ÉTAT CIVIL
Il est dû pour le présent extrait,
Savoir :
Timbre 1 fr. 50 c.
Droit d’expédition » 75
Total 2 fr. 25 c.
Nota. — La légalisation coûte vingt-cinq centimes en sus des frais ci-dessus.
Enregistré à Paris, le 26 novembre 1853.
Reçu cinq francs soixante-quinze centimes.
Robert arracha le papier des mains de Floustignac.
— Je vois ce que c’est, dit-il, c’est une tentative de chantage. . . Mais vous avez oublié, co-
quin que vous êtes, que la reconnaissance d’uu enfant peut toujours être contestée par ceux qui y ont intérêt.
— Sans doute, fit le vicomte en s’emparant d’une tasse de thé, mais ne craignez-vous pas le scandale? Ne vaudrait-il pas mieux s’arranger?
Adrien, sans respect pour l’habit bleu h boutons d’or que portait le vicomte, le saisit par le collet et le jeta dans l’antichambre.
— Chassez ce drôle, dit-il aux domestiques, je ne comprends pas que vous l’ayez laissé entrer...
Un des laquais balbutia :
— 11 nous a dit qu’il était attendu...
— Conduisez-le jusqu’au milieu de la rue — et tapez dessus.
Les domestiques se jetèrent sur Floustignac, qui, tout en recevant les coups, criait : — Vous me reverrez !
Profitant du tumulte occasionné par cette scène, lord Trelauney s’était approché de la marquise de Bryan-Forville et lui avait glissé dans les mains un petit paquet attaché d’un ruban bleu.
La marquise rougit en reconnaissant son écriture...
Trelauney lui rendait purement et simplement ses lettres au duc de L..., lettres qu’elle savait avoir été payées quatre-vingt mille francs.
Elle aussi se demanda :
— Quel est donc cet homme?
Jean s’était assis dans l’embrasure d’une fenêtre, et il contemplait Blanche de Charmeney.
L’âpre souvenir attristait son âme mélancolique.
Une raie bleue avait reparu sur son visage...
C’était le sillon qu’avait tracé la cravache de mademoiselle de Charmeney dans la forêt de Houdan.
Le regard de Blanche se promenait indifféremment d’un objet à un autre.
Deux fois cependant les yeux de Jean rencontrèrent ceux de mademoiselle de Charmeney.
Le cœur de Jean battait à rompre sa poitrine.
Blanche semblait se demander où elle avait vu cet inconnu...
Jean parvint à se contraindre, et s’approchant d’Adrien de Saulles :
— Voulez-vous être assez bon , lui dit-il , pour me présenter â mademoiselle de Charmeney ?
Adrien s’empressa de satisfaire à ce désir.
— Lord Trelauney, mademoiselle, dit-il, un grand seigneur, un peu excentrique et rempli des traditions byroniennes...
— Ajoutez un de vos amis, reprit Trelauney en s’inclinant devant mademoiselle Blanche.
Blanche répondit au salut qui lui était adressé, mais non sans laisser percer un certain embarras que vint augmenter un incident imprévu.
Un domestique étant entré avec un plateau de rafraîchissements, la porte du salon resta un instant entr’ ouverte, et par cette porte un grand levrier bondit joyeusement dans le salon.
Jean reconnut Guido, le levrier de la maisonnette.
— Ailez-vous-en ! lui cria Blanche.
Mais Guido courut à Trelauney, sauta autour de lui en poussant des cris de satisfaction, et se mit à lui lécher les mains avec une tendresse inexplicable.
Trelauney avait les yeux humides, il se baissa pour caresser Guido, et profita de ce mouvement pour essuyer une larme qui allait le trahir.
— Mylord, s’écria mademoiselle de Charme-
ney, comment se fait-il que mon chien vous connaisse?
— Je n’y comprends rien, mademoiselle. Les chiens aiment les chasseurs...
Blanche frappa le tapis du pied.
— Etes-vous venu quelquefois au Mesnil ou à la Christinière?
— Jamais, mademoiselle.
— Voilà qui est extraordinaire.
— Qu’est-ce donc que ce chien? demanda Adrien.
Le marquis de Charmeney se chargea de la réponse :
— Ma fille l’a demandé à une brave femme de notre voisinage...
— Oui, dit M. Raoul avec dépit, c’était le chien de ce garde-chasse qui a failli me tuer.
Et il ajouta :
— Vous me détestez donc bien, mademoiselle, que vous avez tenu à conserver un souvenir de l’accident qui m’a séparé de vous?
— J’ai eu déjà l’honneur de vous dire, répondit mademoiselle de Charmeney, que vous m’étiez absolument indifférent...
M. Raoul se le tint pour dit.
Guido s’était couché aux pieds de Trelauney,
et quand celui-ci sortit, après avoir pris congé, le chien le suivit.
— Je vous le prête, mylord, lui dit Blanche avec dépit.
— J’accepte, mademoiselle, répondit Trelauney.
— Mais vous me le rendrez?
— Je vous le promets.