il, qu'on n'ait pas fait attention à cet élément pourtant

j Si important pour déterminer le caractère des armées. »

Il cite à l'appui de la règle qu’il pose comme un fait

général quelques faits particuliers. Il donne le texte d’un auteur qui rapporte que les Normands avaient dans leurs naviresune multitudeinfinie de femmes et d'enfants, mais ces lignes complètent les phrases où il est dit que les Normands emportaient un butin énorme (1).

Nous admettons que ce ne soit pas un mythe qu'il ait existé dans le nord, dans les temps reculés, de vraies amazones qu'ona appelées les filles au bouclier (skjoldmar) ; mais dire qu'en quittant la vatrie momentanément pour une expédition lointaine, tes vikings chargeaient les frèles navires d’une multitude de femmes et d'enfants, ce n’est pas vraisemblable. Ce qui est certain, c'est que les Normands pillaient tout, enlevaient tout ce qu'ils pouvaient, hommes et femmes, vendant les uns, traitant les autres en esclaves. Ils n'avaient pas besoin d'emmener des femmes ;ils entrouvaient en quantité dans les campagnesqu'ils ‘avageaient, dansles villes qu'ils prenaient d'assaut. Le fameux Rollon, vainqueur du comte Béranger, s'empara de sa fille; il l’épousa, nous le verrons, deux fois; dans l’intervalle de ces deux mariages, il épousa la fille du roi de France. Ce n’est point par inconstance qu'il laissa la fille du comte pour celle du roi, mais par intérêt politique. Les Normands ne cherchaïent pas à se poser en conquérants dans leur patrie d'adoption, mais à s'y faire naturaliser, à s’y allier avec les familles puissantes, et ils se gardaient bien de faire venir du Nord des femmes de race inconnue, étrangères à la religion, aux mœurs, à la langue du pays dont ils voulaient rester maitres. (1) Scriptores rerum danicarum, t. 11, p. 53. Venerunt... cum suis exer-

citibus et prædà magnà nimis, mulierumque ac parvulorum multitudine zufinità.

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e qu'il CHAPITRE IV.

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dmar) ; REGNER LODBROG, VIKING ET SKALDE.

at pour

es frèles ÿ Xegner Lodbrog d'après l'histoire et les sagas. — Expéditions guerrières et

aventures étranges. — Drapa funèbre composée pendant qu'il mourail

A ce 1 est dans d’horribles tortures. les Nor-

ra] nt ‘ . .

RO Per Après avoir jeté un coup d'œil sur la vie des Normands

Q res , , . . . , Q Qt s au en général, il serait curieux d'étudier de près quelques

des femnesqu'ils it. Le fapara de ans l’in-

vikings célèbres, et de donner une idée du portrait qu'en ont fait l'histoire et les sagas. La saga dérive du mot zeggen parler) et diffère de la légende, mot qui dérive de Legere (lire). La saga est une tradition transmise par les

.q paroles, la légende un récit qu'on a pu lire dans une chrou rol ac

sa la fille olitique.

en con-

nique. La saga est l’ainée de la légende, et les plus anciennes sont les plus intéressantes à recueillir.

Parmi tant de vikings, que nous verrons apparaitre dans un pays, disparaitre tout à coup, et puis repa-

, ire k , | 0 s'y fa raitre dans d’autres contrées, nous allons en choisir

tes, et ils

deux, qui nous donneront une idée des autres : Regner mmes de

| Lodbrog, qui a vécu et qui est mort en viking et en mœurs, skalde. Olaf, qui a vécu en viking, et qui est mort en saint, vénéré encore aujourd'hui comme le patron de la Norvège.

itres.

um suis EXET- à

multitudine Regner Lodbrog doit peut-être, comme notre Roland,

sa grande renommée moins à ses hauts faits historiques qu'aux merveilleuses aventures que les sagas y ont ajoutées. Il s'était rendu fameux par l'épée et par la poésie. Le skalde, 1; barde du Nord, ne s’occupait pas. comme le troubadour français, de charmer les châtelaines par ses fabliaux et chants d'amour, il s'adressait surtout aux braves. Il ne craignait pas de suivre le

viking dans les plus périlleuses expéditions; il abré-

geait par les sons de la harpe et les récits de guerre les ennuis des longues traversées ; il assistait à la bataille et y participait pour enflammer le courage, être témoin des hauts faits, et célébrer la drapa, ou chant funèbre du héros mourant.

Nous ne citerons, parmi des exemples sans nombre que deux faits qui prouvent la haute considération dont le skalde jouissait parmi les hommes du Nord. Alfred le Grand entre un jour, dans le camp des Normands déguisé en skalde, la harpe à la main. Les ennemis sont si ravis de ses chants belliqueux, qu'ils ne cherchent pas à savoir d’où il vient et lui laissent recueillir ainsi tous les renseignements qui devaient lui servir à remporter la victoire du lendemain.

Le roi prenait souvent la harpe du skalde. Saxon le grammairien cite le fait étrange d’un skalde devant à sa harpe le sceptre royal. Saxon et Meursius rapportent que la couronne du Danemark fut mise au concours et offerte comme prix, au meilleur poète. Hiarm l’emporta sur ses concurrents et monta sur le trône.

Des savants du Nord, notamment M. Jessen et M. Steenstrup, ont étudié de nos jours le texte de Saxon, qui parle de Regner dans le IX° livre, et cherché à déméler la À

Jriques it ajoula poéut pas.

hâtelaidressait uivre le il abré- » guerre à la bage, ètre ou chant

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vérité historique des fictions que la légende y a ajoutées.

Toutes les investigations de l’érudition moderne n’ont abouti qu'à prouver que ce héros historique et légendaire était fort énigmatique. Cette expression est de M. Steenstrup (1) qui ajoute : « Chaque fois que l'historien cri- « tique veut le saisir et le fixer à des lieux et temps cer- « tains, il lui échappe des mains et se montre dans le « lointain. Il semble posséder toutes les qualités d’un « héros de la fable, être contemporain de plusieurs gé- «nérations; un vrai Sosie pendant sa vie et un revenant «après sa mort (1). »

Saxon le grammairien s'occupe surtout des expéditions querrières de Regner Lodbrog. Deux sagas islandaises racontent surtout ses amours.

Sans doute il est à regretter que l’histoire ne donne pas assez de détails et que les sagas en donnent trop, parce que plusieurs sont difficiles à croire; cependant ne dédaignons pas la légende. On a découvert de nos jours que dans les sagas il y a plus de faits exacts qu'on ne l'avait cru d’abord; puis, elles sont intéressantes pour les renseignements qu'elles fournissent sur les idées, les croyances, la vie des aventuriers normands.

Regner, d'après l’histoire, a vécu au neuvième siècle. Il était fils de Sigurd-Ring et succéda à son père, roi de Danemark. Pendant qu'il était occupé à guerroyer contre les Suédois, des troubles éclatèrent dans ses États. Les habitants de la Scanie et du Jutland s'étaient révoltés, mais les Séelandais lui étaient restés fidèles. Re-

1) Etudes préliminaires pour servir à l'histoire des Normands et de leurs Invasions. Chapitre V.

gner arrive, bat les insurgés, et son humeur vagabonde lui fait abandonner son royaume pour aller courir de nouvelles aventures.

Dans son absence, les mécontents élurent roi à sa place, Harald ; Regner revient pour le battre et l'obliger à fuir, puis il s'éloigne de nouveau. Harald reparait, il est

une seconde fois réélu, vaincu et chassé. Que d’étonnantes expéditions on raconte du fameux Regner! Il fit briller sa terrible épée en Angleterre, en Ecosse, en

Russie, en Allemagne, en France et chez les Grecs de l'Hellespont; il tua plusieurs rois et distribua à ses fils plusieurs royaumes.

Les savants qui ont essayé de mettre d'accord les historiens sur les détails de ses exploits, ont été dans l’impossibilité de lier dans un ordre chronologique les faits épars. Comment reconnaitre, dans des récits divers et obscurs, sion n'a pas attribué à un seul viking les expéditions de plusieurs, et au père celles de ses enfants aussi terribles que lui?

Nous reparlerons de Lodbrog dans l'histoire des invasions normandes. Répétons ce que les sagas racontent de ce merveilleux héros.

Froé, tyran suédois, avait tué et détrôné le roi de Norvège. Les plus nobles Norvégiennes, indignées d’avoir subi ses outrages, résolurent de se venger ; et, conduites par la belle Lothgertha, allèrent se joindre à l’armée de Regner qui faisait la guerre à Froé.

Les exemples d’héroïsme féminin ne sont pas rares de la part des blondes filles du Nord qui suivirent souvent les vikings dans les combats.

Lothgertha, en gagnant la victoire, gagna le cœur de

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Regner. Elle l'avait autant charmé par sa bravoure que par sa beanté ; mais avant de donner sa main à Lodbrog qui n’avait pas encore acquis sa renommée, elle voulut faire l'épreuve de son courage. Elle lui donne rendezvous, un soir, sur une montagne, où elle avait fixé sa résidence. Sa porte était bien gardée, par un chien terrible, et un gros ours.

Regner étrangla le chien de sa main et tua l'ours de sa lance. 11 enleva la jeune fille, et partagea avec elle le trône qu’elle l'avait aidé à conquérir.

Après avoir eu de Lothgertha un fils et deux filles, il la répudia; il ne brilla jamais par sa constance en amour.

Un roi, nommé Héroth, avait trouvé, en chassiat, un serpent qu’il recueillit et apprivoisa. Ce serpent grandissait, grandissait toujours, et prit des proportions si extraordinaires qu'il lui fallait chaque jour, pour son repas, un bœuf entier. Il paraissait amoureux et horriblement jaloux de la belle Thora, fille du roi. Il la suivait partout, et l'entourait tendrement de ses longs anneaux.

Ce qui était insupportable, c'était surtout sa méchanceté contre ceux qui voulaient faire la cour à sa bienaimée; il les faisait tous mourir par son venin.

Héroth fit publier au loin qu'il donnerait sa fille à celui qui la délivrerait du monstre. Plusieurs beaux guerriers se présentèrent et tous périrent dans la lutte.

Regner ne connaissait pas de danger au-dessus de son audace. Il se fit faire des vêtements de fourrures très épaisses; puis en plein hiver, il se plongea dans l’eau. Cette eau, grâce à la rigoureuse température du Nord, forma bientôt une cuirasse de glace. Alors Regner, armé

d’un bouclier et d'une épée, s'avance vers le serpent. Le monstre a beau vomir des flots de poison qui glissent sur la glace, il a beau montrer ses dents qui ne peuvent mordre le fer du bouclier, l'intrépide guerrier parvient à plonger son épée dans le corps du dragon et à l’étendre

sans vie.

Thora courut au-devant de son libérateur. Le roi Héroth, qui avait tout vu du haut d’une tour , tint sa promesse, maïs en plaisantant Regner de son étrange costume, il lui donna le surnom de Lodbrog (1) que l’histoire lui a conservé.

Lodbrog eut six fils de Thora. Quand il la perdit, il jura de ne plus se marier; c'est un de ces serments qu'il est facile d'oublier.

Il se composa une singulière armée; il ordonna de lui envoyer le fils le plus mauvais sujetde chaque maison et les esclaves dont la fidélité serait la plus suspecte. Avec de tels soldats il n'avait pas à se gèner pour exiger une discipline sévère. Il créa douze juges, et l’on n'a pas manqué de trouver là l'origine des douzes jurés d'Angleterre. La moindre rébellion était sévèrement punie. Mais le butin ramnassé par Lodbrog était toujours considérable, et il en faisait un juste partage entre ses compagnons d'armes.

Un jour qu'ils côtoyaient les rivages de la Norvége, quelques officiers qui étaient descendus àterre, aperçurent

une jeune bergère qui quitta son troupeau pour aller

dans les eaux limpides d’une fontaine laver sa ravissante figure; puis elle déroula ses magnifiques cheveux

(1) Lod, hirsutus, — brog, brarca.

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