‹ Les nouveaux enchantementsChapitre 7 sur 10 · TROISIEME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE

Je retournai aux Maremmes, mais elles étaient changées pour moi. Aujourd'hui seulement je les trouvais désertes, les pâles gardiens de mon habitation me firent pitié; je ne trouvai qu*une terre flétrie que mes semblables avaientfui. Comment avais-je pu y vivre? je détestais la joie stupidè répandue sur la nature; les impressions du printemps me consumaient de tristesse. Quelquefois je croyais que ma vie s'épuiserait, que jlrais savoir ces mystères qui si souvent m'avaient occupé. Le travail ne me plaisait plus, l'existence ne me paraissait qu'un mal, et peu m'importait par quelle science la diriger. J'avais eu jadis en moi un sentiment de supériorité, mais je l'avais trouvé chez tant de gens médiocres que je l'avais perdu. Je ne me croyais rien parmi les hommes. Je n'avais pas la consolation de penser que je les surpassais par mes peines. Mes propres chagrins se perdirent au sein de cette mer de douleurs où je croyais l'homme plongé ; mon chagrin s(; généralisant n'eut ni proportion, ni terme. Quand, Tété, il fallut quitter les Maremmes, j'emportai mes impressions au seip des contrées douces et fertiles où j'allai chercher des ombrages. Je restai ainsi longtemps absorbé^ mais l'homme se relève au bout

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312 LES iNOUVKAUX ENCIIANTKM KNTS

d'un certain temps. J*avais laissé saigner mon cœur eu liberté, comme dit Shakespeare; les occupations d'homme me rappelèrent. Il fallait envisager mon sort et se résigner avec coura;5C. Bien jeune, je me trouvais sans espérance. Un pays! je n'en avais pas ; de bonne heure j'avais compris la silualion du mien. Une carrière ! elle m'était fermée. Je n'avais pas même les moyens de fortune qui font voyager facilement. Les femmes me manquaient à leur tour. Je ne pouvais me le dissimuler, leur esprit et leur cœur sont faibles ; leurs vertus, si elles en ont, n'est qu'un préjugé; pas une n'est capable de se trouver grande et forte par son seul instinct et daas la route naturelle. Je n'étais qu'un homme ordinaire, et pour aimer je ne trouvais pas mon égal. La chimère était détruite. Pour comble de maux, j'avais derrière moi les souvenirs d*un pays qui me rendaient ma situation plus dure. Je me résignais à ce malheur absolu qui me refusait" une femme comme je l'aurais voulue; pour les malheurs publics j'accusais mes semblables, je ne sais supporter que ce qui est nécessaire. Si je ne croyais pas à la yerlu publique, je serais consolé de mes chagrins poli*tiques.

Je me préparai pour voyager. Je ne voulais pas' chercher seulement des cieux nouveaux, mais allier les souvenirs d'un pays à son aspect, y arriver déjà familiarisé avec le passé. Parmi les peintres do la nature, je ne cherchais pas ceux qui ne décrivent que la beauté des montagnes ou des rivages, comme si la terre était restée vierge, mais ceux qui évoquent les morts, ceux qui font voir la terre aussi glorieuse par les hommes que belle par

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la création ; ceux qui, paysagistes et penseurs, remplissent les contrées illustres par les idées et la poésie des peuples.

J'ai vu nos villes, nos campagnes ; cet examen ne saurait découragor un Italien, car ritalie, mal gouvernée et divisée, est encore le pays le plus peuplé de l'Europe. Quand les richesses tiennent au sol, il ne faut qu'un jour pour les faire renaître; ces richesses, loin de corrompre ceux qui les possèdent, inspirent l^^rdreé Nos campagnes en général sont innocentes et laborieuses. Je crois à la supériorité de la race romaine et italienne sur les autres races ; tant de faits, tant de siècles Tout prouvé ! Mais les femmes ont sur moi tant d'empire, que dès que je les revis à Rome, je fus de nouveau engagé. Une douceur qu'on ne respire qu'autour d'elles me tient asservi. Ce premier retour dans la société fut singulier; je fus huit jours à croire que j'aimais toutes les femmes; la beauté de l'une me faisait oublier la beauté de l'autre ; je leur trouvais des charmes à chacune; j'étais ravi sans choisir. Ces impressions me rappelèrent dona Marianna et mon bonheur des Maremmes. L'air imposant des femmes * romaines, leur front, leur taille, ce port do reine, ces beautés sans fard, sans apprêt, telles que la nature les a faites, me rappelèrent a l'amour. Le cardinal Salviati m'a fait une réputation d'esprit, il m'aime et me protège ; il me présente à la société romaine.

Les femmes ont compris ma faiblesse, elles en sont touchées. Mais nos souvenirs passés nous écrasent ; nos héros, nos dieux, nos prêtres ont dominé le monde, et il ne nous reste pour distraction que nos femmes I Nous leur

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livrons des âmes qu*elles étourdissent et n'atteignent pas, et nous les entraînons dans nos plaisirs.

Madame Thérèse de Longueville, une jeune et belle Française, une veuve, venait d'arriver à Rome, et réunissait ce soir-là dans son salon, le cardinal Salviati et deux jeunes Rucellai de Florence ; quand le cardinal lui demanda la permission de lui présenter un jeune Romain très-distingué, dit- il, et qui s'était formé dans les Marerames, en surveillant les bergers, en lisant les Latins et en se livrant à une imagination brillante. Le jeune abbé Rucellai vanta beaucoup cet esprit-là.

— Sextus, dit-il, écrivait également bien en prose et en vers.

— • C'est le plus bel homme de l'Italie, reprit le cardi- ^ • • nal ; son front, ses yeux, sa fierté un peu sauvage, tout est romain.

— S'il occupe parfois Rome de ses folies, dit Guide, il reprend la toge en retournant aux Maremmes près de ses livres et do ses troupeaux.

— Mon frère parle comme s'il était Romain, dit Cômc Rucellai. Celle Iv^lise a bien du pouvoir/ un Rucellai oublier sa patrie !

— Le temps n'est plus, répondit Guide, des Rucellai et de la patrie; nos jardins n'inspirent plus de Machiavel, et les jeunes républicains^ disciples de ce grand homme.

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sont éteints pour jamais. Florence n'est plus Técole dos i

•sciences, clos arts et du langage. ;

— Du ftngage ! s'écria Côme d'un ton brusque qui lui f était naturel et contrastait avec la douceur de l'abbé son * frère, elle est toujours l'école du langage, un Romain seul \j pourrait le nier ou ne pas s'en apercevoir. Jusque dans .; nos campagnes, la langue a conservé sa pureté; et,

chose singulière ! si Florence ne garde plus son ancienne \

position, elle garde toujours sa position relative; elle est ]

encore celui des Étals d'Italie où il y a le plus de liberté. '^

On ne peut lire ni respirer que là ; nous avons un gouver- : nemcnt plein de douceur.

— Soit, dit le cardinal, enchantez-vous d'un État d'un

million d'amcs ; prenez place en Europe avec cela. Flo- . ;

rcnce fut illustre par les hommes et les circonstances, mais sa faiblesse domina toujours. Ses richesses , appuyées sur le commerce, en firent une sorte de manu- •; facture, dont le soin, confié aux marchands, détourna la ^ Uépublique d'un rôle plus important.

— Pensez-vous donc que vos trois millions de TKlat romain?...

— L'Kglise, interrompit le cardinal, a une influence universelle; si son autorité est diminuée, une partie de r Europe est encore sa tributaire; nos affaires sont plus importantes, je crois, que celles de la Toscane.

Le cardinal amena Sextus chez madame de Longueville **

à un jour fixé. Sextus était aussi beau que le cardinal Tavait dit. On lisais sur son visage et dans sa personne ^

quelque chose de fier et de noble qui ne peut se décrire : l'iiabilude de voir des étrangers lui avait donné de Télé- ;

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g«ince, quoiqu'il conservât beaucoup de naturel; son Itn était aimable, mais assuré; il ne montrait pas plus de prétention que de timidité. On sentait à travers sa réserve les impressions vives et Timagination du Midi. i - Madame de Longueville chercha à donner de l'intérêt à

la conversation, mais Siextus et le cardinal la ramenèrent dans le cercle ordinaire; ils restèrent peu de temps. Thérèse invita Sextus à revenir la voir.

— Eh bien ! dit le cardinal à Sextus, quand ils furent sortis, regrettez-vous encore votre visite ?

— Non : je croyais trouver une femme maniérée , 1 ; comme sont les Françaises. Elle est jolie et naturelle. Je

ih sais qu*elle est coquette : Guide me Ta dit.'

j ' — Je le crois.

— Coquotto ci froide, commo sont les PYancaises : des femmes qui dispo^îont du caractère de leur pays avec la mode et la politique. Avez-vous vu qu'elle voulait donner* à la conversation une sorte de sérieux frivole ? Il suffisait des .paroles qui l'embellissent.

— Vous allez en devenir épris.

• — On dit qu'elle a eu plusieurs amants en Italie.

— N'en croyez rien. '

— Je sais que Guide le nie, mais il est épris d'elle et prévenu. C*est une femme d'esprit, c'est-h-dire qu'elle aura un esprit plein de prétentions et une conduite légère.

— Songez, dit le cardinal, que je veux tout savoir : cet amour m'intéresserait. Vous n'avez jamais fait la cour à une femme qui m'ait semblé plus charmante. Sextus^ promets-moi que tu me diras tout.

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Scxtus le promit, car le cardinal était son confident ordinaire.

• Sexlus rencoinlra Thérèse le même soir, dans une mai- i

son oii Ton faisait de la musique.

— Voyez! qu'elle est jolie, dit-il ravi au cardinal; il ;i. r- !

semble qu'elle ne le sache pas ; elle est pleine de charme. ] \

Elle a un attrait que je n'ai trouvé à nulle autre femme. ^ i ^

Bien que Sextus et madame de Longueville ne se fus- v f

sent rien dit qui pût les intéresser l'un à l'autre, et que leur conversation eût toujours été interrompue par d'au- V

très visites, Sextus était épris ; il l'aimait comme il aimait v* -

toutes les femmes , il Taimait parce qu'elle avait un ,

charmant visage, de beaux cheveux, des yeux tendres, ; *

un air noble ; il l'aimait, parce qu'elle était belle, et il i *

commença à lui faire entendre avec délicatesse qu'il éiait * amoureux. ^

La conduite de Sexlus ne plaisait pas a Thérèse ; elle le ' voyait s'éprendre légèrement d'elle, sans daigner la connaître ; il lui offrait cet amour des Italiens, pronipt conmie . ; réclair, que le temps ni In réflexion n'ont am'^né ; seraitelle flaltée d'un amour produit par les conversali^^is insipides que Sextus chercliait près d'elle? Soxlus et Thérèse s'abaisser à un pareil amour ! Thérèse le reiv:^us5vî dédaigneusement. Sextus ne la comprit pas d'abord, el c::iîR.e un soir ils avaient causé avec gaieté, il crut le moment propice. Rentré chez lui, il prit la plume, lui peignit ses sentiments avec délicatesse, mais avec ce ton léger qui lui était habituel.

Le lendemain matin, on remit cette lettre à Thérèse. Elle l'ouvrit t regarda à I9 signature, et rougit. Elle s'ar-

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rêla. Ou allait-il dire ? Fallait-il déjà renoncer à la chimère qui avait coloré quelques jours de sa vie? Elle lut ^xs^\\\^ et se refroidit en lisant.

Sextus vint la voir dans la soirée ; il parla peu, il allendait un mot de Thérèse ; Thérèse conserva la conversation frivole que Sextus lui avait enseignée. Enfin Sextus dit :

— Puisque j'ai osé parler, je dois savoir mon sort. Prononcez, madame... Madame de I^ongueville répondit :

— Une étrangère ne peut s'offenser de rien ; un Romain traite toutes les femmes sur le même ton. Je pardonne -donc ici ce que je ne pardonnerais pas ailleurs, je l'oublie, imitez-moi.

Sextus fut blessé, sa vanité d'homme souffrit ; il quittai avec Thérèse le ton qu'il avait eu jusqu'ici.

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Guide, content de voir Sextus s'éloigner, l'invita pourtant ' à un déjeuner qu'il donna à Thérèse dans le petit bois de la fontaine Ègérie. Le déjeuner fut servi sous les arbres ; quelques princes romains, un cardinal, des prélats s'y trouvaient, ainsi que des étrangers. Des Anglaises y parurent dans des toilettes françaises, tandis que les femmes romaines portaient une simple robe de soie noire, remar- (juables par leur beauté, mais sans prétentions ni élégance. Sextus était dans un jour de tristesse ; les traits charmants de madame de Longueville réveillèrent par moment en lui ; dos impressions d'amour; il soupira, l'ennui le dominait/

Après (lôjounor, il procoda tout le monde ji . la fontaine Kgérie ; il regardait la campagne et les montagnes qui la bornent au loin. Rien ne lui plaisait plus, il regrettait les Marcmmes. Thérèse remarqua sa tristesse ; elle lui adressa la parole ; il répondit avec un sourire mélancolique. Il y avait quelque chose de doux et de tendre au fond de sa peine. Thérèse la trouvait touchante ; déjà elle avait cru découvrir en lui ces traits, ces impresoions qui trahissent la sensibilité d'un homme.

La société se dispersa dans la campagne après le déjeuner. Sextus ne chercha pas a se rapprocher de madame de Longueville, et elle ne lit rien pour l'attirer ; elle avait rejeté son hommage et n'y voulait plus songer. Sextus crut que ce jour devait finir ses espérances; il trouva Thérèse plus froide que jamais; sa tristesse augmenta. La vie Tcnnuyait. La fontaine Égérie, les arbres, le bois, ce lieu charmant, cette noblesse do la campagne romaine étaient altérés pour lui par la présence dr. tant de monde ; ou si quelques impressions de la nature et de la solitude qui s'étendait au loin Tatleignirent, il les repoussa et il quitta la société pour rentrer dans Rome et s'enfermer chez lui.

Thérèse avait parlé, durant le déjeuner, du projet de parcourir ces environs de Rome qui lui semblaient les plus beaux lieux du monde.

O^iand Sextus vint la voir, quinze jours après, ellerevennit d'Albano ; elle lui offrit de faire avec elle et ses amis les autres courses qu'elle avait projetées. Quelques 'jours après, il l'accompagna à Fiumicino, où le Tibre se joint h la moT. On parcourut Ostie, Laurentum, les lieux chantés

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j par Virgile. C'est une campagne sans horizon, plate et

différente de la campagne de Rome ; elle est déserte a cause de la fièvre. En sortant d*Ostie, on s*embarqua sur le Tibre pour revenir à Fiumicino par la mer ; le vent s'éleva et quand on fut à Tembouchure du Tibre, les flots • de la mer, pressés par le fleuve et agités par le vent, sem-

blèrent menacer la faible barque. Les eaux bourbeuses ! du Tibre conservaient leur couleur au loin dans la mer ; le

1 vent augmentait, et les matelots, ramant avec vigueur,

montrèrent quelque inquiétude. Thérèse s'effraya, car elle avait avec elle ses deux enfants; elle sivait senti quelque émotion en abordant ainsi la mer au sortir d'un j paisible fleuve, la mer menaçante qui élevait de tous càtés

(a des vagues plus hautes que la barque. Sa fille Anna se

I mit à pleurer et le petit Philippe regarda sa mère avec

un visage inquiet. Thérèse prit sa fille sur ses genoux, Tenfant cacha sa tête dans le sein de sa mère et s'endormit. Philippe se tint debout près d'elle, regardant tantôt les flots; tanlùt sa mère. Enfin les eaux du fleuve furent abandonnées ; on se dirigea vers Fiumicino. En quittant Thér^'se, le même soir, Sextus fut rêveur; les flots, le Tibre, les enfants lui restèrent dans la mémoire ; il repoussa ou ne s*avoua pas d'autres idées. Il respecta cette innocente famille, s'endormit presque heureux, cherchant la solitude autour de Rome. Ce ne fut pas sans plaisir qu'il passa des heures à rêver sur la via Appia. En descendant vers Rome la vue est admirable, car plus on se rapproche de la ville, plus la vue et les effets sont beaux, ce en quoi Rome diffère de toutes les autres villes du monde. Il s'arrêtait à ipoitié chemin du Monte-M^rio, il s'oubliait

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SOUS les élégants bois de pins de la villa Pamphili, attiré par les frafjments de temples qu'on rencontre partout ; il ne pouvait quitter les cbanops et la porte de Saint-Jeande-Latran, qui lui offraient au loin les monts d'AIbe et de ^

Tusculum. S'il pensait h voyager, l'amour du pays et le ;i; f

désir de revenir à Rome était aussi fort que sa curiosité. > î

Ses goûts d'ambition étaient subordonnés aux goûts patriotiques et champêtres de son âme romaine.

Il chercha Thérèse et commença à la connaître mieux. Son caractère lui imposa. Il vit une femme comme il n'en avait jamais vu. La certitude qu'elles étaient médiocres ne lui permettait plus ces rêves où il s'était jadis aban- ?

donné. La tristesse qui le dominait par moment ne lui indiquait plus les besoins de son cœur; il s'y était habitué ; comme à une chose inhérente à son caractère ; il se reti- j; rait alors dans les Maremmes, et sans chercher Texplica- >; lion de sa souffrance, il songeait à Dieu et s'humiliait de- i vant lui. La première impression que lui causa Thérèse '< fut celle de l'étonnement. il la trouva imposante sans affectation ; une sorte d'harmonie régnait dans leurs esprits. > ■ Thérèse, trompée par son mari (il était mort depuis, tué ; { dans une pariiede chasse), était devenue prudente. Sextus s'était abandonné, c'était assez le sort de l'homme et de la femme. Il lui trouvait un caractère indépendant, une •» âme élevée et forte, le sentiment de sa dignité, mais de la |" modestie, la défiance de son esprit et un intérêt pour tout ce qui en était digne qui dépassait de beaucoup celui qu'elle se portait à elle-même. 11 y avait là quelque chose de noble et de juste ensemble ; c'était la première fois qu'il rencontrait une personne aussi complètement supé»

rieure à la vie commune. Mais il pensait que les femmes du pays de Thérèse n'avaient point de sensibilité, et s'il avait déjà fait exception pour elle à plusieurs égards, il croyait qu'il ne fallait pas aller pins loin. Quelquefois il cherchait à imaginer quelle femme Thérèse ev*it élo si elle eût joint la sensibilité h son esprit. Alors des impressions vagues et passionnées î-e réveillaient en lui; il passait des jours dans la rêverie ; il pensait que Thomme n'atteint pas tout par sa pensée, et il rep^rettait presque que la connaissance qu'il avait des femmes l'empcchât d'aimer. Il cherchait les passages où le Dante a ^immortalisé son amour ; il rêvait une Béatrice qui colorât sa jeunesse et l'initiât à ses profondes félicités. 11 lisait Pétrarque, il lisait les chants d'Armide, les souvenirs d'Alfieri ; il allait * chercher l'amour chez les grands hommes de l'Italie, qui

l'ont tous connu. Il croyait respirer dans l'air une volupté I nouvelle, non pas celle qu'il avait trouvée à Rome, mais

* cette volupté sévère qui place Béatrice au paradis, dans ^

I uii cercle d'anges; qui fait vivre Laure encore quand elle •

n'est plus ; qui décide Porcie à mourir.

— Eh bien! dit le cardinal à Sextus, vous ne me contez rien? Cette belle Franç.nse est cruelle ; nulle autre femme ne vous plall, vous semblez rêveur... Et lui prenant la main, qu'il secoua avec affection : I/aimes-tuî dit-il, est- ; ce toi qui perds ton temps auprès d'une femme? Je ne te

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