CHAPITRE VIE
1H Invasions et ravages. — IE. Invasions dans le inidi. — HI, Les vikings Hasting etBicern. — IV. Les vikings Godefroy, Rourik, Ragenaire ; ravages en France, en Allemagne, en Hollande, — V. Désolation et lamentations. — VI, Siège de Paris. — VII. Eudes sacré roi; Robert le Fort. — VIE. Rollon assiége Paris; son mariage avec la fille du roi; il devient duc de Normandie. — IX. Sagesse de son administration.
Les Normands de Suède, nous venons de le voir, fondèrent le grand empire russe; les Normands du Danemark, après avoir abordé en Angleterre comme des pirates, finirent par s'emparer du pays comme rois.
Pendant leur longue lutte dans les Iles Britanniques, ils eurent souvent occasion de traverser la Manche, tantôt refoulés par un échec, tantôt sentant la nécessité de dis-
paraitre quelque temps pour reparaitre à l'improviste ;
souvent aussi après avoir subi des échecs , ils cherchèrent une proie plus facile dans ce beau pays de France tourmenté par des discordes intérieures.
Grande fut l’épouvante dans la population française à la première apparition de guerriers inconnus, qui venaient de régions ignorées, entraient avec la marée dans les embouchures des fleuves, débarquaient dans les nuits
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sombres, de marins quise faisaient cavaliers, ravageaient, pillaient, incendiaient tout et disparaissaient chargés de butin en regagnant leurs barques cachées dans quelque anse voisine.
Is semblaient fuir le combat, mais lorsque ces massacreurs de prètres, de femmes, de paysans désarmés se rencontraient en face des guerrie”s les plus braves, ils savaient montrer qu'en fait d'intrépidité et d’habileté guerrière ils ne le cédaient à aucun peuple du monde.
S'ils étaient vainqueurs, ils se faisaient payer cher leurs ga Héstiné prisonniers, la rancon des villes prises d'as ut, la levée
en France, d'un siège, le départ d'un pays pour aller en ravager un I. Siège de autre.
ége Paris; IX. Sagesse S'ils étaient vaincus, ils ne cherchaient pas à mourir en héros, mais à fuir ; ils savaient se dérober aux pour-
suites par des ruses infinies et disparaitre pour revenir
ir, fon- plus terribles quand on les croyait anéantis. Dane- Leurs flottes composées d’abord de quelques frèles me des esquifs grossissaient sans cesse. Leurs longs navires OIS. avaient deux blanches voiles, la proue aigüe, la carène niques, aplatie, la tète menaçante. Ils étaient faciles à recon- Ë e, tantôt naitre quand on les avait vus une fois; mais les prede dis- mières invasions de ces barbares, qui n'épargnaient rien roviste : pour se rendre effrayants, glacèrent d'effroi les popula chèrent tions rurales, qui en les voyant immoler les prêtres et e tour- profaner les reliques les plus vénérées croyaient que ces
maudits avaient fait un pacte avec la tempête et le
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qui ve- Charlemagne, qui se trouvait dans la Gaule Narbonée dans naise, fut averti un jour que des vaisseaux inconnus apes nuits prochaient du port.
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Il était à table, il se lève aussitôt pour tout voir par au lui-même. sub Debout sur un balcon, il promène au loin ses regards tier
sur la mer; à la légèreté, à la forme des bâtiments, il re- trot
connait les navires des pirates du Nord, que les Français L
Il confondaient tous sous le nom de Normands. reg
|! Lorsque ces Barbares furent près du rivage, on leur lita ii demanda d’où ils venaient; dès qu'ils apprirent que le grè je grand empereur était dans le pays, ils disparurent. L ; fl ï Tandis que Charlemagne les regardait, on remarqua nous | son air pensif et les larmes qui remplissaient ses yeux. Il les « || dit alors à ses leudes étonnés : « O mes fidèles! savez-vous la fé in pourquoi je pleure? je ne crains pas que ces misérables renc Il fl puissent me faire du mal, mais je suis affligé de voir que, man moi vivant, ils ont osé aborder sur ce rivage et je prévois dans combien de maux ils préparent dans l'avenir à mes des- leurs
cendants et à leurs peuples. » Le
Le grand homme ne s'était pas trompé dans ses pres- bles
sentiments! Aucun de ses fils n'avait la main assez ferme Il
pour tenir les rênes d'un empire qui s’étendait de l’Elbe se ve
à l'Ébre, de la mer du Nord ax monts de la Calabre. cesse
Eginhard raconte quelques invasions normandes sous hom
le règne de Charlemagne; mais l'empereur était assez les à
prudent pour éviter leurs surprises et assez fort pour Le:
réprimer leur audace. dre |
Le grand empire qu'il avait fondé s’écroula avec lui lards
lorsqu'il mourut. Le gouvernement le plus faible succéda r'éuss
au gouvernement le plus fort. C'est alors que les inva- pas d
sions normandes devinrent de plus en plus désastreuses. clam
Ces irruptions des archipirates septentrionaux ne res- ennei
semblent pas aux migrations germaniques du quatrième
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au sixième siècle. Les Normands ne cherchaient pas à se substituer aux populations indigènes; ils adoptaient volontiers leurs mœurs, leurs usages, leur religion, lorsqu'ils trouvaient l'occasion de s'établir au milieu d'eux.
Leurs invasions, qui n'a aient rien de régulier, étaient regardées comme un fléau du ciel, et l'Église dans ses litanies priait Dieu d’éloigner les Normands, comme la grèle et la tempête.
Les cartulaires des abbayes, les vieux chroniqueurs nous fournissent des détails sur les villes, les couvents, les campagnes qui ont été victimes des excursions et de la férocité des Barbares, mais on ne s’est pas encore bien rendu compte dela marche suivie en France par les Normands, ni des dates précises de leurs diverses apparitions dans les contrées qui ont été le plus souvent en proie à leurs déprédations intermittentes.
Le neuvième siècle est l'ère des invasions les plus terribles et les plus fréquentes.
Il semble que les vaincus de Charlemagne aient voulu se venger de leurs défaites en harcelant ses faibles successeurs, en s’associant aux vikings qui recrutaient des hommes partout et qui savaient enrichir les hommes qui les aidaïent de leur bravoure.
Les descendants de Charlemagne auraient dû s’entendre pour écraser les envahisseurs sanguinaires et pillards; ils préféraient se disputer le pouvoir, et pour réussir dans leurs luttes fratricides, il ne leur répugnait pas de transiger avec la conscience et l'honneur en réclamant dans un but d'intérèt personnel l'assistance des ennemis de la patrie.
Pépin II, roi d'Aquitaine, alla jusqu’à sacrifier à Odin
pour plaire aux Normands. Carloman leur emprunta des soldats pour combattre son propre père; Louis le Germanique, en guerre contre son frère Hugues, bâtard de Lothaire, les enrôla sous ses drapeaux afin de conquérir, avec leur aide, la couronne de Lorraine.
Si Les Normands pour de l'argent étaient prèts à tout, ils ahaaient mieux combattre pour eux-mèmes que pour les autres. Ils y trouvaient plus de profit et ‘ls étaient plus indépendants.
En 800, ils envahirent la Flandre qui était sous la protection de la France et désolèrent ce pays par leurs massacres et leurs pillages. Les religieux, plus désireux de sauver leurs saintes reliques que leur vie, fuyaient à leur approche et faisaient les plus périlleux et longs voyages pour mettre les choses sacrées à l'abri des profanations et des atteintes des envahisseurs impies et cupides. Ainsi Euchéric, abbé de Gand, transporta les reliquaires de son couvent à Saint-Omer pour les mettre en sûreté dans le château-fort.
Les invasions normandes dans les provinces françaises commencèrent vers 802 en Bretagne. Les Bretons, revenus du premier moment de surprise et d'épouvante, s'armèrent et marchèrent contre les étrangers. Trois batailles furent livrées, et les Normands ne s'éloignèrent qu'après avoir réçu une somme d'argent, ce qui leur donnait l'envie de revenir.
Ils n'avaient dans leurs expéditions aucun plan arrêté, aucun but fixe, aucun itinéraire réglé d'avance. Un jour on les voyait partout, le lendemain, nulle part. L'or ne
leur manquait pas et ils ne l’'épargnaient pas pour les dépenses utiles. Ils payaient largement les espions et les
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traitres. Ils s'adressaient surtout aux Juifs qui partageaient avec eux la haine des chrétiens. Les Juifs leur vendirent
la ville de Bourges qui fut pillée et brûlée, Périgueux eut
le mème sort que Bourges, et lorsque les Aquitains vinrent attaquer les Normands, ceux-ci étaient déjà repartis sur leurs vaisseaux chargés de butin.
Ils prenaient tout‘ce qu'ils pouvaient enlever ; souvent ils avaient plus d’or et d'objets précieux que de vivres. Ils rendaient souvent moyennant des rancons en nature les hommes et les femmes qu'ils avaient pris pour les vendre ou les réduire en servitude.
Les invasions premières furent si fructueuses qu'elles encouragèrent les vikings à tenter de plus grandes entreprises. En 80% ils parcoururent, avec des forces considérables, la Frise et la Flandre, et arrivèrent jusqu’à Beauvais et à Rouen.
Depuis la mort de Charlemagne, c’est avec lenteur et avec difficulté que la milice était rassemblée par le roi. L'armée souvent n'était réunie que lorsque les Normands avaient eu le temps de remonter sur les navires, qui étaient toujours abrités de manière à les recevoir dans le cas de retraite ou de danger imprévu.
Louis le Débonnaire prit bien des mesures pour détourner du royaume le fléau qui faisait tant de ravages. Il ordonna de placer des vaisseaux à l'embouchure des fleuves qui roulent vers l'Océan. Les Normands savaient déjouer toutes les mesures prises contre eux. Leur ruse égalait leur audace. Remonter la Loire et la Seine furent les courses les plus fréquentes “es vikings.
En 810, ils attaquèrent Tours et brülèrent tes faubourgs de la ville. 415 cherchèrent ensuite à investir Paris d’où
ils furent repoussés. Après avoir éprouvé des échecs en France, ils récoltèrent des richesses en ravageant la Lorraine et la Frise avant de rentrer dans leurs pays du Nord.
Ils ne revenaient pas chaque année; le laboureur ne semait pas lorsqu'il craignait que la moisson fut récoltée par les Barbares; puis lorsque la confiance renaissait, on voyait reparaitre les Normands que l'on croyait être bien loin. Le roi, qui se sentait faible contre un ennemi si fort, cherchait à l'adoucir par des cadeaux. Les vikings semblaient vouloir répondre à ses avances; ils promettaient, en recevant des présents, d'être reconnaissants: ils épargnaient bien le domaine du roi, mais ils ruinaient ses sujets.
En 819, les Normands arrivèrent au nombre de trente mille; trouvant l'embouchure de la Seine trop bien défendue par des gardes-côtes, ils se dirigèrent vers l’embouchure de la Gironde. Séguin, duc de Gascogne, en ap-
prenant leurs dévastations dans les îles d'Oléron et de Ré et dans la Saintonge, marcha au devant d'eux avec des forces considérables; mais, plus brave que prudent, il fut tué sur le champ de bataille et les Normands vainqueurs saccagèrent Saintes, Limoges, Angoulème, Bor-
deaux et tous le pays de Gascogne.
Un vieux chroniqueur, Albert Crantz, peint la douleur des Français qui l'arme au poing virent, à leur honte, les ennemis de Dieu et des hommes, logés même dans leurs tentes et triompher d’eux dans leur propre pays.
Les désastres commis par les hommes du Nord devenaient de plus en plus formidables. En 830, après avoir ruiné Dorestad sur l’Elbe et Anvers sur l’Escaut, ils firent
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une nouvelle tentative sur Paris, d’où ils étaient toujours repoussés, mais où les attirait toujours l'ambition de devenir maitres du royaume en s'emparant de la capitale. Is disparurent après avoir éprouvé un nouvel échec.
Plus tard, au mois de septembre 841 ou 843, les Normands se livrèrent des combats entre eux pour le partage du butin, et firent des expéditions en Espagne; à leur retour, ils surprirent Bordeaux qu'ils saccagèrent, ainsi que Bazas, Condom, Lectoure, Dax, Bayonne, Tarbes, Mont-de-Marsan, Oloron et Lescar, la ville épiscopale du Béarn dont ils démolirent les fortifications.
On lit dans le cartulaire de Bigorre : « Les Normands livrèrent aux flammes les basiliques, les oratoires et les lieux de réunion des chrétiens, ‘abattirent les autels, polluèrent les monuments des saints par les blasphèmes de leurs bouches barbares, et par l'usage indécent qu'ils en firent. Chose lamentable à raconter, saisissant d’une main sacrilège les vénérables reliques, ils les semèrent partout suivant leur habitude. »
Nicolas Bertrandi cite le cartulaire de Bigorre en racontant les invasions normandes en 840, 841 et 84% dans la Gascogne. On sait que les vikings s’entendaient à chercher une station favorable pour amarrer leurs barques. Puis une fois à terre, ils se procuraient des chevaux pour parcourir le pays et, s’il le fallait, des bètes de somme pour tirer à sec leurs navires et les conduire à quelque rivière voisine.
Du reste à cette époque, des fleuves aujourd'hui appauvris par les déboisements des Pyrénées étaient navigables dans des endroits où ils ne le sont plus. Ainsi les Normands purent remonter l'Adour jusqu'à Tarbes, la capitale de la Bigorre.
Hérald, ou Geraldus, évèque de Tarbes, prit la fuite à l'apparition des Normands; mais lorsque la ville épiscopale fut prise par les Barbares, il se réfugia dans son château fortifié nommé Foronel ou Foronil, dont toute trace, tout souvenir a complètement disparu. Après avoir dévasté la riche plaine de Bigorre, les Normands s'aventurèrent dans les hautes montagnes où ils pillèrent et détruisirent notamment le monastère de Saint-Savin.
Les chevaliers du pays et le duc de Gascogne ne laissèrent pas l'étranger ravager le midi sans lui livrer deux ou trois combats. Les Normands furent enfin battus près de Tarbes d'une si rude facon qu'ils n'y reparurent plus.
Les braves chevaliers ne manquaient pas à la France, mais quel prince pouvait les faire marcher, les diriger, les commander, éteindre leurs rivalités et comme Charlemagne leur imposer sa volonté? Les Normands eurent des chefs aussi habiles que redoutés,