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qui tombaient jusqu'à ses pieds. Ils allèrent raconter au roi qu''ls n'avaient jamais vu d'aussi admirable beauté.
Ici les d' iails varient dans les sagas.
D'apr's une légende, c’est le roi qui impose des conditions à la bergère pour être reçue à sa cour; d’après une autre légende, la jeune fille ne consent à se rendre à l'invitation de Regner qu’en lui dictant elle-même des conditions.
Les gens du Nord à ce qu’il paraît avaient le goût des
énigmes. Le viking fit dire à la bergère de venir le voir,
mais, sans être habillée et sans être nue, sans avoir mangé et sans ètre à jeun, sans être seule et sans être avec quelqu'un.
La jeune fille n’est nullement embarrassée pour résoudre ce problème étrange. Elle déclare au messager du roi qu'elle est prête à le suivre. Elle laisse tomber sa longue et abondante chevelure blonde qui couvre tout son corps, et s’enveloppe dans un filet de pèche ; elle goûte un peu de poireau qu'elle rejete sans rien avaler. Elle se fait accompagner par son chien et non par un homme.
Voici l’autre légende.
Regner donne l’ordre de demander à la jeune ber-
AI
gère son nom et de l'inviter à venir à bord. La ber-
D gère répond qu'elle se nomme Kraka; elle refuse de se
rendre à l'invitation et ne se décide à alfer saluer le roi qu'après qu'il a juré de la respecter et de ne pas même prononcer un mot qui puisse alarmer sa vertu.
Le viking en voyant Kraka est dans l'admiration la plus vive, il remercie Odin de lui envoyer cette conso-
lation divine, et veut joindre sa main à celle de la jeune fille en signe d’éternelle alliance.
Kraka répond que le roi s’exposerait aux plus grands malheurs s'il manquait à sa parole, et demande à ètre ramenée à sa famille.
Le roi dont la passion est excitée au dernier degré, lui fait un brillant tableau des honneurs qui l’attendent à sa cour, où son sort excitera l'envie de toutes ses compagnes. Puis il ordonne d'étaler sous ses yeux des riches parures, des robes splendides, et une veste d'argent qui avait appartenu à la reine Thora. Kraka est aussi insensible aux cadeaux qu'aux paroles. Elle déclare qu'elle n'a besoin que d'une robe de drap noir et grossier pour conduire son troupeau sur le sable des grèves et pour plaire à ses parents dans leur humble chaumière.
Le roi insiste : le Nord l’a surnommé le Prince des
héros : Le plus brave a droit à l'amour de la plus belle ; il |
supplie Kraka de partager son trône et sa gloire.
‘La bergère est émue. Elle croit à la passion du prince, mais elle veut ètre sûre que cette passion sera constante. Que le roi s'éloigne, qu’il continue ses longues expéditions ; si au retour, il est encore fidèle à son amour, elle obéira à ses désirs et acceptera sa proposition.
La pensée de sa bien-aimée suit Lodbrog partout, et en songeant à elle, il se couvre de plus de gloire que
jamais. Il revient vainqueur et encore plus épris qu'au départ. Kraka, touchée de sa fidélité, lui promet tout son amour, mais elle exige que son mariage soit, avant tout, publiquement célébré en présence des grands du royaume qui la proclameront leur reine.
Kraka était déjà mère de quatre enfants lorsque Re-
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«ner se trouvant à la cour d'Upsal promit au roi de Suède d'épouser Ingéborg sa fille.
Kraka en fut-elle avertie ? Lorsque son peu fidèle
époux revint auprès d'elle, elle lui déclara qu'elle allait
enfin lui révéler un secret longtemps caché parce qu'elle
avait été fière d’être épousée uniquement pour ses
charmes. Son vrai nom, lui dit-elle, était Aslanga. Elle
devait le jour à Sigurd, dont le nomillustre est encore
populaire dans le Nord. Les destinées de sa postérité
sont prélites ; et comme témoignage de la vérité des mer-
veilles promises, le fils qu'elle porte dans son sein nai-
tra avec la marque d’un serpent autour de l'œil. L’é-
| vénement justifia sa parole. Regner au lieu de demander
au roi de Suède sa fille, lui déclara la guerre; et Aslanga
lui montra qu’elle était la digne fille d’un héros en parta- Ï L Ï
eant ses dangers et contribuant à sa gloire.
Suivre Lodbrog dans toutes ses expéditions serait trop
long. Il fit briller sa terrible épée des bords de la Baltique aux rives du Bosphore, conquérant partout des royaumes et ne se fixant dans aucun.
La victoire après lui avoir été longtemps fidèle, finit
par l’abandonner. Le succès l'avait rendu téméraire.
Avec deux vaisseaux il entreprit la conquête de l'Irlande.
Le roi Ælla défit cette petite armée, fit prisonnier Re-
gner qui refusa de dire son nom et le condamna à périr
dans une fosse remplie de vipères. A l'aspect de la mort, quand il sentit les morsures mortelles des bêtes hideuses,
Lodbrog ne vit pas fléchir son courage, et composa luimème sa propre drapa :
« Nous nous sommes battus à coups d'épée. Dans le temps où jeune encor: j'allais vers l'Orient, préparer
une proie sanglante aux loups dévorants, toute la mer ne semblait qu'une large plaie et les corbeaux nageaient dans le sang des blessés.
« Nous noussommes battus à coups d’épée. Je tressaille de joie à la pensée qu'un festin se prépare pour moi dans le palais d'Odin. Bientôt, assis dans la splendide demeure, nous boirons l'hydromel dans les crânes de nos ennemis. Un brave ne tremble pas devant la mort. Je ne prononcerai pas des paroles d’effroi en entrant dans la salle du Valhalla.
« Nous nous sommes battus à coups d'épée. Ah! si mes fils savaient les tortures qu’on me fait subir, s'ils savaient que des vipères empoisonnées me déchirent le sein, qu'ils souhaiteraient avec ardeur de livrer de terribles combats ! La mère que je leur ai donnée leur a laissé un vaillant cœur.
«Nous nous sommes battus à coups d'épée. Mais à présent je touche à mon dernier moment; un serpent me ronge déjà le cœur. Bientôt le fer que portent mes fils sera rougi du sang d’Ælla, et ces vaillants jeunes hommes ne voudront plus souffrir de repos.
«, Nous nous sommes battus à coups d'épée dans cinquante et un combats où les drapeaux flcitaient. J'ai dès ma jeunesse appris à accoutumer au sang le fer d’une lance et je n’eusse jamais cru trouver un roi plus brave que moi; mais il est temps d’en finir. Odin m'envoie ses déesses pour me conduire dans son palais. Je vais, assis aux premières places, boire l'hydromel avec les Dieux. Les heures de la vie sont écoulées; je mourrai en riant (1).»
(1) Mallet avait publié en francais le chant funèbre, écrit en norvégien:
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Nous avons supprimé quelques strophes de ce chant funèbre un peu long. Par l'âpreté du style, la dureté de la pensée et la férocité des images, n'est-ce pas une peinture saisissante des mœurs des Vikings?
Saxon le grammairien et les plus anciennes chroniques rapportent cette drapa de Regner. Des vers isolés de la saga du peuple sont encore restés dans la mémoire populaire. Torfœus et Schc veng ont entendu des réminiscences de cette poésie primitive et les lieux consacrés par la saga conservent encore les noms qu’elle leur donnait il y a mille ans.
Regner laissa plusieurs enfants. Ses fils l'avaient aidé dans ses conquêtes et ils en firent eux-mèmes de si nombreuses qu'il serait difficile de faire la part de chacun. Nous retrouverons plusieurs fois leurs noms dans les récits des invasions normandes. C’étaient de terribles
à cucrriers. L'un se fit brûler sur un bücher formé des
crânes des ennemis dont il avait coupé les tètes. L'autre ordonna que le tumulus où il serait inhumé fut élevé sur le point de son royaume le plus exposé aux attaques, pour que le bruit de la guerre le réjouit encore dans sa tombe.
L'idée qui consolait Regner au milieu des tortures,
c'était que les petits du sanglier feraient payer cher sa
mort à son bourreau. Ses fils Ingvar et Ubbo, qui étaient en Danemark, jurèrent de tirer une terrible vengeance de l’atroce supplice de leur père.
Wéærmius en a publié le texte et une traduction latine dans sa Littérature runique, p. 57. Rafn, qui a de nos jours soutenu l'authenticité de cc poème, en à publié en 1826 une édition à Copenhague sous le titre : Kdhumûl sive Epicedium Ragnaris Lodbroci regis Daniæ. Le texte ts accompagné d’une double traduction en danois et en francais.
Is tinrent leur serment. Ils jouirent, suivant l’expression de Lingard, du plaisir exquis de torturer l'homme
qui avait fait périr leur père (1). » Ils infligèrent à Ælla
un supplice encore plus barbare que celui qu'il avait imaginé pour Regner. Ils découpèrent les côtes de la victime, lui arrachèrent les poumons, et pour rendre ses blessures encore plus cuisantes, à mesure qu'ils déchiraient ses chairs saignantes, ils les saupoudraient de sel.
Cette horrible volupté de la vengeance et de la cruauté se rencontre souvent chez les païens barbares et surtout chez les Normands.
L'odinisme ne régnait pas seul parmi les Scanäinaves, et se conciliait avec toutes sortes d’idolâtrie et de superstition. Osten, le roi de Suède, vaincu par Regner, adorait une vache dont les mugissements étranges inspiraient la terreur à ses ennemis.
(1) Enjoyed the exquisile delight of lorluring the man.
l'expres-
l'homme tà Ælla
il avait
es de la endre ses ls déchint de sel. a cruauté s et sur-
nainaves, et de sur Regner, nges ins-