‹ Les nouveaux mystères de ParisChapitre 5 sur 24 · TEMPÊTES DR FLEURS · texte numérisé non relu

TEMPÊTES DR FLEURS

La baronne reçut lord Trelauney avec une affabilité toute mondaine.

Wanda était resplendissante de beauté ; mariée à dix -huit ans, elle en avait alors trente-six et ne paraissait pas avoir encore dépassé vingt-neuf ans.

Elle portait une robe de soie grise dont les manches laissaient passer le poignet fin et délicat enfoui sous la dentelle et auquel étaient attachées de petites mains à la peau transparente.

Son pied mignon s’appuyait sur un tabouret en tapisserie. . .

— Encore seule? demanda Adrien de Saulles.

— Oh! vous savez, mon cher, répondit la baronne, que les visites se font de plus en plus tard.

— Est-ce que nous ne verrons pas l’ange de la maison?

— Rassurez-vous, l’ange va descendre. 11 a dû vous voir entrer et ne tardera pas à faire son apparition.

La baronne n’avait pas achevé sa phrase, que mademoiselle Edwige entra dans le salon, toute rose et souriante.

Elle fit deux grands saluts et alla s’asseoir à côté de sa marraine.

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Celle-ci la baisa au front.

Il y avait dans cet embrassement quelque chose de si tendre, que Trelauney ne put s’empêcher de demander à la baronne :

— Vous n’avez jamais eu d’enfant, madame?

— Jamais, monsieur. Pourquoi me faites-vous cette question ?

— Parce qu’il me semble, madame, que c’est une injustice.

— Oh ! j’aime Edwige comme ma fille.

La chère enfant est née de parents exilés de Hongrie, qui, ne pouvant même faire connaître leur séjour à Paris, n’ont pas osé donner leur nom à l’état civil. Ils se cachaient ici et se seraient trahis.

Edwige m’a été confiée par eux quand ils sont retournés au pays pour n’en plus revenir.

J’ai adopté l’orpheline — et c’est M. de Saulles qui se chargera désormais de cette tâche si douce que je m’étais imposée avec bonheur !

Adrien s’inclina; Edwige lui jeta un petit regard en dessous qui voulait dire :

— J’ai toute confiance en lui !

Quelques personnes entrèrent dans le salon ; lord Trelauney se leva pour prendre congé.

La baronne l’invita pour le lendemain.

TEMPÊTES DE FLEURS... Il 9

Trelauney répondit qu’il n’aurait garde de manquer à l’invitation.

— C’est une chose si grave que le mariage !

ajouta-t-il en souriant.

— Vous croyez, mylord? Et vous restez célibataire?

— Oh ! on ne sait jamais comment on tombera. . .

Et regardant la baronne en face, il ajouta :

— La vie, c’est l’orage! Tempêtes de fleurs dans la jeunesse, flocons de neige dans l’hiver!

I! sortit, laissant Wanda stupéfaite de retrouver le refrain de sa jeunesse dans la bouche de cet inconnu, qui venait à peine de lui être présenté.

— Cet homme connaît le passé! murmurat-elle avec épouvante.

A ce moment, Robert Kodom traversa rapidement l’antichambre.

Il paraissait fort agité; Wanda jeta sur lui un regard anxieux.

Robert la prit par la main, et l’entraînant dans une petite pièce contiguë au salon :

— Un malheur nous menace , lui dit-il.

— Je m’en doutais, fit Wanda. Depuis que le magnétiseur est entré ici, il ne se passe pas un jour sans qu’un mot, un fait quelconque, vienne

rappeler ce qui devrait être oublié. Qu’y a-t-il enfin ?

Robert lui serra les deux mains à les briser. — Ton mari est libre !

Wanda pâlit affreusement.

— Libre? s’écria-t-elle. Et nous sommes encore vivants?

— Il s’est creusé un passage dans la muraille. . . il a dû fuir par un égout.

— Peut-être, dit Wanda, n’en est-il pas sorti. — 11 savait nager, n’est-ce pas?

— Lui 1 il jouait avec le Danube et remontait le courant le plus rapide.

— Eh bien 1 il a dû arriver à la Seine... et de là... de là...

Le banquier réfléchit profondément.

— Le Requin a fait une absence le même jour... Il y a une trahison. Le Fourgat nous a vendus... mais à qui?

— Un Anglais sort d’ici...

— Son nom ?

— Lord Trelauney.

— Par qui vous a-t-il été présenté ?

— Par Adrien.

— Trelauney ! s’écria le banquier. C’est cela. .. Cette immense fortune dont on parle, j’en connais

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