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Elle rassure la population et lui recommande de crier : « Vive l'empereur Alexis! »
Puis, elle fait dire à Contostéphane. « L'assaut est inutile; je vais moi-même vous apporter les clefs de la ville; j'ai besoin d'avoir avec vous une entrevue particulière pour vous faire part de choses importantes dont il est bon que votre empereur soit instruit. »
Au moment où le général grec attendait la visite annoncée et croyait n'avoir affaire qu'à une femme, c'est le terrible Bohémond, qui, averti par sa mère, arrive avec sa cavalerie sabrant tout sur son passage.
Les marins grecs, peu habitués à soutenir de tels chocs de cavalerie, sont facilement mis en déroute, et dans leur précipitation à regagner les navires, plusieurs tombèrent dans l'eau.
Contostéphane se hâta de faire lever l'ancre et prit la direction du golfe de Valonnes.
C'est à ure femme que Brindes dut son salut. La mère de Bohémond, quand la population entière était affolée, garda son sang-froid et son courage. Pour donner le temps à son fils de revenir, elle sut amuser le général crédule par de trompeuses paroles.
Bohémond, parilesprisonniersqu'ilavait faits, trouva six Patzinaces ; il n'en fut pas étonné. Il savait qu'il était d'usage à la cour de Constantinople de renforcer l’armée par des barbares soldés, mais comme ïl savait tirer parti de tout, il se hâta d'aller trouver le pape et lui dit: Votre conscience a quelque scrupule à nous voir en guerre contre un empereur chrétien au lieu de tourner tous nos efforts contre les infidèles. La perfidie de l'empereur est aujourd’hui dévoilée; il ose attaquer en Italie des
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L'exhibition des Patzinaces produisit un grand effet et valut à Bohémond de nombreuses recrues.
Ce n'est pas l'habileté qui manquait à Contostéphane, mais le courage. Tant que l'ennemi fut loin, il fit de ’ eaux plans de défense, mais lorsqu'il apprit que l’ennemi était proche et se dirigeait vers lui, il fut lâche et ne songea qu'à lui échapper. Prétextant que sa santé éprouvée par la mer avait besoin de l’air de la terre, il se hâta de s'éloigner, laissant le commandement de quelques vaisseaux dans le port de Valonnes à son lieutenant Landulfe.
Bientôt apparut au loin, sur les flots, voguant à pleines voiles, une flotte de deux cents navires en tête de laquelle on remarquait le bâtiment de Bohémond , escorté de douze vaisseaux.
Landulfe, incapable de lutter contre des forces si considérables, se hâta de quitter le port où les ennemis entrèrent sans résistance le 9 octobre 1107.
Grâce à son éloquence et à son habileté, le prince d’Antioche était parvenu à créer une armée de 12,000 cavaliers et de 60,000 fantassins de pays divers : français, italiens, espagnols, allemands et anglais. Dès que Bohémond eut débarqué, il permit de tout piller, et
conçut le projet d'arriver à Constantinople en ravageant
sur son passage les campagnes rendues désertes par la terreur de son nom.
Le 13 octobre, il établit son camp devant Durazzo. Le gouverneur de la place fit aussitôt prévenir l'empereur quise hâta d'arriver avec l’impératrice Irène pour passer
l'hiver à Thessalonique, afin d'exercer et de diriger luimème son armée.
Ce fut un mémorable siège que celui de Durazzo.
Alexis prit des mesures pour empêcher tout convoi par terre et par mer de parvenir à l’armée des assiégeants, qui eurent à supporter les horreurs de la famine, tandis que les assiégés recevaient des vivres en abondance.
Bohémond avait fait brûler les moyens de transport pour ôter à ses soldats toute possibilité de fuir et ne leur laisser d'autre espoir de salut que leur courage.
L'hiver se passa en préparatifs du siège où toutes les machines de guerre devaient ètre mises en usage.
Alexis et Bohémond se connaissaient; tous deux étaient braves et féconds en fourberies de toute espèce.
Anne Comnène, pour faire valoir la finesse de l'empereur son père, raconte de lui des traits de perfidie abominable.
Un transfuge, passé dans le camp de Bohémond, gagna ses bonnes grâces et l’avertit qu'un complot était ourdi contre lui, et que ses meilleurs amis étaient en relation secrète avec l'ennemi. Bohémond découvrit en effet une correspondance d’Alexis avec Guy, Richard de Principato, Robert de Montfort et autres amis des plus intimes. Les lettres saisies semblaient être des réponses à des renseignements confidentiels envoyés à l’empereur sur les . desseins secrets de leur chef. Alexis leur promettait son amitié et sa reconnaissance s'ils continuaient avec lui une correspondance dont il appréciait toute l'utilité.
À la lecture de ces lettres, le prince d’Antioche, au
premier moment, fut en proie à de vives anxiétés. Les pa-
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qu'à la déloyauté, à l'infamie de ses amis lesplus chers,
de ses généraux les plus sûrs.
I réunit done ceux qu'on avait voulu perdre dans son esprit, leur montra les lettres dont ils furent indignés, et leur déclara qu'ils ne perdraient jamais ni son amitié ni sa confiance.
Rien ne fut épargné pour l'attaque et la défense de Durazzo. Cantacuzène, le plus habile général de l’empire, et Bohémond, déployèrent en cette occasion toutes les ressources de la guerre et de leur génie : machines perfectionnées, feu grégeois, mines et contre-mines, assauts hardis, combats sanglants. Après des succès et des échecs, le prince d’Antioche vit avec douleur qu'il ne pouvait lutter contre deux fiéaux qui désolaient son camp : la famine et la peste.
Alors il se décida à faire des propositions de paix. Alexis voyait bien qu'à force de temps et de patience il pourrait exterminer l'armée ennemie; mais il fallait compter avec Bohémond, souvent vainqueur quand on le croyait vaincu, et puisant dans le désespoir des ressources inattendues.
Alexis répondit au prince d’Antioche qu'il avait été souvent trompé par ses serments, mais que le devoir du chrétien était de pardonner les offenses, et que s’il avait un vrai repentir de verser le sang chrétien, il n'avait qu’à venir le trouver, afin de régler entre eux les conditions de la paix;s'ils ne pouvaient se mettre d’ac-
cord, l’empereur donnait sa parole qu'il lui laisserait la liberté de repartir quand il voudrait.
Aucun d'eux ne comptait sur la parole de l'autre.
Le prince d'Antioche exigea, pour la sûreté de sa personne, que trois personnages des plus considérables de l'armée grecque demeurassent dans son camp comme otages jusqu'à son retour; cette demande ne fit pasde difficulté. Les trois officiers, envoyés comme otages, furent chargés de régler le cérémonial de l’entrevue. Bohémond demandait que les parents de l’empereur vinssent au-
devant de lui, à un quart de lieue, qu'il fût accompa-
gné dans la tente impériale par deux de ses chevaliers, qu'il entrât sans fléchir le genou et sans se courber en signe de respect; qu’à son entrée, l'empereur se levât de son siège et le traitât non comme un vassal, mais comme un prince indépendant, sans prendre aucun avantage de l'hommage que Bohémond lui avait autrefois rendu à Constantinople. Deux points firent difficulté. Les officiers grecs ne voulurent pas que l’empereur fût obligé de se lever pour recevoir le prince, ni que celui-ci fût dispensé de saluer en entrant. Bohémond refusait de céder ; mais il fut obligé de se rendre lorsqu'un de ses chevaliers lui dit : « Nous sommes fatigués de nous battre contre des murailles; faites la paix et sortons d'ici. »
Après avoir confié à Guy la garde des otages, Bohémond se transporta chez l’empereur. Sa haute taille, son air martial et cependant plein de charmes frappèrent les seigneurs de la cour d'Orient qui trouvèrent que sa physionomie inspirait l'admiration et la terreur.
La conversation entre Alexis et Bohémond fut longue et animée ; l’un était souple et plein de ruse, l'autre fier
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et impatient. À quelques reproches indirects, Bohémond répondit brusquement : « Nous ne sommes pas ici pour discuter, mais pour passer un traité, » Alexis lui exposa ses conditions; il exigeait notamment que le prince d’Antioche et Tancrède le reconnussent pour leur seigneur.
Bohémond demanda à rentrer dans son camp. « Je vous y accompagnerai moi-même, » répondit Alexis.
Bohémond se retira dans une tente préparée pour le recevoir. Il était lié avec Nicéphore Bryenne, mari d'Anne Comnène ; 1l l'engagea à venir passer la soirée chez lui. Bryenne, insinuant et adroit, sut si bien prendre les choses, qu’en cédant sur certains points, en adoucissant certains articles, il finit par tout arranger, et le traité de paix fut conclu; l'acte est à la date du mois de septembre 1108.
Anne Comnène donne le texte du traité, mais si eile rapporte toutes les clauses favorables à son père, il y en a quelques-unes qui furent modifiées ou non acceptées par Bohémond. Ainsi l'on stipulait que Bohémond ne jouirait de la principauté d’Antioche qu'à titre d'usufruit, tandis que d'après l'acte définitif, tel qu'il fut exécuté, Bohémond et ses héritiers ont joui de la principauté d'Antioche et des terres annexées, à titre de propriétaire, et à la condition d'en faire hommage à l'empereur. Bohémond, en présence d'un grand nombre de hauts personnages et d’un légat du pape, la main sur la croix, les saints Évangiles et les instruments de la Passion, prêta solennellement serment d'observer fidèlement le traité.
Alexisse montra magnifique envers le prince, il l’éleva
à la dignité de Sébaste, et lui fit de superbes présents en étoffes précieuses et en sommes d'argent.
L'empereur se hâta de regagner sa capitale.
Bohémond partagea au les chevaliers qui avaient partagé ses dangers les dons qu'il avait recus. Il obtint pour eux des quartiers d'hiver commodes et la liberté de se rendre ensuite où ils voudraient.
Les uns restèrent en Orient et allèrent rejoindre les croisés. D'autres suivirent le prince d'Antioche et de Tarente en Italie.
C'est là que Bohémond mourut au commencement de mars 1111.
Anne Comnène prétend, en parlant du vaillant fils de Guiscard, que les fourberies lui tenaient lieu de trésors inépuisables. Rien ne remplace l'argent, le nerf de la guerre, et si Bohémond eût eu des trésors en argent, il eût conquis l'empire grec.
On dit que, lorsque la mort le surprit, il allait repartir pour une nouvelle expédition en Grèce; on dit aussi, ce qui est moins vraisemblable, qu'Alexis, sachant que son incorrigible rival poursuivait sans cesse son dessein de le détrôner, lui avait fait donner un poison lent mais sûr pour se débarrasser de cet incorrigible prétendant.
Si la mort du prince d’Antioche délivra ses ennemis de la crainte qu'il leur inspirait, elle fut un sujet de désolation dans sa famille et parmi ses amis.
Ses funérailles furent célébrées avec pompe à Venosa
et on lui éleva un tombeau couvert d'inscriptions que Baronius nous a conservées.
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I ne pouvait donner à son fils un protecteur plus dévoué que Tancrède.
Alexis savait, par expérience, que les traités s'oublient facilement, et il voulut, par des négociations habiles, engager Tancrède à respecter les traités passés avec Bohémond. Tancrède ne voulut rien écouter, et congédia brusquement les députés de l’empereur.
Tancrède est, avec raison, un des chevaliers les plus célèbres des croisades; il était d'une bravoure qui étonnait les plus braves, et il défendait à son écuyer de vanter ses prouesses, {ant 1] trouvait naturel et simp © ce qui paraissait prodigieux aux autres.
Il avait soumis plusieurs villes de la Syrie et de la Cilicie et rendu Alep tributaire d'Antioche. C'est en combattant les Sarrasins, qu'il recut un coup mortel.
Guillaume de Tyr rapporte que sur son lit de mort, il recommanda à sa femme Cécilia d'épouser Bertrand, fils du comte de Tripoli, ami toujours fidèle et dévoué; il lui recommanda de remettre à son pupille Bohémond II l'héritage paternel dès qu'il serait en âge de le réclamer, et cela dit et ordonné rendit son esprit à Celui qui le lui avait donné et fut cet illustre séigneur inhumé au portique de l’église du prince des Apôtres, l'an de J.-C., 1111.
Bohémond II épousa en 1126 Alix, fille de Baudouin 1, roi de Jérusalem, et mourut jeune, laissant une fille qui, en 1135, porta en dot la principauté d’Antioche à Raymond, filsde Guillar me comte dePoitiers, duc de Guyenne.
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Raymond fut tué le 25 juin 1148 laissant un fils, Bohémond III, duquel sont descendus les princes d’Antioche et les rois de Chypre et d'Arménie.
Bohémond, et ses neuf successeurs, régnèrent à Antioche durant cent quatre-vingt-dix ans.
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