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reconnaîtrais pas, tu ne mériterais plus la réputation. OCi ^
sont tant de confidences glorieuses (lue in m'as faites? I
Sextus répondit sur le même ton; il plaisanta, mais ne i.
décida pas si le cardinal avait deviné juste; ce n'était plus «*
le confident qu'il lui fallait. ' 'j 'p
— Je t'ordonne, dit le cardinal, de retourner aux Ma- ^ \
remmes; pars demain. Puis il reprit plus sérieusement : Partez, Sextus, votre présence est nécessaire Ih, et il sera sage de quitter Rome. Alors il lui donna quelques avis pour les Mareinmes. Sextus partit trois jours après; il alla chez madame de Longueville, avant son départ, pour prendre congé d'elle.
Étonnée de son départ, elle le questionna. Sexlus dit seulement qu'il voulait revoir la campagne et travailler ; il lui cacha un regret qu'il ne s'avouait pas à lui-même, et à l'indifférence qu'il lui supposait, il ne voulut montrer que de l'indifférence. Thérèse, blessée d'un départ si prompt, fit à Soxtus des adieux glacés, sans témoigner nul désir do le revoir jamais. Il s'a])plaudit d'autant mieux de sa dissimulation; il rentra chez lui et passa la soirée et la nuit dans des émotions qu*il retrouva avec ravissement et avec terreur. Il voulait vaincre. Vax la fuyant, il so sentait l)lus fort qu'elle. Ce nï'lait que le L\mi:.UA\inent d'un grand péril; il en soriirait triomphant. IV.iidis qu'il ponsait ainsi, Thérèse ai^itêe le regrettait. Dès qu'il fui sorti, elle Irouva qu'elle avait été trop froivie et trop dure : c jinment Sextus expliquerait-il cola? Quoi! no iv;:vail-oa taire aucun bien à ces Italiens? Dans leur orgueil, rt poussaientils jusqu*à ramitié? Quoi! ne saurait-on porter une main secourable et légère sur ces blessures ? Pourquoi vivre et
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j être femme si Ton ne peut consoler les chagrins du pa-
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; Quand Thérèse vit Guide, elle le quesiionna sur le dé-
I part de Sextus ; elle le chargea de lui exprimer le désir
qu'elle aurait d'avoir de ses nouvelles. Ses ordres ne furent
pas remplis ; Guide n'envoya ni souvenirs, ni consolations * aux Marommes.
Scxlus y rapportait une nouvelle image. T/esprit élevé et le visage charmant de Thérèse étaient sans cesse dans
sa mémoire ; il se souvenait de ce qu'elle avait dit, et il
parait son esprit comme son visage. Il courut revoir les
'■ lieux od il avait aimé Marianna et s'intéressa a sa vie pas-
sce ; il revint sur des événements presque oubliés, il songea
t à lui et sembla reprendre possession de rcxislence. Quand
il se dit qu'il fallait vaincre, il hésita. Quoi! repousser ces richesses que Dieu lui envoyait! Lorsqu'il se réveillait d*un long sommeil, retrouver la nuit! La campagne calmait son exaltation ; il errait dans les plaines, il appelait les bergers, surveillait les troupeaux ; il retrouvait son courage * en présence de l'horizon romain.
Durant des jours, il parcourut les Maremmes à cheval. Quand un site lui plaisait, il quittait son cheval, dessinait ou rêvait; il essaya de lire ses poètes favoris. Le calme des champs, leur noblesse le ravissaient. 11 semblait que les campagnes eussent pris un nouvel éclat. 11 s'estima le
plus heureux des hommes ; il s'applaudit de vivre avec luimême, d'être son seul confident, son seul guide. Il secou- . rait la population des Maremmes, il faisait du bien autour de lui, il lisait, il travaillait beaucoup. Ce bien répandu dans une sphère si bornée, ces travaux que nul succès , .1 \ encore n'avait couronnés, lui plaisaient par leur obscurité même. Tant de princes, de chefs d*armée s'étaient trompés dans leurs calculs, tant d'hommes pouvaient se reprocher d'avoir fait verser des larmes, tant de vanité excitait aux études, tant de fausse gloire avait fatigué la renommée ; les applaudissements savaient si bien corrompre jusqu'aux co'urs les plus purs, qu'il aimait h vivre modeste et ignoré dans ces champs fameux. L'antiquité faisait taire son ambilion. Il trouvait que pour les descendants des grands peuples, il n'y avait de charme que dans ce retour de la nature, dans cette conquête des arbres et des plantes sur les villes. Consolé par la douceur de ces ombrages, qu'allair-il donc chercher à Rome?
(Cependant don Andréa Coloimo, son jeune ami, lui ofiYit de le présenter chez une Komaine crlî'bre pour s^os amours, fille du prince Savelli; il nccepla. 11 ?e rer.dit le <air même chez Stella, avec don Anin'.^.
Elle avait trente ans; sa taille était forto, telle «;je !e^ Komaines l'ont à cet îi.:e; elle était he'le et elle aviit re port de reine devant lequel Sextus a\ait tant d-^ foi> ocurl't* son front soumis. Douée d'un attrait touchant, comiî.e si le ciel, qui l'avait faite si tendre, avait voulu digr.emeiit ;
la parer, elle accueillit avec douceur les premiers compliments de Sextus. Elle fut séduite par la sensibilité qu'il laissait paraître, car son amour pour Thérèse avait exalté
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320 LES NOUVKAUX ENCHANTEMENTS
son âme et semblait se répandre sur la nature entièri». Le bruit de cette liaison se répandit dans Rome ; les hommes repoussés par Stella publièrent sa nouvelle faiblesse. D'ailleurs le bruit s'arrôta là, car il n'y a en Italie ni vraie ni fausse vertu, ni crainte ni amour du scandale.
Thérèse était invitée h un concert spirituel. Quand elle entra, Sextus était près de Stella. 11 fut frès-troublé en voyant Thérèse qui ne le rechercha ni ne l'évita; sa conduite en tout fut siinplc et son cœur détaché. Klle causa longtemps avec le prince Saveîli, père de Stella. C'était un homme austère et dévot ; il était veuf, et il allait être fait cardinal. La dévotion où il avait passé sa vie, lui avait conservé une sorle d'innocence qui se trouve quelquefois à Rome. Exact aux pratiques de la religion, sa conscience ne connaissait d'autre trouble que d'y avoir manqué. Un concert spirituel avait pu seul le faire sortir de chez lui, il ignorait les faiblesses de sa fille; elle allait le voir tous. les jours, l'accompagnait à l'église, avait le mù ne confes- . seur. Le prince Savelli ignorait le reste, son gendre ne s'était jamais plaint. Si'l'on eût dit au prince que sa fille avait manqué i\ son mari, il se serait longtemps refusé à y croire, tant il aurait trouvé le crime abominable ; il vivait avec les sentiments d'un saint, au temps de la primitive Église. Il se retira de bonne heure.
SËXTUS 3S7
— On raconte que lu rcmds Stella malheureuse, dit le ^ cardinal Salviali à Sextus ; le prince Savelli se plaint de ne plus voir sa fille. : ;
— As-tu été chez elle ce malin?
— Non, mais j'irai.
— Quelque nouvel amour l occupe-t-il? Prends-y garde, *, j*ai fait une découverte hier soir. ^ . = \
— Laquelle?
— L'abbé Rucellai devient le confident des douleurs de Stella. * ^
-^ Je ne crois pas qu'il lui plaira.
— Voilà les cerliludes des amants ! Reçois mon avis et sache en profiter. , •
— Je dois beaucoup à Votre Éminence, répondit Sextus, : en s'inclinant et en souriant.
— Point de satire, dit le cardinal ; je prêche la bonté, n'est-ce pas dans mes attributions?
Le cardinal Salviati ne se trompait pas. Guide, parlant toujours de Sextus, parvint à consoler Stella.
Sextus ne revit plus Stella; il prit la vie en dégoût, il évila le cardinal, dont la bonté et la gaieté s'animaient pour - '
consoler à la fois Sextus et s^en moquer. Sextus avait . perdu sa fermeté ; il était à ce moment où la passion con*
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32S LKS NOUVEAUX ENCHANTEMENTS
fond toutes les forces et règne sans partage. Quand il se retrouva libre, il ne savait s'il devait revoir Thérèse, car il pensait qu'elle blâmait sa conduite. Depuis un mois il ' ne l'avait pas vue. Les Italiens, quand ils sont épris, se retirent du monde. Sextus ne fut embarrassé de reparaître nulle part, mais quand il fallut revenir chez madame de Longuevillc, il hésita, il retardait chaque jour sa visite; enfin il entra chez elle un soir, et fut reçu par les plaisanteries des princes Colonne et de quelques femmes romaines qui se trouvaient là. Le cardinal Salviati excita la gaieté des princes.
— Sextus, dit don Cesare Colonne, vous avez l'air embarrassé ; ce n'est pas là ce que j'attendais, vous n'entendez plus nos plaisanteries.
— Il est dans ses jours sérieux, dit don Adréa : autrefois il gardait ces jours pour les Maremmes, il n'y va plus.
-3- Je le vois à peine, reprit le cardinal ; sans doute il travaille.
. . — Je crois plutôt, dit don Andréa, que quelque nouvel amour l'occupe.
— Non, non, s'écria don Cesare, il a oublié nos amusements.
Sextus les écoutait en souriant; il répondait avec douceur, regardant souvent madame de Longueville, qui lui avait fait un froid accueil et causait avec les femmes qui étaient chez elle. Il s'anima un peu par la gaieté de ses a.mis, et madame de Longueville, attirée par leur amabilité italienne, se mêla à leur conversation. Mais si l'affection de ses amis et la bonté du cardinal, qu'il n*avait pas
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VU depuis plusieurs jours, dissipèrent un moment Tennui de Sextus, cet çnnui renaquit avec plus de force quand il fut sorti de chez Thérèse. «.
Le lendemain il revint chez elle. Comme ils furent également troublés tous deux, aucun n*eut le temps d'observer l'autre.
— Cherchant mon oisiveté première, lui dit-il, j'ai retrouvé la lance du berger romain. En vain je veux me reporter vers les nations étrangères et projeter de voyager chez elles. JJicn différent de Pyrrlius, c'est au port que j'aime à rêver la gloire. Avec quel amour Tltalic traite ses enfans ! Tout est douceur ici. L'homme s'entoure des images, des idées qui lui plaisent : vivre et respirer est un bonheur. Et vous partiriez^ ajouta-t-il ; vous quitteriez cette terre hospitalière que tant d'étrangers ont préférée à leur pays même! Mais c'est un bruit de société, je n'y crois pas.
— Les hommes de ce pays-ci m'effrayent ; si volages, si fiers, si méprisants!
-— Mais, madame, avez -vous bien connu ceux qui vous ont entourée? S'il en était qui vous eussent 'aimée sans que vous vous en fussiez aperçue, que de choses aussi en eux auraient pu vous échapper ! L'amour ôte à un homme Tesprit, la raison, les moyens de se faire connaître; le savez-vousî
Thérèse le regarda étonnée.
— Peut-être était-il autour de vous des hommes qui vous ont aimée jusqu'à vouloir mourir, jusqu'à préférer à la vie les émotions qu'ils recevaient de vous. Votre supériorité était faite pour éveiller ainsi leur enthousiasme.
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330 LRS NOUVEAUX ENCHANTEMENTS
Cet amour vous était d'autant plus acquis, que vous seule pouviez l'inspirer. Eussiez-vous été sensible a des sentimens faits pour vous seule? Eussiez-vous daigné affermir la vertu d'un homme par la vôtre, le tenir à la grandeur que vous lui révéliez? Si celte passion, s'emparant de sa vie, il n'avait pu la vaincre ; s'il vous avait fuie inutilement, s'il revenait plus épris que jamais, s'il songeait à finir d'un coup ses tourments, serait-il seulement un homme faible et ne ,mériterait-il que votre pitié?...
— Gomment croire, dit Thérèse troublée, qu'il se serait tu si longtemps, qu'il aurait caché...
— Si vous le découragiez, si votre regard fier, votre altitude dédaigneuse le forçaient au silence l S'il a craint peut-être une position différente de la vôtre...
— Il m'aurait peu comprise....
— 11 lui coûtera cher de vous mieux comprendre. Né dans un pays opprimé, nul devoir ne le. retiendra pculéfre ; privé des actions des hommes, il mettra sa gloire di!.- s-?s s-nri'iv?nîs, il cherchera le vrai moyen de leur rester fJèle et de ne plus* flétrir son cœur.
— 0-*- voulez- vous dire?
— Si vous saviez comme une àme revient à sa vocn* ïion qjand elle y est rappelée ! Si vous saviez ce que je vous dois de joie et de douleur, de courage et d'abattement, vous comprendriez comment aujourd'hui je peux croire que j'ai vécu et ne désirer plus rien. — Thcrcso pouvait-elle rester insensible en apprenant qu'elle était aimée depuis longtemps d'un homme qui n'avait cessé de Fintéresser ? Au moment de quitter l'Italie, elle écouta
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avec joie les aveux de la passion ; l'esprit de Sexlus, son imagination rentraînorent ; elle ne montra xc premier jour que son étonnement. Sextus respecta son silence et sortit. Mais il revint, il s'exprima, il sut montrer son cœur... Mais allons-nous suivre sa cour? Non pas. Le cardinal Salviati (son père) fit le mariage.
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, — Passez-moi les gazelles d'Angleterre, arrivées ce malin, dit M. Berks; pendant que ces dames se reposent à table, sous les palmiers, j*irai lire au bord de la mer.
— Quoi I monsieur, dit Anna Berks, vous quittez la table et vos amis pour la lecture ? Songez que votre frère retourne demain soir à Madras.
M. Berks prit les gazettes sans répondre à sa femme, et la laissant à table avec ses amis, sous les palmiers, il alla lire en se promenant au bord de la mer. Le soleil descendait sur Tliorizon, la soirée était calme et magnifique; le port de Bombay et ses mille vaisseaux donnaient la vie à cette partie de la mer des Indes. Ce port, à l'abri des vents, le meilleur de Tlndostau, n'offrait aux yeux que barques, navires, bâtiments de guerre et de commerce ; les mats, les voiles, les cordages s'élevaient élégamment, mêlant la puissance de l'Angleterre à la ricliess3 du climat. L'ile de Bombay est adjacente au royaume de Visapour. Ce sont partout des golfes et de^ baies ; les '
maisons sont petites et légères, fjuelques touffes d'arbres
ombragent l«i terre et çà et la le palmier élancé étend ses
rares et larges feuilles.
Anna Berks, resléo à table avec sa société, fit enlever
les mets et apporter des vins précieux et des fruits. Des serviteurs nègres prirent de longs éventails en plumes pour éventer les femmes. Anna demanda sa guitare, pria une de ses amies de chanter ; mais on la pressa ellemême de se faire entendre. Elle semblait distraite, regardant souvent du côté de Bombay, comme si elle attendait quelqu'un de ce côté ; une chaise parut, portée par des nègres.
« C'est lui ! pensa Anna, toujours en retard malgré ses 'protestations! »
Son cœur battit, son sang asiatique courut plus rapidement dans ses veines, et ses yeux exprimèrent la langueur de ces doux climats : fille d'une Indienne, son teint i)run, son indolence, le mélange de la vivacité et de. la mollesse, et plus encore sa beauté délicieuse cl parfaite, désignaient assez en elle une race d'Asie. Née •dans le Bengale, sur les bords du Gange, elle avait reçu de son père, qui était Anglais et membre de l'Académie asiatique, une éducation distinguée ; mais comme il l'avait mariée à un homme d'un esprit commun, occupé de son commerce, elle l'avait dédaigné et elle commençait à sMnléresser à un jeune Anglais arrivé de Londres, et indulgente pour les faiblesses du cœur, et, sachant l'indifférence de son mari, elle ne se reprochait pas sa conduite, et rien ne troubla sa joie en voyant l'homme qu'elle aimait descendre de sa chaise el s^avancer vers elle.
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I/INDIKNNR 335
— C'est bien tard, lui dit-elle en levant sur lui ses grands yeux noirs pleins de douceur et de feu ; il y a longtemps qu*on vous attend.
L'Anglais s'excusa sur son retard, et voyant la campagne et regardant les palmiers qui s'élevaient bien au-
dessus de la table, il lui demanda en riant si c'était sous S f \
cet ombrage qu'on se garantissait du soleil des Indes?
Anna répondit qu'on avait fait enlever les lentes un mo- I ment auparavant, lui demandant si c'était mieux d*avoir r-, ^
I un pays avec de beaux ombrages et sans soleil. Mais
l'Anglais sacrifiait généreusement son pays devant une
.Indienne, et il commença à s'extasier plaisamment sur
les palmiers. C'était un homme d'une amabilité enjouée,
dont le rire charmant et les manières ajoutaient vn
nouvel attrait à la jeunesse. Sa personne était délicate,
son visage noble et pâle* sans cire beau; il avait le ton'
do la haute société en Angleterre, avec plus d'aisance
dans les manières.
— Voici une guitare, dit- il, vous alliez chanter, ma- . dame; el il la supplia de chanter.
Anna chanta des airs inihens et irlandais, avec de l'àme et du goût; Julien Warwick chnngea d'humeur en l'écoutant. Les passions qui animent seules son pays décoloré étaient au fond de son âme; il sentait l'amaar et l'ambition avec une force égale, et dans Tlndo il était tout à l'amour. Son visage pâle s'anima el prit une expression touchante. Quand les yeux d'Anna rencontrèrent les siens, sa voix s'altéra; elle oublia ses chants, et, quittant la guitare, elle resta rêveuse et atlen'lrie. Les Anglaises qui étaient là commençaient h s'apercevoir de
if- '
LKS NOUVEAUX ENCHANTEMENTS
la faiblesse de cette Indienne, et la jalousie qu'excitait sa beauté arma ces* femmes contre elle. Jamais on ne s'aperçut si bien de Tamour d'Anna que dans cette soirée. M. fierks appela son frère pour lui faire lire un article des journaux, et resta, loin du monde, à causer avec lui. Julien se plaça près de Tlndienne, il oublia la société près d'elle ; déjà d'ailleurs il ne redoutait pas qu'elle se compromit pour lui, et il était prêt à lui demander le sacrifice que les femmes passionnées fqnt à leur amant en Angleterre.
11 voulait être sur qu'elle l'aimait véritablement; il en doutait encore, parce (jue l'Indienne ne l'aimait qu avec crainte, dans l'idée qu'il était étranger à Hombay. Ce soir-la Julien fut plus heureux qu'il ne l'avait jamais été.
C'était un homme exalté, dans le doute de lui-même et des. autres, qui cherchait des certitudes, sans croire jamais les choses assez belles ou assez prouvées. H voulut, avant de prendre des résolutions si importantes, éprouver l'Indienne par l'absence et réfléchir loin d'elle en liberté. Ce soir-là, agité en la quittant, il se mit à sa fenêtre qui donnait sur la mer : d'un côté le port, les vaisseaux, des lumières vacillantes sur les bâtiments; de l'autre, la mer dans son étendue et sa solitude. La marée montante fatiguait les alentours d'un bruit rapproché et continuel; le firmament des tropiques brillait de son éclat* Ce spec-
tacle exalta Julien et bientôt lui fil mal. Il se réfugia dans Tamour, abri de Thomme que notre univers épouvante ; ou bien il contempla ces mers en y cherchant une idée d'action. C'est sur un des bâtiments de ce port qu'il fallait monter pour fuir Anna et réprouver^ Lés distances de rinde, dans son amour, l'effrayaient ; on n'y pouvait rien atteindre que par des mois de marche et de navigation. Il songea à la vie de plaisirs à laquelle son entrée au Parlement avait mis fin; sa jeunesse s'était passée dans les amusements où mènent la richesse et l'élégance ; il n'avait connu le Parlement et une existence plus se- , rieuse que pour les perdre. Vaincu par un antagoniste dans les élections de sa province» il avait dû quitter la Chambre des communes après y avoir siégé deux ans. Dans son chagrin il était parti pour les Indes, où il voulait chcrchor l'anliquilé et visiter l'Himalaya, et où Anna l'avait arrêté à son premier pas.
Le jour suivant, il se décida a aller à Madras ou à Cal«> cutta; tout autre voyage lui semblait trop long. Le frcre de M. Berks retournait à Madras ; il résolut de partir avec lui, mais il voulut revoir l'Indienne une fois; et, comme le soir même elle réunissait chez elle beaucoup de monde, Julien alla la voir, résolu de ne pas lui parler.
Anna aimait la parure; son pays lui offrait tous les genres d'ornements; sa maison était ornée de riches toiles de Surate, de draperies de Cachemire, de tapis de Perse; l'or, l'ivoire, des ouvrages d'un travail exquis apportés des différentes parties des Indes dans le pon de Bom* bay, couvraient ses salles et ses appartements; elle avait bien compris le luxe asiatique. Elle-même, tantôt couron-
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LES NOUVEAUX ENfillANTRM ENTS
nait son front de fleurs fraîches et embaumées, tantôt le parait de rubis, de diamants, dont l'Inde est prodigue. Adroite à tirer parti de ses charmes, soit qu'elle s'enveloppât de mousseline à bords dorés, soit qu'elle se vêtît à la légère pour la promenade, soit qu'elle reçût sa société avec les atours et la modestie de la vraie beauté. Ce soir-là Tlndienne était couverte de pierreries. Peutêtre la rivalité des femmes anglaises l'amusait, peut-être elle était fière, avec son teint brun, d'effacer leur blancheur, peut-être elle aimait à plaire à Julien avec un visage différent des autres. 11 s'avança profondément triste, dans la pensée qu'il allait la quitter, et quand elle lui tendit la main à la manière anglaise, en lui adressant un doux regard, il sentit sa résolution de la quitter s'évanouir; il ne voulut pas douser. Anna dansa avec d'autres, on semblant prendre un grand plaisir a la danse. Julien fut jaloux ; il doutait des affections do ce peuple tendre, mais mobile, de cette race r^intrée flans le néant a[)rès tant d'éclat. 11 voulut agir en homme, et, s'arrachant de ceite'soirée, il prépara son départ dans la nuit et il partit pour Madras avec le frère de M. Berks.
* Madras est sur un territoire sablonneux, fameux seulement par son commerce immense. Julien songeait à remonter la mer vers le Bengale, à se rendre à Calcutta, où il trouverait l'Académie asiatique, une ville admirable, le luxe indien et le Gange, qui roule de l'or et des pierres précieuses, couvert sur ses rives de temples et de pagodes magnifiques, fleuve sacré dont les eaux sanctifient. Mais sa douleur d'avoir quitté l'Indienne fut si grande et ja crainte qu'il avait sur le résultat de cette épreuve était
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L'INDIKNNi:
telle, qu'il fut malade et obligé de renoncer à aller plus loin. Il s'efforçait de s'occuper des Indes, d'en chercher les habitants, de parcourir le pays. Nulle part, sur les deux hémisphères, le soleil n'est plus éclatant, le cours des fleuves plus majestueux, la végétation plus riche; la lumière agrandit le ciel des tropiques réfléchi dans les mers parfumées. Cette terre de l'encens, couverte de pierres précieuses et d'ouvrages d'un travail si exquis et si délicat qu'ils rivalisent avec les œuvrec de la nature^ faisait dire à Julien, avec le poêle Sadi : « Je vous salue, riant empire des roses, qui produisez en abondance les perles, les diamants, les fleurs, les parfums et les plus b(.'llcs vierges du monde! » Ici Tlnde antique, qui s'étend •de rindus au Gange ; autour du fleuve, dans le Bengale, les souvenirs de la plus ancienne sagesse humaine, le pouvoir des lîrainos, le culte do ce peuple exalté et sensible, abandonné a l'amour, purifié dans Icscaux, mortifié dans les solitudes, encore aujourd'hui nourri sculcrhcnt de lait et d'herbages. A l'occidont, les ruiiirs de Delhi et de Tempirc du Mogol, les ombres de Tamcrlan cl d'Aurcng-Zeb, inspirant le courage aux MaVates invincibles dont les fédérations guerrières troublent les Anglais; sur les côtes célèbres de la presqu'île, les établissements européens; une foule de peuplades dans l'intérieur, le royaume de Mysore, avec le souvenir de l'héroïque Ilider-Ali et de Tipo-Saïb, son fils; à la pointe de ce continent, l'île de Ceylan, si belle, que les Indiens mahométans y placent le paradis terrestre; enfin, dans l'autre presqu'île considérable de l'Inde, de l'autre côté du golfe du Bengale, l'immense empire des Birmans, leur féroce audace ou leur
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340 LES NOUVEAUX ENCIfANTEMENTS
doux repos, Ava, Pégu, Aracan, lieux fameux pour Taloès, l'ambre, les rubis et les dépouilles des tigres superbes. Pans rinde avaient eu lieu les révolutions sociales^ les changements de peuples, la diversité de religions, qui , devaient s'opérer dans une si puissante contrée.
Le culte ancien peut donner Tidée du climat à ceux qui n'ont pas été dans le pays. Partout l'éclat, la fécondité; les dieux animant la nature; Bavani, épouse de Siva, versant Teau sur le front du dieu pour calmer Tardeur de sa tête ou lui présentant la coupe d'ivresse sur le mont Cailasa ; le feu et la chaleur révérés; des actes de fana- ■ I tisme et d'austérité tels qu on en trouve à côté des délices
de la vie; une suite d'impressions et d'images ignorées des terres moins fortunées.
Julien ne sut pas longtemps résister au désir de savoir "comment l'indienne avait supporté son absence; il retourna à Bombay, mais, en arrivant, il apprit qu'elle était partie pour la campagne sans son mari. Julien se rendit aussitôt chez M. Berks ; celui-ci lui dit qu'Anna avait eu la fantaisie daller visiter un petit bien qu'il venait d'aclieter, situé à quelques lieues de la ville. Julien se le fit indiquer, et partit aussitôt à cheval pour cet endroit. La maison était arrangée à l'anglaise ; il fit demander à madame Berks i si elle voudrait le recevoir. Le domestique revint, disant
l que madame Berksne recevait personne. Julien, la croyant
I/INDIRNNK 341
fuchée, se rendit dans une maison près de là, qu'il connaissait, écrivit à l'Indienne, la suppliant de le voir et de Tentendre. Il remonta à cheval et porta lui-même la lettre à la porte d*Anna, mais il apprit, en la remettant chez elle, qu'elle venait de retourner à Bombay. Julien s'y rendit aussitôt; il envoya sa lettre et il reçut le lendemain le billet suivant :
« Je ne vous reverrai plus ; je craignais de m*attacher à un homme qui n'était pas pour toujours dans les Indes. Votre brusque départ m*a fait savoir ce qu'on souffre dans l'absence; je ne vous fais pas de reproches, vous aimez autrement que moi; vous êtes d'un autre pays. Je suis fille d*un Anglais, mais ma mère était Indienne; son caractère, ses affections ne ressemblaient en rien à celles des sœurs de mon père. Une Anglaise sera heureuse avec vous, elle pourra ne jamais vous quitter. Gardez mon souvenir, je vous aimerai toujours. Attribuez ma faiblesse h cette race d'Asie, tant décriée chez vous, et la force qui me fait triompher, à ce qu il y a d*anglais dans mon sang. Si vous revenez un jour dans les Indes, souvenezvous d'Anna et de sa tendresse. »
Cette lettre troubla Julien, c'était la seule chose qu*il n'eût pas prévue; il avait cru retrouver l'Indienne au désespoir ou distraite, mais la trouver prudente et résolue le surprenait. II ne savait s'il y avait là beaucoup ou peu d'amour, il était offensé et séduit à la fois. Il répondit :
« J'ai souffert plus que vous de l'absence; j'ai voulu éprouver votre cœur par ce départ. Si vous n'avez pu le supporter, sachez me suivre en Angleterre et devenir ma femme ; c'est là ce qu'il fallait comprendre. J'aime
comtne vous, comme une Indienne; je quitterai les Indes avec vous, ou je ne les quitterai jamais'. »
L'indienne revit Julien. L'éducation anglaise et réservée qu'elle avait reçue l'eût empêchée de songer la première à ce qu'il lui demandait ; mais cette demande éleva son cœur à une passion telle qu'elle devait la sentir ; elle vil que Julien était à elle sans réserve et pour la vie, elle aima de môme. Sa bonté l'eût retenue dans l'Inde si elle, eût cru que le bonheur de M. Berks y était intéressé, mais M. Berks lui montrait la plus complète indifférence; il ne l'avait épousée que pour des arrangements de fortune. Anna ne consentit pas tout de suite a suivre son amant; si l'amour la poussait, une réserve naturelle la retenait ; elle craignait de faire suspecter à un Anglais la modestie des Indiennes. Fidèle au sang de sa mère, éprise des Indes, instruite de sa langue et de ses poètes, entourée de serviteurs indiens, au lieu de se ranger parmi les vainqueurs, où la plaçait son père, elle était restée sœur des vaincus, qu'elle voyait si loin d'elle, pleurant l'asservissement de rindostan et fière de sa gloire passée. Il lui déplaisait do suivre un Anglais à Londres, d'y paraître, avec le teint brun de sa race, au milieu des femmes anglaises, comme une épouse infidèle entraînée par les passions do son climat, doublement vaincue, au milieu de ces femmes dont la timi-* dite ajoutait un nouveau prix à la beauté. Habituée h la riante chaleur des Indes, elle redoutait un pays triste et
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froid. Quand Julien la voyait regrolter Tïndostan, il lui offrait d'aller vivre avec elle à Madras ou à Calcutta, et le sacrifice qu'il offrait de son pays faisait désirer à Anna de lui sacrifier aussi le sien. Julien lui parlait de la gloire poli tique de l'Angleterre, de la carrière que le Parlement présente à un homme de talent ; il lui rappelait qu'elle était Anglaise par la naissance et par la loi. A cela Anna ne répondait qu'en lui montrant dans son miroir ses yeux et son teint, qui contrastaient si fort avec les yeux bleus et le teint pâle de Julien.
— La nature nous apprend, lui disait-elle, si je dois oublier rinde et si je suis Anglaise, comme vous dites , je ne le suis qu'à moitié, et mon âme retourne au pays où elle A trouvé le plus de sympathie.
S'efforçant de faire aimer à Julien le séjour des Indes, clic parcourait le pays avec lui, tantôt s'abandonnant au doux charme de la mer, tantôt parcourant les rivages au clair de la lune ; elle lui contait le culte de se? aïaux, les transformations de Bralima et de Vichnou; son imagination asiatique rendait la vie à ces fables , et quand Julien lui rappelait la vraie religion, elle souriait, lui disait qu'elle était chrétienne, mais qu'elle se plaisait au récit des livres indiens, que son père ne hii avait pas laissé lire tous. Une vive et folle gaieté était souvent remplacée chez elle par rimmobitité et la tristesse ; son amour prenait tous les tons. Julien la pressait de fuir avec lui Bombay, sans décider oi!i ils se fixeraient plus tard. L'Indienne jouissait des prières de son amant, et son indolence ne lui laissait pas négliger les soins qui pouvaient la rendre plus belle ou plus séduisante.
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Souvent ils allaient ensemble dans cet endroit oix elle avait dîné une fois ; leurs nègres et leurs chaises restaient à les attendre et ils prenaient des barques pour parcourir la mer.
— Des sentiments tendres et empreintsde langueur, lui disait Julien avec un amour qui convenait à la beauté pure et à l'air embaumé des rivages, furent aussi déposés par le Créateur dans les âmes du Nord, et c*est en vain que "^ leur religion fabuleuse, si différente de celle de Brahma, faisait naître Thommede la neige. Le ciel du Nord a aussi son pouvoir ; il éveille des pensées plus tristes, des douleurs plus profondes.
Tout ce que la grâce et la beauté ont donné aux femmes de l'Asie lé ravissait durant ces chastes nuits; rien ne pourrait rendre, pour les Européens, le charme de l'Indienne, la mollesse de sa taille, la langueur de ses yeux, son abandon, sa timidité délicieuse, ces impressions vives et variées dont le soleil de Tlndostan parait son âme de feu. lis revenaient tard dans la nuit ; leurs deux chaises cheminaient à côté Tune de Tautre; ils se parlaient du «pays, des fleuves, des mers, ne pouvant exprimer leur amour sans être entendus, et s'exprimant, à la manière indienne, par des allégories.
Julien ne sut plus supporter cette vie, Anna était lasse de sa résistance, ses yeux cachaient mal son trouble ; le feu, que les Indiens adorent, consumait son âme tendre. Julien Tenleva malgré ses larmes ; il la déposa sur un vaisseau prêt à mettre à la voile pour l'Angleterre; il l'entoura de serviteurs et d'oiseaux indiens ; il lui fit traverser . les mers.
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Lorsque le vaisseau, arrivé en Europe, s'approcha du . x .
Nord, rindienne trouva le jour sans éclat et le ciel resserré ; mais que devint-elle quand elle débarqua en Angleterre ! M. Warwick la conduisit tout de suite à Londres. On était au mois d'août et c'était un bel été d'Angleterre, c'est-à-dire que le brouillard était épais et étouffant. L'In- ;
dienne demandait de l'air et ces brises de mer qui rafrai- . dussent Bombay ; le matin elle errait dans la campagne ! I
avec Julien au milieu de cette chaude vapeur, lui demandant si c'était là r Angleterre, si c'était là le pays qui avait soumis les Indes. Le soir, si Anna cherchait une atmosphère moins chaude, elle rentrait malade et on lui disait que c'était imprudent de se promener le soir sans être bien couverte. La chaleur est excessive dans les Indes, '
mais le ciel pur et Tespace rassurent. Anna se trouvait à Londres étouffée dans le brouillard ; jamais elle n'avait senti une impression si désagréable. Cependant la ten- v
dresse de Julien, qui riait de son étonnement, lui rendait la gaieté. Cette plante, arrachée à son climat, se consola . -
par Taffeclion ; elle ne pouvait s'empêcher de soupirer, quand au mois d*août elle voyait quelquefois le soleil sans rayons, comme la lune, et qu'elle fixait les yeux dessus .;
sans que ses yeux en fussent offensés. Elle n'avait pas l'idée d'un pareil phénomène. Elle parcourait Londres, ':
demandant des fleurs, des fruits, et trouvant les fruits
Li:S NOUVEAUX ENCIlANTIiMENTS
sans saveur et les iléurs sans parfum. Le silence du pays répondait a Tobscu rite du jour; il semble qu'il y ait du bxuit dans la lumière. L'Angleterre est morne ; ce n'est pas la vivacité, la mobilité des Indiens; l'aspect du peuple anglais est glacial ; nulle sympathie ne se trouvait entre l'Indienne et ses maîtres. Une nation terne avait soumis les plus belles contrées do la terre. Les petites éfflisos d'Angleterre remplaçaient mal pour l'Indienne les fictions de sa foi première. Gomment le peuple anglais cftt-il songé 5 rendre hommage au jour, à bénir la chaleur, a faire un symiiûlc de la lumière et du feu, a glorifier la vie? Qui eût imaginé la coupe d'ivresse du mont Cailasa? .
Julien, inipalienlé de ne pas voir à l'Indienne un sentiment anglais, la conduisit im matin dans une jolie maison à Hamps'tead. Tout y était élégant, commode ; il la lui fit parcoui ir, puis entrant au salon avec elle, la faisant asseoir sur un canapé :
— Cette maison est à nous, lui dit-il ; connaissons-y les charnics de l'intimité et do l'Anglelerre. J'y vivrai h vos pieds jus(|u'Ji ce (lu'un lien (|uo la société ordonne me permette do vous [)résenler partout comme ma femme. Si des études et des affaires politiques me réclament, l'amour n'en souffrira rien; j'étudierai avec vous, je vous montrerai comment l'Angleterre mérite votre admiration et a pu régner sur Tlndostan.
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Comme Anua parcourut la maison avec Julien, il lui présenta deux femmes qu'il venait de mettre à son service, cor les domestiques qu'elle avait amenés des Indes voulaient retourner dans leur pays. Une de ces deux femmes avait les cheveux noirs, la figure expressive ; elle s'avança vers Anna et lui dit avec un accent dur quelques mots de «soumission affectueuse qui ëtoniicTcnl Tlndicniic :
' — Je df'sirais tant d'ùlrjî à votre service! ajouta-t-ellc ; j'ai tant su|)plié monsieur de m'y placer!
— Poun|uoi ce vif désir d'entrer cliez moi? vous ne me connaisse/ pas !
— Pourquoi? s'écria la femme avec son accent, parce que vous n'êtes pas Anglaise, que votre teint n'est pas le teint pâle de ce pays, parce qu'enfin vous êtes née aux Indes et moi en Irlande. •
» Nous détestons, disait-elle à Anna, ce peuple dur et triste. Qui me rendra ma gaieté irlandaise, nos lacs et nos chants ?
Cette vie de délices et d'uniformité que rindicnno et Julien trouvèrent dans la solitude pouvait-elln diu'cr au pays des passions politiques, et avec un honnne qui avait été déj^l membre du Parlement? Un matin Julien recul plusieurs lettres; en en lisant une, il rougit; Anna, qui le regardait, prit la lettre, déjà jalouse. Cette lettre disait:
\ 3i8 LES NOUVEAUX ENCHANTEMENTS
1 « J'ai appris votre retour des Indes; il faut rentrer aux
f • affaires, les opinions de votre père n'ont pu engager les