‹ Les nouveaux mystères de ParisChapitre 21 sur 24 · I.ES MONSTRES · texte numérisé non relu

I.ES MONSTRES

entouré d’une vingtaine d’enfants. On se passa l’anneau de main en main avec tous les signes du plus profond respect, on me fit asseoir à la place d’honneur, et, pendant huit jours, il me fut impossible d’obtenir de mes hôtes qu’ils me laissassent continuer mon voyage. On choyait Cécile à l’envi.

Je racontai aux bons Palenques la morsure du serpent-corail et j’expliquai à quel procédé énergique j’avais eu recours pour extirper le redoutable venin. Le sorcier de la bourgade voulut à toute force la laver à nouveau ; mais, devant ma résistance, il dut se borner à des infusions de plantes, qui furent d’une très-grande action sur l’enfant.

Nous étions robustes et forts, remis à neuf tous les deux ; je fis connaître à mes hôtes réunis ma résolution de poursuivre ma route. Ce fut une véritable consternation. Le grand chef voulut absolument me garder. Il ne m’offrait pas le partage du pouvoir comme celui des Donis; mieux que cela! je crois qu’il m’eût commandé un piédestal et fait adorer par ses sujets. Je refusai nettement la divinité comme j’avais refusé la royauté.

Quand il fut bien évident que ni dignités, ni

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prières, ni supplications ne pourraient me retenir, le chef me donna un guide et me reconduisit jusqu’à la frontière. Là, il me baisa la maii\ en dessinant sur ses tempes des signes avec l’index, que je tâchai poliment d’imiter.

A la fin du sixième jour de marche, l’âpre odeur saline venait jusqu’à moi. Je la respirais avec ivresse. C’était l’Atlantique. Tout là-bas, là-bas, l’Europe.

• 11 m’était difficile d’arriver au bord de l’eau. Un entassement de rochers en défendait l’approche...

J’avais beau regarder au loin , je ne voyais aucun passage.

O ma fuite dans la forêt ! la solitude avec mon enfant! souvenir plein de douceur, malgré les périls et les angoisses que j'ai traversés!

Comme je serrais Cécile sur mon cœur!

Comme j’aimais l’abandon de ce petit être qui ne vivait que par moi, ses caresses, ses sourires !

J’ai bien souffert pendant ces trois semaines... Eh bien ! c’est le moment le plus heureux de ma vie.

.Te découvris enfin une crevasse dans le rocher.

LES MONSTRES

Il y avait une étroite ouverture, puis une sorte de galerie qui descendait à la plage, car j’apercevais le jour.

Je m’avançai prudemment dans ce passage...

Tout à coup, je me sentis pris comme dans un filet ; la petite m’échappa des mains, et resta comme suspendue...

Plus je me débattais, et plus les fils s’emmêlaient autour de moi.

Alors, je ne sais quoi de noir et de velu se mit en mouvement...

J’étais tombé dans la toile d’une araignéecrabe.

Ce monstre quitte rarement la forêt.

11 faut croire qu’il avait trouvé une proie abondante dans ce passage conduisant à la mer, — puisqu’il y avait fixé sa résidence.

En effet, j’aperçus sur le sol des squelettes d’oiseaux marins dont il avait fait sa proie.

Le corps noir et luisant de l’araignée était large comme une assiettes: ses pattes nerveuses et couvertes de poils lui donnaient des dimensions effrayantes.

Saisi d’épouvante et d’horreur, je pus à peine m’emparer du couteau passé à ma ceinture.

Je fendais les fils et je tâchais de fuir vers la plage.

Le monstre accourut sur moi. . .

Par l’ouverture qui aboutissait au sable fin, je voyais la mer tranquille et bleue, le ciel resplendissant...

L’air était doux et clément — et j’allais mourir avec ma Cécile. Ce pauvre petit ange agitait ' ses bras et m’appelait : Papa!...

Un navire de commerce était en rade, voiles carguées, dormant sur ses ancres.

Trois pas de plus... et j’étais sauvé!...

Je fis un dernier effort, et, au moment où l’araignée appuyait sur mon cou sa patte velue et garnie d’une ventouse, je lui plongeai le .couteau dans le côté...

Une sérosité verdâtre rejaillit jusque sur mon visage.

Le dégoût l’emporta sur l’énergie, je tombai à moitié évanoui...

Surypère interrompit son récit et passa la main sur son front couvert de sueur.

— * Alors, ajouta Trelauney, passait dans un canot un des matelots du navire que tu avais aperçu en rade. Ce matelot, qui venait de battre

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le rivage pour y chercher des œufs, entendit un grand cri...

Il fit échouer son canot sur le sable, et, armé d’un aviron, il accourut à ton secours...

Il écrasa l’araignée-crabe de trois coups d’aviron, et, une demi-heure après, tu étais à bord avec ta petite Cécile.

' Le capitaine consentit à fermer les yeux, et c’est ainsi que tu revins en France...

— Oui, maître, s’écria Surypère. Ce matelot se nommait Jean Deslions, c’était vous!

— Et que s’est-il passé à Cayenne, après ta fuite ?

— On a pensé que, comme tant d’autres fugitifs, j’étais mort dans la forêt ou dans les vases du Maroni. Et j’ai pu dépister toutes les recherches à Paris, grâce à la protection du Fourgat.

— Providence! s’écria Trelauney, tu n’as donc pas voulu que ceux qui ont péché malgré leur volonté fussent traités comme les vrais coupables !

L’état de Surypère s’améliora rapidement.

Cette nature énergique eut bientôt raison des contusions reçues â la rencontre des deux trains.

t-OUSIi

Tïelauney se rendit à la maisonnette oii Louise avait été transportée la veille.

— Eh bien? demanda-t-il à Madeleine, comment s’est passée la nuit?

— Louise dort toujours, répliqua la bonne femme.

— C’est l’effet du chloroforme... Allons voir la pauvre malade.. .

Madeleine s’arrêta un instant :

t — Jean, dit-elle, je ne sais ce qui se passe autour de toi; mais pourquoi ee déguisement?

Pourquoi es-lu devenu un autre homme? Juremoi qu’il n’y a pas de crime dans tout cela!

— Mère, je te le jure, répondit Jean. Je suis revenu pour punir le crime et non pour le commettre t

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