CHAPITRE PREMIER
Les Normands. — Leurs dieux. — Adoration de la Force. — La Peur, crime } punissable. — Mort violente glorifiée. — Le bourreau et les sept patients. — Immortalité de l'âme. — Pacte de frères. — L'amitié et l'amour. — Nourriture. — Arts et sciences, — Constitution politique.
Les Normands n’ont recu ce nom : hommes du Nord {North-man) que des méridionaux surpris de l'apparition imprévue de ces étrangers venus du Danemark, e Norvège ou de Suède, et dont on ne savait point préciser l’origine.
Ces guerriers barbares paraissaient de mème race et doraient les mêmes dieux. Les plus anciens dieux du ord se nommaient Baal (le Soleil), Balder (la Bonté), l'hor (la Force, le Tonnerre). Odin, qui devait être regardé comme le roi des dieux, comme le principe de tout
Alfader) n’arriva dans le Nord, selon le premier historien slandais Aré-Frodé, qu’en 65 ou 66 avant J.-C. lorsqu'il herchait à se soustraire aux Romains.”
Si les poètes ont rendu célèbre la mythologie grecque et romaine, dont l'empire était cependant très restreint, la mythologie d'Odin, avec ses dieux sombres et sanguinaires, est restée longtemps peu connue en France. Ces dieux semblaient ne devoir convenir que pour le Nord. Les Normands vainqueurs ne songèrent jamais à les transplanter au midi. Ils les abandonnaïent quand ils abandonnaïent leur patrie et ils adoptaient facilement le culte et les mœurs du pays où ils allaient se fixer.
Les peuples, qui arrangent eux-mêmes leur religion, ont soin de la mettre en harmonie avec leurs idées et leurs goûts; plus tard la religion s’affermit, prend racine et réagit à son tour sur le caractère national.
L'odinisme était basé sur le principe que la Force prime tout, le droit divin comme le droit humain.
Les Scythes et les Germains, comme les Scandinaves, croyaient que leurs divinités, essentiellement guerrières, aimaient à se mêler aux combats.
Tacite (1) fait dire à un de ces barbares : « La valeur est le seul bien propre à l'homme. Dieu se range du côté du plus fort. »
Le guerrier, doué d’une vigueur physique extraordinaire et habile à manier les armes, ne voyait rien au-dessus de son courage, et disait en parlant de ses ennemis : « Quand ils seraient plus forts que les dieux, je veux les combattre. »
Saxon le grammairien met dens la bouche d’un fier À Scandinave ces paroles de défi adressées à Odin, avec }
lequel il aurait voulu se mesurer : « Où donc est-il main- LS
(1) Hist., L IX, €. xvir.
| qu'i
; de ]
! déve
roi ) lien | croi
sieu ino1
à prés
poss relig
Le Vall dept
bare
Fair senc était Lorsc taien une
recque streint, et san- France.
le Nord.
s à les and ils ilement se fixer. eligion, idées et d racine
la Force humain.
dinaves, errières,
a valeur ange du
extraor- f vait rien L
e ses en-
lieux, Je !
l'un fier À Ain, avec ls il main-
tenant celui qu'on nomme Odin, ce héros si bien armé et qui n'a qu'un œil pour le conduire. Ah! si je pouvais le voir cet époux redouté de Frigga! C’est en vain qu'il est couvert d'un bouclier resplendissant, c’est en vain qu'il est monté sur un grand cheval; il ne sortirait pas sans quelque blessure de sa demeure de Lethro. I est permis d'attaque: et de combattre un dieu guerrier. »
Lorsque la foi antique commença à faiblir, on adorait encore la force. On lit dans la vieille histoire d'Olaüs,
| roi de Norvège, qu'un guerrier pressé de se faire chré- } tien, répondait : « Je veux bien que tu saches que je ne | crois ni aux idoles, ni aux esprits. J'ai voyagé dans plu- | sieurs pays; j'ai rencontré des géants et des hommes
monstrueux, jamais ils ne m'ont vaincu ; ainsi jusqu’à
présent je ne crois qu'à ma vigueur et à mon courage. »
Les dieux n'étaient respectés du peuple que parce qu'ils étaient doués d’une force surhumaine et qu'ils possédaient une arme sans pareille, le tonnerre. Leur religion excitait à la guerre, à la vengeance, au mépris
de la vie.
La félicité suprème des dieux et des habitants du
Valhalla, c'était de se battre et de se mettre en pièces : depuis le matin jusqu’au soir. Dans les contrées bar-
bares où l’état de lutte armée était l’état normal, le développement du corps était l'éducation principale. Faire des sauts prodigieux, grimper sur les rochers, s'endurcir à la fatigue, s’habituer à la lutte, telle était l'instruction primaire enseignée dès l'enfance. Lorsque les forces physiques de l'adolescent lui permettaient le maniement des armes, on lui remettait une épée, une lance, un bouclier; c'était le signe de l’émancipa-
tion, Il n'avait appartenu jusqu'à ce moment qu'à sa famille; alors, il appartenait à l'État.
La prédominance de la force sur toute autre qualité était reconnue même par la loi. L'homme faible n'avait pas droit de posséder des biens, parce qu'il ne pourrait pas les défendre. La victoire était le signe certain de l'approbation des dieux.
On mesurait la valeur d’un homme sur sa force et son courage. Un roi de Danemark promet les grades élevés de l’armée à celui qui en toute occasion attaque l’ennemi, s’il n’en a qu'un devant lui; fait face à deux agresseurs; ne recule que d’un pas, s’il est attaqué par trois ; et ne prend la fuite que si quatre tombent sur lui à la fois.
La lâcheté n'entrainait pas seulement l'ignominie, c'était un crime. Harald le bleu, dans une ville qu'il avait fondée, défendit, raconte une saga, de prononcer le mot de peur, mème dans les grands dangers (1).
L'homme qui avait fui en jetant son bouclier, ou qui avait été blessé par derrière, n’osait plus se montrer. Être pris par l'ennemi, même après une vaillante défense, c'était un déshonneur. Forthon, roi de Danemark, est fait prisonnier au fort de la mêlée. L’ennemi lui offre la vie. Il refuse en disant : « À quoi me serviraitelle pour rester dans la honte? Quand même vous me rendriez mes trésors et ma couronne, pourriez-vous me rendre l'honneur lorsqu'il est perdu? Vos bienfaits ne rétabliraient pas ma gloire et les siècles à venir diront toujours : « Forthon a été pris par l'ennemi! »
(1) Jomswikings saga, apud Barthol., 1. HE, e. v.
tab
MN fait 1 plu ‘4 celu “4 On | an
M saty “x v pr Le
0! tion M vent
ou d
eu À cot
"00 hont les a Un
de so
conte
Had Jguert Lui. T gulièr mort !mier
à mor (CSSS .
A jour ?
D Jamai
LA VIE DES NORMANDS. ÿ
Le mot de lâche, niting, était une provocation inévi-
sa fa- table à un duel à mort sur-le-champ. Les blessures | faites par les paroles étaient considérées comme les
qualité plus graves.
n'avait Les Islandais ayant fait des chansons contre Harald,
urrait
celui-ci arma aussitôt une flotte pour aller les châtier.
ain de On cite comme datant de cette époque une loi pronon-
‘ant la peine capitale contre tout Islandais faisant des
et son satyres contre les rois des trois États scandinaves.
élevés Les combats d'homme à homme, de tribu à tribu, de 3 elen- 95 peuple à peuple, se succédaient presque sans interrup-
ns - tion, et le brave épargné par la mort se frappait sou-
e trois ; vent lui-mème pour obtenir au Valhalla la gloire des
ui à la trépas sanglants.
Lorsqu'un père était menacé de mourir de maladie Mine ; “0 ou de vieillesse, c'était œuvre pie que de l’assommer le Qu'il NS ; coups de massue, parce qu'Odin ne pardonnait pas la ë pnoncer honte de mourir naturellement. Il fallait mourir par
(4). "les armes, mourir en affrontant la mort et en riant.
OÙ UN Un officier d’un roi de Norvège, en faisant l'éloge Lontrer. MN le son maître, s'exprime ainsi : « Toutes les histoires ra-te dé- : conteront à l'avenir que mon roi est mort en riant! » Dane” ! Hacquin, roi de Norvège, condamne à mort sept ennemi! guerriers qui faisaient partie d’une armée dirigée contre ervirait- lui. Thorschill, chargé de leur trancher la tête, a la sinous me À gulière idée de leur demander ce qu'ils pensent de la ous MC NA: mort en présence de laquelle ils se trouvent. Le prefaits n€ MN nier répond : « Pourquoi m'effrayer de ce qui est arrivé
» diront
QE à mon père et qui devait dans tous les cas m’arriver un » BA jour ? » Le second répond : « La loi défend d’avoir peur. AH lamais on ne m'entendra prononcer une parole de
crainte, » Le troisième répond, en regardart Thorschill : « Je me réjouis de mourir; j'aime mieux une mort glorieuse comme la mienne, qu'une vie infâme comme la tienne. » Le quatrième fait cette singulière réponse : « J'accepte la mort avec courage et avec plaisir. Je te prie seulement de me trancher la tête le plus promptement possible, On a souvent agité la question de savoir si, après la décapitation, on conserve encore quelque sentiment. Faisons une expérience, Je vais prendre ce couteau dans la main; si après avoir eu la tête tranchée, je le porte contre toi, ce sera une preuve que je n'aurai pas entièrement perdu le sentiment; si je le laisse tomber, ce sera une preuve du contraire; ainsi frappe vite afin de résoudre au plus tôt la question. » Le cinquième répond : « En mourant, je me moque de mes ennemis. » Le sixième répond : « Frappe-moi au visage, je te défie de me faire faire le moindre signe de frayeur ni mème de me faire fermer les yeux. » Le septième répond : « Je recois la mort avec plaisir, puisque j'ai vu mourir tous ceux auxquels il m'eût été cruel de survivre. »
On se demande comment les Scandinaves ont pu porter si loin le mépris de la vie. L'idée de la mort n'est pas aussi effrayante pour des peuples sauvages que pour les peuples arrivés à une civilisation avancée. Les uns, habitués à une vie rude et pénible, sourient à l’idée d'un monde meilleur. Les autres, accoutumés à toutes lesjouissances matérielles, regrettent de quitter ce monde
et peuvent craindre d’être obligés de rendre compte ail- .l
leurs de l'abus qu'ils ont fait des plaisirs d’ici-bas. J'ajouterai une autre raison, spéciale aux Septen-
les bar
dou
tric
cet
mo Ù la | [ls 10 el
M exIs
ven Cor dan
| jusc Le A ” par À liait ven fais, défe de ]
les ] des qu't tion Si Si dan:
rschill :
ort glomime la ponse r. Je te promp- 1 de sare quelprendre la tête uve que si je le 6: ainsi stion. »
moque )pe-moi *e signe x. » Le r, puiseût été
ont pu la mort ges que cée. Les à l’idée à toutes monde
ipte ail- M
Septen-
trionaux. Ils croyaient à l'immortalité de l'âme, lorsque cette croyance rencontrait beaucoup d'incrédules chez les peuples civilisés et même chez d'illustres philosophes. Dans la persuasion où étaient les Normands que la mort n’est que le passage à une longue vie, ils ignoraient la plus fâcheuse de toutes les craintes, celle du trépas. Ils prenaient les armes avec joie, ils savaient mourir et regardaient comme une lâcheté de ménager une existence qui ne finissait que pour recommencer plus douce et plus heureuse au Valhalla.
Dans les cœurs de ces guerriers demi-barbares, à côté des sentiments de haine vigoureuse, d'implacable vengeance, se rencontraient les sentiments de la plus cordiale amitié et du plus énergique dévouement.
L'amitié unissait des compatriotes courant les mêmes dangers, les mêmes aventures, et le dévouement allait jusqu’à prodiguer sa vie pour sauver celle d’un ami. Dans le Nord existait ce qu’on appelait le pacte de frères. En
partant pour une expédition, il arrivait parfois qu'on se
liait à un chef par Le serment de ne pas lui survivre s’il
} venait à succomber. Parfois aussi de simples guerriers
faisaient entre eux une association pour se protéger, se défendre, se venger, et mettre la vie même au service de l’un pour l’autre, réciproquement.
La fraternité d'armes était sans doute connue chez les peuples antiques, et du temps d'Homère on en cite des exemples dans la Grèce. La chevalerie, qui n'était qu'une vaste fraternité d'armes, perfectionna ces associations dont les chroniqueurs et les romancier: parlent si souvent. Mais la fraternité d'armes à surtuut fleuri dans le Nord : on l'y retrouve dès les temps les plus re-
culés; et le christianisme, loin d’abolir ces associations, les sanctifia sous le nom de confrairies. Le nombre des confrairies devint si c&”sidérable, qu'il en résulta des abus qui finirent par amener la suppression d’une institution qui avait fait son temps.
Après avoir parlé de l'amitié, faut-il parler de l'amour? L'amour est de tous les siècles et de tous Les pays. Dans le Nord, il s'allume peut-être moins vite, mais il dure plus longtemps. 11 à peut-être aussi produit en ce pays moins d’excès et plus d'actes d’'héroïsme.
Odin était assimilé au Mercure antique qui passait pour le Dieu des voleurs. Il faisait une œuvre méritoire de la richesse ; qu'elle fut acquise par l’avarice ou par le travail, par des moyens honnêtes où malhonnètes, peu importait; pour l’homme qui possédait des trésors, les portes du Valhalla étaient grandes ouvertes. Odin disait : Heureux les riches! comme Jésüs disait : Heureux les pauvres!
Les Vikings avaient rapporté de leurs pillages et du butin des batailles, tant de trésors, dans un pays où l’on ne savait pas les dépenser, que lorsque le christianisme prêcha la charité, les personnes pieuses qui voulaient faire l'aumône ne trouvèrent pas de pauvres dans la Scandinavie et furent obligées d'en chercher à l'étranger.
Le luxe des habitations ne consistait guère que
dans la grandeur des dimensions. Arngrimus nous apprend que le palais d'Ingolphe avait 105 pieds de longueur.
Se battre, boire, et manger était la vraie félicité sur terre comme au Valhalla.
Dans les grandes occasions, ilétait d'usage de couvrir le
bomn
ait ]
ations, re des ta des e insti-
imour ?
s. Dans il dure
ce pays
passait éritoire ou par nnètes , trésors, din direux les
s et du où l’on lanisme bulaient lans la ranger.
‘e que ous apde lon-
ité sur
uvrirle
| plancher de paille. Le foyer était au milieu de la pièce ; 2 la fumée s'échappait par une ouverture pratiquée dar: Il le toit ou dans le mur. Des bancs étaient placés autour de la table qui était quelquefois très longue. Le roi et La reine occupaient la place d'honneur (hôgsäte), au mi- Mieu du banc, tournés vers le soleil. L’hôte le plus dis-
“Mtingué siégeait en face; les hommes et les femmes étaient
ait traverser le feu : les sagas disent que l'on vidait es coupes tout d’un trait. Les coupes qu'on a retrouvées “sont si vastes, qu'aujourd'hui elles ne peuvent être vilées d'un coup par l'homme moderne dont la force paait avoir dégéntré de celle de l'homme antique. Les ‘ands festins avaient lieu surtout avant une expédition our en dresser le plan, et après le retour pour en célébrer le succès.
L'industrie agricole dans les temps païens ne fut pas mégligée, sans doute, mais fut peu en honneur.
On à retrouvé des premiers essais de glyptique et de JR naissance des beaux-arts. On faisait des statues, elles nt très grossièrement sculptées. Dans les longues uits d'hiver, de bonne heure on se mit à sculpter le ois. On fait encore des choses charmantes avec du bou- “leau. De très anciens fragments de lambris étonnent par h finesse du travail; on en a retrouvé de très remaruables représentant des héros des temps anciens.
M L'étude des astres était de grande utilité pour ce “peuple maritime. Dans une antique saga, un jeune Bomme énumère tous ses talents à sa belle fiancée. Il But jouer, courir en patin sur la glace, nager, chanter,
et appeler toutes les étoiles par leur nom. Ces noms
n'avaient aucun rapport avec ceux que nous leur don-
nons. La grande Ourse s'appelait le grand Chien; Orion la quenouille de Frigga; la voie lactée le Chemin de l'hiver. L'année commencait au solstice d'hiver. Elle se divi-
sait en quarts d’année et en mois. Le mois était divisé en
semaines de 7 jours; le jour en douze parties qui avaient
chacune un nom particulier.
Ils regardaient la plus longue nuit d'hiver comme la 8 8
nuit mère. Ils croyaient que c'était pendant cette nuit
que le monde avait été créé et que toutes les autres
nuits provenaient de celle-là. Ils comptaient le temps par
nuits et non par jours. Cet usage antique a existé chez |
les Germains, et on dit qu’il en reste encore des vestiges
dans quelques locutions actuelles des Septentrionaux.
On à cherché à dégager des nuages qui la couvrent
l'histoire des premières constitutions politiques. Si le
despotisme a paru convenir de bonne heure aux peuples de l’Asie, la liberté a fleuri dans le Nord. Pour un peuple qui vivait de chasse et de pêche, les séductions de la cour avaient peu d’attrait. Pour des hommes avides de
combats, il fallait surtout un chef habile et intrépide , !
qui sut les conduire à la victoire. On choïisissait le plus brave. On montre encore en Danemark trois endroits où, selon la tradition, se faisait) l'élection du roi. Là
s'élèvent douze fragments de roc rangés en cercle. Au
milieu, une pierre plus haute est sculptée en trône.
D'autres pierres semblent indiquer l'enceinte que la
foule ne pouvait franchir. )
Le choix se faisait ordinairement parmi les membres de la famille royale. Les anciens rois prétendaient des-*
$s noms cendre des dieux. Les chefs proclamaient le nom qui avait ur don- obtenu leur suffrage; le peuple l’accueillait avec des cris ; Orion de mécontentement ou l’acclamait en frappant en cae l'hiver. dence sur les boucliers.
se divi-
En Suède, dans les temps les plus anciens, le roi élu | était, après la proclamation par les grands et l’acceptation par le peuple, élevé sur les épaules des sénateurs. . Dominant ainsi toute la foule, le nouveau souverain haranguait le peuple; il jurait à Odin, d'observer les coutumes du pays, de tirer vengeance des ennemis de la
patrie et de faire quelque exploit qui le rendrait célèbre.
divisé en i avaient
omme la cette nuit les autres temps par xisté chez LU" 5 vestiges ‘1onaux.
1 couvrent ues. Si le 1x peuples ir un peutiens de la avides de intrépide. !
sait le plus is endroits du roi. Là cercle. Au , en trône.
nte que la
ss membres.
* daient des-.s