TEMPÊTES DE FLEURS
Après le départ d’Aly, le baron de Remeney entra dans le cabinet.
Trelauney lui serra la main.
Le baron était vêtu de noir ; sa physionomie ouverte, son large front que sillonnaient deux ou trois rides , la franchise qui rayonnait en lui appelaient la sympathie et la confiance. Il était impossible de n’être pas frappé de l’énergie et de la distinction de ce gentilhomme.
— Eh -bien! demanda-t-il à Jean, sonnerat-elle bientôt cette heure attendue avec tant d’impatience où je pourrai punir?
— Cette heure approche, mon ami, répondit Jean, mais songez que votre impatience me serait funeste et que j’ai beaucoup à accomplir.
— Je suis résigné. La responsabilité qui pèse
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sur vous contient mes élans. Je tuerai ce Robert Rodom, c’est tout ce qu’il me faut.
Jean s’assit en face du Magyar.
— Ne pensez-vous pas, lui dit-il, que nous ne devons nous faire justice à nous-mêmes que lorsqu’il nous sera impossible d’agir autrement? — Pourquoi me dites-vous cela?
— Parce qu’il me semble que Robert Kodom n’est pas digne de votre épée. Cet homme appartient au bourreau.
— Le bourreau sera moi! s’écria le Hongrois.
Jean continua sans répondre :
— Quant à la jeune fille...
— Edwige?
— C’est un agneau que n’a point éclaboussé l’infamie de celle qui l’a conçu.
— Où voulez -vous en venir?
— J’étends la main sur elle et je vous dis :
Laissez-la-moi.
— Quelle est la raison qui vous inspire tant
de miséricorde?
Jean répondit d’une voix pleine de larmes :
— Elle a donné du pain à ma sœur qui avait faim; elle a donné un abri à son enfant qui avait froid.