C. — Glycérophosphates
Ainsi que je l'ai rappelé précédemment, c'est l'acide glycérophosphorique (ou phosphoglycérique) qui confère aux lécithines leur pouvoir d'excitation sur les échanges nutritifs par l'intermédiaire du système nerveux. Comme, d'autre part, les inconvénients de cette médication résultent vraisemblablement de la combinaison de cet acide avec une base toxique, la choline ou neurine, on a cherché à substituer à cette base organique des bases minérales douées elles-mêmes de propriétés utiles. Les sels ainsi obtenus ont été étudiés, en premier lieu par Pasqualis, puis, dès 1894, par le professeur A. Robin, au point de vue thérapeutique.
Chimie. — L'acide glycérophosphorique est un acide bibasique qui donne par conséquent des sels neutres et des sels acides, lesquels sont les uns et les autres utilisés en médecine, mais les premiers sont réservés aux injections hypodermiques, tandis que les derniers sont aujourd'hui préférés pour les emplois par la voie gastrique.
Les glycérophosphates acides diffèrent assez notablement par leurs propriétés des sels neutres. Ils sont amorphes, tandis que les autres sont souvent bien cristallisés: ils sont aussi très hygroscopiques, mais très stables ; leurs solutions aqueuses ou alcooliques ne s'altèrent que très lentement et même, à l'ébulUtion et en solutions concentrées, la quantité d'acide phosphorique mise en liberté est toujours très faible. Enfin ils sont beaucoup plus solubles dans l'eau que les glycérophosphates neutres, 30 p. 100 au lieu de 4,5 p. 10(» que donnent ces derniers.
Parmi les glycérophosphates à base organique, seul, celui de quinine paraît avoir reçu une application thé-
rapeutique satisfaisante dans la malaria et Tanémie palustre.
Physiologie et thérapeutique. — On a constaté, il y a longtemps déjà, que les éléments minéraux de la nutrition, présentés sous la forme purement minérale, ne s'absorbent pas et ne peuvent être en conséquence utilisés par Torganisme, çt Dujardin-Beaumetz appelait Tattention sur ce fait précisément à propos des phosphates jadis employés, et qui restaient la plupart du temps inefficaces en raison de leur inassimilabilité à peu près complète. Bunge a prouvé du reste que les matières minérales qui interviennent dans les synthèses organiques ne peuvent être utilisées, au moins chez les animaux supérieurs et l'homme, que si elles revêtent la forme organique, c'est-àdire si elles ont déjà été élaborées par un organisme vivant. Aussi a-t-on cherché d'abord à fournir des phosphates naturels, c'est-à-dire des phosphates directement extraits des végétaux, du lait, des animaux. On a ainsi abouti aux phosphatoses^ qui ont en effet donné de très bons résultats, mais qui ont cependant l'inconvénient de ne pas être toujours très sûrement titrées et de revenir assez* cher quand elles sont suffisamment pures.
A ce point de vue, les glycérophosphates présentent d'incontestables avantages ; de composition chimique parfaitement définie, peu coûteux aux doses où ils sont administrés d'habitude, ils offrent, comme les phosphates naturels, le phosphore sous une forme organique et conséquemment absorbable et assimilable; ce sont donc de véritables aliments cellulaires, qui exercent sur tous les tissus, et particulièrement sur les éléments osseux et nerveux, une action tonique et stimulante, dynamogène, des plus remarquables. Cette propriété jointe à la facilité d'absorption et d'utilisation, à l'absence de tout inconvénient et de toute toxicité, quand ils sont purs, explique et justifie le succès de ces produits.
D'après Robin, l'action des glycérophosphates sur les-
32 LKS NOUVEAUX TRAITEMENTS
échanges organiques est la suivante : le résidu total de Turine est augmenté; il en est de même pour Turée, les sulfates et les chlorures; le coefficient d'oxydation azotée monte de 80, par exemple, à 84 ou 85 p. 100, — c'est-àdire de 4à 6 p. 100, — mais le rapport de l'acide urique à l'urée est abaissé, tandis que le titre acidimétrique de l'urine s'élève légèrement; enfin, fait très important, les phosphates urinaires restent stationnaires, ce qui prouve manifestement que les glycérophosphates se fixent réellement dans l'organisme.
Comment se fait cette fixation ? Cette question est loin d'être complètement résolue. Cependant on tend à admettre qu'il y a dédoublement du glycérophosphate dans l'organisme; l'acide phosphorique et la base minérale sont fixés isolément, soit sur les noyaux cellulaires, soit sur les complexus plastidaires qui comptent la base considérée parmi leurs dominantes minérales, et la glycérine mise en liberté est probablement brûlée dans l'économie. Quoique cette interprétation soit encore purement théorique, elle rend pourtant assez bien compte des résultats cliniques si remarquables, obtenus avec les glycérophosphates à dominantes minérales associées, magnésie et soude, chaux et soude, fer et potasse, etc. ; elle explique également très bien les effets obtenus dans un certain nombre d'états nerveux dépressifs, avec neuranémie accusée. On comprend ainsi que l'emploi des glycérophosphates représente un des modes les plus actifs de la nutrition nucléaire et nerveuse, et la méthode, actuellement la plus pratique et la meilleure, de médication phosphatique.
Les glycérophosphates acides ont une action plus énergique encore que les sels neutres dont je viens de parler. Bardet a résumé les effets de ces médicaments comme suit :
1° Aux âoses faibles (3 à 4 grammes par jour), l'action dynamophore est plus rapide et plus intense.
2*^ L'excrétion urinaire des phosphates n'est pas no-
-^ssammamm
tablement augmentée, mais le coefficient azoturique s'élève rapidement jusqu'à une limite qu'il ne dépasse plus ensuite, quelles que soient les doses de glycérophosphate ingérées.
3° Le titre acidimétrique de l'urine est augmenté sensiblement, mais, à moins d'employer des doses très ferles et l'acide phosphorique dilué, il est rare cependant qu'il atteigne la normale; en tout cas, les glycérophosphates acides sont, à cet égard, supérieurs aux sels neutres.
4° Aux doses fortes (iS à 25 grammes par jour), il y a toujours tolérance parfaite, mais il se produit une action légèrement purgative qui peut rendre de réels services en thérapeutique ; en outre, il y a action cholagogue marquée qui influence d'une manière favorable la digestion des dyspeptiques hyperchlorhydriques dont le fonctionnement hépatique est insuffisant.
En résumé les glycérophosphales acides agissent exactement comme les glycérophosphates neutres, mais avec plus d'intensité, d'eiïicacité et de rapidité ; ils sont toujours bien supportés, même par les estomacs les plus délicats. Toutefois, au point de vue des réactions urinaires, ils semblent un peu moins actifs que l'acide phosphorique. En tout cas, les indications de ces deux sortes de sels, neutres et acides, sont les mêmes.
Indications et doses. — D'une manière générale l'indication la plus formelle des glycérophosphates est la déminérg.lisation phosphatique. C'est à tort que l'on a voulu faire de ces sels le spécifique de la neurasthénie, attendu que la neurasthénie ou plutôt que les divers étais morbides groupés sous cette appellation, sont loin d'être toujours dus aux mêmes causes; or, des causes différentes comportent évidemment des médications différentes. Parmi ces états divers doivent être considérés comme seuls dépendants de la médication phosphatée, ceux qui reconnaissent pour causes des troubles nutritifs accom- Laumonier. ^ Nouveaux traitements. 3
34 LES NOUVEAUX TUAITEMENTS
pagnés d*uQe déminéralisation accusée; les effets dépressifs que Ton observe alors simultanément sont naturellement amendés par l'usage de ces médicaments. Les glycérophosphates sont donc indiqués en outre dans toutes les maladies où Télimination des phosphates est augmentée, rapport alimentaire mis bien entendu hors de cause, c'est-à-dire dans le diabète, Tanémie, le rachitisme, Tostéomalacie, la scrofule, enfin dans la tuberculose, ainsi que dans la convalescence des maladies infectieuses où la déminéralisation est toujours plus ou moins intense. On les emploie aussi, combinés à lalithine, dans le traitement de l'arthritisme et de la goutte.
On ne doit pas méconnaître que, dans Tapplication, la nature de la base minérale combinée à Tacide glyeérophosphorique doit être spécialement prise en considération. Rarement, il est vrai, la déminéralisation est limitée à un tissu, mais souvent pourtant tel ou tel tissu se déminéralise plus intensément que les autres, comme l'indiquent du reste l'analyse urinaire, Texamendes rapports déchanges et notamment le rapport des phosphates alcalins ou terreux. Si donc il est toujours utile de s'efforcer de réminéraliser les divers tissus en leur fournissant les dominantes minérali^i? «Hi'iis perdent, de faire en un mot de la médication polypliosphatée, comme le recommandent A. Robin et BardeU il est évident cependant que c'est sur ia dominante minérale du tissu qui se déminéralise le plus qu'il faut insister davantage. Par conséquent, dans le rachitisme ou rostuomalacie, par exemple, on insistera sur le glycérophosphîiLc de chaux ; dans les états nerveux, diverses neuraslhénies et la neuranémie, sur les glycéropliospliaLes de mai^nésie, dans l'anémie, sur les glycérophosphates de potasse* et de fer, puisque l'on suppose que c est sous la forme de glycérophosphate que le fer se Irouvu dans le globule sanguin. Dans la goutte enfin, on s'adressera de préférence, comme il a été dit, au sel de lilhîne, etc.
Par la vole dige&tive, le plus ordinairement adoptée, on
LES MODIFICATEURS DE LA NUTllITION 35
emploie surtout les glycérophosphates acides, à doses faibles (3 à 4 grammes pro die) ou à doses fortes (15 à 25 grammes pro die) suivant les cas. Quand il n*y a pas d'indication très spéciale, — comme la goutte, par exemple, — il faut revenir à la médication polyphosphatée, dont voici une formule que j'emprunte au professeur A. Robin :
Glycérophosphate de chaux 08'',30
— — soude OB^IO
— — potasse O^^IO
— — magnésie 08%10
— — fer OK'-jOS
Pour un cachet, deux par jour.
Robin recommande d'associer à ces sels des médicaments capables d'exercer une action stimulante sur la nutrition; par exemple :
Poudre de fève de Saint-Ignace 08^03
Pepsine en paillette titre 50 08%15
Maltine Ok^Oo
que Ton ajoute à chaque cachet, et notamment chez les dyspeptiques par insuffisance. Naturellement, s'il s'agit d'une neuranémie intense, on peut porter la dose de sel de magnésie à 0»%20; de même dans l'anémie on augmente celle du sel de fer, etc. Le glycérophosphate de lithine peut être également employé à doses plus fortes^ de même que le glycérophosphate de quinine (jusqu'à 18',50 à 2»'') dans Tanémie palustre, associé au glycérophosphate de fer, etc. Tous ces sels d'ailleurs peuvent également s'administrer en solution, qui est, semble-t-il, leur forme la plus sûre et la plus active, mais il ne faut en faire préparer qu'une petite quantité à la fois, car la solution s'altère et peut s'ensemencer très vite. De même, on recommande chez les enfants l'emploi d'un sirop sursaturé afin d'éviter les altérations. Voici une formule également due à Robin :
Glycérophosphate de chaux. . . 6 grammes.
— — soude. . . 2 —
— — potasse . . 2 —
— — magnésie . 2 —
— — fer .... 1 — Teinture de fève de Saint-Ignace. XXX gouttes.
Teinture de kola 10 grammes.
Sirop de cerises pour compléter à 200 —
Deux à trois cuillerées à soupe par jour.
Enfin on utilise aussi les glycérophosphates en injections hypodermiques, à la dose de 08^25 pi'o die, mais il faut employer les sels neutres et non les sels acides à cause de l'irritation que ces derniers déterminent.
4° Modificateurs indirects
A. — Acide phosphorique.
C'est tout récemment que l'acide phosphorique, tombé au second rang depuis des années, a pris une place importante dans la thérapeutique nouvelle, à la suite des recherches de Joulie, de Cautru et de Bardet sur la diathèse hypoacide et la neurasthénie.
Chimie. — L'acide phosphorique se présente sous deux formes, l'acide anhydre PO*, et l'acide trihydraté PO*H^, qui, étendu de son poids d'eau, constitue l'acide phosphorique officinal. 100 d'acide officinal contiennent donc 36,4 d'acide anhydre ou 50 d'acide trihydraté. Il est bon de calculer le titre des préparations commerciales en acide anhydre, en raison des variations de composition qu'elles présentent. La préparation normale marque 4,35 à 15° audensimètre; c'est celle dont on doit se servir; elle donne d'ailleurs régulièrement XV gouttes au gramme, et par conséquent XLV gouttes répondent ainsi à 1 gramme d'acide anhydre*
Physiologie. — L'acide phosphorique donne dans Testomac, avec les albumines alimentaires, des peptones de qualité supérieure, et, à ce titre, il peut suppléer aux fonctions gastriques diminuées ou abolies; en outre, il inhibe la sécrétion chlorhydrique et peut en conséquence modérer plus ou moins complètement Thyperchlorhydrie.
La diminution de la sécrétion chlorhydrique, économisant le dédoublement des chlorures et spécialement du chlorure de sodium, diminue la quantité de soude mise en liberté, et remonte indirectement l'acidité humorale, en favorisant la reprise de la fonction hépatique et, par suite, la saturation des alcalins en excès. La bile et le suc pancréatique saturent dans le duodénum Tacide phosphorique, qui passe dans le sang à l'état de sel de soude plus ou moins riche en base. Cette médication fournit ainsi à l'économie du phosphate de soude, qui peut être repris et utilisé. Toutefois, quand il y a insuffisance hépatique trop marquée, la saturation est incomplète dans le duodénum, et Ton observe alors des selles acides, liquides, accompagnées de coliques.
Thérapeutique. — On tend à admettre aujourd'hui que la plupart des états nerveux groupés sous le nom de neurasthénie, sont dus à des troubles dyspeptiques, latents quand la compensation momentanée est assurée par un bon fonctionnement du foie, avérés quand cet organe devient insuffisant. Dans tous les cas, ce sont les excès alimentaires, principalement les excès azotés, qu'il faut surtout incriminer, car leur premier effet est de déterminer une surproduction d'acide chlorhydrique. Tant que le foie est normal, cet organe recueille la soude libérée et les bases hépatiques saturent l'acide en excès. Mais quand le foie est fatigué et devient insuffisant, la soude libre reste dans le sang et transforme le phosphate disodique en phosphate trisodique, d'où alcalinisation des humeurs, alcalinisation qui est encore accrue par la non-saturation des acides et des dérivés ammoniacaux de la digestion,
que le foie refuse de transformer. Il y a alors abaissement notable deTacidilé humorale eturinaire, et émission exagérée de phosphates terreux qui sonl solubles dans le sang trop acide. C'est à ce moment qu'apparaissent les phénomènes neurasthéniques compliqués souvent de crises gastriques franches. Quelles qu'en soient les causes,- surmenage cérébral, avec dépression morale (par exemple malades qui se /rappen/) ou trouble primitif delà nutrition, ces phénomènes conduisent à Thypoacidité sanguine et par suite urinaire, à la diathèse hypoacide, soit d'emblée, soit secondairement. Les hyperacides même, et le professeur Robin a constaté que nombre de neurasthéniques le sont au début, peuvent faire de la neurasthénie par suite de l'élimination considérable des phosphates, et devenir alors hypoacides, lorsque le foie, incapable de suffire à un sang trop chargé d'acides gras et de sels acides, ne transforme plus les dérivés ammoniacaux, qui, passant dans le sang, l'alcalinisent.
C'est donc dans tous les phénomènes dus à l'hypoacidite que l'acide phosphorique est indiqué, notamment chez les dyspeptiques où il joue un rôle de suppléance et permet la digestion artificielle des aliments. Bien que d'autres acides minéraux puissent, en cette occurrence, rendre parfois les mêmes services, cependant les résultats obtenus avec l'acide phosphorique sont bien supérieurs et ctit acide présente d'ailleurs l'avantage de pouvoir compenser, le cas échéant, les pertes en phosphates. Toutefois, dans certains cas signalés par Bardet, l'acide phosphorique n'a pas été nécessaire et il a suffi de réduire la ration azùLêe ï^jour relever l'acidité urinaire. D'après Caulrii, l'acide phosphorique est également indiqué dans toutes los l'ormes de l'arthritisme, chez les rhumatisants, les eczémateuK, qui sont presque toujours hypoacides, — après avoir pu otre hyperacides — , et qui entretiennent leur aQ*ection par l'usage des eaux alcalines, chez les furonculeux et les diabétiques et enfin, comme il a été diverges formes de la neurasthénie. On l'a pré-
conisé aussi dans le lymphatisme, le rachitisme, le cancer et même la tuberculose, qui s'accompagnent souvent d'hypoacidité, suivant la gravité de la maladie.
A la dose de l à 6 grammes d'acide anhydre pro die, Tacide phosphorique peut être continué très longtemps sans aucune espèce d'inconvénient, puisqu'il y a amélioration continue de l'état gastrique et de l'état général, mais il faut avoir soin, si cette médication n'est pas prolongée ainsi, d'imposer un régime convenable et un rationnement méthodique de l'alimentation qui doivent être, sous peine d'échec, rigoureusement observés. Toutefois, comme le dit Bardet,chez les hypersthéniques gastriques, dont la situation pathologique dépend surtout de l'état nerveux, la médication phosphorique, même prolongée, ne peut évidemment empêcher les accès.
Les contre-indications de l'acide phosphorique sont d'abord les états d'irritabilité locale, les ulcérations et le cancer de l'estomac et les lésions inflammatoires du tube digestif; Bardet conseille de lui substituer alors les glycérophosphates acides qui donnent de bons résultats. Dans les cas de diarrhée ou d'entérite chronique, il est également mal supporté en raison de son action laxative; il se forme en effet, par suite de sa saturation dans l'intestin, du phosphate de soude qui est, comme on le sait, un puissant laxatif. Chez les constipés, cette circonstance constitue un précieux avantage, mais il n'en est pas de même chez les diarrhéiques où l'intolérance peut alors se produire. D'après Cautru, l'acide phosphorique est enfin contre-indiqué encore dans la sclérose hépatique, où il détermine la diarrhée, dans les lésions rénales où il augmente l'albuminurie, et enfin chez les personnes qui prennent en même temps de l'arsenic.
Formulaire. — Voici les principales formules dont on peut user pour l'administration de l'acide phosphorique :
Limonade (Bardet).
Acide pliosphorique olFicinal au
titre de 36,4 p. 100 28 grammes.
Alcoolature d'oranges 20 —
Sirop de sucre 250 —
Eau distillée q. s. pour faire . . 1 litre.
Cent centimètres cubes de cette préparation contiennent l gramme d'acide ij^nhydre ; 1 à 3 demi-verres ordinaires.
Elixir (Bardet).
Blanc d'œuf 60 grammes.
Acide pliosphorique officinal . . 58 —
Eau distillée q. s. pour faire . . 400 cent, cubes.
Coction au bain-marie, filtrer, ajouter le mélange suivant :
Alcoolature d'oranges 200 grammes.
Sirop de sucre. 400 —
Eau distillée q. s. pour faire . . 1 litre.
Cette préparation contient O^^IO d'acide phosphorique anhydre par cuillerée à café; 10 à 15 cuillerées à café étendues d'eau, par repas.
Formule de Joulie,
Acide phosphorique officinal . . 17 grammes.
Phosphate de soude 34 —
Eau distillée 250 —
3 à 12 cuillerées à café pro die dans de l'eau sucrée ou non.
Substitutifs en cas d'intolérance de V acide (Bardet).
Phosphoglycérate acide de sodium
à 90 p. 100 220 grammes.
Acide phosphorique officinal D =
1,35 67 grammes
Eau bouillie q. s. pour faire ... 1 litre.
2 à 3 verres à liqueur par jour.
Ou bien encore :
Pliosphoglycérate acide de sodium
à 90 p. 100 220 grammes.
Eau bouillie q. s. pour faire. . . 1 litre.
2 à 3 verres à liqueur par jour.
B. — Acide cacodylique et cacodylates.
Ainsi que l'indique la pratique des arsenicophages, Tarsenic est considéré, depuis longtemps déjà, comme un modificateur de la nutrition et de Thématose, comme un régulateur des oxydations. Que celte opinion fût fondée ou non, les préparations arsenicales, usitées en thérapeutique, étaient, en lout cas, toxiques, et leur emploi se trouvait, de ce chef, forcément limité. On savait toutefois que, dans certains cas, les combinaisons organiques des corps vénéneux peuvent être innocives, et c'est cette notion qui paraît avoir inspiré au professeur A. Gautier, dès 1897, ridée d'essayer l'acide cacodylique, combinaison organique d'arsenic, découverte par Bunsen, en 1843, et bien étudiée, à cette époque, au point de vue de ses propriétés physico-chimiques.
L'acide cacodylique. As (GH^) ^0-H, est un corps cristallisé, blanc, sans odeur, à saveur très légèrement acide ; on le prépare en suroxydant, par l'oxyde de mercure, l'oxyde de cacodyle As2(CIP)'0.
As» (CH»)»0 + HgO + H20 r= 2 Hg + 2 As (GIP)202H.
L'acide cacodylique donne des sels, dont le plus employé est le cacodylate de sodium As(CIP)-O^Na, composé qui contient 46,8 p. 100 d'arsenic ; il se présente sous forme d'une
poudre blanche, très soluble dans l'eau, très stable puisque l'acide azotique fumant et le mélange d'acide sulfurique et de chromate de potasse ne l'altèrent pas, même à Tébullition; aussi ses solutions aqueuses se conservent très bien et peuvent être facilement stérilisées.
Comme il a été dit, on emploie habituellement le cacodylate de soude, maison peut également parlir de l'acide cacodylique pur.
Physiologie. — Les cacodylates, neutres et purs, s'administrent de plusieurs manières; le professeur A. Gautier préconise la voie hypodermique; le professeur Renaut, la voie rectale; Dalché s'en tient à la voie buccale.
Bien que chacune de ces méthodes ait certainement ses avantages, il semble cependant que la voie hypodermique soit, quant à présent, préférable, surtout parce qu'elle restreint, dans une certaine mesure, les inconvénients fort sérieux de la médication cacodylique. Ces inconvénients se sont montrés dès le début, alors qu'on administrait le médicament parla bouche; ils consistent en divers troubles, coliques, diarrhée, sécheresse de la bouche, endolorissement de l'épigastre, perte de Tappétit, quelquefois des accidents cutanés, éruptions, démangeaisons, puis insomnie, accélération du pouls, diminution des forces, enfin et surtout (car c'est là ce qu'il y a de plus désagréable) l'odeur alliacée persistante que les patients ressentent dans l'arrière-bouche et qu'ils exhalent au dehors, par l'haleine, la peau, la sueur et toute leur personne.
A. Gautier a expliqué le mécanisme de ces accidents. « Lorsque, dit-il, on le soumet, in vilro^ à l'action des agents réducteurs, l'acide cacodylique se transforme en oxyde de cacodyle, corps d'odeur fortement alliacée et très vénéneux , contrairement à l'acide cacodylique qui est inoffensif. En rencontrant dans le tube digestif des agents réducteurs, microbiens ou autres, une petite partie de l'acide cacodylique ingéré parla bouche, se transforme, comme en témoigne l'odeur d'ail émise par le sujet,
en oxyde de cacodyle, composé toxique et volatil, qui, après avoir fatigué Testomac et l'intestin, s'élimine par le poumon, la peau, les muqueuses et les reins, non sans exposer ceux-ci à des désordres locaux, variables avec les individus, plus ou moins tenaces et sérieux si cette élimination se prolongea » C'est sur ce mécanisme que Gautier se base pour préconiser exclusivement l'emploi des injections sous-cutanées. Ces dernières, du reste, ne sont pas toujours complètement indemnes : le D' R. Simon et le D' Burlureaux ont signalé l'odeur et le goût alliacés à la suite d'injections hypodermiques de caeodylate de soude; il est vrai que, dans quelques cas, on peut attribuer cet inconvénient aux impuretés du produit.
Quoi qu'il en soit, l'administration du caeodylate parait mieux supportée par la voie hypodermique : ce mode, en tout cas, s'il est moins commode pour les malades, leur évite cependant les troubles digestifs divers signalés précédemment et ne donne lieu que beaucoup plus lentement aux accidents de Tarsénicisme. Quant au procédé par la voie rectale, il ne semble pas avoir beaucoup plus d'inconvénients ; cependant l'acide cacodylique peut encore être partiellement réduit dans le tube digestif, ce qui entraîne quelques-unes des conséquences fâcheuses de l'ingestion par la bouche.
Les auteurs paraissent à peu près d'accord sur la faible toxicité de l'acide cacodylique et de ses sels, qui permet à rhomoie d'admettre par la voie stomacale, dans des cas exceptionnels, il est vrai, jusqu'à 1 gramme de caeodylate de soude, soit 46 centigrammes d'arsenic pur par jour, dose colossale si on la compare à celles des anciennes préparations arsenicales que l'on peut donner. Cette toxicité toutefois n'est pas nulle, ainsi que Ta remarqué Danlos, et comme le prouvent au surplus certaines expériences sur les animaux, notamment celles de Langlois, et les cas encore relativement fréquents d'intolérance. Cette circons-