‹ Les normands dans les deux mondes [microforme]Chapitre 26 sur 39 · TA · texte numérisé non relu

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Les Normands laissèrent l'Escaut pour naviguer sur la mer et entrèrent bientôt dans les eaux de la Seine,

Francon, archevèque de Rouen, comprit que toute résistance était impossible, et qu’au lieu de faire verser inutilement le sang dans une lutte inégale, il était préférable d’adoucir la férocité de l'ennemi et de traiter avec lui.

Il se rendit devant Rollon ; et ces deux hommes, alors si différents d’idées, comme par une intuition de l'avenir, sentirent naître en eux une sympathie réciproque et conclurent un traité de paix.

Rollon, grâce à cet accueil en Neustrie, put apprécier les richesses de cette province et les avantages de la situation de Rouen, qu'une forte citadelle défendait facilement par terre et par mer.

Loin de vouloir brûler la ville, il déclara « qu'il vouloit illec demourer et en faire sa maitresse-ville ».

Intrépide et avide d'amasser du butin, comme les autres vikings, il ne partageait pas avec eux la haine sacrilège, insensée, contre le prêtre et le moine.

Il épargna l’abbaye de Jumièges, fondée par Clovis I°, et déposa sur l’autel de saint Vaatz la chaine et les reliques de saint Hermentrude qu'il avait rapportées d’Angleterre ou de Frise.

Il résista aux instances de l'archevêque qui voulait le convertir, mais il commença à gagner les. sympathies des Neustriens en respectant leurs églises et leurs propriétés.

Dès qu’il vit ses vaisseaux ravitaillés, il se hâta de remonter la Seine pour assister au siège de Paris ; Sigefroy était un de ses plus braves lieutenants.

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tollon était précédé par la terreur qu'inspirait le bruit de ses lointaines aventures. A son approche, Renaud, duc d'Orléans, et l’ancien viking Hasting, alors comte de Chartres, levèrent des troupes et marchèrent vers lui. Hasting essaya de persuader à Rollon de s’entendre avec le roi de France. Il reçut une réponse si fière, qu'il sentit son courage ébranlé. Illivra cependant, avec le duc d'Orléans une rude bataille aux Normands, mais le duc et lui furent si complètement battus qu'ils ne durent leur salut qu'à la fuite.

Le vainqueur se hâta de profiter de la victoire en saccageant et pillant le pays abandonné sans défense à toutes les déprédations.

Le duc d'Orléans ne tarda pas de revenir avec des troupes nouvelles. Honteux d’avoir été battu par des Barbares, le brave chevalier brülait de venger sa défaite ; il en éprouva une seconde plus terrible que la première, et au moment où il était obligé de fuir encore, le noble duc périt frappé d’une flèche lancée par un simple pècheur. |

Les succès obtenus par Rollon s’arrétèrent devant les murs de Paris, qui furent imprenables malgré son audace et son habileté. Il épuisa pendant deux ans contre la ville qu'il tenait tant à prendre, toutes les inventions de son esprit fécond en stratagèmes, toute l'intrépidité des assauts les plus hardis. Les Parisiens soutinrent le siège avec une énergie qui doit compter parmi les plus glorieux souvenirs de la valeur française.

Comme distraction, Rollon et ses licutenants faisaient des excursions dans les villes voisines. Si parfois ils éprouvaient des pertes, ils parvenaient presque toujours à

rapporter de leurs pillages des vivres et des fruits pour les assiégeants.

La terreur répandue par les Normands obligeaient les plus grands seigneurs à leur payer tribut pour s'assurer contre eux.

Le siège de Paris était interrompu par quelques trèves, mais les trèves à peine expirées, les hostilités recommencçaient.

Rollon restait fidèle à son amitié pour le roi d'Angleterre. Au moment où il aurait eu besoin d’être aidé par les Anglais pour prendre enfin Paris, il recut de Londres un ambassadeur qui lui demanda de prompts secours pour le roi.

Rollon fit une sommation terrible aux Parisiens; il Les somma de se rendre, sous peine d’être, sans pitié, tous

passés au fil de l'épée s’il prenait la ville d'assaut. Ilne le

put les effrayer et ne fit qu’exciter leur courage. Rollon, repoussé par un terrible effort des assiégés au moment où il tentait de prendre la ville d'assaut, renvoya à : : autre moment sa revanche, et partit le lendemain mème pour Londres.

Le roi l’accueillit comme un libérateur, et alla jusqu'à lui offrir la moitié de son trône. « Comme le ciel, lui répondit Rollon, n’a pas deuxsoleils, un royaume ne peut avoir deux rois. Je vous ai apporté l’appui de mon épée, c'est par dévouement et non pour un salaire. »

L'action combinée du roi et de Rollon fut énergique et réussit à vaincre la révolte, à calmer les esprits. Les rebelles furent désarmés et traités avec générosité. Le peuple, qui avait beaucoup souffert des discordes civiles, vit avec bonheur renaître la paix et la tranquillité.

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Rollon, fidèle à sa parole, ne voulut accepter aucune récompense ; il refusa les faveurs qui lui furent offertes et ne voulut ni comté, ni château en Angleterre. Il voulait Paris, il demanda l'autorisation de grossir son armée en enrôlant des Anglais. Il en amena un grand nombre. Il divisa ses troupes en trois flottes, à la tête de l’une, il remonta la Seine; l’autre, commandée par son cousin Gelon, devait se rendre dans la Loire et la dernière, commandée par Bothon, partit pour la Garonne.

Grande fut l'épouvante, lorsque l’on apprit que les Normands avaient reparu avec des troupes dont l'imagination populaire grossissait le nombre d’une manière effrayante.

Les grands seigneurs qui ne savaient plus comment résister aux invasions sans cesse renaissantes des Normands, abandonnaiïent leurs terres que les laboureurs découragés ne voulaient plus cultiver et allaient chercher asile à l'étranger.

Les prêtres et les religieux, quittant leurs églises et leurs couvents, fuyaient au loin pour mettre en sûreté les reliques des saints qui leur étaient plus chères que la vie.

Les terreurs causées par l'approche des guerriers du Nord n'étaient que trop justifiées. Le jour de l’an 886, Gelon attaquait Nantes, prenait la ville d'assaut, immolait l'évèque à l'autel où il officiait, égorgeait les fidèles réfugiés et entassés dans la cathédrale, puis disparaissait, ses vaisseaux bien remplis de butin et de prisonniers. |

Bothon alla débarquer au Croisic. La population effrayée, emportant les chjets précieux, se retire dans un

lieu fortifié. Les Normands la poursuivent et établissent un siège en règle devant la place qui lui sert de refuge.

Saint Aubin, plustard évèque d'Angers, se mit à la tête des assiégés. L’épée à la main, il les anime de son courage et les dirige si bien que l'ennemi est forcé de quitter le pays.

Eudes, qui avait entrepris la glorieuse mission de la délivrance de la France, fléchit sousle poids de sa tâche, et ne peut éloigner les Normands qu'à prix d'argent.

Il avait promis de garder le trône pour Charles, fils de Louis le Bègue, et régla avec lui, sans difficulté, le partage du pouvoir, en luilivrant immédiatement une partie du royaume. Il mourut peu de temps après et sa mort redoubla l'audace des envahisseurs étrangers.

Charles le Simple, devenu maitre de la France entière, n’était que plus faible en perdant l’appui d'Eudes. Rollon ne se contentait pas de la Neustrie, c'était la couronne royale que visait toujours son ambitiôn. Il était parvenu à organiser une forte armée qu'il commandait lui-même.

Charles, apprenant qu'il marchait vers Paris, comprit le danger qu'il courait si, par sa vigueur, iln'arrêtait pas un ennemi si redoutable. IL rassemble ses troupes, et fait appel à la bravoure de ses principaux vassaux, parmi lesquels figuraient, en première ligne, Raynold, duc de France et d'Orléans, et Hasting, comte de Chartres.

Au lieu d'agir promptement, le roi perdit du temps à délibérer. Il envoya comme négociateur vers Rollon, Hasting accompagné de deux chevaliers.

Hasting connaissait trop bien les Normands pour s'v fier. Il resta sur un côté du rivage de l'Eure pendant que

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les Normands se tenaient sur les bords de la rive opposée.

Raynold était chargé du commandement de l’armée. FHasting en rendant compte de sa mission, fit un tableau peu rassurant des forces ennemies et dit qu'il valait mieux traiter avec de bonnes conditions que de courir les chances d’une terrible défaite.

Un brave porte-enseigne, nommé Rosland, repoussa cette opinion qui ne convenait pas à sa patriotique ardeur. Il n'épargna pas l'ancien viking devenu comte de Chartres, et l’accusa en face de connivence avec ses anciens amis.

L'attaque était si terrible que Hasting en fut effrayé et comprit bien que les Français ne lui pardonneraient Jamais son origine. Dans ces temps de violence, ils étaient nombreux les cas de Normands convertis naturalisés français et qui étaient immolés sans pitié, sans aucune forme de procès. Un chef danois, nommé Anskatil, pour ne citer qu’un exemple, avait traité avec la France, renoncé à sa vie de pirate et abandonné la religion d'Odin. Au moment mème où il recevait le sacrement du baptème, un guerrier français le tua et chercha asile auprès de l'autel, en disant : « Grâce! j'ai rendu service à mon pays en le délivrant d’un ennemi qui lui a fait beaucoup de mal et qui pourrait lui en faire encore. »

L'assassin fut sans peine gracié. « Pourquoi, disait-on, se priver d’un brave défenseur, parce qu'il a assuré les joies du ciel à un païen baptisé. » |

Hasting redoutait qu'il ne lui arrivât malheur. Rosland avait jeté dans son esprit la terreur, que des amis cherchèrent à accroitre. Le comte Thibaut, surnommé

le Tricheur, ne négligea rien pour lui faire savoir que sa vie était en danger, etque, s’il voulait la sauver, le plus prudentserait d'aller jouir en paix, dans le Nord, de ses immenses richesses. Hasting, séduit par les conseils peu désintéressés de Thibaut, finit parlui abandonner le comté de Chartres et puis disparut un jour de la France.

Son avis de traiter à prix d'argent avec les Normands ne fut pas écouté; celui de Rosland, appuyé par Raynold, avait prévalu. L'armée française, à la pointe du jour, attaqua Rollon. Le redoutable viking avait fortifié son camp, et l’habileté de ses manœuvres, autant que son courage, lui assura la victoire. Ses soldats, abrités sous le bouclier, soutinrent ensemble le premier choc, puis, s’élançant avec impétuosité sur les Français, ils en firent un affreux carnage. Rosland fut tué, Raynold ct plusieurs comtes ne durent la vie qu'à la fuite.

Rollon, enhardi par le succès se hâta de remonter la Seine. «Il fit assaillir Meullenc (Meulan), dit la Chronique de Rouen, et entrèrent dedans par force et mirent tout à l'épée. Après cette déconfiture, Rou (Rollon) alla chevauchant et détruisant le pays Jusque devant la cité de Paris. »

Raynold, honteux de sa défaite, avait rassemblé une armée plus forte que celle qui avait été battue, et se mit à la poursuite des Normands. Rollon, toujours aussi habile tacticien qu'intrépide guerrier, resserra les rangs de ses soldats en formant un carré qui pénétra dans la masse de l’armée française et renversa tout sur son passage. Rien ne put résister à leur choc et au fer de leurs terribles armes. La victoire fut complète. Le duc, obligé de fuir, fut tué par la flèche d’un pècheur de Rouen. Le

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nombre des prisonniers conduits captifs dans les navires du viking était énorme.

Ce combat fut suivi de tant de pillages de villes et d'abbayes, que les Normands, pour porter leur butin et leur bagage, eurent besoin de tant de bètes de somme, qu'un ruisseau qui leur servait d'abreuvoir fut en peu de jours complètement mis à sec.

Ces hommes du Nord, qu'on traitait de brigands et de pirates, quoique sans patrie, et sans lien commun entre les bandes éparses, étaient déjà regardés comme une puissance avec laquelle il fallait compter. Le comte de Vermandois les appela à son aide dans la lutte contre les comtes de Cambrai et de Flandre.

Bothon, licutenant de Rollon, avait été fait prisonnier en voulant s'emparer par surprise de la ville de Bayeux.

Rollon obtint sa délivrance dans un traité où il consentait à une trève d'un an.

Les Normands quittèrent le pays, non sans espoir de retour, s'emparèrent de Meaux et continuèrent leurs pillages jusqu'à la Meuse.

Dès que l'année de la trève fut expirée, les Normands reparurent à Bayeux en 900. Comme on était loin de les attendre, ils s'emparèrent de la ville autant par surprise que par force, ils la pillèrent et massacrèrent la population. Parmi leurs victimes, se trouvait le comte Béanger, qui laissait une jeune fille de rare beauté, nommée Poppa. Rollon s'éprit d'elle, et quoiqu'il lui fit d'éclatantes infidélités, il l'aima toujours, la traita comme sa femme et eut d'elle deux enfants : un fils nommé Guillaume et une fille nommée Gerloë, ou Adèle,

Pour jouir de quelques jours de repos, Ruuon, laissant

un moment son rôle de brigand dévastateur, commenca gent q à montrer son génie comme administrateur en fondant leur m une colonie normande au sein de la France, Il rétablit la décida fertilité dans les campagnes que les vikings avaient tant la pai: de fois ravagées et releva les remparts de Rouen, plu- Une sieurs fois abattus. Le besoin d’un gouvernement fort se passer faisait sentir dans ces temps où la puissance royale le com affaiblie ne savait empècher aucun désordre ni réparer reprocl aucun désastre; mieux valait aux Neustriens, pour leur avec dé sécurité, l'épée d'un païen que le sceptre de Charles le rèter le

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LU La chronique d'Adémar rapporte que Rollon fixa sa descend AE résidence à Rouen et que les Normands l’élurent roi. reur n’e |

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gent qu'il leur aurait fallu pour organiser une forte armée leur manquait; après avoir réuni son conseil, Charles se décida à recourir à l'archevêque Francon pour négocier la paix avec Rollon.

Une trève de trois mois fut conclue et aurait suffi pour passer un traité définitif, mais le duc de Bourgogne et le comte de Poitiers, blessés dans leur orgueil national, reprochèrent au Roi de traiter de puissance à puissance avec des pirates barbares, au lieu de les châtier et d’arrèter leurs brigandages.

Ces paroles étaient propres à faire impression sur un descendant de Charlemagne, mais les fils du grand empereur n'avaient pas su garder sa puissance et n'avaient pas hérité de son génie. Hélas! il ne suffit pas de vouloir ce qui est noble et grand, il faut encore avoir les moyens de le faire. La force n’est pas toujours du côté du bon droit.

Rollon n'était pas facile à expulser. « Il avait continué, suivant l'expression d’un vieil auteur, à faire une boucherie des Français, un feu de leurs villes, etde leurs villages un désert. »

La Bourgogne fut dévastée jusqu'à Clermont. L’archevèque de Sens, pour faire lever le siège « racheta les églises à Dieu, la ville aux bourgeoïs et la vie à tous ».

Les Normands marchaient vers Chartres. L'évèque Jossiaume et le comte Thibaut demandèrent de prompts secours au duc de Bourgogne et au comte de Pontoise.

Un combat très" vif fut livré. Le duc de Bourgogne et de braves chevaliers brülaient du désir de chasser les dé-

vastateurs de la patrie, mais les Normands aguerris et nombreux n'étaient pas faciles à vaincre, Au moment où la mêlée était terrible et la victoire indécise, l'évèque Jossiaume , revêtu de superbes ornements pontificaux, précédé par la croix, portant solennellement des reliques de la Vicrge envoyées de Byzance, sortit de la ville avec une escorte de braves bourgeois bien armés.

En voyant l'évêque se servir contre lui d'armes spirituelles auxquelles il ne s'attendait pas, Rollon se sentit saisi d’une sainte terreur; il battit en retraite et reprit la route de Rouen, tandis ue les vainqueurs remerciaient la Vierge de les avoir sauvés.

Le comte de Poitiers, arrivé après la victoire et désolé de n’en avoir pas eu sa part, chercha à se dédommager en poursuivant les Normands et il remporta sur eux quelques succès sans importance.

Un échec ne servait qu’à rendre Rollon plus terrible dans ses revanches et ses vengeances. Comment l'expulser de France et l'empècher d'y rentrer? C'était un problème que Charles le Simple était incapable de résoudre. Il s'était adressé aux plus puissants seigneurs; il réunit un concile.

La France était dans le plus déplorable état. Les bourgeois étaient lassés de réparer les villes qui étaientaussitôt reprises, pillées, ruinées ; les champs abandonnés par les populations affolées se couvraient de broussailles, on faisait des lieues entières sans voir la fumée d'un toit, sans entendre aboyer un chien.

Le seul sauveur possible de la France était l’homme qui avait le plus contribué à sa ruine. IL fallait offrir à Rollon de devenir chrétien et prince français.

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Le roi ne prit une résolution qu'après avoir consulté tous les ordres de l'état, dit Malaterra : il prit d'abord l'avis des anciens, d'après le roman de Rou :

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D'après un ancien manuscrit, il assembla les estats du royaume. |

Il fut arrèté que l’archevèque Francon proposerait à Rollon la Neustrie, qui prendrait le titre de duché de Normandie, et la main de Gisèle, fille de Charles. Rollon se ferait baptiser et rendrait hommage au roi de France.

Le terrible viking quiavait répondu au premier moment : nous ne voulons obéir à personne, se laissa facilement persuader par Francon. Il ne fit aucune difficulté nour épouser la fille du roi et répudier Poppa. L'Église regardait comme nul tout mariage fait avec un païen et sans aucune forme religieuse. Le viking accepta de bonne grâce le baptème et promit de faire au clergé autant de bien qu'il lui avait fait de mal. Seulement il marchanda et exigea des garanties.

La Normandie avait été si ravagée qu’elle n’offrait plus assez de ressources à Rollon pour que l’on pût subsister dans ce pays.

Charles offrit d'ajouter la Flandre au marché proposé. Rollon trouvait la Flandre trop marécageuse et demandait

la Bretagne. Presque toute la Bretagne lui fut concédée,

etileut pour vassaux Béranger de Rennes et Alain de Dol. Les vikings avaient si souvent manqué à la foi des traités qu'ils se méfiaient fort de la parole de leurs en-

nemis et exigeaient d’autres garanties que la parole du cTraI roi. Roll Lorsque tout fut réglé, le roi de France et le chef des leur Normands, accompagnés l’un de sa cour, l’autre de ses qu'i compagnies et chevaliers, eurent une entrevue solennelle gné, au village de Saint-Clair, situé sur la limite de la Neustrie séri et de l'île de France. culti Rollon jura fidélité au roi, suivant la formule de l'é- nobl poque : Dorénavant je suis votre féal etvotre homme, el je jure ses t de conserver fidèlement votre vie, vos membres el votre hon- ville neur royal. Alors Charles lui donna sa fille, la Neustrie et Il la Bretagne : Béranger et Alain prètèrent serment à rédi Rollon. conc « Rollon, dit le moine de Jumièges, n'ayant pas voulu Fran baiser le pied du roi au moment où il recut de celui-çi le évèq duché de Normandie, les évèques lui dirent : «Celui qui cons recoit un tel don doit s’empresser de baiser le pied du Il roi. » Mais Rollon lui répondit : « Jamais je ne fléchirai tionn les genoux devant un homme, et ne baïiserai le pied de Le quelqu'un. » Cédant aux prières de Francon, il ordonna armé. à un de ses chevaliers de baiser le pied du roi, et ce Robe chevalier, saisissant aussitôt le pied du roi, le porta à sa veau bouche, et se tenant debout, il le baïsa et fit tomber le nom « roi à la renverse (1). Alors il s'éleva de grands éclats de que n rire et un grand tumulte dans le petit peuple. Du reste, dans le roi Charles, Robert, duc de France, les comtes et les Da: la vé (1) Ce fait est ainsi rapporté dans le roman de Rou : sance tou devint hom li Roiz, et ses mains li livra. Re Quand baisier du pied, baisier ne le daigna ligier La main andi aval, le pied au roiz leva A sa bouche le traisi et li roiz renversa (1)

Assez s’en risrent tuits et Le Roiz se drescha. mièges,

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Rollon, par le serment de la foi catholique, leur vie et leurs membres et l'honneur de tout royaume, jurant qu’il tiendrait et posséderait le territoire ci-dessus désigné, qu'il le transmettrait à ses héritiers, et que, dans la série à venir, ses descendants l’occuperaient et Le feraient cultiver de génération en génération. Ces choses étant noblement terminées, le roi retourna joyeusement dans ses terres et Rollon et le duc Robert partirent pour la ville de Rouen (1). »

Il semblerait qu’un acte aussi solennel méritait d’être rédigé par écrit. La démarcation précise des territoires concédés, les conditions du traité qui. lient le roi de France et un étranger, auraient dù être constatées par les évèques et les religieux habiles à écrire et habitués à conserver les chartes importantes.

Il est étrange que nul écrit n'ait paru et ne soit mentionné par les anciens chroniqueurs.

Le baptème de Rollon fut suivi de celui de toute son armée. Cette cérémonie imposante eut lieu en 912. Robert, duc de France, était déjà devenu l'ami du nouveau duc de Normandie. Il fut son parrain et donna son nom de Robert à Roll ou Rollon qui quitta son nom païen que nous continuerons à lui donner pour plus de clarté dans l'histoire de sa vie.

Dans cette époque de foi, le clergé, par ses lumières et la vénération dont il jouissait, était en France une puissance. Il déploya toute la pompe des cérémonies religieuses pour la célébration du baptème et du mariage

(1) Histoire des Normands, par Guillaume, moine de l'abbaye de Jumièges, éd. publiée par Guizot, p. 52, 53 etc.

d'un guerrier fameux qui devenait l'appui de l'Église dont il avait été la terreur, et entrait dans la famille du roi dont il avait été l'ennemi le plus redoutable.

L'archevèque de Rouen, Francon, avait depuis longtemps su connaître qu'il y avait du génie et de bonnes qualités dans le viking aux mœurs féroces; il contribua puissamment à sa conversion et voulut le baptiser de sa main.

Le duc de Normandie, après avoir recu le sacrement de baptème, resta sept jours (quelques chroniques disent neuf jours) dans les aubes, c’est-à-dire qu’il porta la robe blanche du catéchumène, et que, chaque jour, ilaccorda un don spécial à une église de Rouen.

Il était d'usage à cette époque que les convertis conservassent, un certain temps, les vêtements blancs reçus sur les fonts baptismaux.

Basnage rapporte que lorsqu'un juif, à Rome se faisait chrétien, c'étaitordinairement un cardinal qui lui servait de parrain et qui, pendant quinze jours, le promenait habillé de soie blanche dans son beau carrosse aux panaches rouges.

La cérémonie du mariage suivit de près celle du baptème. Le duc de Normandie épousait la fille du roi de France, et tous Les grands vassaux de la couronne avaient été mandés pour la fête.

Les plus fameux lieutenants de Rollon cessèrent leurs courses aventureuses pour devenir comme lui chrétiens et Français. Charlesle Simple, qui n'avait que trop apprécié

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Ceux qui voulurent continuer la vie aventureuse ou rentrer dans leur patrie recurent de riches présents.

Le premier soin de Rollon. fut de réparer le mal qu’il a vait fait au clergé et au pays qui devenait le sien.

Il avait détruit les églises; il en éleva de très belles et restaura celles qu'il avait ruinées. Les chroniqueurs louent sa dévotion sincère et son ardeur à servir Dieu. On eût dit qu’il voulait se réconcilier avec sa conscience.

Guerrier barbare et intrépide, il avait conservé de son origine quelque chose de brutal, mais il était réellementdouédegénieet comprit qu'ildevait rendre d’abord à sesterres, pour les peupler et les rendre florissantes, la sécurité que les invasions normandes avaient partoul détruite. Il avait apprécié dès le premier moment comin les lumières du clergé pouvaient lui être utiles.

Les reliques de saint Ouen, si vénérées en Neustrie, avaient été transportées dans l'intérieur de la France pour les sauver du pillage des Normands.

Le roi eût voulu garder ces précieuses reliques, mais Rollon les exigea d’un ton qui ne permettait pas un re-

fus. Le duc de Normandie suivit, pieds nus, la procession qui ramena le corps de saint Ouen à Rouen.

Le duc était fidèle au roi et refusa, malgré son amitié pour Robert, son parrain, de conspirer avec lui contre Charles le Simple, mais il entendait ètre maitre chez lui.

Guillaume de Jumièges raconte ceci (livreIl, ch. xx1) :

« Charles le Simple, fils de Louis, surnommé le fainéant, et beau-père de Rollon, envoya une certaine fois deux chevaliers à sa fille Gisèle. Celle-ci Les fit demeurer longtemps et ensecret auprès d'elle, ne voulant pas les présenter à Rollon; mais celui-ci en ayant été informé, rempli de fureur et les prenant pour des espions, ordonna de les faire sortir, et Les ayant fait sortir, les fit mettre à mort sur la place du marché. »

Gisèle, princesse du sang, élevée à la cour où les traditions de Charlemagne étaient encore vivantes, ne fut pas heureuse dans son mariage avec un viking, qui avait des mœurs différentes de celles de la cour de France.

Elle mourut sans enfants et Rollon épousa, pour la seconde fois, Poppa dont le fils Guillaume était déjà grand.

Rollon le regardait comme son héritier futur.

La Normandie changea rapidement de face. Les agri-

culteurs qui recevaient des terres fertiles, sans condition de cens ni de corvée, les cultivèrent avec soin. Les hommes timides accouraient dans un pays où un bras fort saurait protéger leurs moissons contre des invasions qui

pouvaient se renouveler.

Les fugitifs de tous pays étaient sûrs de trouver asile chez le duc de Normandie, qui ne devait pas être difficile pour ceux quiavaient des antécédents de pillage, de meurtre et d'incendie, pourvu qu'ils fussent résolus à changer de vie.

Aussi Rollon est-il approuvé avec raison par a0s chroniqueurs, notamment par Fontanelle, d’avoir su se concilier l'affection des gens de toute race et de tous les métiers et faire un seul peuple de gens de nations diverses.

Pour faire régner l'ordre dans la population assemblée

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au hasard dans la Normandie, naguère abandonnée et inculte, il fallait des lois énergiques et la force de les faire exécuter.

Celui qui avait le plus commis de brigandages, de vols, d'incendies, de massacres d'hommes, qui avait dû sa grandeur à la violation des lois les plus respectées dans tous les siècles et chez les peuples les moins civilisés, Rollon est le seul prince de son temps qui ait obtenu et mérité le surnom de juste. |

Nous ne parlerons pas de la clameur de Haro, qu'on fait venir de Ha! Rollon; c'était une loi de police en usage chez les Francs, chez les Anglo-Saxons et très bien expliquée dans l'ancien Coutumier normand (ch. Liv).

Rollon créa la cour de l'Échiquier, une cour de justice ; il établit des lois et les fit rigoureusement observer. Les lois ne manquaient pas au moyen âge, mais souvent les rois et les barons étaient impuissants à faire régner la justice dans le pays troublé par les discordes intérieures et les invasions étrangères.

D'après Dudon, Rollon fit sanctionner par les chefs les lois qu'il imposaitau peuple, et, d’après le continuateur de la Chronique de Fontanelle, ceslois étaient excellentes.

Où les avait-il puisées ?

Les a-t-il modelées sur celles de Danemark ou a-t-il fait respecter l’ancien droit coutumier de la province?

Cette question a préoccupé et préoccupe encore les savants danois. M. Johannes Steenstrup dit qu'il est impossible de croire que Rollon ait imposé des lois françaises à ses sujets.

Il nous semble impossible au contraire que, devenant duc français, prince de la famille royale et chrétien, il soit

allé chercher, lui Norvégien, dans la législation danoise, fort peu perfectionnée du temps des vikings, des règles pour ses sujets français qui avaient un droit coutumier cher au peuple et conforme à celui des autres provinces du royaume.

La science du droit, du temps de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, était plus avancée en France qu'en Danemark, et à coup sûr Francon l’archevèque était plus habile légiste que le viking Rollon.

Les lois de Rollon ne furent pas écrites et se sont perdues. Le plus ancien recueil écrit de la province, le vieux Coutumier de Normandie, n'a pas de date certaine. Il nous apprend que Rollon recorda les anciens us et coutumes, et en conférait avec moult saiges hommes par qui la vérité élait sue sur ce qui toujours avait élé dit el fait.

Le peuple en Normandie, comme dans les autres provinces du royaume, tenait à l'ancienneté de la loi; 1l s'imaginait qu'elle avait toujours existé dans le pays et l'idée que ses ancêtres l'avaient respectée la lui rendait plus respectable.

Un droit nouveau importé du Danemark, contraire au droit français, eût blessé le roi dont le duc n’était que le vassal et surtout le peuple toujours bien attaché en France aux coutumes locales remontant à un temps immémorial.

Les auteurs danoiïs, dont je combats le système, devraient produire les lois faites par Rollon ; elles se sont perdues, dit-on ; les lois nese perdent pas sans laisser quelque trace d’abrogation ou quelque souvenir si elles tombent en désuétude. La coutume de Normandie ressemble aux

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autres coutumes de France et ne porte aucune empreinte de législation étrangère.

Des savants ont voulu y relever quelques particularités du droit scandinave, mais les particularités citées ne se retrouvent-elles pas aussi dans le vieux droit français ou dans le droit romain?

Dans la France des Carlovingiens, la hiérarchie sociale, l'organisation politique, judiciaire et féodale sont à peu près les mêmes dans toutes les provinces, sauf quelques détails faciles à expliquer par la différence des mœurs des peuples d'origines diverses.

Rollon n'était pas un conquérant qui impose sa volonté aux vaineus, c'était un étranger qui se faisait naturaliser français, en jurant fidélité au roi, en reniant sa religion pour adopter celle du pays et remplir les devoirs qui lui étaient imposés.

Dans l'application des lois, le viking converti laisse parfois encore apercevoir une brutalité qui rappelle l'énergie et la férocité qu'il montrait naguère dans sa vie de barbare.

Voici ce que raconte Guillaume de Jumièges (1. IF, ch. xx)

« Rollon publia une loi dans la limite du pays de Normandie pour que nul n'eût à prèter assistance à un voleur; ordonnant que s'ils venaient à être pris, tous les deux seraient pendus à la potence. Or, il arriva peu de temps après, dans le domaine de Longuepèie, qu'un certain agriculteur, voulant se reposer, quitta son travail et rentra dans sa maison, laissant dans son champ ses traits avec sa serpe et le soc de sa charrue. Sa femme, aussi malheureuse qu'insensée, enleva tous ces objets à son

insu, voulant faire une épreuve au sujet de l’édit du duc. Lepaysan, étant retourné dans les champs et n’y trouvant plus les effets, demanda à sa femmesi elle les avait pris, elle le nia et le paysan alla trouver le due, lui demandant de lui faire rendre ses outils. Touché de compassion, le duc ordonna d’indemniser cet homme en lui donnant 5 sous et de faire rechercher le fer dans toute la population des environs. Maïs tous ayant été délivrés par le jugement de Dieu, on en vint à faire arrêter la femme du paysan et, à force de coups, on l’amena à se déclarer coupable. Le duc dit alors au paysan : « Savais-tu auparavant que c'était elle qui avait volé? — Et le paysan répondit : je le savais. » A cela le duc ajouta : « Ta bouche te condamne, méchant serviteur, et il ordonna aussitôt de les pendre tous les deux à la potence. »

Il fallait sans doute une main ferme pour faire respecter la loiet maintenir l’ordre dans les états du c'uc composés d’une population mélangée de vikings et de fugitifs de tous les pays. Guillaume de Jumièges raconte que Rollon avait suspendu trois bracelets d'or à un arbre dans une forêt, qu'ils y restèrent trois ans à la même place, tant on avait grande frayeur du duc.

Rollon était aimé et redouté. Il ne tira plus l'épée du fourreau que pour faire respecter ses droits par les Bretons indociles à supporter son joug et prenant les armes pour se soustraire à son autorité. Des bandes normandes reparurent encore en France, mais les invasions devinrent de plus en plus rares et finirent par cesser complètement.

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soin du repos, il désira créer et affermir sa dynastie dans le duché de Normandie.

Il voulut assurer son héritage à son fils Guillaume. Lorsqu'il épousa la fille du roi de France, nul n'aurait

sé prétendre que Guillaume, fils de Poppa, était légitime et qu'un mariage contracté par un païen fût valable. Lorsque Gisèle fut morte sans enfant, nul ne contesta au mariage de Rollon et de Poppa, célébré à l’église, un effet rétroactif pour la légitimation de Guillaume.

Le duc Rollon, désirant donner une grande solennité à la cérémonie, où il voulait proclamer Guillaume son héritier, convoqua tous ses vassaux, Béranger et Alain de Bretagne et les grands seigneurs de Normandie. Il leur demanda de reconnaitre Guillaume, son fils, pour son successeur. Les anciens chroniqueurs rapportent que les paroles douces et persuasives qu’il adressa à l'assemblée des notables du duché furent si bien accueillies, que tous ses vassaux prêtèrent serment de fidélité à Guillaume qu'ils reconnurent comme l'héritier légitime et universel de son père.

Rollon mourut à Rouen en 931.

Adémar prétend qu'au moment de mourir, l’ancien viking, duc de Normandie, voulant se concilier la faveur des dieux de son ancienne et de sa nouvelle patrie, immola aux idoles du Nord cent chrétiens et donna cent livres d’or aux églises de Normandie.

Ce fait est en contradiction avec tout ce que l'on rapporte des sentiments religieux de Rollon devenu chrétien.

Adémar peut s'être trompé de date en parlant du sacrifice

de victimes humaines. Richard de Poitou rapporte, qu'’avant sa conversion, Rollon avait sacrifié cent chrétiens aux idoles qu'il allait abandonner.

Le premier duc de Normandie laissa de longs regrets et le clergé, dont il avait été pendantsa viele protecteur, ne * . : , . . , cessa d'honorer sa mémoire et de lui accorder d’unanimes ” Le ù éloges.

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