vôtres. J'ai un bourg dont nous pourrons causer h vous
l - venez me voir. »
[ — Pourquoi avez-vous rougi? demanda l'Indienne.
\ Est-ce une femme qui a ce bourg ?
I — Non, c'est lord Hampshire.
\ ' ' — Pourquoi donc avez-vous rougi ?
j \ — Il parle de quitter les opinions qui me firent avoir
j les votes de ma province après la mort de mon père ; si
? proposition m'a indigné et m'a séduit à la fois : voilà pour-
l ' ' ^ quoi j'ai rougi. Je donnerais beaucoup pour rentrer au Par-
1 • lement, mais mes opinions, c'est trop.
') — Lord Hampshire est donc du parti tory ?
i — Oui ; il marche avec le duc de Wellington , autrefois
ami de mon père; il lui plairait de m'aider dans la car- « rière en ra'acquérant à son parti, dont il a Tamabilité et la bienveillance ; car ce paru tory, unissant la grâce à la Iia-jteur, accueille avec bonté la jeunesse qui se distingue.
— ' Pourquoi ne voulez-vous pas marcher avec les torys ?
• * — Si je n'avais pris mes opinions que comme des . moyens, ainsi qu'il arrive souvent chez nous, je pourrais accepter les offres de lord Hampshire ; mais mes opinions naissent de mes sentiments et de mes observations, elles tiennent à ma conscience ; je ne puis les abandonner. •— Vous n'irez donc pas voir lord Hampshire ? — Oui, j'irai. 11 est à sa terre; cela nous séparera deux jours , y consentez-vous ?
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l'indiknne: 349
— Pourquoi le voir, si vous ne voulez pas accepter son offre ?
— Lord Hampshire peut m'apprendre des choses importantes ; c*est à la fois un homme du monde et un homme d affaires, élégant et ambitieux ; d'ailleurs j'aime qu'il sache ma manière de voir. Mais si vous ne voulez pas que j'aille chez lui, je lui écrirai.
— Non, allez-y, répondit tendrement Anna, et ne restez pas plus de temps qu'il ne faut.
Julien se décida à partir le soir même ; la lettre qu'il avait reçue l'agitait , c'était le premier souvenir qu'il retrouvait de sa vie politique. II contait à l'Indienne sa première entrée au Parlement, les succès qu'il avait obtenus alors, malgré sa timidité. II retrouvait aussitôt Pamour ,avec enchantement; mais cette fois l'amour venait d'une
^ exaltation étrangère à lui. Anna, intéressée, quoique jalouse, curieuse de ce gouvernement dont on lui avait tant parlé dans les Indes, cherchait la supériorité qui faisait dominer l'Angleterre. Mais le soir, quand' Julien la quitta, après des adieux touchants où il mit toute sa tendresse, elle pleura longtemps, et souhaita ardemment
. son retour. Le lendemain elle reçut de lui un mot aimable qui la consola , et quand vint le soir, comme elle n'avait plus qu'une nuit k passer pour le voir, elle s'endormit dans la joie ; mais son réveil fut triste, car on lui remi^ une lettre de Julien qui lui disait être retenu chez lord Hampshire pour des affaires importantes. Passe-t-il aux torys ? se demanda-t-elle, et quelle est donc la force do ces opinions qu'il ne doit pas changer? Elle dina seule et triste. Comme elle rentrait plus tard dans sa chambre.
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sans rcsporancc de voir Julien le lendemain, clic onloiidil
le bruit d'une chaise de poste et on frappa à la maison,
qui était déjà fermée. L'Indienne sonna, la maison s'é-
. veilla et la voix de Julien se fit entendre. Anna entendit
î son pas léger et rapide sur Fescalier ; il entra, heureux
delà revoir, et si tendre et si gracieux h son retour,
i; qu'Anna fut presque contente de l'avoir perdu deux
jours.
,- — Que je vous aime! disait-il ; que c'est triste d'èlro
[ sans vous deux jours !
r ' li ajouta :
l ' — Ce n'est pas que lord Hampshre m'ait laissé libre.
Mon Dieu, que d'affaires! j'ai cru ne pouvoir jamais partir. C'était tous les jours de nouvelles discussions ; les chefs du parti tory étaient là ; les plus graves questions s'agit.iient ; on a tout passé en revue, et il n'est pas jusqu'à vos Indos dont nous n'ayons décidé l'avenir.
— Enfin, vous passez avec eux?
— Qu'en diriez-vous, Anna?
* — Je dirais que d'autres l'ont fait aussi.
— Eh bien, j'ai résisté durant trois jours à leur éloquence, à mes passions qui nie poussent aux affaires ; je dis plus, à quelques sentiments par lesquels je sympa-
• thise avec eux et qui me les feront peut-être joindre dans , " l'avenir.
— Ainsi vous n'acceptez pas le bourg?
— Non.
— Mais vous le regrettez beaucoup ; vous n'aimez flue la politique.
— Je n'aime que vous» et ne parlons que de vousr
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L'INDlRNNi::
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Le lendemain pourtant la même agitation se soutint chez Julien. Il pensa après déjeuner qu'il avait à parler * à un de ses amis à Londres, demandant timidement à Anna si elle lui permettait de s'absenter pour le reste du jour. Elle dit que oui avec douceur et il partit en promettant de revenir le plus tôt qu'il pourrait.
Le soir, personne ; Julien ne vient pas. Il est dix heures, il est onze heures, il n*a pas paru. A minuit on frappe plusieurs coups à la porte, c'est son pas précipité ; il enti'e.
'— Quelle nouvelle ! dit-il à Anna. Pardonnez si je reviens tard : l'homme nommé à ma place dans ma province est mort; il faut procéder à une nouvelle -élection ; il était le seul assez adroit et assez riche la pour m'enlever l'élection. Sans lui je n'ai rien h redouter. Mais on craint à Londres une autre mort .qui ne m'arrangerait pas si bien, c'est celle du roi; il y aurait alors des élections générales qui remuent davantage le pays. Mais voyez quelle singulière circonstance ! Hier je résiste héroïquement à l'ambition, et quand je viens de refuser l'élection d'un misérable petit bourg, je retrouve ma province et le crédit de mon père I
— 11 va falloir vous rendre dans cette province? dit l'Indienne, qui commençait à prévoir beaucoup de séparations.
ri
f — Ouï, mais vous viendrez. Et voyez ! si j'étais nommé
il par ce bourg, il faudrait marcher avec eux. Ma province
l ' . me laisse libre, car j*y suis nommé pour mes opinions et le nom de mon père, Taristocralie y domine; et comme mon père fut toujours pour les mesures les plus libérales, ;. on aime les grands seigneurs, et la province ne tombe
;, , point dans ces manies radicales et absurdes que nous
j connaissons depuis quelques années.
l — Ainsi, Julien, vous né voulez ôtre ni avec Toppo-
; sition ni avec les torysî
- — Je suis avec l'opposition, mais une opposition digne
i ^ et savante, telle que Ta connue l'Angleterre : c'est d'elle
que je veux prendre des leçons et mériter l'estime.
Julien oublie la politique, il retourne à l'Indienne; le jour suivant il reste près d'elle, plus aimable, plus 'épris que jamais, lui disant seulement quelquefois :
— Croyez-vous que je serai nommé encore? Vous intércssoz-vous à nos élections ?
Los journaux disaient que le roi était irès-mnl. Anna ensjagea Julien a aller savoir les nouvelles h Londres. Il refusa tendrement de la quitter; mais cette tendresse ne se soutint pas vingt-quatre heures, et il partit pour Londres.
Quand Julien revint, le roi était mort *.
Julien devait partir pour sa province, y reconquérir les suffrages au milieu d*une élection générale. Anna le suivrait-elle? Sachant qu'il serait toujours absent, elle ne s'en souciait pas. Dès que les élections seraient termi-