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Roger avait une terrible épée. Un jour où il n'avait que #0 hommes avec lui, il fut assailli par 500 ennemis bien armés; il se défendit comme un lion, et après avoir terrassé plus de cent Sarrazins, il rentra dans le camp sans qu'on osàt le poursuivre.
On n'est pas d'accord pour savoir quel était ce Roger, Marca (1) dit que son vrai nom devait être Richard qui, en 1008, était duc de Normandie. Dozy (2) pense que ce Roger d’Espagne était de la famille de Tuessi qui descendait d’un oncle de Rollon.
Parmi ses exploits, citons la prise de Barbastro. Les Normands avaient coupé les eaux aux assiégés qui furent forcés de se rendre. Ils trouvèrent dans la ville de grandes richesses, et leur amour du pillage troriva à se satisfaire. Les mauvais traitements ne furent pas épargnés aux musulmans quoiqu'ils fussent sortis sous la promesse d’avoir la vie sauve.
« On pourrait croire, dit Dozy (3), que les expéditions en Italie et la conquête d'Angleterre, qui eut lieu seulement deux ans après la prise de Barbastro, et enfin les croisades auxquelles les Normands prirent une large part, ne leur laissaient guère de loisir à combattre les Maures d'Espagne ; il n’en fut pas ainsi. Au commencement du douzième siècle, nous retrouvons les Normands dans la péninsule et l’un d’entre eux fonda même une principauté en Catalogne. »
Du temps de la conquête musulmane, au huitième siècle, la ville de Tarragone avait été entièrement ruinée.
(1) Marca hispanica, p. 429.
(2) Recherches, t. I, p. 355.
(3) Recherches, t. 1, p. 374.
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Le comte Béranger donna la ville au pape Urbain I pour qu'il la relevât de ses ruines. Malgré tous les efforts des papes, malgré leur appel au patriotisme catalan, l'herbe croissait partout, et les grands arbres vieillissaient au milieu des restes de murs écroulés. Nul n'osait tenter de rebâtir l'antique métropole, la capitale de la plus importante des trois provinces de l'Hispania des
Romains.
L'archevèque Oldegaire finit par trouver un brave chevalier normand, Robert Burdes, qui consentit à faire l'entreprise de la résurrection de la cité antique.
Par acte passé le 1# mars 1128, l’archevèque donna en fief, sous la suzeraineté du pape, à Robert la province de Tarragone.
Les Normands avec l'ardeur qu’ils montrèrent tant de fois à détruire les villes, se mirent à l'œuvre pour relever celle qu'ils avaient promis de reconstruire.
Les vieux arbres déracinés servirent à bâtir de belles maisons. Les pierres brisées et couvertes de mousse firent place à de beaux marbres. La décoration des édifices nouveaux fut faite avec goût, et de solides remparts entourant la ville, la mirent en état de défense.
Après avoir présidé à la renaissance de Tarragone, Robert partit pour Rome et pour la France. Il voulait obtenir du pape la ratification de la donation faite par l'archevèque et recruter en Normandie des hommes pour repeupler la cité nouvelle.
Durant son absence il fut bien remplacé par Sybille sa femme, qui jeune, belle, énergique, la cuirasse sur le dos, une baguette à la main, parcourait les rues, veil-
lant à tout, causant avec les soldats, recommandant sur-
tout pour éviter les surprises, d’être toujours prêts à repousser les attaques soudaines.
Les dangers pour les Normands ne devaient pas venir de ceux qui avaient intérêt à détruire la ville nouvelle, mais de ceux qui en avaient le plus désiré la reconstruction,
Le comte de Barcelone et l'archevêque, qui avaient sollicité Robert de faire renaitre de ses cendres une cité qu'ils laissaient depuis si longtemps en ruines, ne la virent pas plutôt achevée, superbe et telle qu'ils l'avaient tant souhaitée, qu'ils se prirent du désir d'en ressaisir la possession, et regrettèrent la concession qu'ils en avaient faite à Robert. Ils lui suscitèrent des difficultés sans nombre, et trop longue serait à raconter l'histoire des moyens qu’ils employèrent pour délivrer l'Espagne des étrangers qu'ils y avaient installés eux-mêmes.
Les Normands, en se civilisant, n'avaient rien perdu de leur intrépidité et de leur humeur aventureuse, mais au lieu de combattre les chrétiens , ils étaient devenus les défenseurs du Christ ; ils brillèrent dans les croisades en Orient, et dans les guerres en Espagne contre les Sarrazins.
À leur retour de Terre-Sainte, les Normands racontaient à leurs compatriotes les splendeurs de la cour de Byzance, les merveilles d’un pays si différent des froides régions de leur patrie et le goût des pèlerinages et des croisades se répandait dans le Nord.
En 1103, Magnus-Nu-Pieds, roi de Norvège, périt dans un combat en Irlande, laissant ses États à ses trois fils. L'un d'eux, le roi Sigurd, est connu sous le nom de Jorsalafani (qui a été à Jérusalem). Il partit en 1107 pour la terre-sainte avec soixante vaisseaux et unepetite armée,
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Le voyage était long et il ne parait pas que Sigurd fût désireux de l’abréger; il ne prit pas le chemin le plus
court.
Les Normands s’arrêtaient volontiers en route; ils passèrent un hiver en Angleterre, et l'hiver suivant en Galice, que les Sagas appellent Jakobsland (la terre de Jacques). Le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle était toujours un des plus renommés du monde chrétien.
Sigurd, en abordant en Galice, demanda au gouverneur du district des vivres qu'il offrait de payer. Le gouverneur pouvait impunément manquer à ses engagements avec les pèlerins ordinaires, mais Sigurd, sous sa cuirasse de croisé, gardait un cœur de viking; trompé par le gouverneur, il le tua, s'empara du château et fit transporter sur les bâtiments les vivres et l'argent qui sy trouvèrent.
Kn poursuivant son voyage sur mer, il rencontra des pirates sarrazins. C'était pour le Normand une bonne fortune. Il livra bataille aux pirates, leur prit huit vaissceaux et les poursuivit à terre jusqu’à la forteresse de Cintra qui appartenait aux Maures; il s'empara de la ville et il passa tous les musulmans au fil de l'épée parce qu'ils ne voulurent pas se faire chrétiens. C'était, nous l'avons vu, la méthode scandinave de conversic:: : le baptème ou la mort.
Sigurd s'arrêta à Lisbonne où il guerroya vaillamment, puis il «e rendit à Alcacer do val. Les Maures furent traités par les croisés comme par des vikings païens. La ville fut pillée, détruite, et tous les habitants qui ne purent s'échapper par la fuite furent impitoyablement Massacrés,
Le terrible Sigurd se remit en route. En naviguant vers le détroit, il rencontra une flottille de pirates sarazins qu'il attaqua et mit en pièces.
Il avait appris que l'ile de Formentara était occupée par des brigands maures. Des antres creusés dans les rochers et entourés de fortes murailles servaient de repaire à ces malfaiteurs. Nul n'osait se hasarder à aller leur reprendre leur proie dans ces lieux inabordables et bien défendus. Sigurd, dont la bravoure ne reculait devant aucun obstacle, fit trainer deux barques sur le haut de la montagne au bas de laquelle se trouvaient les grottes. Quelques braves se mirent dans les barques qu'on fit glisser à l’aide de gros câbles, puis les hommes se placèrent sur le mur des remparts. De là ils tirèrent des flèches contre les Maures fort effrayés de voir servir à l'attaque tout ce qu'ils avaient fait pour leur défense, Pour échapper aux flèches qui pleuvaient sur eux, les brigands se virent obligés de chercher asile dans une immense caverne creusée dans le rocher.
Les Normands descendirent une grande quantité de fagots qu'ils allumèrent à l'entrée du souterrain et les malheureux qui s’y étaient réfugiés furent tous étouités ou brülés.
Rarement les vikings primitifs saisirent plus belle proie ; ils trouvèrent là des trésors inouïs.
Ce serait curieux, mais trop long de raconter ici tous les épisodes de l’odyssée du roi Sigurd dans son voyage à très petite vitesse de Norvège à Jérusalem où il finit par arriver.
Les Normands croyaient pouvoir concilier leurs goûts de pillage avec les principes de leur foi nouvelle en
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attaquant de préférence les ennemis du Christ. L'Espagne, à cette époque, était un des pays les plus florissants de l'Europe. Le beau ciel de l'Andalousie, les bords si fertiles du Guudalquivir, les merveilles d’art et les trésors accumulés dans les mosquées et les alcazars des Arabes étaient de puissants motifs d'attraction pour les Nor-
mands qui venaient, on ne savait d'où, et qui s'organi-
saient on ne sait comment.
Les musulmans les traitaient de madjous (païens) et ils traitaient les musulmans de mécréants. Les chrétiens septentrionaux regardaient comme une œuvre pie de piller, de massacrer les mahométans, de démolir ou d'incendier les alcazars et les mosquées.
L'amour du butin était si profondément enraciné chez les Normands qu'ils ne savaient pas s’arrèter en Espagne sur les limites des terres des mécréants. Si de préférence, ils attaquaient les princes mahométans, ils n’épargnaient pas toujours les princes chrétiens.
Un auteur fort érudit, Worsae (1) s'exprime ainsi : « Quoiqu'une ère nouvelle, l'ère chrétienne, eût commencé pour les rudes vikings, il arriva cependant que les Orcades produisirent encore, durant plus d'un siècle après la mort de Torfinn (2) des hommes qui n'étaient chrétiens que de nom et qui dans leur conduite étaient des vikings païens. Parmi eux, Sven Asleifsson, qui vivait au douzième siècle, dans la petite ile de Goirsay au bord de Marialand, est en première ligne. Non seulement il prit une grande part aux nombreuses discordes et révolu-
(1) Die Dänen und Normänner, etc.: p. 151.
(2) Torfinn mourut en 1064; il figure avec son père, le iarl Sigurd-le- Gros, parmi les vikings célèbres.
tions dont les Orcades furent le théâtre, mais il fit aussi des expéditions de viking contre d'autres pays. Entouré d'une bande de quatre-vingts hommes, il passait l'hiver dans son château, vivant largement du butin qu'il avait acquis. Au printemps, après les semailles, il faisait des expéditions sur les côtes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Dans l'automne il retournait dans son ile, afin de “entrer les blés; ce'a fait, il recommencait ses courses jusqu'à ce que l'hiver le forçât à les interrompre. »
Plusieurs vikings fils de rois ou de grands seigneurs, intrépides comme des héros, pillards comme des brigands, menaient la vie d’Asleifsson ; ils se réunissaient entre eux, pour ètre plus forts. Ils revenaient rarement deux années de suite dans la mème contrée. Ils donnaient le temps au paysan de remettre en bon état les terres ravagées.
Un géographe arabe, cité par un auteur espagnol, Gayangos, après avoir donné des détails sur les madjous foris, hardis, très expérimentés dans la navigation, ajoute: « Les invasions de ces barbares étaient périodiques, elles avaient lieu tous les six ou sept ans. »
Sans nous arrêter à l'examen de cette assertion qui nous paraît discutable, sans réveiller toutes les questions soulevées sur les invasions des Normands en Espagne, nous emprunterons à Dozy, à qui nous avons fait tant d'emprunts de faits curieux, une page intéressante pour clore ce chapitre; et nous donnerons son opinion sans la discuter. M. Dozy (1) parle d’un problème singulier qu'offre la littérature française du moyen âge. «Dans cette
(1) Recherches sur l'hisloire et la lillérature d'Espagne au moyen âge. Leyde 1860, t. IT, p. 389.
littératur
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(1) De pement Nord, 1
LES NORMANDS EN AFRIQUE ET EN ESPAGNE. 247 à {|
littérature, dit-il, les chansons de geste du cycle carlovingien qui ont été composées dans lalangue du Nord, roulent presque toutes sur les guerres contre les Sarrazins d'Espagne, c'est-à-dire sur un sujet qui, à ce qu'il semblerait, n'avait pour les hommes du Nord qu’un médio-
intérêt, A notre avis ce sont les Normands qui l'ont aéée, comme en effetils ont créé l'esprit chevaleresque et la poésie romantique. Pas plus queles Gaulois, les Francs n'étaient une nation poétique, mais les Normands l’étaient. Pour s’en convaincre, il suffirait à la rigueur de feuilleter la chronique de Normandie où l'esprit des sagas est encore très reconnaissable, mais on sait d’ailleurs que les rois et Les chefs du Nord aimaient à s’entourer de poètes et que Rollon et ses successeurs, les tarls de Rouen, comme les appelle un auteur islandais, conservèrent cet usage. Ainsi c'est en Normandie que la poésie romantique, toute remplie de réminiscences scan-
us dinaves, toute empreinte de ce penchant pour une vie
: errante et aventureuse qui a toujours été inséparable du À
es caractère normand, a pris naissance (1), c'est là que les Î chansons de gestes les plus remarquables, telles que la À
il Chanson de Roland et la meilleure branche de Guillaume Ji
IS au-court-nez ont été composées, c’est là enfin qu’on devait |
s'intéresser, plus que dans aucune autre province du nord (
t aux campagnes contre les Maures de la péninsule ibéri- -
l que. »
(1) De l'ancien roman français et de l'influence exercée sur son développement par les Normands. Mémoires de la sociélé des Antiquilés du Nord, 1845-1849, p. 358.