‹ Les nouveaux jacobinsChapitre 3 sur 13 · CHAPITRE 1 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1 I

Il y a cette difiFérence entre les Girondins et les* Jacobins, que les Girondins s'accommodaient de la société; seulement ils prétendaient la diriger, ils ruinaient modérément; s'ils allaient trop loin, s'ils détruisaient un monument important, c'était sou vent, sans préméditation, leur principe ^/?nndpitt»w, le commencement) les y avait obligés. Les Jacobins, eux, ne veulent plus del'anticpie cité, ils imaginent de construire une ville toute neuve et sur un plan nouveau.

La bande noibe. •— Les voilà arrivés les démolisseurs ! ils se dispersent partout, ils se prennent à tout, ils renversent tout, ils défoncent tout. Ils sont de toute provenance et de toute race : Anglais, Allemands, Français, Italiens, Belges, Suisses.

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Les AQglais ne reculent devant aucune fatigue ; durs, impitoyables, mais conservant encore une certaine tenue, ils travaillent en habit noir et en cravate blanche; ils prennent les objets un à un, méthodiquement, et les déposent proprement à terre, comme avec respect.

Les Italiens, peu nombreux, se font remarquer par leur sournoiserie et la violence de leurs gestes : ils empruntent volontiers les outils des autres, ou leur laissent faire leur besogne; ils ne disent presque rien, ils poussent quelques cris, mais avec une colère pâle, des yeux ardents, et d'un accent, d'un ton qui fait frissonner. Ce sont des gens furieux en dedans, et qu'on sent capables de tout; ceux qui vont à côté d'eux en ont peur.

Sous le- nom de Belges, on désigne non des Belges, mais des Condottiere de tous les pays, qui se sont donné rendez-vous en Belgique, et de là, derrière ce rempart, lancent au dehors toutes sortes d'engins destructeurs, quartiers de rocs qui défoncent, torches enflammées^ feux grégeois inextinguibles, jets d'encre intoxiquée, môme d'infects résidus, en sûreté, sans courir de risques.

Les Français, une bande étrangement mêlée : gamins tapageurs, cuistres gourmés, libertins caducs, hommes de lettres qui cherchent un sujet; quelques gens malins qui pensent qu'il se trouvera bien dans cette ruine un

coin préservé où ils se caseront; d'autres, naïfs, àcpii l'on a dit que Ton va conquérir le monde, la terre promise, l'Eldorado, et qui le croient; çà et là, des somnambules qui parlent et marchent quoique endormis, et disent et font les plus singulières l)izarreries, et qui se nomment Français à tort, car, s'ils sont nés en France, ils ont été conçus en Allemagne. Cette cohue française est la troupe la plus bruyante, — pas très-méchante, — mais la plus active, la plus destructive, la plus criarde, dont la voix porte le plus loin, par dessus tous les autres, celle que par conséquent tout le monde entend le mieux, ce qui fait que tout le monde va du côlé oii elle va.

Les Suisses ne se distinguent des Français que parce qu'ils parlent lentement, et embellissent la langue française de tournures genevoises.

Les Allemands, brutaux et lourds, ressemblent à des paysans dans un jardin peuplé de statues et de colonnes, qui donnent un coup de pied ici, un coup de coude là, renversent un beau vase, marchent sur des mosaïques précieuses, les frappent de leurs bâtons ferrés, et, pour voir par la fenêtre, cassent les vitraux éclatants; ils semblent dire : A quoi bon tout cela? encore ceci à bas ! et cela! et ils s'avancent tranquillement au milieu des ruines, heurtant tout sans suite, sans logique, sans émotion, comme s'ils ne savaient ce qu'ils font. Ils ne le savent pas, en effet, et ce n'est pas étonnant : touchez-

lest sentez-vous cette froideur glacée? C'est-^^lle de la mort; ce ne sont pas des hommes vivants, ce sont des cadavres galvanisés! Oh leur a infusé de Félectricilé; ils se- sont redressés et vont à droite, à gauche, par bonds, par sauts, par enjambées, en piétinant, mais ils ne sentent rien ; ils se remuent, ils ne vivent pas. N'attendez aucune pitié, aucun respect de ces cadavres, ils iront ainsi, aveugles et impassibles, jusqu'à ce qu'ils s'af- Ëdssent et tombent, masse inerte, tout de leur long à terre. Mais ils auront fait des trous énormes sous leurs qdcaneums sans chair, et renversé de bien grandes pierres d'un coup de leurs têtes fêlées !

Il y a là des gens de tous rangs, des académiciens et dôB brochuriers, des députés et des professeurs, des ministres, des sénateurs, des rats de bibliothèques, des savants à lunettes, râpés, huileux, courbés sur de gros volumes d'où ils tirent des mots et des lignes, comme les carriers des pierres d'un puits.

Ils ont toutes sortes d'instruments, livres, conférences, cours, circulaires, manuels, harangues de tribune, dictionnaires ; ils emploient toutes les formes des langues : discours, allocutions, conversations, dialogues, en prose, en vers, en français, en latin, en tudesque, en patois.

Tous à l'envi sont occupés à démolir, c'est un immense abatis : on entend des écroulements de tous côtés ; temples, hôtels, palais, taudis, des pans entiers

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((Wfibent avec {racas : le ICHt qui protège, les poutres qui soutiennent, les fenêtres qui éclairent, les portes par où Ton circule, tout cela est précifâté d'en haut, et bondit sur le pavé. Tout ce qui est dedans, les meubles et ustensiles qui sprvent à s'asseoir, à travailler, à se reposer, à s'instruire, à se fortifier, ils le jettent dehors. Ils descendent de plus en plus, les voilà à la base, aux fondements ; on les découvre au fond, avec des pics arrachant les assises, brisant le mortier, enlevant à pleines charrettes moellons brisés, fers tordus, briqttes, jusqu'au sable et à' la poussière; ils ne s'en vont que lorsque la place est tout à fait nue, un désert plat et aride, une solitude blanchie et pâle î

Venez, circulez parmi ces démolitions : on ne peut tout montrer, tout examiner, tout nommer; mais écoutez l'inventaire résumé de ces ruines et de ces débris, c'est comme une table mortuaire.

Les démolisseurs. • — Un homme pâle et impassible, d'abord, un Italien, monte sur une pierre, et, tous le regardant et l'écoutant, il laisse tomber peu de mois, mesurés, à petits coups, mais qui portent : HévoUition radicale, absolue : « la conception du ciel a changé, la théorie de la vie est incomplète, la conception de la loi morale est inférieure ! la solution de l'éternel problème des rapports de V homme avec Dieu est rejetée par le

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cœur, riatelligence, la conscience et la tradition de Thumanité!» » — Oui, affirmons le principe nouveau! dit un. pédagogue allemand : nous le pouvons, « nos croyances sont appuyées sur des faits » î » — Bravo ! crie un jeune français, « tout est matière, organisme et force ! « » cela nous suffit !

, Ils courent tous aussitôt à Fèdifice culminant, à Dieu : A bas Dieu ! Les Français n'approchent pas très-près ; intimidés, ils lancent des lazzis : Dieu décrépit ! « cette vieille hypothèse est bien peu en harmonie avec la science moderne * !» Un Dieu ! Est-ce qu'il « y a dans l'univers une intelligence supérieure à celle de l'homme? Pour moi, ce n'est pas mon avis •. » Dieu ! tu ne peux être «ni créateur, ni régulateur, ni bon, ni juste, ni puissant*, >» tout le monde le sait, « donc tu n'es pas! »

Mais les Allemands, dédaigneux de ces plaisanteries, s'avancent résolument, rudement : Allons ! à bas ! « L'idée d'un esprit organisateur et indépendant est en contradiction avec toute expérience, une invention absurde qui ne supporte pas l'examen ^. » Tout à l'heure, une fois

■ Bfazzini, Revue de Westminster ^ 1867.

> Moleschott, Discours d'inat^guration du cours de physique à l'Université de Zurich, 1866.

' La libre Pensée, novembre 1866.

* D'Naquet

^ Renan, Revue des Deux-Mondes, Janvier 1860. ^ statuts de la loge des Libres Penseurs.

' Budiner, Forée et MeStère*

démoli, « il sera aussi ridicule de croire à Dieu qu'aujourd'hui aux fantômes < ! » — Concluons donc, s'écrie un brutal paysan, gaulois et logicien : « Vhofnme est tout désormais, la divinité plus rien ^ / » à bas Dieu !

Un Anglais, d'un ton froid, fait observer que la « théorie de Darwin fournit un argument solide et décisif contre l'intervention de toute autre cause que les causes secondaires dans la production des phénomènes de l'univers ». »» — Ce gentlemen veut dire, ajoute un Français doucereux, que la création est parfaitement inutile ; tout nait tout seul : « Un cert^ jour, en vertu des lois naturelles, Vêtre pensant apparut *, » c'est trèssimple : plus de création I

Ici, exclamations des gamins : Vêtre pensant ! qu'entendez-vous par là? l'homme pensant! roi, « centre de la création vivante ■ ! » Employer de telles expressions « actuellement! » (|ui le prétend, qui l'a dit? L'homme, « il s'est persuadé, à tort ou à raison, qu'il est plus parfait que les autres animaux » ! »— A tort, monsieur ! c'est un vaniteux, un orgueilleux, « un parvenu qui s'est fait

1 Lichtemberg.

; ' Proadbon, De la Juitice dan$ VÉgtite et la Révolution*

* Huxley, De la place de r Homme dant la nature.

* Benan, Étudee reUgietuee.

* La lAbre Pensée* 1860.

« GoQdereau, BuUettn de la Société d'anthropologte, 1866.

ttûe généalogie et qui a fini par y croire M » A iMis le noble, Paristocrate! < L'homme n^est <fà!\m ùbjet tPhistoire naturtlk, comme les autres animauir, pltts compliqué •, >» voilà tout. Plus de genre humain !

Et alors, tous, coup sur coup : ainsi, homme, «eiq)ressioû loologique, » « ton éme est une chimie *, » une pore fiction ! « Qui voudrait le récuser ferait preuve d^une aberration d'esprit sans nom * !»— « Tcipemée n'est qu'un mouvmimt de la matière », analogue -â la production de la chaleur et de l'électricité « : sans îeu point de chaleur, « sans phosphore point dépensée f ! » Non-seulement tu n'es donc pas maître de tes actions, mais tu es esclave de toute force extérieure ! Ce que tu appelles ta vohniU^ ta puissance, ta conscience, ta liberté, ne peuvent pas exister! ce n'est qu'une « apparence^ un non -sens '• ! >» Qu'il ne soit plus question d'ame, de ptnsêe, de conscwnce^ de liberté et de volonté !

A ce moment, ils aperçoivent la religion à genoux, les mains jointes et les regards au ciel : cette vue les met

' Broca, ihid.

^ Goudereau, Bulletin de la Société d* anthropologie ^ 1867.

> fieowe du Progrès, janvier 1864.

* Ibid., nov. 1863.

^ Moleschott, De la eirevlation de la w.

« Daily, Sùckélé â: anthropologie, ^ MoleaclioU, iM.

* Voy.Taioe, Les PÀtto«op/ie« /rançatt, et las auteurs d -dessus cités.

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hors d'eux-mêmes, ils deviennent furieux, le paysan particulièrement ; il s'est élancé sur elle et la tient à la gorge : il Tin vective' violemment ; dans sa colère les injures abondent, intarissables, sans suite, sans raison : la religion a tous les défauts, elle n'a rien de bon ; ses vices mêmes augmentent à mesure qu'iJ |les énumère : Religion, tu nuis à tout ! « à Vintelligénce^ — tu ne lui es pas utile, — tu lui es inutile, — tu ne peux que la fausser * ! » (On entend un écho, — l'écho ne pense pas,

— qui répète d'une grosse voix : « La religion, obstacle principal au développement intellectuel et social, au perfectionnement de la civilisation ' ! ») — « Tu nuis à la morale, — tu lui es étrangère, — tu n'en a pas, — tu ne peux pas en avoir une, — tu la détruis, — ton existence est une période d'immoraUté !» — Tu nuis à la justice, tu n'en «possèdes pas la notion,— tu la méprises,

— tu la violes, — tu protèges le crime, — tu ne peux sincèrement en souhaiter la fin! >*— L'homme, qu'en faistu ? « Un sournois, — un hypocrite, — un ennemi du genre humain,» — un sauvage! — Tu n'es donc que « Je mal, une peste, ou une fohe! » (L'écho : « une déviation mentale, une dégénération des facultés, ») l'imbécillité, l'idiotisme !

Et puis, ajoute un jeune gars, vous nous empêchez de nous amuser, vous « retirez l'homme de la vie natu-

' Proudhon, De la Justice^ etc.

^ Goudereau, Société d'anthropologie-

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relie ! « Avec vous, plus « de vie des sens » et de plaisirs * ! — Oh ! oui, nous amuser ! s'écrie un vieux, user de « nos facultés naturelles ! Que de temps nous avons perdu ! » C'est pour cela que je t'en veux, misérable religion, « anti-nature^ » (pii as si longtemps « réprimé les élans de la chair !» « haleine d'avenir, ô puissance, invincible résurrection de la vie naturelle ! » ô souffle de Satan ! tu maudissais Satan, parce qu'il était la lumière {Luc%fer)\ mais, « le jour est venu où se lève son aurore, et où il t'éclipse heureusement « !» — Oui ! s'écrie le paysan, « viens, Satan ! le calomnié des prêtres et des rois, que je f embrasse, que je te serre sur ma poitrine '! » —Je jure, je promets de ne faire de ma vie aucun acte religieux ♦ ! » crie un docteur, plus de religion ! « Noyonsla dans la boue < ! »

Mais les Allemands : Paix ! ce n'est pas la peine de tant s'échauffer ; ces Français ne peuvent parler de Dieu, môme pour dire qu'il n'y en a pas, sans se passionner. Il sufQt de dire tranquillement : « 11 n'est pas de science possible avec la religion, avec elle on reste en arrière •. » (Et l'écho : « C'est un temps d'arrêt dans la marche du pro-

< Taiûo, Histoire de la littérature anglaite 1. ' Michelot, La Sorcière, ' ProudhoD, tbidy

* D* Naquet, Lettre à Victor Hugo^ produtto dans le procès Aceolas^ etc., décembre 1867.

* Edgar Quinet.

* Virchow.

grès ! » )— Une religion, « ^queUe qu'elle soit^ » est donc £kcheuse! « on ne voit aucune raison pour la conserver *. » « Le Dieu — Humanité de Feuerbach est une dernière superstition dont il faut se débarrasser « ! » Nous nous déclarons athées l « L'athéisme et le matérialisme sont la coméquence des sublimes principes d« 89 ^f » — £h! messieurs ! que dites-vous là ? Athées ! il ne fout même pas se dire athées ! « L'athéisme est encore un sentiment religieux ! » Il n'est pas besoin de lutter contre la religion, « oubliez-là ^ ! » Ne vous en occupez pas, même pour lui cracher au visage ; laissez-la toute seule dans le désert, elle mourra de faim !

La place est nette : Dieu, création, âme, pensée, liberté, volonté, religion, ont été balayés, enlevés, jetés auxégoûts. Ils vont bâtir maintenant.

Les architectes. -- Ils frappent du pied^la terre: Vous voyez bien ce sol, disent-ils, et ce qui est au dessus, l'air, et ce que vous appelez le de/, et tout ce que vous ne voyez pas, ce qui forme le monde, Vuniv&rs; c'est la matière. « Cette matière, elle est tout, elle emplit tout, elle est infinie *, » — cela est pfouvé par l'astronomie.—-

< Schopenhaûer.

' Max Stimer.

s Statutt de la Commune révolutionnaire (affaire Accolas).

* Arnold Rage.

* Huxley. Les passages entre guillemets sont empruntés aux

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Vous avez beau la triturer, lampdifier, lui donner toutes sortes de formes, elle existe toujours, vous ne pouvez la détruire, — « cela est prouvé par la physique *. » Puisqu'elle ne peut périr, elle vivrïi donc toujours, elle a donc toujours vécu, « elle est donc éternelle % >» — cela e&t prouvé par la métaphysique.

Premier point acquis, nous avons des fondements inébranlables, nous tenons une vérité : la matière, — c'esjtà-dire, Feau, Fair, la terre, les plantes, les pierres, ete., — « est la seule chose qui existe et qui soit réelle \ »

En second lieu, ne voyez-vous pas que la terre |ïtpduit? Elle a donc une force, elle est donc puissante, La force est « «a propriété inséparable^. » D'ailleurs, du moment où elle est étemelle, elle doit être toute puUsafOe ; elle a la puissance comme cause et comme effet, puisqu'elle produit la puissance et qu'elle la reçoit ; ce qui, soit dit en passant, permet de poser cet axiome évidemment irréfutable : « La cause ne diffère pas de Veffet ». »>

La matière est étemelle, toute puissante, vous allez

autears nommés, mais les propositions appartiennent à tous éga lement, ainsi que les suivantes.

> Schopenhaûer.

* Moleschoit.

» Llttré.

* Buchner.

^ Taine, etc., après flégel.

en voir tout sortir : elle a toutes les verlus, et en premier lieu Vintelligmce; elle a une intelligence qui choisit, qui juge; aussi « s'est-elle dotée de lois *,»de lois éternelles comme elle ; et ainsi, sans qu'il soit besoin d'insister, est anéantie à jamais la possibilité, l'idée môme du miracle, — le miracle et toutes les religions, — cela est prouvé par la statique : « Qu'est-ce que vivre ? une forme particulière de la mécanique «. >» \

Une de ces lois est la création: de la nature, de l'air, de la matière se dégagent spontanément toutes choses ; c'est une production, une génération de toutes formes, de toute espèce, incessante, indéfinie, des étoiles, planètes, terre, plantes, de tous les animaux, les petits d'abord, puis les grands, et l'homme ». L'homme est une

» Buchner.

' Virchow, Contres des naturalisteit allemun'(}i, 1865.

' Schopenhaiier et Moleschott, etc. Jusqu'à une pauvre femme qu'ils ont abusée, et qui, sans les comprendre, les traduit dans le style le plus laborieux : (Voy George Saod, Evenor et LeuaippeJ « Au tftfin du puissant univers, la rencontre des nuées cométaires (qui avait misées nuées en mouvement?) engendra (par quelle force?) un corps brûlant qui ro'jla aussitôt (la preuve?) dans les abfmes db ciel, obéissant aux lois qu'il rencontra (voilà deux rencontres prodigieuses ,* les nuées se rencon trent, on ne sait comment, et elles rencontrent des lois; pourquoi tant de hasard, quand le mot de Dieu seul suffit P;, lois éîernellet dont les accidents lee plus formi' dables (cela signifie les miracles) à nos yeux ne sont que les conséquences nécessaires d'un ordre préétabli, infini^ éternel dans ion ensemble» « C'esl-à-dire, car tout le monde ne saisit pas ce galimatias, U n'y a pas de Dieu, et la matière est éternelle, est Dieu. C'est le vieux système de Lucrèce, qui, du moins, l'exposait en beaux vers.

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émanation de la nature, il pousse à côté des plantes, il issit du sol, concurremment avec les autres bétes, <* il a les mômes gemies, il est leur parent », >» — cela est prouvé par la chimie !

Nous pouvons nous arrêter un peu ici ; nous sommes hommes, la question nous intéresse. Demandons nous ce îiu'est l'homme. — Un être assez étrange, et en apparence contradictoire, le plus vil dans son passé, — le plus impuissant dans son présent — et Dieu dans son avenir.

Et pourtant, ces états se comprennent très-bien ; premier état : il dérive du singe, — cela est prouvé par l'histoire naturelle, par la loi de sélection «. « Le chef des singes est le meilleur étalon de ses états ; il y a sélection continue, c'est-à-dire séparation des produits les plus parfaits, et, par suite, progrès •. » Des singes il naît des singes perfectionnés qui les quittent et font bande à part ; ce sont les hommes : mais, singes et hommes « forment la môme famille *. » — Quoi ! messieurs, quelques-uns de vous font la moue : « M. Isid. Geoffroy-Saint-Hilaire ne peut consentir à être le cousin d'un singe ! » Et pourquoi? qu'a « d'humiliant cette gé-

* Moleschott

' Darwin, Pouchet, Vogt, Huxley, etc.

' Goudereau, Société d'anthrop., avril 1867.

♦ Ibid.

néalogie * ? >» Les singes valent bien les hommes, « il y en a même qui sont plus intelligents que certains hommes, les orangs-outangs le sont plus que les habitants de Van-Diemen * ! >>

A ce premier moment, avouons que les hommes étaient de dégoûtantes, abominables et horribles bêtes. « Nous pouvons nous les figurer : un animal fangeux, . repoussant, une bête féroce ou hébétée, » hurlant, grognant, gémissant, sanglotant, « avec des gloussements et des cris inarticulés «. » Et quelles mœurs ! quels instincts ! « Nous ne savons plus aujourd'hui ce que c'est que la nature, le fond de l'homme naturel : c'étaient des impulsions irrésistibles, des appétits, des convoitises aveugles ; les subites et extrêmes décisions se confondent en lui avec le désir ; à peine imaginée, la chose est faite ; ij voit une femme, tout d'un coup sa gorge se serre, il a chaud dans le dos, il lui court sus * î » Et pourtant quelle femme, sa hideuse femelle ! ils chassent ensemble, ils s'enfoncent dans les terriers, ils grimpent sur les arbres, ils déchirent les animaux et sucent leur

> Broca, Soc. d*anthrop,

' Revue du Progrh et Soe* d'avthrop. Et pourtant, de leur propre aveu, il y a une distance immense entre le singe le plus avancé et l'homme le plus déprimé - les rapports du cerveau sont représentés par ces chiffres : Indo-Européen 20, Hottentot 15, Orang-outang 3. (^Bulletin de la Soc, d'anthropol.)

' Gharnay, Aévue cfes Court pubUes^ mars 1866.

' Taine, Htst^de la Uttérat. anglaise^

sang! Et, si le gibier manque, savez-vous ce qui arrive ? rhomme se jette sur elle, et « la mange ! » Cela se conçoit, il faut bien viyre, Thomme est le plus fort, et « plus on est fort, plus on dévore « ! » Naturellement, sa première proie, ce fut sa femme.

Certainement, ce début ii'est pas beau, surtout si nous considérons qu'il a duré des milliers, des millions d'années.

L'homme, cependant, n'a pas à se plaindre : la nature qui l'a formé ne l'abandonne pas; elle lui apprend tout, elle lui « révèle » tout : par ses yeux qui regardent, son oreille qui entend, sa bouche qui goûte, son nez qui sent, ses pieds et ses mains qui touchent, il connaît tout : « ioute vérité vient des sens «, »— mais à une condition, c'est qu'il se laisse entièrement mener comme un enfant, comme un esclave ; il est issu de la nature, il dépend donc de la nature, il est lié à elle, elle l'emporte, elle l'entraîne, « tous ses actes proviennent de la nature •, >» «il faut qu'il cède à son tourbillon* ! « Et qu'il n'aille pas vouloir faire ceci ou cela, sous prétexte qu'il

I Charnay.LesmatôrialislesnesoQtpasd^accord sur Torigine siinieDDe de rbomme. «Cette thèse, s'écrie M. Victor Meunier ^Opinion Nahonalef 25 août 1868),^ cette ineptie, est Tapanage de la fausse science. ■ Soit I ceux qui la soutiennent, et l'on a vu leurs noms, ont cependant la prétention de représenter la vraie science.

> Moleschott.

» Taine, tbid. Introd.

« Schopenhaiier.

a une âme, une pensée : « Tûme ! mais jamais on ne l'a vue «. » La pensée ! c'est tout simplement «< une fonction du système nerveux ', » ce qui passe sur le cerveau : le cerveau est « un miroir où se reflètent les choses, la page sur laquelle s'inscrivent les faits • » ; « en fin de compte, ce n'est qu'un effet mécanique ♦ ». « Des images, des représentations des objets, — voilà toijt l'homme en raccourci • ! »

C'est la deuxième phase, la phase actuelle : nous ne pensons pas, nous n'avons pas de volonté. — Vous croyez peut-être "qu'ainsi nous sommes bien faibles et bien impuissants; c'est une erreur. Cet être impuissant va prétisément et forcément devenir Dieu : « la divinisation de l'homme, c'est sa destinée • / » Continuez à déduire : l'homme, en suivant la nature qui le conduit, éprouve tour à tour tous les effets et toutes les impressions, il expérimente, il apprend incessamment ; c'est ce qu'on nomme la philosophie, « c'est à cela qu'elle se réduit ». Or, il arrivera un moment où il aura tout vu, classé tous les faits, énuméré « toutes les propriétés de la matière qui frappent ses sens », où il aur.a pénétré

* ^chopenhaiier.

' Lîttré et Ch. Robin, Dict de Médecine, ^ Moleschott.

* Virchow.

'^ Taine.

* Proudlion.

Fesseace des choses; alors « il possédera la siœnce », il saura tout *.

Et qu'est-ce qu'un être qui sait tout? C'est un être tout-puissant; et qu'est-ce qu'un être tout-puissant? C'est Dieu! C'est ainsi que l'homme deviendra Dieu, rien n'est plus certain ! Et tous, se pressant de dire leur mot : Oui ! l'homme deviendra Dieu, il « est en train de se faire ! un jour homme et Dieu seront le même mot */ »

— Un jour ! mais ce jour est proche, nous y touchons : s'il est nécessaire « que Vhomme s'pivoue à lui-même qu'il est cet absolu si longtemps évoqué sous le nom de Dieu, on peut dire qu'à cette heure la condition est remplie » ! »

— Nous sommes souverainement intelligents, et « Vintelligence que Vhomme possède est coégale à celle de Dieu * î » — Nous sommes forts, munis de toutes les puissances qui peuvent accomplir nos désirs, et disposés à nous en servir « î » — « Nous sentons Dieu et dans la nature et en nous «. » — N'attendons pas davantage et proclamons-le immédiatement^ : «^ le Dieu du vieux monde s'en va, se fond à vue d'œil ! » le Dieu qui dans Vhomme s'appelle humanité^ « voilà le vrai Dieu^ » « seul

I Muleschott.

' UenaD, Revue des Deux- Mon de$^ 1863.

' Proudhon.

* Joë Smith.

* Taine.

* EnfantÎQ, lettre à Farrault, J882,

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saint, profond et respectable « ! >» — Chacun à soi-même est son Dieu «. — Extincto Deo, suecessit humanitas « !

Les momies. — A suivre ces docteurs exposant tour à tour leurs systèmes mornes, en un langage plat, froid et pesant, il semble marcher, dans une salle de dissection, le long de tables de marbre sur lesquelles sont étendus des cadavres glacés, sans mouvement, aux nerfs coupés et au sang figé. On frissonne d'horreur, on a comme un hàut-le-corps, et Ton s'enfuit.

Mais non! n'entendez-vous pas une voix harmonieuse, un jeune homme, qui, on le voit à ses gestes, à son accent, à ses élans, est ravi par l'enthousiasme? 11 n'y a pas seulement ici des anatomistes, il y a aussi des poètes ! Ne souriez pas : les poètes ne sont pas des philosophes, mais la poésie est la fée de la philosophie; elle l'orne de paillettes et de draperies : aussitôt ce squelette, ces os secs prennent une forme vivante. Ainsi pour ces systèmes que l'on qualifie de dogmes nouveaux : les vers du poète leur donnent une apparence de vie, et je les

■ Charles Dolfus.

> Max Stirner.

3 Âug. Comte» c L'adorateur se modèle lui-môme sur ce qu'il adore t, disent les Arabes. • Aussi, selon la remarque de l'écrivain qui cite ce proverbe (Palgrave, Voyage dans l'Arabie centrale), le Christianisme pouvait se résumer par ces mots : un Dieu qui s'est fait homme pour transformer Thomme en Dieu. — Aujour* d'bui, l'homme se fait Dieu pour transformer Dieu en Thomme.

reconnais! oui, ce sont eux, je les ai vus! ce sont de vieux dogmes, les dogmes païens morts il y a deux ou trois mille ans, à Athènes et à Rome ! On me les montrait déjà au collège, ces antiques momies emmaillotées de bandelettes, déposées sous quelque pyramide, et qu'aujourd'hui Ton va voir à travers la vitrine d'un muséum ! Que dit ce poète : *

DUm, : ... « ... Dieu! c'est tout

« Et Dieu vit dans le tout et dans chaque parcelle

« Des vastes univers!

« La nature, voilà le Verbe,

« C'est la substance infinie,

<c Une sous tous ses aspects,

« C'est réternelle lumière,

« L'étemelle activité,

« C'est l'esprit et la matière,

« C'est Dieu dans l'immensité !"

La nature, la matière et Vesprit réunis, l'ensemble du monde, les forces de la matière, etc., — mais c'est « VHoméométrie », la doctrine atomistique de Démocrite, de Leucippe, d'Épicure, de l'école d'Élée, de Xénophane, de Lucrèce et des Indiens, « une bien ancienne idée • ! »

* Voyez Lei Dogmes nouvediUB, c'est la titre d'un volume de H. Eug. Nus, véritable catéchisme en vers de la philosophie matérialiste. Les autres poètes panthéistes sont moins comploU.

» Alf. Maury. Frogrèê de la CfUmU organique.

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LES JA€!OBINS 107

Le bien et le mal :

« Dieu n'a jamais puni, Dieu ne peut pas maudire ;

« Qui punit le méchant? le remords implacable. »

Certainement, ce Dieu, être et chose^ ne peut maudire ! Les stoïciens Tavaient bien vu ; de là, leur dogme de la punition par le remords; autre nouveauté qu'on trouve dans Zenon et son école, dans Sénèque, dans Gicéron, etc.

La Providence :

« Cette loi qi4 régit dans Tordre universel,

« C'est le code absolu, c'est la fatalité. »

Eh! n'est-ce pas le destin antique? le destin qui oblige les hommes et les dieux? la fatalité qui fait les crimes d'Oreste, d'OEdipe et de Phèdre? les jours /ii^to on néfastes^ etc.?

La Création spontanée : « Le chaos enfante

« Naissent de toutes parts les plantes tortueuses,

« Les mon3tres cuirassés,

« Le ^ragon fabuleux et le sombre vampire. »

Merveilleuse coïncidence avec Ovide et Hésiode! rien n'y manque, chaos, monstres^ dragons fabuleux, — le mot y est, -- fable, mythologie!

V Humanité-Dieu : « Le bonheur est le but certain, « Et les efforts humains gagneront sur la terre

« Le bonheur qu^on ne croit qu'aux cieux !

« C'en est fait, point acquis,

« Le moi s'est posé pour toujours, etc. ! »

Encore Lucrèce, et encore Cicéron ! — « Puisque l'esprit humain est étemel, pourquoi ne connaîtrait-il pas toutes choses * ? >» murmurait jadis une momie romaine. — « Qui sait si la science infinie n'enfantera pas le pouvoir infini? » répète un collectionneur de momies». Quoi donc ! ces anciennes âmes auraient-elles transmigré dans ces fureteurs de sépultures ? Non, mais à force de déchiffrer des hiéroglyphes, ils les ont apprises par cœur; parfois ils y perden^ les yeux, mais non la mémoire : au sortir de ces Sérapéum gt de ces tombeaux, ils redisent ce qu'ils ont entendu, et ils n'en ont pas conscience ; ils répètent des vieilleries, ils croient penser, et ils radotent.

* Les ballons. — Cependant, il y a dans la ville que

Ton construit de vraies nouveautés. Voyez ces hommes groupés autour de ballons à demi gonflés, qui vous appellent, vous arrêtent, et vous proposent de monter avec eux dans les airs : ils savent diriger leurs ballons, à ce qu'ils disent, et ils vous feront voir des merveilles ! ' On connaît plusieurs sortes de philosophes aéronautes: les Religieux, les plus nombreux, les plus concentrés, —

* Cicéron, De la Dwination, i.

> Renan.

les Naturalistes, les plus ardents, — les Moralistes^ les plus indépendants, — les Amoureux qui croient être tout corps, — les Ethérés^ qui croient être tout esprit, les plus incurables.

Les religieux, exclusivement préoccupés de leur idée, ne vous abordent que pour tous parler de Dieu : ils ne plaisantent jamais, le sujet est trop grave ; ils vous prennent par le bras, et, vous regardant dans les yeux, d'un ton pénétré : Malheureux ! vous ne croyez pas à Dieu, vous niez Dieu ! mais, sachez donc qu'il y a non-seulement un Dieu, un Dieu Chef, mais beaucoup de Dieux, une infinité de Dieux ! Et ces dieux « ont un corps, » ainsi que vous et moi, des membres, et des organes tréspuissants! le Dieu Chef « est marié, les Dieux sont mariés, » ils ont tout un peuple de femmes ! le monde ne manquera donc jamais de Dieux < !

Quels êtres matériels, ces mormons ! s'écrie un homme à barbe noire, physionomie orientale, impassible : Dieu marié ! Dieu ayant des femmes ! comme si c'était nécessaire ! comme si c'était possible ! Dieu n'a pas besoin de femmes, puisqu'il est femme et homme à la fois, « an* drogyne », il ne va pas chercher en dehors de lui : il est géniteur et matrice, « père et mère; » voilà le vrai Dieu, c'est la perfection même * î

« Orgon Pratt, théologien mormon. Voy. J. Bemy, Bortrond, etc. > Enfantin.

Mais le mormon, sans Féconter : JésnfrGhrist même... — Quoi! Ikitt-il croire à Jésos-Gbrist?— Gomment doncf Lui aussi est marié, et depuis longtemps : « sur ia terre, il avait trois femmes; » aujourd'iiui il en a un bien plus grand nombre, et de très-i)elle8, et « il se promène dans le dei avec elles, sur un char tndné par des chevaux blancs ! » croyez donc à Dieu ! — Celui-là est un évoque du pape Brigham Young; Brigbam Young croit à Dieu polygame, et, pour mieux ressembler à son Dieu, il a cinquante-trois femmes.

Oui, croyez àDieu, mon ami, dit un autre, unalgébriste qui s'esl Ikit ingénieur d'aérostats, — à Dieu et « à la Trinité I » Ne vous exclamez pas : rien de plus vrai que la Trinité, elle existe si réellement qu'elle est visible, palpable, que vous vivez avec elle ! Traduisez en langue vulgaire le symbole « des philosophes de Nicée, » il y a « Dieu le père, la puissance physique, c'est Vindustrie; Dieu le ûls, rintelligence, c'est la science^ elDieu le Saint-Esprit, la force morale, c'est VarU » Voilà bien la Trinité, et, pour que vous n'en doutiez pas, « elle s'est incarnée en vous, vous en faites partie ; Jésus c'est l'humanité qui souffre, le peuple ^ » Vous êtes peuple, vous êtes Jésus!

Tiré dans tous les sens par ces révélateurs, vous bési-

' cil. Lambdrt, 0$ la IViiiile .

LBS JAGQBINS 111

tes ; un pauvre homme aux yeux éteiuCs entreprend de Toos décider: il est impotent, enkilosé, incapable de marcher, mais il veut faire marcher les autres : — Vous avez peur de la religion I c'est qu'on ne tous a pas dit ce qu'est la vraie religion « iiupposez une relig^ qui supprime le prêtie^ — le dogme, — qui ne piiétende pas posséder la vérité a})8oiitte, — et surtout la réduire en formules obUgatw'esi -- et dites-<moi en quoi elle vous blesse, pourqum ne pas Taccepter ^ !» — Ce n'est pas une religion ! lui crie un entrepreneur d'aérostatsmonstres, et votre Dieu bonhomme ne peut « pousser aussi loin la tolérance, » il donnerait sa démisaiou, U serait « déchu « !» — Non ! ma religion est une religion r^ublicaine, la religion de l'avenir, « une religion de liberté *; » chacun en prend ce qu'il en veut !

Allégorie ! allégorie ! crie un autre, un ethnologue; il a les orbites creux, de ses yeux sortun trait comme pour vous ,percer : — L*allégorie seule est vraie ! Dieu c'est le vent ! — Quoi! le vent? — Oui, écoutez : n'est-il pas démontré depuis longtemps que Jupiter est le jour, Junon l'air. Mercure le crépuscule, Vulcain la foudre, etc., preuveque le monde ancien n'adorait que la nature, la force toute

I p. fiataillard, Bulletin de la Soc. dranthrop,, avril et août 1867. ' Goudereau, t6jcf.

> BataUlard, ib.

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puissante du soleil? G^est bien, mais ou s'est arrêté à michemin : et les Sémites (les Israélites), pourquoi donc auraient-ils fait exception ? Ils ressemblaient à tous les peuples, leur religion ressemblait à toutes les religions ; tous les peuples adoraient le soleil, eux adoraient le vent. « Le Dieu suprême d'Israël ne fut pas Zeus^ le jour, ce fut le vent^ le grand agitateur, IMmplacable esprit qui &it circuler le sable, qui déplace ou amoncelle la matière, enterre les monuments élevés par Foi^eil humain, foudroie et incendie, et qu'il faut prier à genoux, le front dans la poussière* ! » Jehovah c'est le vent! rien de plus clair, rien ne résiste à cette proposition, tout est expliqué, le passé, la colonne qui marche en avant d'Israël, le passage de la Mer rouge, le Sinaï, la loi de Moïse, etc. Jehovah c'est le vent! on comprend le respect des Juifs, pendant leur captivité, pour la croyance de leurs pères, leur lutte désespérée contre Titus, leur refus de reconnaître le Messie dans Jésus-Christ., etc. Jehovah c est k vent ! que ne ferait-on pas pour une telle foi ! On confire l'exil, la mort, le martyre, les chaudières d'huile bouillante, on mange ses enfants! et, au xix« siècle, le juif d'Europe, d'Asie, d'Afrique, du monde entier, opiniâtre pèlerin, passe l'Océan, les montagnes et le désert pour venir à Jérusalem pleurer devant un pan de mur, débris du

' Em. Lamé, Revue contemporaine^ avril 1862.

temple de Salomon, et se prosterner, et adorer Jehovab! car Jehovah c'est le vent / ~ Le Dieu des Juifs était le vent; — et les chrétiens ? les chrétiens sortent des juife, donc leur Dieu, le Dieu des chrétiens, c*est le vent !

Les aéronautes naturalistes sont tourmentés par un grand ^uci, savoir : si Thomme est intelligent. Ils s'assemblent pour en conférer ; ils s'entendent assez bien d'abord : Thomme est fort au dessous des autres animaux ; en tait d'intelligence, la première place appartient à la brute. Dans le principe, les animaux étaient bien plus avancés (|ue l'homme, ce sont eux qui ont « introduit la civilisation dans le monde : les singes, les renards, les abeilles et les fourmis, depuis loogtemps, possédaient une industrie, un art et des lois, une civilisation étendue, perfectionnée et éminente*, quand l'homme croupissait encore dans les marais, et s'efforçait de se dégager de la boue.

Les aéronautes acquiescent à cette conclusion. Aujourd'hui, cependant, fait observer un personnage grave et sérieux, « l'homme est le plus civilisé des animaux. >> — Il l'est devenu, mais par quels moyens ? par une violation abominable de la justice ! « Il a arrêté les animaux moins bien organisés, il les a empêchés de se perfectionner, et il s'est ainsi développé seul ' ; » c'est un acte

I So€. d^anthrop.^ 1868.

' S&int- Simon, OraviUUian unticin^.

indigne de tyrannie ! Mais, quand il disparaîtra, tous verrez comme un autre animal prendra vite sa place et se perfectionnera. — - Quel animal? — Id vive.discuseâon : C'est le singe ! — C'est le castor! le castor « mérite évidemment cette place avant le singe \ » le castor est architecte. — Et les termites, monsieur! vous parlez d'architectes! « Voyez-les! quel génie de constructeurs, d'architectes, d'ingénieurs ! comparez leurs constructions aux petites excavations de nos Tourangeaux de la Loire ! combien est supérieur l'art de l'insecte ^' >» >- Un Tourangeau, répliquez-vous, dans un an ou dans dix ans, peut devenir un artiste, c'est-à-dire inventeur, et les termites n'inventent pas. — Les termites ! ils sont plus habiles, plus savants, et plus grands artistes que les constructeurs de cathédrales qu'on vante tant, et qui ne se tiennent debout « que soutenues par des béquilles ! » les termites «< ont trouvé le grand, le vrai principe de Vart véritable, de l'art franc, courageux, qui, comptant sur soi et sur son calcul, ne demande pas secours aux ai^uis extérieurs, n'a pas besoin d'arcs-boutants, ni de contreforts' ! •• —

i idm.

3 s MIchelet, Vlntecte, De môme, M. Michelet soutient que Vart des oiseaux « monte plus haut que la sphère de l'homme; qu'ils ont nno puissance de emwr, d*art et dHntpireUion où l'homme n'a pas atteint, etc. • (VOUeau). Il est vrai qu'il affirme « traduire cowam'^ mefU lescauseries des oiseaux, les entendre jaser du beau temps, do la chasse, de nourriture rare, ou converser de leur prochain départ, enfin de toutes leurs petites afTaifes.j»

Rude coup porté à rarchitecture religieuse, irréfatable critique des cathédrales du moyen âge !

Noo ! ni castors ! ni termites I c'est le singe, vous disje ! s'écrie un des plus diserts : le singe aussi est constructeur et architecte, mais il est bien plus avancé que le castor et les termites : il pratique le gouvernement constitutionnel, il jouit du régime parlementaire : « les singes hurleurs de l'Amérique tiennent de grandes assemblées^ et des orauurs y prononcent des discours ^ » Au singe l'empire de la terre ! Tout le monde sait que le gouvernement parlementaire est le gouvernement de l'avenir!

Ne vous approchez pas des aéronautes moralistes : ils ont peut-être plus d'imagination que les autres, l'un soutenant que « les filles de joie, les compagnonnes qui suivaient l'armée des dix mille, valaient bien pour l'héroïsme, nos scsurs de charité; » que « le café et le ca-^ baret valent mieux^ pour la civilisation, que la maison de prière; » que l'on qualifie injustement et fort à tort Aspasie de courtisane^ vu que c'était « la dame de compagnie de Périclès »; que, si Virgile eujt complété V Enéide, jamais on n'eût vu le Christianisme apparaître sur la terre : deux mille vers répartis entre les douze chants de

> Coadereau, BuU. de la Soc. d'afUhrop,, JuiUet 1867.

VEnëide eussent « rendu la sérénité aux âmes, apaisé tous les amours propres, et le Nazaréen devenait impossible «; » celui-ci alBirmant qu'il n'y a pas que l'homme qui soit religieux, « que les animaux partagent ce sentiment avec lui « ; » un autre, qui se prétend pape, s'appliquant très-gravement à dresser contre le mur de l'histoire une échelle faite de telle sorte que les hommes placés sur le plus haut échelon peuvent, donner des coups de pied dans les profondeurs de la terre ! C'est ainsi que Louis XV, qui vivait en 1750, « a fait souffrir plus d'une fois Louis XIV et Henri IV, » morts en 1715 et 1610; et que Alexandre Borgia,en 1492, «a torturé Grégoire Vil >» décédé depuis trois cents ans : « les actions remontent', >» dit-il ; celles que nous faisons aujourd'hui tourmentent ou réjouissent les hommes morts il y a un siècle^ dix siècles. — Mais prenez garde ! ces aéronautes n'ont pas réussi dans leurs entreprises, ils sont aigris et parfois dangereux : celui-ci darde sur vous ses yeux noirs, il vous fascinerait ! Et celui-là est brutal, il donne des coups de poing, on est souvent obligé de l'enfermer.

1 ProudhoD, Ob la Juiticê diru la révoLet dam ^Églite.

» Vogt. '

» Enfantin, La Vie ëttmeUe. C'est, sans doute, d'après cette théorie qu'une héroïne de roman croit à « des tfanimUsions electrifuef, après la mort, plus promptes et plan ëtenduet que celles dont nos séqs actuels disposent • André Léo, L'Idéal au vUiage.

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L'ÉTHÉRÉ. — En voici un, au contraire, que vous pouvez entretenir en toute sécurité : c'est un éthéré paisible qui s'occupe spécialement de la vie à venir. Il parle posément, il ne s'emporte jamais ; il y a môme assez de poésie dans ses contes de fées, il vaut la peine d'être écouté. Q a fait, comme sainte Thérèse : il a brûlé le cie/, et éteint V enfer ^ le vieux ciel, et le vieil enfer ; inais il l'a remplacé par un autre ciel et un autre enfer, de son invention. Les romans les plus dramatiques, les comédies les plus animées n'ont pas plus de péripéties inattendues. Les philosophes l'emportent de beaucoup en invention sur les poètes. Ceux-ci trouvent une fable, trop heureux s'ils parviennent à intéresser ; les philosophes en imaginent plusieurs, coup sur coup, et elles sont toujours attachantes. Celui-ci, comme s'il doutait de lui-même, avec une modestie recommandable, ne croit jamais avoir assez fait : à peine vous a-t-il présenté un plan, il Vous en oflfre un autre, aussi neuf, aussi piquant, aussi habilement charpenté : ce n'est pas un ciel, c'est dix ciels, entre lesquels vous n'avez qu'à choisir*.

Le monde, vous dit-il, est immortel ; l'homme ne meurt jamais ; la mort, il est vrai, vient briser son corps, mais son âme aussitôt pénètre dans un autre corps et continue la série de sa vie indéfinie.

» Voy. J. Reynaud, Terre el Ciel^ pour les citations qui suivent.

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Mais comment s'opère cette nouvelle prise de possession par rame d'une enveloppe matérielle ? Par un moyen bien naturel : il existe dans Féther « un nuage germinateur, » — il n'est personne qui ne comprenne ce qu'est un nuage germinateur;— l'âme «se précipite dans ce nuage, en met les molécules en mouvement, » et alors, «à son commandement, » — qui ne sait la puissance sans bornes de l'âme sur les nuages? — « la respiration éclate, et les formes futures se décident. » Rien de plus simple.

Il s'arrête ici un instant : Quel est ce nuage, se demandet-il ? Quelle est sa condition ? sa forme ? dans quel milieu se rencontre-t-il ? Quelle est l'étendue des travaux qui restent à effectuer pour lui donner sa structure déflnitive?etc., etc.— Questions subtiles auxquellesil est aisé de répondre : « Sur tous ces points, les lois de l'incarnation peuvent varier. » —Gela est juste, et il n'y a pas un mot à dire. D'ailleurs, ne voyez-vous pas là « des merveilles de puissance, d'art, et de soudaineté ? » Du moment où il s'agit d'art, la question est vidée ; il est clair, en effet, que l'âme, dégagée du corps, doit avoir au suprême degré le sentiment de Vart et composer son corps de nuages avec art,

Ilésitez-vous, du reste, à adopter ce mode de formation ? En voici immédiatement un autre : Nous marchons et nous vivons au milieu des molécules des éléments ; « ces molécules nous suivent, attachés à notre

corps, » — il faudrait avoir peu d'attention pour ne pas s'en apercevoir, — « comme la limaille de fer qui s'attache à l* aimant. » £h bien ! quand notre âme s'élance d'une résidence à une autre^ elle n'a que deux opérations à faire: premièrement, secouer la limaille qui tient à elle, secondement, s'en attacher une nouvelle. Pour cela, le procédé ne présente aucune difficulté : « comme elle commande aux cléments, » elle les détourne de leur courant, elle les attire à elle, et — ^ quand ces molécules sont groupées autour du* point décisif pour sa destinée^ n — le corps parait, il marche, il agit ; voilà un nouvel instrument trouvé. Lorsqu'il aura fini ce qu'il a à faire, il suffira à l'âme de recommencer : ayant réussi une première fois, il n'y a pas de raison pour qu'elle ne réunisse pas une seconde, et ainsi jusqu'à l'infini.

Autre travail d'incarnation : supposez des « statues produites comme les cristaux qui se précipitent d'un liquide; » - - ainsi qu'on vous le fait observer, — nen ne paraît s* y opposer, — et « ces statues dans le milieu voulu; » — vous ne sauriez chicaner sur ce point, et vous lui accorderez bien ce milieu voulu. Gomment s'y comportent les âmes? — Elles s'y abattent • chacune à sa convenance. » — Est-ce selon ce qu'il lui convient, ou selon ce qui lui convient, selon son choix, ou selon son utihté? obéit-elle à la fatalité, ou supplée-t-elle Dieu? Gela n'est pas suffisamment défini. — N'importe !

L'âme entre dans la statue, et -t elle n'a plus, » — presque rien en vérité, — « qu'àmeltre W corps en mouvement. » — Qui douterait qu'elle ne s'acquitte de cette petite fonction, créer le mouvement, c'est-à-dire la vie ? Une âme ne peut en être embarrassée, quand elle a déjà sa statut et le milieu voulu I

Ce moyen est sans doute tout à fait spirituel et « spontané; » en voici cependant un plus ingénieux encore. Il consiste dans un changement insensible des organes : par une transition lente, fi la, mort se mxiriera avec larenaissance; » les hommes — mais cela ne se rencontre que a dans certains heureux quartiers, v — se transfigureront peu à peu : le monde ébahi leur verra poindre— une queue, comme disait Fourier?— non, la queue est ignoble, mais des ailes, que le philosophe appelle, en très-bons termes, des « organes d*une nature plus relevée, » A l'aide de ces ailes, qu'ils auront ^cqni^es n par l^exercice même de leurs vertus; • — à la bonne heure, les coquins ne s'envoleront pas, on pourra toujours les arrêter!— quand elles seront arrivées à un degré suflGlsant de croissance, un beau jour, sans s'émouvoir, « sans perdre un instant conscience d'eux-mêmes, » — ils les déploieront « aux yeux de la muHitude enthousiasmée, » — enthousiasmée, je le crois : que sont les ballons auprès de ces ailes! — et s'en iront à la recherche d'un monde meilleur !

Attendez! n'oublions pas ce détail : le saint ne s'en ira

LES ikOOWXS \t\

pas seal; « il entraînera ses amis dans son ascension; » ilneyentpas s^ennnyeràéoonter la « messe fnagnifique de rÉtornité, comme cloué par ia paralysie sur un fauteuil; » il Ini font le mouTement et la oompagnie : il a des ailes, il en accorde à ses amis, il les emmène aYec lui en long cortège, et il se donne le bal dans Téther, an mitien des étoiles, au rayonnement des soleils K

Mon imagination, s'écrie-t-il, ne se refkise nullement à se représenter ce spectacle! — Et la mienne non plus, quand il m'est arrivé de prendre du hacbich : ce jou^là, pendant plusieurs heures, j'ai fodt des rêves, j'ai assisté à des spectacles plus merveilleux encore que ceux du philosophe ; j'ai été transporté dans l'infini des cieux : les terres et les mers tout à coup abaissées s'étaient enfoncées au dessous de moi à des millions de lieues ; je nageais dans l'azur resplendissant d'une étincelante lumière : les astres, l'un vers l'autre portés, couraient, volaient, tournaient, se choquant, montant, descendant

1 Ce sont pourtant de telles doctrines qui faisaient dire ft un homme d'esprit, plus souvent porté à s'élancer en avant qu'à réfléchir : • Dites à Jean Reynaud que son livre Ciel et Terre est ma Bihle, mon Credo^ mon Décalogue. > (La Vie politiqw en province^ LeUre$ de Bordillon.) Le jeune écrivain, M. Éiie Sorin, qui a fait précéder ces lettres d'une introduction, où se révèle un observa* teur sagace et maître de soi, a eu raison, on le voit, de faire ses « réserves » sur les opinions de l'ancien commissaire général de la République A Angers, qu'il admire et qu'il Juge.

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sans relâche, plus rapides que le regard, plus instantanés que la pensée ; le monde des deux et sa voûte immense, dans «es élévations à perte de vue et ses profondeurs, avec ses éclairs et ses ténèbres, et son inconunensurable ét^due, passait, s'allongeait, filait devant moi, comme une nappe sans fin qu'on eut détendue, comme une page illuminée d'étoiles qu'une invisible main eut déroulée.

Toutes ces merveilles, il suffisait à ma pensée de les évoquer pour les voir et les changer; à mon seul désir elles se renouvelaient incessamment. Que ne suis-je un saint panthéiste! à un moment donné, et quand je serais monté aux sphères les plus hautes, ma mémoire éclaterait en milliers d'étincelles, et, éclairant toutes mes existences, me les ferait distinctement apercevoir, et celle de la terre, et celle du nuage, et celle de la statue, et celle des molécules, et celle des ailes, — comme ces fusées des feux d'artifice, — ces flamboyants mobiles^ dit élégamment le philosophe, qui, parvenus dans les sommités de leur trajectoire, déploient soudain des feux inattendus !

Feu d'artifice, en effet, qui, après le plus éblouissant éclat, cesse tout à coup et sans retour, et le, ciel et la terre, tout retombe dans le silence et en des ténèbres qui paraissent plus profondes qu'auparavant.

En lisant de pareilles rêveries débitées avec une gravité pompeuse, on se demande si cet homme parle sé-

rieusement : mais il n'y a pas à s'y tromper ; û a écrit un énorme tcnme pour développer ses théories; il y croit, et il aj^uie sa foi sur la science : « l'astronomie, dit-il, est aujourd'hui souveraine de la théologie. » Comme ]es addescents, comme les élèves de rhétorique, il s'abuse avec des mots, croyant penser sublimement, parce qu'il emploie des mots sublimes. Ce ne sont à chaque instant que perfection de l'Homme^ céleste essor, divine matrice de DieUj magnificences du corps, mystères sacrés^ pleine lumière de Vimmortalité^ merveilleuse guirlande des souvenirs, etc. Il parle toujours aux nuages; que les nuages lui répondent! Il y a un mot dans la langue avec lequel le génie français juge ces sortes de gens : il dit qu'ils n'ont pas de bon sensf

Ce sont des fous, dites-vous. Il ne semble pas : les fous, on en rit, ou on les plaint ; ceux-ci, on les écoute, on les loue, on les applaudit, on se passionne pour leurs contes, on insulte ceux qui n'y croient pas, on jure par eux, on se met à leur suite, et ceux qui nous semblent les plus insensés, dans la nouvelle ville, sont les plus vénérés.

Les doctrines qui ont été dénoncées avec une indignation éloquente au sénat français, comme l'expression de la pensée d'un homme S ont fait rapidement une longue

I Par M. Roulaod, en 1865.

124 LES NOUVEAUX lAGOBINS

route. Elles se trouvent « dans les livres sérieux et frivoles, chez les critiques et les savants, les poètes et les romanciers, jusque dans la causerie légère des salons '. » 11 y a des écoles où le matérialisme le plus absolu est enseigné par des professeurs que nomment, choisissent et paient les gouvernements. Dans un moment de violente tempête où il faut sauver le navire démâté et à demi-brisé, Tun de ceux que vous nommez des fous est investi d'une des fonctions les plus importantes, celle de suivre les oscillations de la boussole *. Un autre est appelé à donner des conseils dans la plus haute assemblée de sa nation >. Celui-ci, qui a^ fait dans ses ouvrages une fhinche déclaration de matérialisme, est sur le point d'être couronné par le corps littéraire le plus illustre du monde. Ces lettrés ne Fécartent pas immédiatement et sans mention, ils le discutent ; si on ne lui donne pas le prix, on a soin de louer son talent, et, comme dédommagement, on le charge d'enseigner aux futurs maîtres de Fart les lois éternelles du beau K Celui-là, un professeur, émet si crûment les doctrines

' JetA H^yiiaQd, nommé & la réTolutionde 1818, sacrétaire géttèral da miûittèra da riûalrucUon puMiqna.

' ' M. Virchov, mambia du pariemant d*Attaua«na.

« M^ R^ Tuûa^ prof^ssaurd'aathéUqua&l'Écoladaa baanxarts. Voy« la tappoH da M« TiUaroaiii à rAcadèmia flrançaisa inr mit-

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d'athéisme^ que ses compatriotes s'épouvantent et fènnent son école : aussitôt une autre chaire lui est offerte en « ce pays de liberté, » où Strauss a été accueilli avec faveur « par des hommes vraiment intelligents ^ » Et, quelque temps après, un ministre étranger s'empresse de l'attacher à l'université de son pays, glorieux de livrer au matérialisme un plus vaste théâtre, et un plus nombreux auditoire à la prédication du néant. Choix juste, digne de l'homme d'État qui, le premier,* a appliqué le nouveau droit, le droit de la force, en ravissant à de petits princes leurs provinces et leurs couronnes, par cette seule raison qu'elles lui convenaient ! — Ces deux personnifications du génie du mal se sont reconnues sur le même chemin : le Vol a euibrassé TAthéisme !

I Expression de Bachner. *

3 M. Moleschott, renvoyé d'Beidelberg, fut appelé à llJniverBité de Zurich ^ puis & celle de Turin^ poar y occuper la chaire de physiologie expérimentale.

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