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LA FAMILLE DESLIONS

Le lecteur voudra bien faire avec nous quelques pas en arrière, afin de savoir comment certains personnages de notre récit s’étaient rencontrés.

Le Mesnil est une terre située en pleine forêt à quelques kilomètres au delà de Houdan, dans le département de Seine-et-Oise.

Une grille donne accès à la cour d’honneur, qui a des apparences de jardin. Un perron de quelques marches tâche de rehausser l’habitation, maison à deux étages et d’aspect fort modeste.

Cependant, deux tours carrées qui font partie du corps de logis, et une troisième tour isolée à peu près en ruines, et qui sert de pigeonnier, semblent indiquer que le Mesnil fut un châloau.

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C’est par tradition sans doute qu’on dit encore : le château du Mesnil.

A l’époque où se passe notre histoire, le Mesnil était habité par M. le comte de Navarran.

Le comte vivait seul depuis plusieurs années; il ne venait que rarement au Mesnil.

Deux servantes et un valet de chambre composaient tout son domestique.

On disait vaguement que le comte avait été marié.

Jeune encore, il avait perdu sa femme et vécu ioin du monde, souvent en voyage, sans que l’on sût jamais où il allait.

Mais comment expliquer autrement que par la passion des voyages ses fréquentes absences, qui duraient souvent plusieurs jours?

Le comte pouvait avoir alors une cinquantaine d’années.

Sombre et parlant peu, il était cependant aimé dans le pays, où il avait fait beaucoup de bien.

Les habitations sont rares autour du Mesnil ; il faut traverser une partie de la forêt et aller jusqu’au pied du coteau de Lafontaine pour rencontrer la maisonnette du garde-chasse Jean Deslions.

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Madeleine Deslions, veuve d’un ancien sousofficier, vivait là depuis plusieurs années.

Madeleine avait deux enfants, Jean et Louise.

Jean portait fièrement sa jeunesse.

Grand et robuste, tous ses gestes et tous scs mouvements disaient la grâce et la force.

Quand il passait le fusil sur l’épaule, coiffé de son feutre noir aux bords relevés, vêtu d’une veste de drap bleu, les jambes couvertes de ses larges bottes de chasse, il faisait soupirer toutes les fillettes sur son passage.

— C’est Jean Deslions, le garde-chasse! disait-on.

Et les petits cœurs battaient des ailes, et les corsages de serge se soulevaient.

Jean passait...

A peine faisait-il bonjour d’un signe de tête.

Il n’avait remarqué aucune de celles qui songeaient à lui, et aucune encore ne lui en voulait, précisément parce qu’il n’avait témoigné do préférence pour personne.

Jean vivait dans les bois, toujours suivi de scs deux chiens, Giiido, un grand lévrier 'd’Afrique qui rattrapait un chevreuil en trois enjambées, et Ginevra, qu’on appelait familièrement ISevra,

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une chienne d’arrêt, douée de facultés telles qu’elle passait pour avoir du génie.

Jean Deslions rentrait avec la nuit.

La grande cheminée. de la maisonnette flambait joyeusement, la broche tournait devant le foyer, le couvert était mis sur une table de bois blanc, et Jean, après avoir embrassé sa mère et sa sœur, prenait place entre elles deux, chéri de chaque côté.

Louise avait huit ans de moins que son frère.

Comment cette fleur blonde et pâle, cette figure d’ange, ces yeux bleus, comment cette tête fine et aristocratique, cette cire vierge aux petites mains effilées, comment tout cela avait-il pu ne pas se faner, se hâler, se perdre ou s’effacer: dans cette vie rustique, si âpre en ses matinées et si insouciante des soins qui font la duchesse?

Il y avait là un signe de race ou un caprice de la nature.

Certes, la bonne Madeleine avait pris soin de ses enfants, et tous deux chérissaient la brave femme.

Pourquoi donc, dès leur plus bas âge, aussitôt qu’on put leur apprendre à joindre les mains et

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