‹ Les normands dans les deux mondes [microforme]Chapitre 29 sur 39 · CHAPITRE NX · texte numérisé non relu

CHAPITRE NX

Premiére invasion en Galice et à Scville, — Nouvelles invasions : Sisenando et saint Rosendo, — Prise de Saint-Jacques de Compostelle, — La ville épiscopale de Tuy. — Le viking Ulf. — Invasions des XI° et XIIsiécles. — Roger, Normand chrétien, — Ses aventures, — Son mariage avec la fille de la comesse de Barcelone. — Robert, Normand chrétien, rebâtit Tarragone, — $igurd et ses exploits. — Les Normands littérateurs,

Les Normands, en quête de riches contrées à piller

nont pas manqué de visiter et de ravager la pénin-

sule ibérique; ils y trouvèrent en abondance du butin, mais ils y rencontrèrent aussi une énergique résistance. € Il est bien connu, dit Steenstrup (1), que les Normands étaient supérieurs à presque tous les États chrétiens quant à l'art militaire. La seule puissance de l'Europe occidentale qui fit une résistance suffisante aux vikings et qui se fit respecter par eux était la puissanre mahométane en Espagne. »

Nous avons protesté contre cette prétention de supériorité des Normands quant à l'art militaire sur la France de Charlemagne, nous allons voir que si l'Espagne infligea de rudeséchecs aux Normands, les princes

(1) Études préliminaires pour servir à l'Histoire des Normands. Bullelins de la Société des Antiquaires de Normandie, t. X, p. 310.

chrétiens ne furent pas au-dessous des princes arabes pour la bravoure et l'habileté à la guerre,

Après avoir saccagé le midi de la France en 84, les Normands, poussés par la tempête, ou par leur humeur aventureuse, parurent dans les parages des Asturies, dévastèrent les côtes en passant et débarquèrent à la Corogne.

Les vikings étaient trop habiles pour s'aventurer dans des contrées étrangères sans avoir pris des renseignements; ils s'étaient avancés souvent trop près de l'Espagne pour n'en pas avoir oui parler,

Déjà en 820, les Arabes musulmans, qui partageaient avec les sectateurs d'Odin une haine profonde contre les chrétiens, avaient songé à une alliance avec eux. L'émir Abdérame Il envoya à un viking un poète comme embassadeur. On ignore les motifs et Les résultats de cette mission. Il n’est resté de l'ambassadeur d'Abdérame d'autre souvenir, si ce n'est que le poète arabe charma la femme du viking.

Les relations entre les envahisseurs venus du Nord et ceux qui étaient arrivés de l'Orient n'étaient pas faciles à établir. La vie de pillages et d'aventures des vikings était différente de celle des émirs civilisés qui fertilisaient les contrées conquises par leurs armées. Il était impossible de ‘entendre avec les chefs sans nombre des bandes nor” ; qui ne s'entendaient pas toujours entre eux.

seigneurs voisins de l'Espagne avaient dû deman- r des secours aux rois chrétiens contre les hordes impies du Nord. Aussi l'apparition des Normands à la Corogne ne fut pas une surprise. On était prèt à les bien

recevoir. Sébastien de Salamanque rapporte que Ramir,

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La victoire de Ramir, malgré toute l'audace des vikings, fut complète. I leur brüla 70 navires, les mit en fuite et les traita de facon à leur ôter l'envie d'affronter sa redoutable épée, C'était un prince énergique que ce Ramir 1% dont le royaume comprenait les Asturies, la Galice et une partie de Léon, I prit de rudes mesures pour protéger les populations rurales contre les prétendus sorciers qui exploitaient leur ignorance et contre les bandits qui les spoliaient. Il fit brûler les uns et crever les yeux aux autres.

Les Normands ne s'obstinèrent pas à attaquer Ramir; ils laissèrent ses États tranquilles et se dirigèrent vers les contrées méridionales de la péninsule dont les musulmans étaient maitres.

Les historiens arabes ont raconté les invasions des pirates du Nord. Malheureusement ils n’ont écrit que vers le dixième siècle et rapportent des faits dont ils n'ont pas été témoins. Ils ont dû puiser leurs renscignements dans des traditions diverses, confuses, souvent difficiles à concilier entre elles.

Aussi les érudits qui ont voulu mettre d'accord les dates et les événements rapportés par les divers chroniqueurs ont-ils rer :ontré d’inextricables difficultés.

Sans trop nous engager dans des dissertations obscures et savantes nous nous bornerons à choisir, parmi les récits différents, les faits les plus généralement admis.

On raconte qu'une bande normande ait débarqué deux fois sur la côte occidentale de l'Afrique à l'endroit où Arcilla plus tard fut bâtie. En 8%% ou

845, le gouverneur arabe de Lisbonne prévint l'émir Abdérame qu'une flotte de 5% vaisseaux et d’un égal uombre de barques avait porté dans la ville des troupes de Normands qu'il appelait madjous, c'est-à-dire païens,

Après un séjour de quelques jours (les auteurs arabes ne sont pas d'accord sur le nombre de jours : les uns disent 7; les autres, 13) les Normands quittèrent Lisbonne, débarquèrent à Cadix et prirent ensuite la direction de Séville,

Abdérame ‘Abd-el-Rahman) est un des émirs de Cordoue les pius renommés par leur puissance, leur valeur et leur magmnificence, Cordoue contenait dans un cireuit de huit lieues 60 palais, 212 maisons, #25,000 boutiques. 900 bains publies, 600 mosquées, 70 bibliothèques.

Rien n'égalait les splendeurs de son palaissoutenu par 300 colonnes de marbre, orné de bois précieux, d'incrustations de marbre, de décorations d'or et d'azur, de fontaines jaillissantes et d’un bassin où l’on admirait surtout un don de l'Empereur de Constantinople : un cygne d’or couronné d'une perle magnifique.

Les progrès de l'agriculture et de l'industrie, les euirs de Cordoue, les 60,000 métiers à tisser de la soie en activité à Séville, Les draps de Murcie, la fabrique de papier de coton, tout avait contribué à répandre dans Andalousie l'abondance et la richesse.

Dès que lémir fut averti de l'approche des Normands, il prit des mesures pour les arrèter, mais il ne comprit peut-ètre pas au premier moment la puissante énergie de ces pirates terrestres, aguerris, nombreux et d'une intrépidité sans pareille.

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Les Normands, selon leur habitude, dévastaient tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage. Les musulmans marchèrent contre eux et le 29 septembre 845 ils furent battus. Ils comprirent qu'ils avaient affaire à des soldats

plus redoutables que des pillards ordinaires. Les madjous

continuèrent leur marche et leurs ravages. Ils s'arrètèrent à une demi-lieue de Séville, Grande fut l'alarme dans la grande ville, et toute la population s'arma pour la défendre. Ces hommes, très braves, mais pris à l’improviste, livrèrent bataille aux Normands qui les défirent complètement.

Les vainqueurs profitant du désordre de la déroute, et de la terreur qu'ils inspiraient marchèrent en avant en massacrant tout sans pitié, hommes et chevaux; ils attaquèrent Séville, prirent la ville d'assaut et la livrèrent au pillage.

En apprenant ces nouvelles inattendues, Abdérame surnommé le Victorieux, reconnut la gravité de la situation et organisa lui-même un système de défense. Il choisit pour commander la cavalerie un général qu'on regardait comme le plus brave et qui inspirait une confiance si grande qu'un écrivain arabe raconte que tous les Musulmans accoururenten foule sous ses drapeaux, et se réunirent à lui aussi étroitement que la paupière est unie à l'œil.

Le chef de l'armée communiqua aux gouverneurs des districts l'ordre de convoquer tous leurs administrés apables de porter les armes.

Les Normands, tentés par l'appât d’une magnifique proie, ne s'étaient pas dissimulé les périls qu'ils auraient àcourir pour s'en emparer; ils firent appel à leurs frères et recurent de considérables renforts.

Le choc des deux armées fut terrible; elles étaient d'après 0. Rodrigo (Historia de los Arabes) de force à peu près égale. La bravoure était la même des deux côtés. La fatigue et l'obscurité de la nuit obligèrent les combattants à une suspension d'armes avant que la victoire ne fût décidée. Les Arabes, grâce à l'habileté de leur général qui avait fait venir des machines de guerre, finireut par triompher. Ils tuèrent aux Normands 500 hommes et leur brülèrent un grand nombre de vaisseaux après en avoir retiré tout ce qui pouvait être vendu.

Le 11 novembre 845, les Normands subirent un autre échec dans une bataille sanglante livrée à Tablada. Ils perdirent 1400 hommes morts en combattant et ceux qui tombèrent entre les main: le l'ennemi furent traités sans pitié. Ils avaient été dans leurs ravages et massacres impitoyables pour les musulmans, on les pendit comme des brigands et l’on mit le feu à leurs bâtiments.

La tète du chef des vikings, tué dans le combat, fut envoyée, avec deux cents têtes coupées, comme un cadeau de l’émir aux habitants de Tanger. On regardait comme une grande gloire la défaite de ces Madjous et la délivrance des pays où ils avaient fait tant de mal.

Des cheiks de Séville racontent que ces barbares n'épargnaient rien; ils lancèrent sur la belle mosquée des flèches de feu qui y laissèrent de profondes empreintes, ets’ils n'étaient point parvenus à brûler, selon leur habitude, les plus beaux temples, c’est qu'un ange, envoyé par Mahomet, les arrèta dans leur œuvre de destruction.

Les Normands ne trouvèrent pas l'Espagne aussi affaiblie que la France par des divisions de partis; les rois chrétiens et les rois musulmans, en restant toujours di-

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visés par leurs croyances etleurs mœurs, étaient des princes également civilisés qui savaient au besoin suspendre leurs querelles pour s'unir dans un intérêt commun. Plus d’une fois le drapeau de la croix et celui du croissant flottèrent dans la mème armée.

Le roi des Asturies qui avait repoussé les madjous et qui craignait leur retour proposa à l'émir de Cordoue de joindre ses troupes aux siennes pour opposer une plus forte résistance à de nouvelles invasions.

Les Normands, entrés à Séville le 1% octobre 845, disparurent le 42° jour. Leur embarquement fut fait précipitamment et, divisés par petites bandes, ils se dispersèrent de côté et d'autre. En partant, une bande normande naviguait sur le Guadalqu: ‘r et traversait Séville, lorsqu'elle fut assaillie par les malédictions des musulmans qui lui lançaient des pierres.

Les fugitifs s'arrètèrent et crièrent au peuple : « Laissez-nous tranquilles si vous voulez racheter vos prisonniers. » |

Trop de personnes étaient intéressées au rachat des captifs pour qu'on ne priât pas les vikings de s’arrèter.

Les conditions furent débattues loyalement, mais les Normands, pour prix de rançon, ne voulurent accepter nior, ni argent, ni objets précieux; ils en étaient surchargés; ce qui leur manquait, c'étaient des vivres et des vêtements.

Lorsque les prisonniers n'étaient pas réclamés par des amis, des juifs souvent les achetaient pour les revendre, Les vikings pressés de s'en débarrasser les donnaient à bon marché.

Voici ce que Dozy a trouvé dans un manuscrit d'Ox-

ford : « Sous le règne de Mohammed, le renégat Saranbak fut fait prisonnier par les madjous qui avaient débarqué sur la côte occidentale de l'Espagne. Il fut racheté par un marchand juif qui crut faire une bonne affaire. Saranbak paya quelque temps à son créancier l’intérit de la somme que celui-ci avait avancée pour lui, mais plus tard il prit la fuite et, oubliant le service que le juif lui avait rendu, il lui fit perdre son argent. S’'étant jeté dans des montagnes entre Coïmbre et Santarem, qui portent encore son nom, il exerca des brigandages sur les terres des musulmans et sur celles des chrétiens. Il courut mainte aventure, mais enfin il fut mis à mort par Alphonse II, seigneur de la Galice (1). »

En quittant l'Espagne, les madjous, d'après le géographe arabe Bécri, auraient abordé à la côte occidentale de l’Afrique, mais est-ce à tort qu'Ibn-el-Courtia attribue à la première expédition de 845 ce qui n’a:riva que plus tard?

Il existe une telle confusion dans les récits des diverses excursions normandes en Espagne que la savante sagacité de Dozy n’a pu encore éclaircir toutes les contradictions qui existent entre les divers auteurs espagnols et arabes.

Ce qu'il y a de certain, c'est que les Normands ne furent pas pressés de reparaitre en Espagne et qu'ils cherchèrent par une absence et un silence de plusieurs années à se faire oublier.

La première apparition avait jeté tant d’effroi, leur attaque imprévue et soudaine avait été si désastreuse,

(1) Recherches sur l'histoire et la littérature de l'Espagne, 2 vol. in-8°, t. 2, p. 299 ; cet ouvrage remarquable est riche de documents précieux comme l'Histoire des musulmans d’Espagne par le même auteur, 4 vol. in-8°, Leyde.

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Un écrivain arabe, Ibn-Adhàri, s'exprime ainsi au sujet d’une excursion des Normands en 859 : «Les madjous trouvèrent les côtes bien gardées, car des vaisseaux musulmans étaient en croisière depuis les frontières de la France jusqu’à celles des côtes de la Galice, dans 1'extrème Ouest. Deux de leurs navires devancèrent les autres; mais, poursuivis par les vaisseaux qui gardaient les côtes, ils furent capturés dans un port de la province de Béja ». D. Rodrigo et Ferreras parlent de quelques ravages causés sur les côtes de Galice, en 85%, par les Normands qui furent obligés, malgr leurs 60 navires, d'aller débarquer plus loin, à Algésiras d’abord, et puis dans les iles de la Méditerranée et de l'Afrique où ils portèrent l'épouvante par le pillage et l'incendie.

La date de la seconde grande invasion en Espagne n'est pas parfaitement fixée et varie de 858 à 861.

« Dans ce temps-là, dit Sébastien de Salamanque

(e. 26), les pirates nomades arrivèrent pour la seconde fois sur nos côtes, puis ils allèrent en Espagne (1) et tuant, brûlant partout, ils ravagèrent les côtes du pays. Ayant ensuite traversé le détroit, ils se rendirent maitres de Nachor, ville de Mauritanie, où ils tuèrent un grand nombre de musulmans. Cela fait, ils attaquèrent les îles de Majorque, de Formentera et de Minorque qu'ils dépeu-

(1) Les Chroniqueurs de Navarre, d'Aragon et de Castille donnent le nom d'Espagne, Hispania, à la partie de la péninsule occupée par les Arabes.

plèrent, enfin ils allèrent en Grèce, et après une expédition de trois mois ils retournèrent dans leur patrie. »

La ville de Nachor, Nécour (aujourd'hui Mezemma), fut complètement pillée par les Normands qui ne se contentèrent pas de faire périr beaucoup de monde; ils firent prisonniers un grand nombre de musulmans qui furent obligés de payer cher leur rancon. Les auteurs arabes et espagnols sont d'accord avec la chronique irlandaise sur les faits principaux de l'invasion normande dans l'Afrique et les îles de la Méditerranée.

Les vikings restèrent huit jours à Nécour. Parmi leurs prisonniers, on cite Ama-ar-Rahman et Khanoula, filles de Wàkif-ibn-Motacin-ibn-Calih que l’imân Mohammed- Ibn-Abdérame s’empressa de racheter.

Ibn-Adhâri raconte que les Normands retournèrent vers les côtes d'Espagne; mais ils avaient déjà perdu plus de quarante vaisseaux. Ils en perdirent deux autres chargés de grands trésors dans un combat maritime contre la flotte de l’émir Mohammed.

Aux pertes éprouvées dans la guerre, il faut en ajouter de plus grandes peut-ètre occasionnées par une tempète qui fit faire naufrage à des bâtiments nombreux. Plus de 40 navires normands périreat par des causes diverses.

L'évèque Prudence donne quelques détails sur les excursions des Normands : « Ces pirates, dit-il, en faisant de longs détours, naviguèrent vers l'Espagne et l'Afrique : ils s'emparèrent de Rhodes et, après avoir ravagé des villes et des monastères, 1ls vinrent passer l'hiver de 860 à 861 à la Camargue, en Provence. » Prudence ajoute : « que les Danois qui demeuraient à Rhodes étaient parvenus, en dévastant tous les pays, jusqu'à Valence. »

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Richard 1®%, duc de Normandie, en guerre contre le comte de Chartres, avait appelé à son aide des Normands païens habitués à vivre de pillage. Il fut bientôt embarrassé de ses auxiliaires, et pour en délivrer la France, il les envoya ravager l'Espagne en leur donnant des hommes de Coutances pour guides et des secours en argent.

Le 23 juin 966, Al-Hakem, calife de Cordoue, recut la nouvelle de l'apparition d’une flotte normande composée de 80 vaisseaux. Dans ce temps-là chaque vaisseau contenait environ 80 hommes.

Les madjous (que Dieu les anéantisse! — ainsi parlaient les Arabes) — commencèrent par piller et ravager les plaines de Lisbonne. Les Musulmans leur livrèrent plusieurs combats. Il périt beaucoup de monde dans l’une et l’autre armée, mais sans de grands résultats, Les Normands étaient habiles à éviter les batailles, et le butin sans gloire leur plaisait bien plus que la victoire sans le pillage. S'ils étaient obligés de se battre ils étaient toujours d’une bravoure inouïe.

La flotte musulmane de Séville alla attaquer celle des madjous dans la rivière de Silvès. Les Normands perdirent un assez grand nombre de vaisseaux et beaucoup de prisonniers qu'ils avaient faits.

Lorsque la flotte arabe fut entrée dans le Guadalquivir, Al-Hakem II eut l’idée de faire faire des navires sur le modèle de ceux des vikings, afin que ceux-ci, croyant voir venir des amis, s’approchassent d'eux et fussent surpris par les musulmans.

Les Normands reparurent devant Séville, mais ils ne s'y arrètèrent pas longtemps. Ils n'étaient pas de force

à lutter sur terre ni sur mer contre les musulmans.

A leur retour, ils pénétrèrent en Navarre. Ils s'emparèrent de Pampelune et firent prisonnier le roi qui en fut quitte en payant sa rancon.

Une invasion normande dans la Galice a laissé plus de traces dans l’histoire. Les Normands avaient visité le pays et y étaient redoutés.

Sisenando, évèque de Compostelle, craignait que les trésors accumulés pendant des siècles par les pèlerins de tous les pays du monde dans le célèbre sanctuaire de saint Jacques ne devinssent la proie de ces barbares du Nord, Il demanda au roi Sanche, en 961, l'autorisation d’entourer de fortes murailles, de fossés et de tours la ville et le temple du grand Apôtre. Dès qu'il eut obtenu cette autorisation il se mit à l’œuvre. C'était un homme dur et énergique. Il fit travailler non seulement les esclaves et ses vassaux, mais il soumit à de rudes corvées les prêtres et les personnes qui avaient droit d'en être dispensés. Ilse permit contre tous des actes tellement tyranniques que le roi en fut averti et lui fit défendre de commettre des actes indignes deson ministère.

Sisenando se crut assez fort pour pouvoir tout faire impunément ; il n’écouta ni avertissement ni ordre. Le roi fut obligé de se rendre en personne sur les lieux. Il fit enfermer l’évèque rebelle dans la citadelle et choisit, pour le remplacer, Rosendo que l’Église a mis au rang des saints (1).

Rosendo, parent de Sisenando, avait résigné les fonctions d'évèque de Mondenedo pour se retirer du monde et

(1) Bollandistes, Vie de saint Rosendo, 1 mars.

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Le roi, qui venait de le nommer, mourut; l'héritier du trône, encore mineur, et la régentesatantefirenttant d’instances, que Rosendo ne put résister à leurs prières et à leurs ordres; il finit par accepter l'évêché de Compostelle et les difficiles fonctions de lieutenant du roi en Galice.

Les Normands dévastaient le pays, il fallait arrèter leurs ravages et surtout les empêcher d'arriver jusqu'à Compostelle.

La réputation de sainteté de Rosendo était pour les troupes chrétiennes un plus grand encouragement que la meilleure épée. Dans un pays, et dans un temps où la foi était ardente, les soldats se sentaient forts, quand ils croyaient que les saints combattaient avec eux et que le ciel les protégeait.

Lorsque les Normands, après avoir dévasté les côtes de la Galice, débarquèrent, toute la population se leva en masse, à la voix de Rosendo, qui la conduisit à la victoire et cette victoire parut être une récompense que le Dieu des armées acrordait àux vertus du saint prélat. En 967, Sisenando par\ int à sortir de sa prison. La veille de Noël, il fit irruption dans l’église et se préparait à officier pontificalement lorsque Rosendo accourut étonné du bruit qu'ilentendait. Il supplia Sisenando de cesser le scandale. Voyant ses sages conseils méprisés, iléleva la voix et d’un ton solennel et prophélique, menaça Sisenando des foudres célestes et lui prédit qu’il périrait de mort violente.

Sempiro (1) rapporte qu'en 968 les pirates du Nord

(1) España sagrada, t. XIV, c. 28.

avaient réuni cent vaisseaux et 8000 hommes. Il appelle Gundered, Gudræd, leur chef et donne à ce simple viking le titre de roi. Les Normands, qui aimaient à attaquer les contrées mal défendues et qui étaient bien informés, savaient que la Galice était en proie à l'anarchie féodale et que le royaume qui aurait eu besoin d’un roi fort n'était gouverné que par un enfant er une femme.

Is ravagèrent le pays, et prenant goût au butin, ils convoitèrent les richesses de l’église de Saint-Jacques.

Après avoir rassemblé toutes leurs forces et pris toutes les mesures nécessaires pour le succès de leur entreprise, ils marchèrent sur Compostelle.

Sisenando ne manquait pas de courage. Il fit une levée générale de tous ceux qui pouvaient porter les armes, se mit à leur tète, et marcha à la rencontre de l'ennemi, auquel il livra bataille, près de Tornellas. I combattit vaillamment, mais il périt atteint d’un coup de flèche. Cette mort violente fut regardée comme la réalisation de la prédi’tion de saint Rosendo.

La mort de Sisenando entraina la déroute de son armée. Les Normands vainqueurs saccagèrent tout et remportèrent un immense butin. Ils firent un nombre considérable de prisonniers qui furent chèrement rachetés ou impitoyablement pendus.

La cruauté et les pillages des Normands soulevirent partout une indignation si ardente que le peuple courut de toutes parts aux armes pour chasser les envahisseurs. Ceux-ci disparurent tout à coup; ils s'étaient blottis dans les forêts.

Le comte Gonzalès Sanchez les traqua comme des bètes fauves, et les forca à en venir à une bataille ran-

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