‹ Les nouveaux mystères de ParisChapitre 11 sur 24 · UN ACCIDENT SUR LE CHEMIN DE FER DE CHARTRES · texte numérisé non relu

UN ACCIDENT SUR LE CHEMIN DE FER DE CHARTRES

Tandis que ceci se passait à la gare, une scène singulière se jouait à la station de T...

Six individus étaient descendus du train venant de Paris.

Quand le train se fut remis en route, ces hommes traversèrent le bureau.

Il y avait là deux employés et un homme de peine.

— Qu’ordonne Monseigneur? demanda l’un des nouveaux arrivés.

— Le moment est bien choisi, répondit Monseigneur, en avant!

En un clin d’œil les employés et l’homme de peine furent terrassés.

Chacun des compagnons portait un sac de

nuit; ils en retirèrent des cordes et lièrent solidement les employés, qu’ils n’eurent pas de peine à bâillonner.

Monseigneur endossa la redingote et la casquette du sous-chef de gare; l’un des hommes, qui n’était autre que le poète, prit le costume du buraliste, et alla s’asseoir derrière le guichet.

La sonnerie annonça le train qui venait de Dreux.

— Attention ! dit Monseigneur.

Un roulement d’abord lointain se rapprocha sensiblement, deux coups de sifflet se firent entendre, et la locomotive, ralentissant sa marche, s’arrêta lourdement devant la station.

Un seul voyageur descendit, deux ou trois paysans à qui le poète avait délivré leurs billets prirent place dans le train.

Monseigneur sonna la cloche pour ordonner le départ.

— Hé! là-bas! cria le chef du train.

— Quoi donc?

— Vous êtes neuf dans la maison, vous?

— Pourquoi cela?

— Où est donc le sous-chef?

— C’est moi qui le remplace.

•' trtV ACCIDENT 7 ’• i9

— Depuis quand?

— Députe ce matin. ‘

— Il a donc un congé?

— De quinze jours.

— Eh bien ! vous sonnez le départ tranquillement, sans vous occuper de l’express de Paris? L’express pour Rambouillet?

Oui. • * - , . y . ;

— Vous le trouverez en gare de Versailles.

Qu’est-ce qu'il y a donc de changé?

— L r n accident h la machine... Les voyageurs prendront le train de 5 heures 7, ou bien on aiguillera sur l’autre voie.

— Vous êtes sûr de l’affaire?

— Parbleu!

— Allons-y.

Monseigneur donna un coup de sifflet, et le

train se mit en marche.

Tandis que Louise dormait dans le wagon, Jean la contemplait avec amour.

Surÿpère laissa échapper une larme.

— Tu as donc une sœur ? lui demanda Jean.

— Non maître ; mais j’ai une fille, cela doit être la même chose. * ! î'

— Toi aussi, dit Jean, tu étais né pour le bien !

— Oh ! oui, maître.

Surypère fixa un regard douloureux sur l’exgarde-chasse.

— Tous ne m’avez donc pas reconnu? lui demanda-t-il avec effort.

— Toi? Où donc t’ai-je vu?

— Ah ! je vous ai reconnu la première fois, moi... chez le comte de Navarran... et je me ferai tuer pour vous, quand vous voudrez.

— C’est singulier, murmura Jean, il me semble, en effet...

— Vous avez navigué? demanda Surypère.

— Pendant huit ans.

— Et vous ne vous rappelez pas où vous m’avez vu?

— Non.

— C’était à Cavenne!

at

— A Cayenne! s’écria Jean Deslions.

Surypère ne put répondre.

Un coup de sifflet désespéré fendit les airs, et presque aussitôt eut lieu un choc épouvantable. Les wagons montaient les uns par dessus les autres; ce n’étaient que planches brisées, carreaux de vitres volant en éclats, barres de fer tordues...

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